LE MÊME AUX MÊMES
(3 novembre 1569.)
Messieurs, je croy que par le sieur Sauget vous sera déclaré l'assistance et sollicitacion quej’ay faictes envers
(1) Claude de La Baume, cardinal de la sainte Eglise romaine, archevêque de Besançon, prince du Saint-Empire, chancelier-né de l’Université de Franche- Comté, succéda dans l’archevêché & son oncle, le cardinal Pierre de La Baume, décédé en 1544, dont il était le coadjuteur. Mais il était alors si jeune que le chapitre de Besançon crut devoir procéder à l’élection d’un autre archevêque qui fut en état de gouverner, et élut François Bonvalot, abbé de Luxeuil. Celui-ci administra le diocèse jusqu’au 3 avril 1556, date à laquelle Claude de La Baume atteignit ses 25 ans et prit la crosse. Nommé cardinal en 1580, il mourut le 14 juin 1584.
Sa Saincteté pour la révocation qu’elle flst selon les mémoriaux que m’avez mandez contre l’érection do l’université en la cité, estant esté bien fasché do ce que ledit sieur Sauget ne remporte meilleur expédition de sa charge, commeje désirois.Toutesfois, encor qu’il semble que les choses soient remises en surséance, il no fault perdre l’espoir d’en avoir quelque bonne résolution, ayant Sa Saincteté loué tout entièrement et d’un bon visaige voz lettres, lesquelles par l’advis du cardinal d’Auguste (lequel vous fera response ez lettres que luy avez escriltes,) luy furent présantées par ledit sieur Saulget, lequel après luy avoir remonslré sa charge, nous en fismes l’explicacion à sadicte Saincteté, vous asseurant que ledict sieur Sauget y a faict tout ce qu’il a peu, et que y a montré l’airection de bon et vray citoyen ; et encor qu’il ait usé de toute diligence, je suis d’advis, remettant touttefois à voz bons jugemens et prudanccs, que l’on renvoiast ung homme de doctrine et bonne négociation pour solliciter cette affaire, et ne doubte point que dans deux mois nous n’en remportions quelque bon fruict, et pouvez estre asseurez que je me y emploiray de tout mon pouvoir pour la bonne affection que j’ay à l’augmentacion du bien et profllt de la cité, m’ayant promis l’ambassadeur de sa Majesté Impériale d’y tenir la main. Mais je ne puis moins que de vous advertir qu’en cest endroit l’on a faict beaucoup de mauvais offices, desquelzje laisseray la charge audict sieur Sauget pour vous en faire ample déclaration. Et sur ce je metlray fin à ceste en me recommandant très affectueusement à voz bonnes grâces, priant le Créateur qu’il vous donne.
Messieurs, santé heureuse et longue vie.
A Rome, le m' de novembre 1569.
Vostre bon prélat à vous faire service.
L’archevesoue de Besançon.
A Messieurs, Messieurs les Gouverneurs de la cité impériale de Besançon.
Au bas est écrit : R: par l’escuyer Sauget leix décembre 1569.
LES GOUVERNEURS DE BESANÇON
A BAUDOUIN
(10 décembre 1569.)
Monsieur Balduin. Après avoir si long temps attendu l’elTect de voz promesses faictes tant en public que particuliérement et par escript, et que le terme prins pour voslre retour est pieça passé inutiliement à nostre très grand interestz, combien qu’ayons satisfaict partout au contract qu’avez avec nous, nous avons advisé résolucment do nous pourvoir ailleurs allencontre des délays et remises desquelles le passé nous avez entretenu, et recouvrer au reste lesfraiz et interestz qu’avons porté à vostre occasion, ensemble des deniers qu’avez tiré en vertu du contract non accomply de vostre part, selon que nous trouverons pour le mieulx; do quoy nous vous avons voulu advcrlir par la présente, alïïn que sçachez nostre intention, ny mettez davantage de penne, nous recommandant à vous et priant le Créateur vous donner sa grâce. De Besançon ce x“ de décembre 1569.
Les Gouverneurs de la cité impériale de Besançon bien vostres.
A Monsieur, monsieur Balduin docteur et professeur es loix
à Paris, aux escoles de décret.
En marge : La présente a été réitérée le 17* de mars 1569.
BAUDOUIN
AUX GOUVERNEURS DE BESANÇON
{!" avril 1870.)
Messieurs, j’esperoyequc le tempset inapatienceet vostre discrétion et le tout bien considéré feroit que on m’useroit d’un aultre styl, comme de ma part je désiroys pour l'affection quejo porte à vostre républiquevousescrirecequi vous eut estépIusagréable.Maysayant maintenant receuvoz secondes lettres en pareilles termes que les premières, vous me pardonnerez si je suis contrainct de confesser que je trouve estrange leur langage, d’autant mesmes que je sçay n’avoir mérité une telle récompanse et que suys accoustumé, suivant l’honneur deu à nostre profession, d’estre allyeurs aultrement respecté depuys trente ans que je m’en mesle, mesmes en Allemagne el'Italie. Et loutesfoys il n’y a ville ou cité pour laquelle j’aye pris plus de paine que pourla vostre et avecque plus grande affection. Vosdictes lettres qui en somme et en conclusion me contremandent, comme aussy quand vous m’avés dressé et estably ce qui estoit préalablement nécessaire pour une université, vous m’avés assés contremandé facilement, et néantmoins vosdictes lettres par ensemble se plaignent que dés long temps je n’ay esté lecteur de loix chez vous, je ne sçay comment ny quand. Car je ne l’ay peu estre sans université, et d'avantage vous me menassés de je ne sçay quel procès, comme si le plus intéressé ou (comme on dict) le battu debvoit payer l’amende ; et allégués encores vostre contract, ettoutesfoys iceluy porte en premier lieu vostre promesse et obligation de dresser et establir une université en forme deüe et telle que portent les lettres de l’empereur Ferdinand, et n’y a aultre terme pretlx pour mon regard, que de lire en droict en une telle université ja dressée et establie. Vous me pardonerés de rechief si je pense estre jurisconsulte assez
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vieil pour entendre quelle est une telle obligation avecque ses conditions, et si sur cela je dy simplement que je suys bien prest d’en respondro en justice par devant juge compétent, et mesmes que je le désire pour ma descharge et pourmonstrer aussy combien j'ay plus mis que receu pour vostre service, car je suis aussy prest d’entrer en ce compte, estanticydomiciliésoubzun si bon et grand parlement qu’il n’y a pas faulte de juges compétens ou bien de bons arbitres, simyeux les aymés, quand il vous plaira me tirer en ce beau procès. Je ne recuseroye pas mesmes pour juges voz voisins messieurs de Dole, sinon que l’on voulut dire qu’ilz seroient plus tost mes garands ou parties en ceste cause et loutesfoys jamais je ne leur en ay encores escript. Bien est vray que comme je suis subject originaire du roy catholique, et que on dict que ceste cause luy attouche aulcunement, on en a parlé ici à monsieur son ambassadeur pour mon regard, et croy que quand il seroit besoin. Monseigneur le ducd’Albe vous en escriroit, comme aussy veult faire Monsieur, frère du roy, qui depuys naguères m’a honoré de l’estât de son conseiller et maistre des requestes ordinaires de son hostel pour m’employer en ses plus grandes affaires, mesmes en son prochain voiage d’Allemagne pour le mariage du roy avecque la fille de l’empereur; mais je ne peux pas bien luy faire tout le service qu’il attend de moy tant que mes livres, papiers, mémoires et meubles sont chez vous, comme ilz y ont esté portez pour vostre service. Maintenant donques qu’ilz n’y servent plus de rien, j’esperoy que avecque vosdictes lettres qui me conlremaudont il vous eut pieu me les faire renvoyer. Car aussy vous povés bien présupposer non seullement quelle fascherie ce m’est d’en estre privé il y a maintenant huict mois, mais aussy quel interesl ont en cela tous ceux ausquelx ce pendant je ne peux faire service, et singulièrement les princes et seigneurs susdicts. Par quoy je vous supplieroye aussy volunlierset pour vostre descharge et devant que iceux soient contrainetz de s’en mesler, que sans préjudice du difiérend susdict et ce pendant que j’attends ny que entriés en ce procès, pour lequel je ne suis que trop solvable et bien cau-
tionné, il vous plaise me mander vostre intention et bonne grâce sur le renvoy dudict mien dépost de livres, c'est à dire do choses sainctcs et inviolables, et qui ne sont pas tant à moy que au publique, afin que j’en puisse parler plus clerement à ceux qu’il appartient.
Voila, Messieurs, ce que rondement et simplement et franchement je vous peux escriro pour le présent, en adjoustant que non obstant l’inconvénient qui m’est advenu pour vous avoir voulu faire service, je persisleray encores en la mesme volunté et tant qu’il vous plaira. Et sur ce, après vous avoir présenté mes humbles recommandations, je prie Dieu de vous conserver. De Paris ce Ier d’avril.
Vostre humble serviteur François Balduin.
Reçues avec les autres icy joinctes, par M. de Chastaubert, le xv* d'avril 1570.