‹ Les Ursulines de Paris sous l'Ancien RégimeChapitre 61 sur 87 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Or, les Ursulines étaient propriétaires : pesant souci! Elles avaient des mitoyennetés, des appartements qu’elles louaient et dont nous conservons les « états des lieux », des maisons achetées à des religieux où l’on avait négligé les lettres d’amortissement; elles avaient même une fontaine. Et tantôt Chicaneau et Mme de Pimbêche s’y querellaient, tantôt un procureur, infortuné Dorante, tâchait d'y résoudre un procès. Mais qui pourrait croire qu’un mur — «un vieux mur, crêté d'herbe, enguirlandé, couvert — ici de vigne rouge, ici de hierre vert » — serait déjà un héros de roman.

Une mitovenneté,

Le monastère de la rue Sainte-Avoie avait pour voisinage l’hôtel d’Avaux, appartenant à (très haut et trés puissant seigneur Messire Louis Victor de Rochechouart, duc de Vivonne, pair et maréchal de

1. Archives nationales, H5 4184, 4185, 4186, L 1078, S 4764, 4765,

1766, S 4770 : monuments ecclésiastiques : couvents de femmes, livres des rentes, registres des pensions, baux d'appartement.

France, gouverneur et lieutenant-général pour le roi des provinces de Champagne et de Brie, général des galères de France et autres lieux », car les religieuses avaient acheté, le 29 janvier 1686, pour quarante deux nulle hvres, l'hôtel de Lagny joignant les deux propriétés !. Certes, le quartier du Marais avait perdu de son prestige : depuis la mort du roi Henri II, l'hôtel des Tournelles ayant été abandonné, Louis XIII avait mis à la mode la place Royale : et tournois, courses de bagues, vitrines éblouissantes attiraient les précieuses sous les arcades; quand le Palais-Cardinal et le Louvre eurent déplacé la belle société mondaine, les vieilles demeures en brique rose, les hautes toitures à la Mansart abritèrent encore autour de la rue Saint-Antoine et de la rue du Temple les grandes familles de France; et dans leurs salons l’on eût peut-être surpris quelque discours sur le Tendre. Le duc de Vivonne et de Mortemart n’était pas des moindres : frère de Mme de Montespan, il avait épousé en 1655 la fille du président de Mesmes, fort spirituelle et très riche; la bienveillance de Louis XIV devait un jour marier leur fils à la troisème fille de Colbert, Anne-Marie. Et Sarnr-Srmon disait de ce fameux vainqueur qui fut vice-roi de Sicile : « c'était l’homme le plus naturellement plaisant, et avec le plus d’esprit et de sel, et le plus continuellement, dont j'ai ouï faire au feu Roi cent contes meilleurs les uns que les autres qu’il se plaisait à raconter )».

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