L ACCROISSEMENT DE LA POPULATION AMÉRICAINE
Etats-Unis sont un pays neuf, où s'ouvrent devant l'homme, pour lui et sa famille, de plus larges horizons où il devrait semble-t-il, ne pas hésiter à procréer. On observe, en effet, généralement, que, toutes choses égales d'ailleui-s, un groupe humain donné est plus fécond dans un pays neuf que dans un vieux pays. Si ce n'est pas le cas aux États-Unis, cela vient confirmer la théorie qu'une civilisation très avancée, et surtout la civilisation démocratique moderne tend h réduire la natalité.
L'examen des variations de la natalité à l'intérieur même des États-Unis suivant les diverses régions, pour autant qu'il peut être fait avec les incomplètes données dont on dispose, confirme tout h fait cette loi. C'est ainsi que dans la région de l'Atlantique-Sud le nombre des blancs nés aux États-Unis s'est accru, dans l'intervalle des deux derniers recensements, de 19,6 p. 100 (en éliminant toujours les enfants d'étrangers au-dessous de dix ans), ce qui est une proportion très supérieure à la moyenne générale de 14,4 p. 100.
Or, ceci ne tient pas à une forte immigration dans cette région d'Américains venant des autres parties de l'Union; il y a, au contraire, excédent d'émigration. D'autre part, la mortalité des blancs dans ce pays semitropical et à population en grande partie arriérée, est certainement au moins égale, sinon même supérieure, à celle des blancs du Nord; c'est bien, d'ailleurs, ce que tendent à montrer les statistiques des villes qui tiennent un état civil à peu près régulier. Il en résulte donc que la natalité des blancs du Sud est beaucoup plus forte que celle des blancs du Nord. En admettant, faute de mieux, le coefficient général de 17,4 pour leur mortalité on peut évaluer la natalité à 37 p. 1.000, taux très élevé en lui-même.
Or, les blancs du Sud, les rudes paysans des monts Appalaches, comme les planteurs et les petits blancs des plaines, conservent encore en grande partie des mœurs patriarcales. Ils mènent une vie moins agitée, sont beaucoup moins modernes que ceux du Nord, même que maintes populations européennes. Disons le mot, ils sont « arriérés » ; beaucoup ne savent même pas lire et écrire. Il y a, parmi eux, 11,4 p. 100 d'illettrés au lieu de 4,6 p. 100 dans Tensemble des États-Unis, et de 1,6 p. 100 dans les États du Nord-Est qui, eux, sont certainement, au contraire, d'après les registres de leur état civil, et d'après divers autres indices, la partie de rUnion où la natalité est la plus basse.
La région de l'Atlantique-Sud, où les mouvements de la population blanche sont relativement faibles, est la seule où l'on puisse conclure approximativement de l'accroissement des blancs indigènes au croît naturel de ces blancs. Dans toutes les autres régions il y a de grands déplacements de la population indigène ellemême : immigration dans le Centre-Sud et l'Ouest, émigration dans le Nord-Est, courants divers dans le Centre-Nord. Mais l'exemple de l'Atlantique-Sud est suffisamment topique. Si l'on considère en outre certains États du Centre-Sud où les mouvements d'immigration et d'émigration sont peu considérables : l'Alabama, le Mississipi, le Tennessee, l'Arkansas, on voit de même que l'accroissement de la population blanche indigène est respectivement de 20,1, 17,7, 15,2 et 15,4 p. 100 en dix ans, tous chiffres supérieurs à la moyenne générale de 14,4 p. 100.
Si, au lieu d'examiner les variations de la natalité dans l'espace, nous les considérons dans le temps, nous voyons que la natalité des États-Unis est en diminution marquée, comparée à ce qu'elle était au commencement
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et au milieu du siècle. De 1820 à 1830, alors qu'il n'y avait qu'une centaine de mille d'immigrants, la population blanche américaine s'élevait de 7.862.000 h 10.537.000 personnes, soitde34p.l00. En 1840, n'ayant reçu depuis 1830 que 599.000 immigrants, elle montait à 14.195.000, augmentant de 35 p. 100 ; en défalquant l'accroissement dû aux immigrants et à leurs enfants, il est impossible d'estimer le croît naturel à moins de 31 ou 32 p. 1 00 de 1820 à 1830, et de 27 p. 100 de 1830 à 1840.
Au contraire, de 1880 à 1890, la population blanche passe seulement de 43.575.000 à 55.166.000 habitants, augmentation brute de 27 p. 100, et il était venu, pendant ces dix ans, 5.246.000 immigrants ; en 1900, les blancs atteignent 66.990.000, progrès brut de 21,5 p. 100 seulement, avec moins d'immigrants, il est vrai, 3.687.000. Si l'on prélève la part des immigrants et de leurs enfants, l'accroissement tombe aux environs de 16 p. 100. Le contraste est frappant,[en tout cas, avec les deux décades 1820-1830 et 1830-1840, et il paraît probable, môme, qu'en comparant les deux dernières décades, 1880-1890 et 1890-1900, si on pouvait le faire avec quelque exactitude, on ferait ressortir une légère diminution du croît naturel et, par conséquent, de la natalité durant la dernière.
Ainsi le mouvement de la natalité aux États-Unis vient corroborer les enseignements qui se dégagent de l'étude de ce phénomène dans tous les autres pays ; la plus forte natalité de la race noire, des blancs du Sud et des immigrants nouvellement arrivés de pays européens, pour la plupart assez primitifs, de même que la chute certaine et très sensible de la proportion des naissances depuis quatre-vingts ans, mettent en évidence l'influence de la civilisation démocratique moderne, qui tend h diminuer le nombre des enfants.