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AUX GOUVERNEURS DE BESANÇON
(Î4 août 1566.)
Messieurs, je suis marry de ce que pour le présent je ne puis satisfaire à vostre désir. Monsieur Malarmé vous dira plus à plain le vouloir que Madame nostre maistresse, madame de Savoye et de Berry, qui m'a icy entretenu dix ou douze ans, le vouloir, dy-je, qu'elle a maintenant de m'ap-
(1) Ces instruction» avaient été préparées d'abord pour solliciter le concours du docteur Lorioz, dont le nom a été biffé sur la minute et remplacé par celui de Cuja».
procher près d'elle tant pour le maniement de ses affaires que pour l'université de Turin, et la promesse que je luy ay faicte là dessus, et comme je suis sur le poinct de m'acheminer vers elle. J'ay conté le tout audict sieur Malarmé comme à mon bon seigneur et ancien amy, aflln qu'il vous en list le rapport. Sans cela, je vous veux bien asseurer qu'il n'y a ville au monde où j'aymasse plus estre qu'en la vostre, car je sçay bien que le pays est bon, et qu'elle est pleine de beaucoup de gens de bien et d'honneur, desquels je pourrois recevoir toute courtoisie et contentement. Et vous remercie du jugement et élection qu'avés faicte de moy, qui est une honneur, pour raison de laquelle je m'estimeray toute ma vie obligé à vous faire service; et je ne dy pas qu'après avoir séjourné troysou quatre ans audict Turin, je ne me puisse retirer vers vous, si tel est lors vostre plaisir; et comme il vous a pieu de m'en semondreà ce coup, je pourray lors de mesme vous solliciter de me recepvoir. Cependant nous avons advisé Monsr Malarmé et moy, que de mes compaignons qui sont icy, celluy qui vous est le plus propre, c'est Monsr Leçon te. Et d'aultant qu'il est absent et qu'il ne sera de retour de quinze jours, j'ay prins la charge de luy présenter voz lettres que m'a laissé mondict sieur Malarmé, et de l'exhorter à vacquer à vostre université et ayder vostre louable entreprinse. Surquoy je travailleray celon voz intentions, ainsy qu'ung homme de bien doibt faire. Et vous en rendray responce ou audict Sr Malarmé, duquel je vous escriray cecy particulièrement qu'il n'est pas content de l'empeschement qu'il a trouvé en moy, pour la grande affection qu'il avoit de promouvoir le faict de vostre université. Mais aussi de mon costé je suis marryque je ne puis satisfaire à son désir, qui est de telle efficace en mon endroict, pour la vertu et doctrine et jugement bon que j'ay cogneu tousjours en luy, que luy seul eut esté suffisant de me tirer d'icy, si je n'eslois déjà lié par promesse à Madame nostre maistresse. Vous entendrez aussi de mondict S' Malarmé que si l'on peult sçavoir où est maintenant ung docteur en droict, nommé Jehan Hasten, nalifz de Gueldres, qui a aultresfois esté mon escnolier
à Valence et en ceste ville, et de qui vous pourrés entendre des nouvelles de Mr Martin Heilandt, qui est par delà, et qui m'a escript conformément à voz volunlés, parce qu'ilz ont esté compaignons en ceste ville, je vous puis asseurer en Dieu et en conscience que, celon mon jugement, ledict Hasten, c'est le plus sçavant homme en droict que j'aye rencontré jamais. Il peult estre de l'aage de 28 à 30 ans; mais je n'en cogneu jamais ny de vieux ny de jeune qui feut si docte en droict, ny de meilleures mœurs. Ce sera ung grand bieu pour vostre ville , si le pouvés recouvrer. Et vous diray bien davantaige, que si vous l'avés, il n'y a rien que je ne face pour estre en sa compaignie. Mais aussi n'espargnés rien de vostre costé , et considérés que tout partout où nous voulons aller, les seigneurs et villes nous offrent récompense fort grande et ample. Et au demeurant, si pour dresser les statutz de vostre université et la reigler, ou si en quelque aultre façon, estant absent, je vous puis faire service, ne faictes doubte que je ne le face de bien bon cueur, priant Dieu, Messeigneurs, vous donner sa saincte grâce et à toute la ville. De Bourges, ce 24 d'aoust.
Vostre humble serviteur
Jac. Gujas.
Au bas : Rec. le 4 de septembre 1566.
LES GOUVERNEURS DE BESANÇON