AU COMTE DE CHAR NY
(24 novembre 1571.)
Monsieur,
Comme depuis quelque temps nous eussions délibéré de mettre à eflect ung privilège d’université duquel il a pieu à l’Empereur honorer ceste sienne cité, nous avions fait communiquer noslre desseinga M* François Balduyn, professeur estant lors à Paris, pour l’employer aux premiers fondemens et establissemens de ladicte université, à quoy il s’oufTroit si avant qu’il promeit par plusieurs escripts de venir icy deans ung temps pour en convenir et prandre résolutions sur toutes choses avec nous. De laquelle sienne promesse et obligation il feit si peu de compte que voyansce temps estre passé et le sollicitans de l’accomplissement d’icelles par plusieurs messagiers et lettres, l'on n’en peust tirer aultre chose, par trois ans entiers, sinon des excuses et propos masquez nous mettant du tout hors d’espoir qu’il satisferoit à sesdicles promesses; de sorte qu’ayans ceste opinion de luy conforme à ce que depuis nous avons aprins de ses actions passées, nous entendions à nous pourveoir aultre part, lorsque de plain sault il s’aborde inespérément en ceste cité où il fut recuilly néantmoins avec tout le respect et honneur que sa profession pouvoit mériter. Et après luy avoir communiqué et faict sçavoir bien amplement nostre désir et tous empeschemens que l’on y préparoit, il traicta et s’obligea par exprès pour la première lecture en ladicte université, et par lectures publicques en donna l’asseurance, voire feit transporter icy ses livres et quelques
(1) Léonor Chabot, comte de Charny, grand écuyer de France et lieu tenant général du duché de Bourgogne.
meubles à noz fraiz, puis soubs couleur d’aller mectre ordre en sa maison, s’eslant faict avancer gages et payer la pension d’ung loigis, se partit d’icy sans jamais y estre retorné ny faict debvoir quelconque de satisfaire à son contract, moins proposé aulcung raisonnable moyen par lequel il eu fut empasché. Or comme il a cogneu que sesdicts livres et meubles estansicy apportez à noz frais ne luy seroient relaschez qu’il n’eust faict le remboursement de tant de fraiz esquels il nous a mis, il a recouru au Roy très-chrestien et par une sienne requesto n'a rien oblié pour desguiser la vérité de tout, jusques à dire que sur lesdicts livres et meubles l’on se serait getté comme par forme de quelque hostilité barbare, pensant par tel moyen obtenir de sadicte Majesté permission de pouvoir faire arrester tous biens meubles ou immeubles qu’il pourra treuver riére le royaulmede France apparteuans à ceulx de Besancon, que sont moyens extraordinaires et que ne peuvent bien convenir en ce cas; selon aussi que nous estimons sa Majesté ne le consentira. Pour révérence de laquelle, puis qu’il luy a pieu par ses lettres closes nous requérir de convenir de juges compétens pour le vuidange de ces différends, nous les avons submis au jugement de la chambre impériale de Spyre, laquelle par droict en peultet doibt cognoistre, attendu que le contract obligatoire a esté faict en ceste cité impériale où aussi sont les libvres et meubles que ledict Balduyn répète, lesquelz nous avons ouffert rendre à caution lldéjussoire et recéante de ceste cité, et de plus luy relascher purement et simplement ces quelques libvres et mémoires escriptz à la main, dont il faict grand cas. Toutes ces choses estans contenues en la response qu’avons faict à sadicte Majesté, laquelle, comme elle contient ung véritable discours du tout, nous avons désiré singulièrement luy estre présentée, l’amytié et bonne affection que porte vostre Excellence à ceste république, ensemble la faveur et accès qu'elle ha auprès de la personne duRoy, nousontconduictà vous supplier de faire entendre ce faict icy à sadicte Majesté avec nosdictes lettres pour retrancher ce que l’on luy pourrait suggérer au contraire.Que
s’il plaist à vostre Excellence nous faire ce bien, ce sera pour tant plus nous rendre affectionnez à vous faire humble service où l'occasion se présentera et que vostre Excellence nous en vouldra requérir, à laquelle présentant nos humbles recommandations, prions Dieu la vouloir maintenir en toute grandeur et prospérité. De Besançon, le xsiui* de novembre 1571 (1).
Geulx qui sont bien affectionnez à vous rendre service, les gouverneurs de la cité impériale de Besançon.
A Monsieur. Monsieur le conte de Charnv.
BAUDOUIN
AUX GOUVERNEURS DE BESANÇON
(20 septembre 1573.)
Messieurs, pour ne vous rompre la teste de redictes, dont estes recors, joinct que ce porteur porte par lettres et mémoires ce que j’eu pourrois dire, je ne feray que vous requérir et prier d’une favorable audience en justice, et accompagner ce porteur (qui est envoyé vers vous à ces lins) d’une telle requeste, puys qu’il ne m’est encores permis d’y aller moy mesme, comme je désirois bien, et que je sçay que m’ayant ouy, il n’y auroil plus de différends. Mais il plaira à vostre discrétion et équité et bonté faire en cela ce que je nedoubte pas qu’il en soit faict finalement, après que le tout soit par vous bien entendu et considéré par vos bonnes grâces, auxquelles pour cela je présenteray mes humbles recommandations en priant Dieu
(1) Le même jour, le* gouverneur* de Besançon adressaient don* le même but une lettre à peu prè* semblable à la comtesse de Charnv.
de vous conserver et la tranquilité de vostre cilé et république. De Paris, ce xx* de septembre (1).
Vostre ancien serviteur
Balduin.
Reçue le 7 novembre 1573.
REQUÊTE
PRÉSENTÉE AUX GOUVERNEURS DE BESANÇON PAH PHILIPPE LABBÉ, FONDÉ DE POUVOIRS DE BAUDOUIN, POUR RÉCLAMER LES LIVRES, PAPIERS ET MEUBLES DE CE DERNIER.
Dans cette longue requête, Philippe Labbé, « licentiéez-loix, envoyé par devers vos Seigneuries par le sieur ambassadeur d’Espaigne en France, et révérend sieur Monseigneur l’Evesque de Sainct-Flour (2) , » expose que Baudouin aurait volontiers enseigné le droit à Besançon, « ne fussent esté les troubles qui surveiudrent en France, qui de ce faire l'empeschèrent, estant contrainct séjourner à Paris, en attendant tousjours la fin d’iceux, et que le chemin fust seur pour s'acheminer en ceste cité; » qu’il se fit remplacer par un docteur nommé Richard, « assez cognu » qui alla « à grands fraiz et danger de sa personne » de Paris à Besançon, et ne reçut aucune indemnité des Bisontins; qu’il s’y rendit lui-même plus tard, conféra avec les gouverneurs, lit plusieurs lectures et répétitions, « excita plusieurs jeunes docteurs natifz et originelz dudict lieu de s’employer et soutenir disputes publiques en droict et faire plusieurs lectures esquelles il assista; » qu’il fit venir
(1) Baudouin mourut peu de temps sprès à Arras, dans un accès de fièvre chaude, le U novembre 1573.
(2) C. de la Baume, conseiller du duc d'Anjou, puis évêque de Saint-Flour. 11 écrivit lui-même, en 1573, aux gouverneurs de Besançon.
ses livres et ses meubles de Paris; mais qu’ayant obtenu un arrêt du parlement de Paris contre l'évêque de Lectoure(l), 111s naturel du défunt roi de Navarre, il fut obligé de retourner dans cette ville et y apprit bientôt que « sa sainteté papale » interdisait l’érection d’une université à Besançon.
Il crut alors qu’il était inutile et malséant de lutter contre la décision du Souverain Pontife et se contenta d’écrire aux gouverneurs qu'il se mettrait à leur disposition dés que l’interdit serait levé.
La requête se termine par l’énumération des pertes subies par Baudouin en déférant aux désirs des Bisontins. Les dépenses dpnt il n’a pas été remboursé s’élèveraient, d’après lui, à plus de 1,500 écus. Mlle conclut à ce qu’on lui rende ses livres et ses meubles.
A cette requête est annexée la procuration donnée par Baudouin à Labbé devant M* Carrol, notaire du Roi au Châtelet de Paris. Elle est affirmée et scellée le 27 septembre 1573 par Antoine I)u Prat, seigneur de Nantouillet, garde de la prévôté de Paris.