FINANCES DE L'UNIVERSITÉ. — TRAITEMENT DES PROFESSEURS
L'université de Dole ne fut jamais riche, et ceux qui connaissent à fond le désordre qui régnait autrefois dans les finances publiques n'éprouveront aucune surprise lorsque j'ajouterai qu'elle ne fut jamais exactement payée. Si, comme l'affirme Gollut, Philippe le Bon et ses successeurs lui « instituèrent une famille composée presque à la roïale, »
(5) Annalei de la ville de Dole. mss. des archives de la Côte-d'Or.
on doit confesser qu'une maison princière n'était pas ruineuse alors, et ne mettait point ses membres à l'abri du besoin. Mais cette pbrase n'est malheureusement qu'une hyperbole. Démentie par les chiffres, par les faits plus encore, elle peut à peine s'appliquer aux premières années de l'université.
Comme tous les fondateurs, le duc Philippe n'avait rien négligé pour rendre son œuvre viable. Nous avons vu plus haut qu'il avait offert des gages fort élevés aux premiers maîtres de la nouvelle école. Les professeurs de droits civil et canon, de théologie et de médecine recevaient en effet deux cents livres par an, ce qui équivaut à onze ou douze mille francs de notre monnaie. C'étaient les honoraires alloués en 1461 à Anselme de Marenches, lecteur ordinaire en la
faculté de droit, par les distributeurs Etienne Wurry, Jacques de Chassey et Jean Carondelet. Humbert d'Orchamps, qui était allé le chercher à Ivrée en 1452, lui avait promis deux cents florins de Savoie qui furent bientôt réduits à cent cinquante (1). L'université de Bâle lui ayant offert deux cent cinquante florins d'or, il menaça de quitter Dole et contraignit ainsi les distributeurs à rétablir ses premiers appointements, jusqu'à ce que la création d'une chaire extraordinaire l'ait de nouveau réduit à 150 fr. (2). Les revenus affectés à ces traitements étaient de diverses natures. Outre l'aide de 9,693 livres voté par les Etats pour l'établissement de l'université, le duc avait prescrit en 1456 la perception pendant dix années d'un petit blanc valant 5 deniers tournois sur chaque charge de sel vendue à Salins, et la levée pendant six ans de 150 livres sur le com-
1li Lettres patente» de Philippe le Bon, du 8 septembre 1454. — Le florin valait ftlor* 12 gros.
(2) Les lettres patentes de Charles le Téméraire, du 20 juillet 1473, rétablirent ses anciens gages.
munal de sa grande saunerie. Quelques jours après, à la prière des « renliers et mouliers du bourg dessous, » le premier de ces impôts était converti en une contribution annuelle de 500 fr. qu'ils devaient payer à l'université pendant six années (1). De leur côté, les habitants de Dole, qui ne croyaient pas acheter trop cher la splendeur de leur école, s'étaient engagés à lui verser la même somme durant la même période, sans compter le droit de rouage dont la ville avait frappé dans le même but les voitures étrangères à leur entrée dans ses murs. Il est permis de supposer qu'à ces subventions publiques se joignirent les libéralités privées. Le tout formait un revenu fort respectable qui fut au début, paraît-il, régulièrement perçu et sagement administré, car l'université fit des économies et put, quelques années après sa fondation, acquérir moyennant 6,000 livres comptant de messire Jean de Vergy, seigneur deFouvans, une rente de 600 fr. sur le partage de Vignory à la saunerie de Salins (2). Un peu plus tard, elle achetait encore de Jeanne de Toulongeon, dame de Montrichard, une rente annuelle de 50 florins sur la même saunerie.
Mais cette propriété financière ne fut pas de longue durée. Le zèle qu'excitent les institutions nouvelles une fois refroidi, les donateurs se lassèrent de donner, les débiteurs de payer, les procès surgirent. Il fallut recourir au parlement pour contraindre Jean de Vergy à verser les arrérages de sa rente (5), pour faire rejeter l'opposition d'un autre
(1) Lettre patenta du 4 septembre 1436.
[2) Lettres patentes données à Hesdin. le 15 octobre 1441. qui ratifient cette
cession.
{3} Arrêt du parlement do Dole du 18 mai 14ôl. — En 1613, cette rente ne se payait pas encore exactement, car François Yauehard fut oblige <ie recourir à la thambre lies comptes pour oS:enir le paietn nt de 540 livres dues par les héritier* du sieur de Nancray. trésorier de Salins En 1655, même réclamation du professeur Chaiilof pour 70 fr.
Vergv, le seigneur <T Au trey, qui prétendait avoir une hypothèque sur le partage de Vignory (1), et au duc luimême pour briser la résistance des officiers de la grande saunerie qui refusaient de mettre l'université en possession de la rente constituée par la dame de Montrichard (2). Il fallut plaider contre les échevins de Salins qui, au mépris des privilèges universitaires, s'étaient avisés de prélever au profit de leur ville un vingtième sur la rente de 600 fr., et après avoir perdu devant le bailli, se pourvoir devant le prince pour faire réformer cette décision (3). Charles le Téméraire, qui venait de monter sur le trône, s'empressa de la casser; mais ce fut autre chose lorsqu'on le pria d'acquitter le legs de 10,000 livres fait par Philippe le Bon à « sa fille, » pour la construction d'un bel auditoire et d'une maison destinée aux écoliers pauvres. L'opulent héritier fit la sourde oreille, et l'on dut se contenter d'une salle fort médiocre que le collège paya de sa propre bourse.
Quand le maître est aussi délicat, les serviteurs ne gardent plus de scrupules. Officiers et simples sujets, tout le monde se crut libéré envers l'université. Elle était presque réduite à la mendicité lorsque les événements qui suivirent la mort de ce duc, le pillage et l'incendie de Dole par les Français en 1479, vinrent achever sa ruine. En rétablissant dans cette ville, le 22 avril \ 484, les cours que son père avait successivement transportés à Besançon et à Poligny, le premier soin de Charles VIII fut de faire payer aux distributeurs les arrérages qui leur étaient dus depuis l'année , 1476 inclusivement, et qui furent employés à reconstruire sur les terrains du vieux hôpital l'auditoire brûlé par l'armée de Louis XI (4). Déjà, quelques jours auparavant, il avait
II) Lettres patentes du 19 juin 1460.
•2) Lettres données à Bruges, le 1" juin 1463. '3) Lettres données à Bruxelles, le 20 juillet 1468. Uj Registres de la ville de Dole, du 22 avril 1484.
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enjoint aux débiteurs de l'université, y compris le receveur du partage de Vignory, de s'acquitter envers elle sans délai (1). Mais les meilleures ordonnances n'ont de valeur qu'autant qu'on les exécute : les distributeurs ne purent recouvrer que 760 fr., car l'incendie avait consumé la plupart de leurs titres de créance; cette somme suffit à peine à relever les bâtiments et les professeurs seraient demeurés sans salaire, si le roi de France et le magistrat de Dole n'avaient pris les gages du personnel à leur charge.
Malgré ce secours, l'université sortit péniblement de ses cendres. La générosité privée l'y aida vraisemblablement plus encore que les largesses royales. L'ordre était loin d'être rétabli dans ses finances en i502, puisque l'archiduc Philippe le Beau commit un docteur, le procureur général et le bailli de Dole pour vérifier avec les distributeurs les comptes du receveur de la compagnie, et attribua au bailli la connaissance exclusive des poursuites faites pour le recouvrement de ses deniers (2). C'était sans doute beaucoup d'avoir des comptes exacts et une juridiction spéciale, rapide et peu coûteuse : j'imagine pourtant que l'école eût souhaité mieux encore, par exemple le rétablissement de son ancienne dotation avec les avantages que les ducs lui avaient primitivement accordés. Il n'en fut rien malheureusement, et elle dut vivre de ses propres ressources jusqu'au milieu du siècle, jusqu'aux octrois de Charles-Quint.
Gollut fait honneur à ce monarque de la création d'une nouvelle chaire de droit destinée à un professeur italien. Il eût été plus exact d'écrire restauration, car il existait déjà un lecteur étranger au temps d'Anselme de Morenches, et d'en réserver le mérite au chancelier Nicolas Perrenot, ancien élève de l'université, qui, passant à Dole en 1540, accueillit
(1) Lettres patentes du 8 mars 1483/4.
(2) Lettres patentes du 10 août 1502, aux Pièces justif.
avec bonté les doléances de ses anciens compagnons d'études au nombre desquels se trouvait encore le recteur Richard Receveur, et promit un secours extraordinairedu trésor royal, si la ville consentait à fournir elle-même une somme de 300 fr. par an. A peine en effet était-il de retour près de l'empereur qu'il lui faisait signer des lettres patentes accordant, c à cause des petisgaiges que les docteurs lisans en droict ont en ladicte université, » une allocation de 400 fr. pendant trois années pour faire venir à Dole « quelque docteur d'Ytalie (1). » Cette subvention fut successivement continuée, accrue même de 1545 à 1559, à la prière du recteur, du maire et des échevins de Dole qui craignaient de voir les études tomber a en desréputation » si le docteur étranger cessait ses cours, et elle se, confondit par le fait avec les recettes ordinaires de l'université jusqu'en 1571 , époque à laquelle le duc d'Albe l'inscrivit définitivement au budget avec un chiffre supérieur.
Bien qu'elle ait été ainsi portée de 400 à 600 et même à 800 fr. par an, l'allocation royale affectée au traitement des professeurs surnuméraires ne crût pas en raison directe de leurs exigences. Les cités lettrées se disputaient alors à l'envi les jurisconsultes étrangers, les Italiens surtout. Ceuxci, de leur côté, se mettaient volontiers aux enchères. Pour les conquérir et les conserver, la ville redoubla ses sacrifices, l'université dépensa jusqu'à son dernier écu. Nicolas Belloni reçut un salaire annuel de 1,000 fr. (2). Etienne Stratius eut 900 florins avec un traité valable pour dix années, et le trésor municipal supporta en outre les frais de son déplacement, estimés 60 écus (3). En 1568, Olzignianus fut
(li Lettres patentes du 20 mars 1540/1 , aux Pièces justi f. , p. 48.
(2) Registres de la ville de Dole, du 20 septembre 1541.
(3) Idem, 9 juillet 1561. — Stratius produisit un tnémoiro de frais s "élevant pour le seul voyage de Bourges à Dole à plus de 92 livres.
engagé moyennant 550 écus par an (1). Deux ans après, ce fut le tour de Cynus Campanus qui exigea sexceiitos aureos italicos. Les honoraires du premier professeur furent fixés en 1583 à 1,200 fr., plus 100 éeus pour « son viatique. » Cette somme était encore allouée le 18 janvier 1600 à François Pourtier dans son contrat avec la ville (2). En 1619, on éleva ce traitement à 1 ,800 livres, dont 1 ,200 à la charge du trésor royal et 600 à celle de la cité (5).
On voit que les lecteurs étrangers, grâce à leur renom, à l'attrait qu'inspiraient les études juridiques, au monopole qu'ils exerçaient, n'étaient nullement à plaindre. Bien loin delà, ils faisaient composer la ville et l'université. Comment celle-ci supportait-elle une charge aussi pesante? En réduisant les gages des autres régents. Non-seulement ils ne furent point augmentés pendant près d'un siècle et demi, mais on leur fit maintes fois subir des retenues et des « syncopes. » Certains maîtres étaient obligés pour vivre de se livrera diverses industries; ils tenaient des pensions d'étudiants, donnaient des leçons en chambre, faisaient des écritures et des traductions. Ainsi le docteur Jean Heberling, professeur de médecine, reçut en 1512 de la générosité du parlement 50 livres estevenantes pour avoir traduit des lettres d'Allemagne (4). Ils ne dédaignaient pas même le commerce, à ce point que le conseil de ville dut un jour censurer l'un d'eux, le docteur Morand, qui, profitant de la
(1) Archives de Dole, cote 1584.
(2) Idm, cote 1585.
(3) Actes du parlement, t. VI. p 198. — En lf>23. Bernardin Tornielli accepta les mêmes appointements pour trois ans. ( Archives de Dole, cote 1586.)
(4) « En considération, dit le mandat de payement, de h\ longue maladie qu'il i eue pendant environ neuf mois et aussi de la charge qu'il a de ses femme et enfans, pour le ayder et soubstenir en ses nécess tez esquelles il est survenu à raison de la dicte maladie; donné aussi en considération de plusieurs service* qu'il a faict ey en arrière tant à l'interprétacion des lettres escriptes en alemand venues en ladicte court que aultres services par luy faii au corps. -
franchise accordée aux membres de l'université pour l'entrée des boissons destinées à leur consommation, avait ouvert une boutique de détail et débitait du vin à 10 blancs la pinte (1). Il était urgent de remédier à cette misère et à ces scandales, lorsqu'en 1570 Philippe II augmenta la dotation universitaire de 5,000 fr. corn (ois par an, qu'un règlement du duc d'Albe répartit l'année suivante entre les divers professeurs. Jetons un coup d'œil sur celte pièce reproduite d'ailleurs plus loin, mais qui mérite une attention particulière, parce qu'elle nous fournit pour la première fois an ensemble de chiffres officiels sur la situation financière de l'université.
Les deux théologiens ordinaires professant la sainte écriture et les sentences sont augmentés chacun de 100 fr. par an. Le duc d'Albe leur promet en outre une prébende à l'église de Dole.
Le professeur principal en droit canon reçoit 200 fr. par an, et « le moins principal » 1 00. La même espérance leur est donnée.
Au professeur de droit civil étranger, il est alloué 600 fr., sans compter la somme qu'il touche de la ville ; 200 fr. à chacun des deux professeurs ordinaires anciens ; 200 fr. au premier professeur des institutes; 200 fr. à celui qui occupe la chaire de droit criminel.
Le lecteur principal en médecine reçoit les mêmes hono raires dont moitié seulement est attribuée au moins principal.
Les gages des régents de philosophie sont augmentés de 50 fr.; ceux du professeur de lettres latines de 1 50, et ceux des professeurs de grec et d'hébreu de 100.
Enfin, le notaire et le bedeau reçoivent 50 fr.
0) Délibération du conseil, du 4 février 1586.
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Ces chiffres ne représentent pas les traitements réels, mais seulement l'augmentation procurée par l'édit de 1571 . Il convient d'y ajouter le produit des rétributions scolaires et celui des examens, dont nous ferons plus loin connaître le tarif. Il faut également tenir compte des nombreuses immunités dont jouissaient les membres de l'université, comme l'exemption d'impôts, la décharge de toute taxe et de tout service municipal, guet, garde urbaine et logements militaires, de la réduction qu'ils obtenaient d'ordinaire sur le prix de leur loyer, enfin des prébendes attachées à certaines lectures. De temps à autre, mais rarement, des pensions et des bénéfices venaient même accroître le budget universitaire. Ainsi, sous le règne de Philippe II, grâce à je ne sais quelle influence, le souverain pontife avait autorisé l'école à percevoir une somme d'environ 600 fr. sur l'abbaye de Montbenoit (1). Si mince qu'ils fussent isolément, tous ces filets d'eau ne laissaient pas de former en se réunissant une grosse rivière, et à l'exception de quelques lecteurs ès-arts, toujours assez mal traités (2), la condition d'un régent de Dole au xvie siècle eût été fort enviable, presque égale à celle de ses collègues dans les autres universités (3), et assu-
(1) Rech Jet Etats de Franche-Comtt, t. II. p. 47.
(2) En 1551, les régent» ès-arts ne touchaient encore que 20 et 25 fr. de traitement annuel, quoiqu'ils fissent une leçon par jour.
(3) A Bourges, en 1550, .Viciât recevait par an 600 écus au soleil comme professeur extraordinaire; en 1557, Duaren y touchait comme doyen 960 livres ; Doneau 300 ; Bouguier 150 ; Jean Rahy, docteur r n droit canon, 140 ; Louis Roussard. lecteur d'institutes, 50. (Raynal, Histoire du Berry, t. III. appendice, n° xvm.) Lorsque Duaren mourut, la même université n'offrit à Cujas que 600 livres de gages au lieu de 300 qu'il avait lors de son premier protectorat, et si en 1575 elle portait ce chiffre à 1200 L, c'est que la grande réputation du maître l'avait rendu exigeant . Lei gouverneurs de Besançon, comme nous le verrons plus loin, ne lui firent pas des propositions plus avantageuses. Au xvu* siècle, un professeur ordinaire, Edmond Mérille. n'avait encore, malgré la dépréciation des espèces monnayée*, qu'un traitement de 500 livres, alors considéré comme supérieur à celui de ses collègues. — Les universités étrangères n'étaient guère plus généreuses. En 1556 l'académie de Prusse offrait à Hotman pour le retenir dans son sein 500 florins d'appointements; c'était, dit-il lui-même, un chiffre exceptionnel (Hotm. ep. vi. 5 juin 1556). A Heidelberg, en 1572, Doneau ne recevait que 200 florins, huit
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rément supérieure à celle de nos professeurs de facultés (1), si le désordre des finances et l'incurie d'une administration trop centralisée pour être partout vigilante n'avaient en fait singulièrement réduit la légitime rémunération de ses laborieux efforts.
Toute favorable qu'elle parût être aux intérêts scolaires, l'ordonnance de 1571 reçut pourtant sur l'heure de l'université elle-même une première atteinte. On a remarqué qu'elle attribuait au premier professeur de droit canon, sous le nom de principal, 200 fr. de gages, et 100 fr. seulement au moins principal, c'est-à-dire au second. Cette inégalité dans le titre et dans le traitement était contraire aux statuts qui avaient établi quatre professeurs principaux, deux en droit canon et deux en droit civil. Le 21 juin 1571 , sur la proposition du vice recteur Jean Colard, le collège décida que les quatre professeurs ordinaires recevraient un salaire égal et que la première annuité de la nouvelle dotation serait placée de manière à produire un revenu de 100 fr. qui permît d'élever les honoraires du second professeur de droit canon au même taux que ceux du premier.
Elle reçut bientôt après une seconde atteinte plus grave et malheureusement plus difficile à réparer. Malgré les inhibitions les plus énergiques (2), le receveur général des confiscations pour le comté de Bourgogne, qui devait verser la dot annuelle, sans doute encouragé par la chambre des comptes,
mesure* et demie de froment et une voiture de vin, comme prenùer professeur de la faculté de droit: '•'est lein des 15,000 florins que le célèbre Thibaut avait de nos jour dan-* la morne ville. Par contre, à Leyde, Doneau touchait 1,000 fl. en 1579 (Eyssel. I *i> le Doneau, p. 117*. A Louvain. les professeurs de théologie étaient gagés à 200 fl.'en 1549 Cependant les honoraires étaient plus élevés en Italie. Baldus avait 1.200 fl. en 1397 à Pavie ; Jason 2.250 fl. en 1492. et Menoch 6,000 livres en 1589.
(1) Les charges de conseillers au parlement de Dole, que l'on accordait souvent aux professeurs comme une récompense de leur longue et honorable carrière ; ne rapportaient en 1575 que • sept vingt-sept écuz. » (Rerh des Etats, t. 1, p. 229.)
(2, Elles furent renouvelées en 1572, 1579. 1581. 1583, 1593, 1597, 1616. 1619 et 1629.
saisit le prétexte d'une instruction du sieur Foncq pour fermer sa caisse, et refusa de payer. Le recteur se plaignit, le parlement délivra des contraintes à sa requête (i), mais l'opiniâtre comptable ne se fit pas faute de recommencer et son exemple fut suivi par le trésorier des sauneries de Salins. En 1578, l'université perdant patience députa au conseil privé de Bruxelles l'un de ses membres, alors simple écolier, Guillaume de Boisset, dont le père, conseiller au parlement, se rendait lui-même à la cour. Boisset sollicita énergiquement le paiement des nouveaux gages arrêtés par la jalousie tracassièredes maîtres aux comptes « dois depuis plus de trois ans. » On se contenta de lui donner copie d'une lettre adressée à la chambre, « pour faire comme il aura à soy régler. » C'était lui dire crûment : € vous nous fatiguez. » Quatre années plus tard, l'affaire n'était pas encore terminée, quoique le collège ait mis en mouvement les Etats de la province (2); on s'était même gêné moins encore : un particulier avait reçu, comme récompense de ses services dans les Pays-Bas, 60 fr. à prendre sur les deniers universitaires. Le 2 octobre 1582, le parlement est invité par des lettres royales à transmettre sans délai l'avis qui lui avait été demandé deux années auparavant sur la réclamation des professeurs, et la chambre des comptes est en même temps sommée de fournir ses explications. Croyez-vous qu'elle s'en émeuve? Nullement : elle répond le 16 novembre que le retard ne provient point de sa faute et qu'on ne saurait l'attribuer qu'au receveur des confiscations dont la négligence a égaré des pièces nécessaires. Ridicule excuse qui ne trompe personne, car le cardinal de Granvelle écrivait à ce sujet au sieur de Broissia : « ceulx de la chambre y ont mis difficulté à cause
fl) Arrêt du 14 août 1571. Un semblable fut rendu en 1599. (2) Reek$ deê Etals de Franche-Comté, 1. 1, p. 134 et 283.
de leur prétendue précédence (1). » Mais le conseil ne s'en occupa point davantage, puisqu'eo 1585, les Etats renouvelaient la demande d'un c assignai particulier » pour la dot universitaire que chacun se refusait à payer. Plus heureux que les indigènes, les professeurs étrangers recevaient régulièrement leurs gages à chaque trimestre, car on redoutait qu'ils prissent la fuite (2). Pour les autres, dont le salaire devait être soldé deux fois par an, le 8 janvier et le 8 juillet (3), on leur prêchait ironiquement la patience et la modération des désirs, lorsqu'on daignait leur répondre. Quelques-uns trouvèrent plus simple, non de quitter l'école à laquelle ils tenaient par sentiment national, mais d'escompter leurs mandats chez d'honnêtes industriels qui n'oubliaient pas sans doute leur droit de commission.
Ce n'étaient pas pourtant les écritures qui faisaient défaut. Les distributeurs dressaient chaque année l'état des lectures et faisaient soigneusement noter par le normateur les inexactitudes et les absences des régents. On en trouvera plus loin une preuve dans les pièces justificatives (4). Chaque vacance, chaque retard est pointé : il n'est pas fait grâce d'une demi-heure perdue. Mais à quoi bon tant de vigilance lorsque la caisse est vide? En dépit des registres, les gages demeurent impayés : au 1er février 1600, l'université n'avait reçu que 2,100 fr. sur 17,325 dus à ses officiers depuis 1593! On comprend que le patriotisme ne suffit pas à remplir les chaires et que les auditoires se dépeuplent. Si en 1577 « toutes les lectures sont pourveues, saulf l'extraordinaire et l'ébrayque, ceste-cy à faute de per-
(1) Lettrei du cardinal de Granvelle publiée» dans les Mémoires de la société d'émulation du Jura. 1864.
(2) Lch quittances de Bernardin Tornielli en font foi. '3) Décision des distributeurs de 1589.
(4) Ainsi oa lit dans l'état de 1596 : « M. Vnul-hard a faict deffault au dernier demy an. les 4, 5, 6. 8 et 9 d'aost, 9. 17 de décembre. ►
sonnaige ydoine pour la desserte d'icelle, et l'aultre pour ce que défaillant asseurance de payement, l'on n'y a appelé aucun professeur, » en 1594, huit sont vacantes, et l'année suivante six, entre autres les deux chaires de théologie et la chaire d'hébreu, c'est-à-dire celles qu'il aurait été le plus urgent de remplir, si l'on ne voulait fermer les cours et déserter la lutte contre un jeune et ambitieux rival, le collège des jésuites.
On la déserta en effet, et l'on dut même colorer des plus spécieux motifs cette honteuse retraite qui ne s'expliquait au fond que par l'indigence du trésor universitaire. Aussi quelles plaintes, quelles récriminations, quel concert de doléances ! Au sein de l'académie comme au conseil de ville, comme aux Etats, le mot de ruine est dans toutes les bouches : l'université s'en va, l'université est morte! Voici qu'en décembre 1595, l'archiduc Albert vient à traverser la Franche-Comté. La ville lui fait aussitôt présent d'une tasse valant 535 fr., afin d'avoir l'occasion de lui représenter humblement que l'école est en grande décadence par suite du manque de revenus. L'archiduc graliosie beaucoup les députés dolois, répond en espagnol, disent les registres municipaux, au compliment français de M. Chaillot, promet tout. . . et ne fit rien. Peut-être les charges du trésor royal, appauvri par diî longues guerres, retinrent alors sa libéralité. Mais plus tard les raisons d'économie disparaissent, et l'indifférence subsiste. En 1614, l'Espagne est en pleine paix, et cependant les professeurs déclarent aux Etats que leur revenu est réduit à 800 fr., « le quart à peine de ce qui conviendroit à seize officiers. » Ils ajoutent qu'ils ne reçoivent plus rien des sauneries récemment amodiées, ni de la dot de 3,000 fr. assignée sur les confiscations de la maison de Chalon, qui depuis ont été levées. Quant à la pension sur l'abbaye de Montbenoit, elle est depuis long-
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temps éteinte. Les Etats appuient chaleureusement la réclamation : que répond le gouvernement? « Leurs Altesses auroient pour agréable que les Etats ajoutassent quelques sommes de leurs deniers par an aux professeurs de l'université de Dole, comme naguère ont fait les Etats de Brabant aux professeurs de l'université de Louvain; mais, comme ils s'en excusent, et que lesdits professeurs leur ont fait présenter requeste, icelles la feront voir, et s'y résoudront au plus tost, le plus favorablement que, selon la courusse des deniers, se pourra faire (1). »
Voilà qui est clair : ni le prince ni les Etats ue veulent délier leur bourse; ils se retranchent derrière leur pauvreté : c'est une excellente excuse dans la bouche du monarque qui épuise l'or des Indes et dans celle de l'assemblée qui, le lendemain, paie 5,000 écus le sourire d'un ministre des Pavs-Bas!
Celte triste situation se prolonge jusqu'à la conquête de Louis XIV. Cependant, de temps à autre, pour ne pas trop mécontenter la ville, qui faisait entendre des plaintes souvent énergiques, le prince daignait augmenter sur le papier les revenus universitaires. Le 12 mai 1617, l'archiduc fixait à 5,500 fr. le chiffre de la dotation, y compris les 800 livres qui restaient de l'ancien fonds. Les traitements des premiers lecteurs en droit canon et en droit civil étaient élevés à 400 fr. et celui des seconds à 500. Le premier professeur de médecine devait toucher 550 fr. Deux ans après, on ajoutait 200 fr. pour le professeur d'anatomie et 1200 fr. pour le lecteur surnuméraire c dans le but de retenir à Dole les sujets de S. A. et tous autres attirés par la célébrité des maistres (2). » Le roi Philippe IV allait même
(1| Recès des Etats, t. II, p. 49. — Cependant les Etats accordèrent en 1621 600 fr. à l'université « pour ayder au voyaige en Flandre d'un commis député aux aflaires de ladite université. »
(2) Lettres patentes du 9 octobre 1619.
jusqu'à donner en 1631, sur la requête de Pierre Verney, professeur de médecine, en faveur de qui l'archiduc Albert avait créé en 1619 une chaire d'anatomie aux gages de 200 f., une somme de 700 livres destinée à la construction d'un amphithéâtre pour les dissections qui se faisaient jusqu'alors dans les maisons particulières ou dans des salles louées par les étudiants (1). Enfin en 1655, il instituait une chaire de droit coutumier bourguignon, qui fut confiée, mais seulement « par forme d'essay » au docteur Talbert, avec un traitement annuel de 300 fr. (2). Heureusement, Talbert sortit victorieux de l'épreuve, car six années plus tard il fut maintenu dans ses fonctions (3).
En vérité, ce ne fut pas la faute du pouvoir central si l'université doloise prolongea son existence pendant trois siècles et si elle fournit les conseils du gouvernement, comme les corps religieux ou civils de la province, d'hommes d'Etat, d'érudits, de lettrés, de doctes prêtres et d'illustres magis-
(1) V. Pièces justificative *.
(2) Idem. Supplique de Talbert au conseil des finances et ordonnance de payement de deux années de gages arriérés, en date du 22 janvier 1659.
(3) Ce que nous venons de dire de la dot s'applique au matériel de l'université, mérne à son logement. L'école n'avait que deux auditoires, une grande salle avec un vestibule a droite du porche d'entrée, et une autre pièce appelée nulle du canon, outre quelques chambres et un four. Une requête présentée au roi par l'université à la fin du xvi* siècle nous apprend que ces auditoires a sont situez sur rue publique fort e3troicte et subjecte au bruict des chariot/, personnes passans et repassons, et des mareschaux, serruriers, manouvriers et artisans besoigneux de leur inestier avec bruict ; qu'il n'y a aucungs portiques, court ny place soit couverte ou à l'ouvert pour les disputes des escoliers devant ou après les lectures, etc. » Elle conclut en conséquence à ce qu'il lui soit accordé trois ou quatre mille fr. pour construire trois ou quatre auditoires. Mais le conseil privé, consulté sur la demande, se borne à conseiller au roi d'inviter les habitants de Dole » qui reçoivent fruict et proflit de l'université » à supporter cette charge. En 1635, le collège renou\elle sa pétition, et le 9 mai une ordonnance lui alloue deux mille francs au lieu de trois qu'il sollicitait, mais le 21 juin, le receveur des épargnes répond :\ la sommation du recteur qu'il ne peut payer, parce qu'il n'a pas d'argent. En 1642, nouvelle réclamation adressée cette fois à la chambre des comptes qui écrit au bas : • patience qu'il y ait des deniers des parties casuelles. • Elle fit la même réponse en 1646 et en 1672 pour la dot de 3,300 fr. (Inventaire des titres de l'universiu'.)
Nous avons dit plus haut que l'université possédait une chapelle, /lédiée à saint Georges, où l'on célébrait tous les dimanches, à 8 heures, une messe solennelle.
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irais. Frappée dans sa constitution, dépouillée au nom de l'ordre de ses plus chères libertés, dédaigneusement oubliée de la métropole à l'instar de ces colonies lointaines dont l'Espagne ne se souvenait que pour les opprimer et les appauvrir, réduite à solliciter son pain comme une aumône, elle aurait succombé cent fois sous les débiles héritiers de Philippe II, sans le zèle de ses professeurs, sans le dévouement patriotique de ses enfants, sans cette énergie patiente, cette froide opiniâtreté, traditionnel apanage de la race franccomtoise, qu'on peut vaincre sans doute, mais qu'on ne lasse jamais.