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CCLXXVII

veau la Franche-Comté avec la rapidité et l’éclat encore attachés à sa destinée, de se rallier un peuple héréditairement fidèle à la maison d’Autriche, mais dés affectionné par une administration aussi insensée et aussi perfide. Son premier soin fut de lui accorder tout ce qu’il lui avait déjà promis en 1668, c’est-à dire le maintien de tous les privilèges qui lui avaient longtemps fait confondre l’amour de ses princes avec celui de ses libertés. Il garantit ainsi l’existence de l’université doloise, tandis qu’il s’engageait à pourvoir les Bisontins de l’école que le traité de 1664 leur avait concédée. Comment concilier ces deux intérêts contraires? On espérait que l’avenir se chargerait de les mettre d’accord. En attendant, le nouveau gouvernement ne changea rien aux institutions qui existaient. Les cinq facultés demeurèrent à Dole, et Besançon dut provisoirement se contenter de ses collèges et de ce qu’elle appelait un peu fastueusement son académie. Heureusement pour elle, M. de la Fond, intendant de la province, qui avait deviné les besoins d’argent du marquis de Louvois et cherchait les occasions de lui fournir des subsides extraordinaires, vint à son secours. Il fit conseiller aux gouverneurs, qui avaient échangé leur titre contre celui d’échevins, de renouveler les demandes déjà faites sans succès au sujet de l’université (1) et leur promit

(1) On l’avait déjà sollicitée vainement en 1686. (V. la délibération du 11 août de cette année.) Voici quelques passages du placet alors envoyé à Louis XIV : - Sire, les vicomte-maycur, échevins et conseillers de votre cité de Besançon exposent très-humblement que V. M. leur a témoigné si souvent par ses bontés pateenelles quelle avoit à cœur l'agrandissement et splendeur de ladite tille, qu’ilz osent se jeter à ses pieds pour... lui demander d’y établir une université... Cette nouvelle grâce contribuera beaucoup à leur donner les moyens de s’acquitter des grandes debtes dont ilz sont accablez pour le débit de leurs denrées et à supporter... les charges journalières des logements des gens de guerre qui y passent et ceux des officiers généraux de la province dont la ville est chargée;... ce qui augmentera le nombre des estrangers qui viennent travailler à l’académie et qui sont obligez de s’en retirer pour aller estudier aux loix dans les universitez qui sont hors du royaume. . * Cette supplique fut renouvelée en 1688, après la prise de Philip bourg.

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sous main de leur faire obtenir celle de Dole, s’ils se montraient raisonnables, ou en d’autres termes, s’ils consentaient à la bien payer. Les registres municipaux nous font de cet incident un récit assez curieux :

« M. le Maire, après avoir souhaité le bonjour à la compagnie, a dit qu’il avoit un advis très-important à luy communiquer, dont un ami luy avoit fait part, mais eu mesine temps luy avoit recommandé de tenir la chose fort secrète, qui estoit que dans la conjoncture des affaires présentes le temps estoit fort favorable pour demander en cour le transport de l’université de Dole en cette ville, et qu’apparemmenl on y réussiroit si l’on vouloit sans perdre de temps travailler à cette affaire... (1) »

Là dessus, la délibération s’ouvre et les avis, unanimes sur l’avantage qu’en retirerait la cité, se partagent sur le chiffre de la somme à offrir et sur la question d’opportunité. Les prudents magistrats devinent bien qu’il faut délier les cordons de leur bourse, mais leur économie ne se hasarderait à le faire qu’à bon escient et au meilleur marché possible. — « D’où tenez-vous ces renseignements? demandent-ils au maire. — Je ne puis le dire, mais c’est d’un homme fort au courant de ce qui se passe à la cour. Qu’exigera-t-on de nous? Peut-être 200,000 livres? Non, réplique le mayeur, mon ami prétend qu’on se contentera de 150,000. » Seulement il recommande la discrétion, et chacun jure de ne révéler le secret à personne. Apres quoi le conseil se résout à offrir à S. M., tant pour le transport de l’université que pour celui de la chambre des comptes qui était restée à Dole, une somme de 100,000 livres une fois payée. Puisque le roi mettait ses faveurs à prix,

(1) Délibération du 17 mai 1691. — Les conjonctures favorables étaient la demolition des fortifications de Dole qui indiquaient le projet d abaisser cette 'il © au second rang dans la province et la demande laite par Dijon pour obtenir a translation dans ses murs de l'université franc-comtoise.

peut-être ne coûterait-il pas davantage de lui en acheter en même temps deux au lieu d’une.

Mais M. de la Fond, qui avait conduit cette intrigue avec la souplesse d’un intendant accoutumé à débattre le don gratuit au sein des Etats, n’entendait point qu’on discutât le chiffre auquel il avait d’avance taxé ses administrés. Il n’avait pas surtout prévu cette demande insidieuse de la chambre des comptes, qui diminuait beaucoup la valeur relative du présent et pouvait soulever une opposition désespérée dans la ville de Dole, successivement dépouillée, à l’exception de la plus récente, des juridictions souveraines qui faisaient autrefois sa splendeur (1). Aussi prit-il un visage sévère en entendant la lecture de la requête, et répondit-il sèchement au maire qu’il n’avait pas de conseil à donner à la ville, dont les officiers connaissaient mieux que lui les intérêts , qu’elle était libre de ne pas offrir plus de cent mille livres et même de ne rien offrir du tout , mais qu’en demandant la chambre des comptes ou en faisant une offrande dérisoire, elle s’exposait à un échec assuré dont il voulait bien l’avertir, et dont il déclinerait toutefois, pourlui, la responsabilité, en refusant son apostille à la pétition. Cette froide réponse eut tout l’effet qu’il en attendait : dès le lendemain , les députés de l’échevinage venaient humblement lui proposer 150,000 livres payables en trois termes et le prier d’én informer sans délai le marquis de Louvois. 11 fut convenu , sur la demande de l’intendant qui ne se payait point de vagues promesses , que le tiers de cette somme serait avancé un mois après l’installation de l’université par les membres du magistrat et les quatre officiers du bureau, dont le patriotisme s’imposait cette lourde charge (2), et que

(1) Le parlement avait été transféré à Besançon par des lettres patentes du 22 août 1676.

(2) Chacun des échevins prêtait 2,100 livres au denier vingt, remboursables à sa

le surplus serait versé dans les deux années suivantes . à l’aide d’économies réalisées sur les revenus municipaux , de la vente de quelques terres et d’un impôt sur la mouture, aussitôt remplacé, toujours à l’instigation du prévoyant la Fond, par une taxe sur les maisons. Un arrêt du conseil d’Etat ratifia bientôt ce traité qui reçut son exécution définitive au mois de mai 1691, par des lettres patentes enjoignant aux professeurs et aux suppôts de l’université doloise de se transporter à Besançon (1).

La cité touchait enfin au but de son ambition séculaire, mais à quel prix ! Si durs et si onéreux qu’ils fussent, elle oublia toutefois ses sacrifices le jour où elle reçut le seing royal et, mieux encore, le jour où le recteur magnifique , M. de Desnes, fit son entrée solennelle dans les murs de la nouvelle capitale du comté. Les lettres patentes, imprimées à cinq cents exemplaires , furent répandues dans tous les bailliages de la province, notifiées à l’archevêque, au marquis de Renty , lieutenant général du roi, à M. de Moncrif, commissaire ordonnateur, au premier président et au procureur général du parlement, enregistrées à cette cour souveraine, à la chambre des comptes et transcrites dans les actes de l’université. Lorsque les régents, précédés de leur chef, arrivèrent le 1 1 novembre au pont de Battant, ils y trouvèrent une députation de la bannière Saint-Quentin qui les complimenta au nom des habitants, et le contrôleur de la cité remit au recteur les clefs de l’édifice affecté provisoirement aux cours universitaires. Tous les corps de la ville y seraient venus eux-mêmes, selon le vam qu’en avait exprimé le conseil, si une question d’étiquette n’avait été soulevée au dernier moment à propos du salut. Mais les échevins Buzon et

famille par son successeur en cas de changement ou de décès. Les officiers du bureau fournissaient chacun 2,000 1. aux mêmes conditions.

(1) V. Pièces justifie. , p. 185.

Tinseau se rendirent sur l’heure au logis du conseiller Boisot où le recteur était descendu , afin de lui souhailer la bienvenue. Le premier avocat général Doroz profita de la rentrée de la Saint-Martin pour prononcer devant le parlement un pompeux éloge des doctes facultés, de la munificence du prince , du zèle et de la générosité des magistrats municipaux. En un mot, il y eut pendant plusieurs semaines un échange de congratulations réciproques qui dénotent non-seulement les habitudes cérémonieuses du siècle , mais la joie profonde qu’éprouvait la ville de son succès.

Quelques jours après, le 14 novembre, les cours s'ouvraient dans la grande rue, au couvent des Carmes mitigés, par une leçon de Henri de Charnage, premier professeur de droit canon. L’école ne s’était pas procuré cet asile sans difficulté. On avait songé d’abord à l’installer dans la maison de Mme de Lavernay , puis chez les PP. de l’Oratoire. Mais l'insuffisance de ces édifices contraignit la ville à envahir les bâtiments disponibles des Carmes , où se trouvait une salle assez vaste. Ce fut une véritable invasion, presque un siège, car les révérends Pères, mécontents du faible prix qui leur était offert pour la location , résistèrent aux agents municipaux comme à une troupe ennemie. Il fallut que M. de Moncrif leur arrachât les clefs du cloître et fit ouvrir une porte qu’ils avaient malicieusement murée. Pour les apaiser, on leur promit que cette occupation forcée ne serait que passagère; mais le provisoire dura un siècle. Quand la cité vit les cours ouverts et son école logée tant bien que mal , de façon à satisfaire strictement à la lettre de l’édit royal , elle oublia ses promesses et refusa tout nouveau subside (1). On ne put obtenir d’elle , vers 1716 , au

(1) En 1697, M. Guérinet, professeur d'anatomie, demande une salle de dissection au conseil de villequi le renvoie aux directeurs de l'hôpital. Cette demande «st renouvelée sans succès l'année suivante, puis en 1712.

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moment où le Roi augmentait les minces appointements des professeurs de médecine en leur confiant le service de PHôtel-Dieu , qu’un amphithéâtre d’anatomie et un jardin botanique, destiné à la culture des plantes médicinales. Encore celui-ci , qui a été plus tard occupé par la Comédie, cessa-t-il bientôt d’être entretenu par suite du manque de fonds (1 ).

Ce n’était pas indifférence, mais économie et pauvreté. Nul n’était moins disposé que l’échevinage à délaisser un établissement dont la conquête lui avait coûté tant de soucis. Un jour, le bruit courut à Besançon que les Dolois , humiliés de leur défaite, sollicitaient du Roi la restitution de leur université. Aussitôt le conseil envoya près du chancelier l’un de ses membres, M. Marquis, afin de protester au nom de la ville et au nom des facultés , trop obérées par le procès qu’elles soutenaient alors contre les avocats pour faire la dépense d’une députation spéciale. C’était une fausse alarme. Marquis rassura bientôt ses confrères en leur avouant qu’on s’élait fort moqué à Versailles de leurs vaines frayeurs (2). Quelques années plus lard, en 1722, un orage plus redoutable se formait non pas à Dole, mais à Dijon, qui depuis le commencement du siècle sollicitait une école générale. Grâce à l’indiscrétion des jésuites de Pont-à-Mousson à qui les Dijonnais s’étaient adressés pour obtenir un modèle de statuts, la ville avait été informée des mystérieuses démarches de ses voisins avant même que les Etats du duché les eussent appuyées de leurs suffrages. Elle s’empressa de les dénoncer au régent, au maréchal de Tallard , gouverneur de Franche-Comté, au ministre d’Armenonville ; elle agita en

(1) On parlait vers la fin du xvm* siècle de le transporter à Chaman. Mais l’allocation annuelle «le 500 livres qui devait être employée à l'achat des planfes étrangères n'ayant jamais été payée, il n’y avait en réalité rien à transporter.

^2) Délibération du 9 avril 1712.

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