L' INDUSTRIE TEXTILE
devant rimpossibililé de faire accepter à leur clientèle des prix correspondants pour les articles manufacturés, avaient suspendu ou ralenti leur fabrication. En faisant la somme des laines indigènes produites chaque année, et des importations, puis déduisant les exportations (qui sont insignifiantes), on arrive à une moyenne annuelle, pour la période 1891-1900, de 444 millions de livres ou 200 millions de kilogrammes, ce qui doit bien représenter à peu près la moyenne de la consommation, car rien ne permet de supposer qu'il y ait eu, à la fin de 1900, un stock beaucoup plus considérable qu'à la fin de 1890. Sur ces 200 millions de kilos, 128 millions représentent la production indigène, et 72 millions Timportation étrangère; pour la décade 1881-1890, on peut estimer, parle mêmeprocédé, laconsommation moyenne annuelle à 167 millions de kilos, dont 117 millions de laines indigènes et 50 millions de laines d'importation. La quantité de ces dernières a, d'ailleurs, beaucoup varié, suivant les années et suivant surtout les variations des droits de douane. De 1890 à 1894, sous le régime du tarif Mac Kinley l'importation annuelle était de 57 millions de kilos en moyenne; de 1894 h 1897, sous le régime du tarif Wilson, qui supprimait toute taxe sur la laine, elle monte à 123 millions de kilos; de 1897 à 1900, les droits élevés du tarif Dingley la font retomber à 53 millions de kilos. En 1900, elle tend, cependant, à se relever, parce que les stocks considérables, que l'on avait constitués en 1896 et au début de 1897 en prévision de la réimposition des droits, s'épuisent. Il est intéressant de remarquer que sur 58 millions de kilos de laines importées en 1900, 44 millions de kilos sont destinés à la fabrication des tapis, et 14 millions seulement h celle des tissus, lainages divers et bonneterie de laine. Les laines indigènes de l'Amérique du Nord, qui
sont généralement fines, monopolisent presque ces derniers usages. Aussi, sur les laines importées, 15 p. 100 seulement viennent d'Australie, le grand fournisseor des laines fines, à peu près autant, mi-parties fines, mi-parties grossières, de l'Amérique du Sud, un peu plus de 25 p. 100 d'Europe et 46 p. 100 d'Asie, notamment de la Chine, qui est devenue le plus grand importateur de laine dans l'Amérique du Nord. On voit que les États-Unis sont très loin de suffire à leur consommation lainière, surtout en ce qui concerne les laines que l'on y qualifie de « troisième catégorie » et qui sont les plus grossières. Il semble y avoir fort peu de chances pour que cette situation se modifie dans l'avenir, car les troupeaux augmentent lentement : en maints endroits le pâturage recule devant l'agriculture et la sécheresse du climat de l'Extréme-Ouest ne permet pas un élevage bien intensif.
C'est un fait remarquable que, dans ces dernières années, la consommation de laine augmente, aux États- Unis, moins rapidement que la population. En estimant la quantité de laine brute contenue dans les lainages importés, ce qui ne peut se faire qu'approximativement, — mais une erreur dans cette appréciation n'aurait qu'une importance secondaire, car l'importation est, depuis 1870 tout au moins, inférieure à la moitié de la production nationale, — on voit que la consommation qui était de 2.220 grammes par tête d'Américain en 1840, s'est élevée rapidement jusqu'à 3.580 grammes en 1870, puis, plus lentement, jusqu'à 3.940 grammes en 1890; elle est retombée, en 1900, à 3.130 grammes. Il faut voir là, en partie, la conséquence des droits presque prohibitifs, que le tarif Dingley a mis sur les lainages, en partie, aussi, l'effet de la concurrence croissante des tissus de coton.
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La manufacture de laine se sert, d'ailleurs, beaucoup, elle-même, de coton en Amérique : 20 millions de kilogrammes de coton brut et 25 millions de kilogrammes de fils de coton (pour la production desquels il a dû être employé 30 millions de coton brut par an). Si, aux chiffres que nous avons donnés plus haut pour la laine et qui s'appliquent à la laine en suint, nous substituons les poids de laine lavée, nous verrons que l'industrie lainière en emploie seulement 110 millions de kilogrammes : le poids de coton qu'elle absorbe n'est donc pas éloigné d'égaler la moitié du poids de la laine. Il est vrai qu'il faut ajouter à ce dernier 46 millions de kilogrammes de produits d'effilochage. On voit que les étoffes mélangées sont très en honneur aux États-Unis. Le rapport sur le Census déclare s'en féliciter : « L'emploi des effilochages a rendu possible, dit-il, la fabrication d'un plus grand nombre d'étoffes chaudes; le mélange du coton et de la laine a rendu possible la production de tissus légers, propres aux usages pour lesquels on demande peu de poids, une chaleur modérée et un faible prix; en conséquence, la masse des gens se trouve mieux habillée qu'avant l'adoption de ces combinaisons. »
La situation d'ensemble de l'industrie lainière, bonneterie non comprise, se trouve résumée dans le tableau ci-dessous que nous empruntons aux statistiques du Census de 1900 :
Nombre des établissements . . 2.330 1.693 1.414 Capital (millions de dollars). . 143,5 245,9 310,2 Nombre des ouvriers 1 132.672 154.271 159.108
1. Parmi les ouvriers, le nombre des hommes âgés de plus de seize ans est de 52,4 p. 100 en 1900, au lieu de 50,6 p. 100 en 1880, celui des femmes de 40,3 p. 100 au lieu de 37,5 p. 100, celui des
Salaires (millions de dollars). . 40,7 54,3 57,9 Valeur des matériaux (millions
de dollars) 149,2 i67,2 181,2
Valeur desproduits (mil. de doL). 238,1 270,5 297
Gomme dans presque toutes les industries américaines on observe ici une grande tendance à la concentration; le nombre des établissements a diminué de 40 p. 100 en vingt ans, tandis que les capitaux ont plus que doublé, que la valeur des produits a augmenté de 25 p. 100, le nombre des ouvriers de 20 p. 100 et les salaires de plus de 40 p. 100; l'augmentation si importante du capital est due en notable partie au perfectionnement de l'outillage.
Sans entrer dans des détails d'ordre trop [technique, il convient de signaler quelques traits particuliers de l'industrie lainière américaine : en premier lieu, le travail h façon, fréquent chez nous en ce qui concerne la filature, est fort rarement usité aux États-Unis ; en second lieu, dans la généralité des cas, et sans que ceci soit aussi marqué pour la fabrique de laine que pour celle de coton, filature et tissage sont réunis dans un même établissement et la quantité de filés produits pour la vente est relativement faible.
Les tissus de laine cardée ont été longtemps les seuls confectionnés aux États-Unis, en partie parce que leur fabrication comporte des opérations plus simples, convenant mieux aux premiers âges de l'industrie, en partie parce que la laine courte des mérinos américains se
enfants de 7,3 p. 100, au lieu de 11,9 p. 100. On ne constaLo pas une aussi grande diminution de la proportion des femmes et enfants que dans l'industrie cotonnirre. Il est vrai c[u'ello n'avait jamais été aussi élevée. La durée moyenne du travail est lift soixante heures par semaine.
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prêtait mal au peignage par les anciennes machines. Aujourd'hui que bêtes et mécanismes ont été perfectionnés, cet inconvénient a disparu. A partir de 1870 et surtout de 1880, la production des articles en laine cardée a cessé d'augmenter et a même diminué, tandis que les articles peignés se sont développés à pas de géant. Il n'y avait encore, en 1870, aux États-Unis, que 261 machines à peigner: en 1880, ou en comptait 515, puis 839 en 1890 et 1 .451 en 1900, tandis que le nombre des cardes passait, aux mêmes dates, de 8.705 à 6.989, h 7.015 et à 6.605*. Les chiffres ci-dessous rendent compte de la révolution qui s'est opérée dans l'industrie lainière :
Nombre d'établissements :
Laine cardée 1.990 1.035
— peignée 76 186
Capital (millions de dollars) :
Laine cardée 96,1 124,4
— peignée 20,4 132,2
Nombre d'ouvriers :
Laine cardée 86.504 «8.893
— peignée 18.803 57.008
Valeur des produits (millions de dollars) :
Laine cardée 160,6 118,4
•— peignée .....'.... 33,5 120,3
Nombre de broches :
Laine cardée 1.756.746 1.906.581
— peignée 240.118 1.371.026
Nombre de métiers :
Laine cardée 35.634 34.881
— peignée 14.411 26.372