LES URSULINES DF QUÉBEC
encore le secret de son Dieu. Le R. P. Salin, qui était son directeur, fut frappé de ce courage admirable qui eût été prêt à passer par l’eau etle feu pour la gloire du divin Maître, et il comprit que le ciel avait quelque grand dessein sur cette âme, Sous un guide aussi éclairé, l4 fervente jeune fille put marcher sans crainte d'illusion, en attendant une manifestation plus sensible des vues de la divine Providence.
Six ans plus tard, une expédition d’Amazones chrétiennes, selon l'aimable expression du KR. P. Le Jeune, se disposait à ‘quitter l'ancienne France pour la Nouvelle. On se rappelle qu’à la veille du départ, une jeune fille élevée avec Mme. de la Peltrie et qui ne devait s’en séparer qu’à la mort, regarda en arrière et se refusa au sacrifice des douceurs de la patrie. Grand fut alors l'embarras de la généreuse fondatrice. lle en conférait avec la Mère de l'Incarnation, quand survint le R. P. Salin pour faire ses adieux aux misssionnaires. Il apprend leur difficulté........Un éclair jaillit dans son âme! Il a en me a le sujet que Dieu a, de toute éternité, destiné à cette glorieuse entreprise! Sortant en toute hâte, il fait avertir Mile. Barré de se rendre au plus tôt auprès de la Mère de l’Incarnation. Elle arrive sans se douter le moins du monde de quoi il était question. Mme. de la Peltrie lui demande aussitôt sans autre préambule, si elle ne serait pas disposée à l'accompagner en Canada, Mlle. Barré répond sans hésiter que son désir est de se faire religieuse et qu’elle ne manquera pas certainement une si belle occasion de risquer sa vie pour Dieu. C'était la disposition des Apôtres qui, sur la simple invitation du bon Maître, quittaient tout pour le suivre. ‘“ Nous la reçûmes, dit la Vén. Mére, comme un présent que Dieu nous faisait, ; ::.' nous accompagner en notre voyage ct participer au sacrifice que nous allions faire de nos personnes à sa divine Majesté.”
Mlle. Barré était la plus jeune de la troupe apostolique, mais elle ne fut pas la moins courageuse, résistant à toutes les sollicitations de sa famille et ne voulant pas même aller dire un dernier adieu à sa bonne mère, de crainte que la nature se réveillant ne nuisit en quelque chose à la perfection du sacrifice. Elle pria
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seulement qu'on lui permît ‘“ de porter la clef de son coffre à une personne fiabie de sa connaissance, afin qu’elle pût rendre ur dépôt qui appartenait à une amie.”
Le sentiment qui s’empara de l'âme de cette admirable jeune fille, fut celui d’un profond anéantissement, sentiment qui l’accompagna toute sa vie, ne pouvant comprendre comment Dieu l'avait mise en une aussi sainte compagnie, et l'avait appelée à partager les travaux, les mérites et la gloire ‘d’une œuvre aussi sublime,
Mme. de la Peltrie, ravie de sa générosité, lui avait promis de lui faciliter l’entrée de la religion en lui payant sa dot. Elle tint parole aussitôt que le monastère fut en état d'admettre des novices. Mile. Barré avait travaillé de concert avec nos Mères jusqu’à l’année 1646, où elle devint le germe d’un noviciat qui ne devait nas tarder à être florissant. Que dire de sa ferveur, de sa fidélité à cette gràce si longtemps attendue et désirée ? Elle se montra dès lors l’émule des plus ferventes dans la carrière religieuse. ‘“ À l'exemple de son divin Epoux, qui s'appelle un Dieu caché, elle n’aspirait, dit sa notice, qu’à s’anéantir et à disparaître, traitant son corps comme son plus grand ennemi, ne se chauffant presque jamais, mangeant si peu que sa vie était un jeûne continuel, se refusant en un mot les satisfactions les plus innocentes.” Sr. Charlotte, lui disait à ce sujet l’aimable Mère St. Joseph, vous aurez une belle amende honorable à faire à votre corps à l'heure de la mort !—“ Ah ! ma Mère, répondait sur le même ton notre fervente novice, vous ne savez pas combien je le ménage en secret | ”
Nos lectrices ont assisté en 1648, à la cérémonie de profession de la Mère St. Ignace, et sans doute elles ont béni Dieu avec nous d’avoir donné un si parfait modèle aux vierges qui devaient, dans la suite, offrir les mêmes vœux sous le patronage d'Ursule.
“ Après sa profession, elle s’employa avec zèle à notre saint Institut pour lequel elle avait un grand talent, se faisant à la fois aimer et craindre des enfants, joignant à une extrême bonté et charité la fermété qui convient à une maitresse. On sait quel fut H
son dévouement lors du premier incendie, où elle n'hésita pas à exposer sa vie à un péril imminent, d'où elle n’échappa que par miracle, afin d’arracher aux flammes ses chères petites innocentes.
“ Dieu avait doué cette chère mère d’un esprit solide, prudent et sage, accompagné d'une mémoire heureuse et d’un très-bon jugement, d’un courage magnanime, propre aux grandes entreprises.
‘ Ce fut surtout dans la charge de dépositaire qu'elle s’acquit l'estime générale, non-seulement par sa haute intelligence des affaires, mais encore par sa charité universelle et son aimable prévenance. Ses nombreuses occupations lui laissaient-elles un moment de repos, on la voyait aussitôt courir au pied des autels, et à, prosternée dans l'humble attitude du publicain de l'Evangile, elle semblait se vouloir abîmer devant la Majesté divine.
‘ Notre chère Mère reçut plusieurs faveurs surnaturelles, qui furent approuvées par les personnes les plus entendues en ces matières, et qui montrent clairement combien cette âme était précieuse et chère à Dieu. A l’époque mémorable des attaques des Anglais, en 1690, elle parut choisie de Dieu pour être une de ces victimes destinées à fléchir le Ciel. Elle reçut une impression si forte de l’infinie sainteté de Dieu, et de l'extrême malice du péché, qu'elle entra dans un état indicible d’anéantissement et de contrition, état qui lui dura plus d’un mois, et où toutes les facultés de son âme furent tellement absorbées qu'aucune occupation extérieure ne pouvait l’en distraire.”
Dans les dernières années de la vie de la Mère St. Tonace, il fut encore question de l’établissement d’une raaison de notre ordre à Ville-Marie. Mlle. Barré avait suivi Mme. de la Peltrie à Montréal en 1641, et ensemble, selon nos manuscrits, elles y avaient marqué la place où pourrait se fonder un second Monastère d’Ursulines. L'entreprise eût été alors aussi téméraire qu’inutile ; mais bien des fois depuis, ‘ on sollicita, on pressa fortement ” nos Mères de réaliser ce premier projet, et le grand nombre de jeunes Dlles. de Montréal qui se trouvent sur nos listes d'élèves, explique ces pressantes sollicitations. Vers 1690, la Communauté se trouvant en état de répondre à cet appel, la Mère Charlotte Barré de St. jgnace fut une des premières à proposer
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l'exécution du projet, et nos Mères s’y portèrent très-volontiers, n'ayant vu qu'un nouveau moyen d'étendre le bien, dans l’établissement récent des Sœurs de la Congrégation à Québec. Les MM. de St. Sulpice, qui avaient été fondateurs et organisateurs de l'Ile de Montréal au prix des plus grands sacrifices, craignirent, au contraire, que cet établissement ne nuisît à leur propre fondation dans la fervente Communauté de la Congrégation N. D.; aux offres de services de la part de nos religieuses, ces messieurs répondirent que Montréal ne suffirait pas à occuper deux Communautés enseignantes, Comme l'ambition de nos Mères ne paraît avoir été en aucun temps proverbiale, elles furent satisfaites de leur bonne volonté, et se réjouirent de voir tant de jeunes filies de toutes les parties du pays, continuer à venir s'instruire auz lieux mêmes où la Vén. Mère Marie de l’Incarnation avait laissé de si précieux parfums de sainteté. Quant à la vénérable Mère St. Ignace, elle ne songea plus qu’à sa mission dernière, celle de préparer ses comptes pour le Dieu qui juge et qui récompense.
“ Ce fut dans la nuit du 22 janvier 1701, que cette belle âme vit poindre pour elle la lumière de l'éternité, souhaitant ardemment de voir la fin de sa vie pour mettre fin, disait-elle, à sa vie pécheresse, et pour s'unir à son souverain Bien. Elle expira dans des sentiments admirables de piété et de joie, ayant eu l'esprit présent jusqu’à la fin. Elle a reçu la bénédiction de la femme forte, ayant ri à son dernier jour (1). On peut dire aussi en toute vérité qu’elle est morte dans le baiser du Seigneur, puisqu'elle rendit l’âme en baisant les pieds de son crucifix qu’elle avait amoureusement porté à ses lèvres. Elle achevait sa quatrevingt-unième année dont elle avait passé cinquante-cinq en Religion.”
La dernière maladie de la Mère Charlotte Barré de St. Ignace fut une pleurésie, qui l’emporta au septième jour comme sa chère bienfaitrice, Mm. de la Peltrie, à laquelle elle avait survécu près de trente ans, Sa notice est visiblement encore du style et de la
(1) Livre des Proverbes.
main de la Mère Anne Bourdon de Ste. Agnès, qui se trouvait la doyenne de notre Communauté à la mort de cette vénérable Mère,
Za Mère Agnes Duguet de la Natibité et sa charitable intivnrière.
La Mère N'iguet de la Nativité, présentée à nos lectrices comme novice en 1665, n'eut pas une aussi longue carrière que la plupart de ses compagnes de noviciat, puisqu'elle n’atteignit que sa cinquante-quatrième année, n’en ayant pas trente-trois de profession religieuse,
Sa notice la donne comme douée ‘ d’un excellent cœur, d’un jugement sûr, de beaucoup d'esprit et d'adresse, et, ce qui vaut mieux encore, d’une véritable humilité. Voyant la Communauté si pauvre qu’il fallait travailler des mains pour vivre, elle utilisait avec une industrie ravissante tous les petits moments que ses emplois lui laissaient libres, gravant et dorant des ciboires, des figures de la très-sainte Vierge, des vases à fleurs, des chandeliers ete. pour les différentes paroisses, ayant un talent remarquable pour ce genre de travail. Comme le nombre de nos sœurs converses était insuffisant pour les fonctions que la règle leur assigne, elle s’offrit de grand cœur à en tenir lieu, regrettant de n’avoir pas eu l'idée d’embrasse. cet état, tant était grand son amour pour la vie humble et cachée du Sauveur.
“ Notre Seigneur semblait se plaire à conduire cette chère sœur par le chemin royal de la Ste. Croix, et elle entra si bien dans ses desseins qu'elle s’offrit à lui pour souffrir, demandant de faire son purgatoire en ce monde. Il semble qu'elle ait été exaucée, car elle endura pendant quatorze mois une maladie tellement cruelle et crucifiante, qu’on ne pouvait la voir sans s’attendrir jusqu'aux larmes. Elle fut pendant huit mois véritablement clouée à son lit de douleur ; cependant la fidèle disciple du Dieu pauvre qui s'était fait le fils du charpentier, suppliait encore qu’on lui apportât ses instruments de travail, nous voulant persuader, dit l’Annaliste, que cela la soulageait,
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Le 4 avril 1702, Je troisième fois Je St, 4 ferveur d’une prédestinée, après, *Percevant, dans la malade les symptômes aine, le R, P. commença en présence du trèsnt los prières de Ja recommandation de fut en si divine COMpagnie qu'elle eut ] cette vie à l’autre, Mourant sans qui disaient assez que sa mor Cette chère Mire était maîtr futatteinte de ]n crue
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à l'époque du licenciement Carignan après les victoires lemportées sur Jes retiré sur ses terres à l'ile aux (rues, Québec, ÿ vivant comme Jos Patriarches, SurVeillant lui-mé domestiques, ct élevant dans Ja crainte de Dicu famille, Ayant ensuite accepté la ch vint s'établir à Québec et plaça peu Deux d’entre elles se décidèr ce vaillant soldat qui av:
recula pas devant le viève, l’aînée, Ursuline.
Douée de beau Puy à sa sortie du Couve amis, et elle se tr plus propre à ch piration cé
du régiment de Lroquois, s'était douze lieues en bas de me ses Sa nombreuse arge de Lieutenant Civil, il après ses filles au Pensionnat, ent À embrasser ]a vie religieuse, et ut toujours gi fidèlement servi son roi, ne sacrifice que lui demandait son Dieu : Gencentra À l'Hotel-Dieu, et la jeune Marie se fit
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entre la grâce et l'attrait des plaisirs, qu'il paraît comme impossible de soutenir à tant d'autres, la jeune Marie le soutint avec une étonnante facilité, Elle avoun à une amie intime qu'elle n'éprouvait dès lors qu'un extrême éloignement des créatures, qui ne laissent toujours après elles que vide et ennui, quelque aimables qu'elles nous paraissent,
De retour au Monastère en qualité de postulante, Mlle, Du Puy se distingua tout d'abord par sa ferveur, et elle prononça ses vœux avec la piété d'un ange, ne s'apercevant même pas d'un accident qui dérangea toute l'assistance, Son attrait particulier la portait à prier sans cesse, accomplissant ce précepte du divin Maître, non pas précisément à la manière de ces saints et saintes du sanctuaire qui sont en adoration perpétuelle, mais en tenant son cœur attaché à Dieu au milieu même des plus pressantes occupations, vivant dès ici-bas d’une vie toute céleste et divine, Elle ne comprenait pas que l’on pût jamais s’ennuyer à la prière, et avouait ingénument qu'elle se sentait une inclination aussi forte et entraînante à faire oraison, que l'oiseau à s'envoler dans les airs; elle eût passé dans ce saint exercice les nuits entières si l'obéissance ne s’y fut opposé. Sa mortification allait de pair avec sa dévotion, dit la notice; on voyait en elle une certaine générosité et grandeur d'âme qui la portait à imiter, dans la vie des saints, ce qu'il y avait de plus parfait, tandis que son zèle pour le salut des âmes lui faisait trouver son bonheur à sacrifier son repos et sa santé, aux devoirs imposés par l'instruction de la jeunesse, Elle célébrait toujours dans de nouveaux sentiments de gratitude envers Dieu, chaque anniversaire de son entrée en religion, de sa vêture et de sa profession religieuse, appelant ces jours bénis sa Pâque particulière et délicieuse, où le Seigneur l'avait fait passer de la terre d'Egypte à la terre du repos et de la paix.
“Mes amis, disait-elle dans une écrit tracé de sa main peu avant sa mort; mes amis, ne m'importunez plus; laïissez-moi jouir en repos de mon Dieu. Je veux contempler ses perfections infinies ct ne plus m'occuper que de lui seul. Adieu monde! je m'en vais
à mon Dieu pour vivre en lui dans un recueillement perpétuel et
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HISTOIRE DU MONASTÈRE, 63 ne m'en séparer jamais.""—"* Son humilité était si grande, dit M, Glandelet, alors supérieur de la maison, qu'elle se donnait en toute chose le blâme ; à l'entendre, on eût dit qu'elle était la personne la plus imparfaite du monde, —Venez, Seigneur, disait-elle, et couvrez du manteau de vos miséricordes les innombrables imporfections qui me retiennent loin de vous.”
Cette chère sœur semblait pressentir la mort qui devait la réunir sitôt à son Epoux céleste; toujours est-il qu'à cette époque on s'aperçut qu’elle tendait à un plus parfait détachement des choses de la terre, Sa tendresse pour sa famille était extrême et elle eut d'immenses sacrifices à faire en la quittant ; que dire done du gluive qui transperça son âme quand elle se vit enlever presque en même temps, sa mère, trois de ses sœurs établies dans le monde, un petit neveu et une petite nièce ! “ Cependant, dit sa notice, non-seulement elle accepta avec une résignation toute céleste la coupe amère de la douleur, mais pour s'assurer d’une générosité complète, elle s’offrit elle-même comme victime au Seigneur, Son offrande fut agréée ; atteinte de la petite-vérole qui faisait alors de si affreux ravages dans le pays, elle mourut le septième jour dans les dispositions où elle avait vécu, ce terme suffisant sans doute pour la disposer à entrer en possession de Celui après lequel elle avait si ardemment soupiré. Cette jeune Sœur sur la quelle 1 C'ommunauté avait tant compté pour l'avenir, achevait à peine sa vingtquatrième année, dont elle avait passé neuf au service du Seigneur.”
Da Mère I, Madeleine Gauthier de Comporté de Ste, Agathe,
La jeune sœur Ste. Agathe fut ici la troisième victime de cette terrible contagion de 1702, 1703 ; elle mourut le 28 février, quatre jours après la précédente dont elle avait été compagne de noviciat, Cependant elle n'avait pas répondu avec la même promptitude que Mile. Du Puy à l'appel de Dieu, qui lui offrait la grâce si inappréciable de se consacrer à son service.
Mile. Marie Madeleine Gauthier de Comporté, fille du grand Prévost de Québec, avait parcouru avec succès ct en fort peu de temps son cours d’études. D'une figure douce, fraîche-:et gracicuse, d’une humeur gaie, accommodante et facile, elle réunissait
à l'âge de quinze ans toutes ces qualités que le FU M La famille avait déjà songé à une ns TER LES à jeune demoiselle se voyant fêtée dès son début quve L Fe . prit goût au plaisir ; les divertissements et la RS des ages issurés de bonheur, $es parents de un 50 : : venaient ses moindres désirs, tout FARen si not | : . jours rayonnants d’une joie sans mélange. ons sie an ie peut être la condition humaine, dont l'instabilité détruit ue samment les projets les mieux concertés, et cette sausente . honorable famille en fit bientôt la douloureuse at : Gauthier, frappé d'une maladie mortelle, fut SoPrE en ik jours à sa famille désolée, et Mme. de Comporté, ne Re a tenir le poids d’une douleur aussi inattendue, suivit son mari dans le court espace de trois semaines,
Quelle désolation pour notre jeune Reel I À quoi, se disait-elle dans l’amertume de sa douleur, à quoi on ou alliance humaine dont les liens peuvent se AU ; vite : brisant le cœur !......” Cependant, Mile. de Comporté n'a rat de encore le courage de rompre avec un monde ie avait NUE pour elle de Ia complaisance, et ce ne fut qu ue avoir mue bien sensiblement le désoût que le FAURE répandait en . sur ses plaisirs, qu’elle se rendit enfin à caur cu a ke depuis si longtemps son cœur. LRISIuen a illusions passées, elle prit une résolution durable, Nu a M verser une larme cette société qu’elle avait tant ae è
\ fe f n reçut le voile sous le nom de Ste. Agathe, fi are L imiter cette vierge sage et prudente, en ty rue Ë lampe toujours prête, pour aller au-devant de l'Epoux céleste,
La Mère Ste. Agnès, supérieure, écrivant en FRA la ss de cette chère sœur, lui rendait le témoignagne san petite de corps et fort délicate, elle était si dure 5 : RAA qu'elle ne se plaignait jamais d'aucune incommodité ; | st orsqu ne voulait lui faire prendre quelque sulsgement, elle ie es d'une manière si persuasive qu’on était obligé de la laisser ue la vie commune, Douée Ge rares talents pour 1 SE pa ; “ enfants, elle s’y employait avec zèle, surtout dans les classes
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filles sauvages, dont les moins propres ne lui inspiraient aucun dégoût. Quoiqu’elle entendît fort peu leur langue, elle ne laissait pas de les instruire solidement et de leur faire bien comprendre les mystères de notre sainte foi, en leur montrant etexpliquant des gravures qui les représentaient. C’était une chose admirable que de la voir au milieu de ces pauvres enfants; plus elle en voyait dans la maison, plus elle était contente. Comme elle était ingénieuse à leur inspirer l'horreur du vice et l’amour de la vertu ! Comme elle avait de plaisir à leur parler des avantages de la confiance en la sainte Vierge !......Priez, je vous en prie, pour la consolation de notre Communauté afligée, et surtout pour une jeune sœur de celle que nous regrettons si justement, qui est religieuse ici et qui ressent vivement cette séparation.”
S7.—La Mère Marie Drouet de Jésus, première Supérieure des Ursulines de Trois-Rivières.
Une lettre reçue de Trois-Rivières à la fin d'Octobre 1709, apporta au Monastère la triste nouvelle de la mort de la R. Mère Marie Drouet de Jésus, fondatrice et supérieure de cette maison.
Par son activité dans les emplois, son application au travail et surtout par l'exemple de sa vie vraiment religieuse, cette bonne Mère avait grandement contribué à accroître la prospérité de notre Monastère, à partir de son arrivée à Québec en 1671 jusqu’à l’année 1697, où elle fut nommée supérieure de la nouvelle fondation, Sa touchante piété envers le saint Enfant Jésus lui a assuré un souvenir impérissable parmi nous, car c’est à elle que nous devons, comme on l'a déjà vu, l'érection de notre chapelle de l'Enfant Jésus, et la pieuse coutume d’y chanter le 25 de chaque mois un salut solennel.
La Mère Marie Drouet de Jésus a été très-souvent chargée d’instruire pour la première communion, les élèves tant françaises que sauvages, et elle remplissait cet important exercice de l’Institut avec un succès qu'on ne pouvait se lasser d'admirer. Sa conversation ordinaire portait à la dévotion, et même au milieu du travail le plus distrayant, on s’apercevait que sa pensée s'élevait
incessamment vers le ciel. Dès son arrivée en ce pays de priva-
tions et de souffrances, les Supérieures virent qu'elle se portait avec une rigueur excessive à la pratique des austérités corporelles, et que c'était un sujet dont il n’y aurait qu’à modérer la ferveur.
La Mère Marie Drouct de Jésus gouverna notre Communauté avec une grande douceur et sagesse de 1652 à 1688, et il y avait près de neuf ans qu’elle gouvernait celle de Trois-Rivières quand sa mort, arrivée le 26 octobre 1709, plongea dans le deuil cette nouvelle fondation. Elle était dans la soixante et treizième année de son âge, et la cinquante-septième de sa profession religieuse.
À la mort de la Mère Marie Drouet de Jésus, on fit aussitôt à Québec l'élection d'une nouvelle Supérieure. Le choix de la Communauté s'arrêta sur la Mère Marie Madeleine Amiot de la Conception, qui partit peu après pour Trois-Rivières afin d'y occuper la place vacante, jusqu’à ce qu’on eût pu consulter Mer. de St. Vallier. L'année suivante, Mer. écrivit de Londres qu’il désirait que la Mère des Anges fût chargée du gouvernement de la nouvelle maison, et l’on agit en conséquence.
S8.—La Mère Anne Bourdon de Ste. Agnès, première Supérieure Canadienne de cette Maison.
Déjà nous avons initié nos lectrices aux aimables traditions de l'enfance de cette chère mère ; elles l'ont vuc entrer en Religion avec toute la générosité possible, rivaliser de zèle et de ferveur avec les Fondatrices, les seconder dans leurs travaux, et leur succéder enfin en 1700, dans le gouvernement de la maison. Nous savons aussi quels droits elle s’est acquis à la reconnaissance de la Communauté, nous oserions presque dire du pays, par ses immenses travaux comme Annaliste. Recueillons-nous quelques instants et voyons briller d’un nouveau lustre à son heure dernière, sa tendre et énergique piété,
Vers le 24 octobre 1711, la Mère Ste. Agnès demandait aimablement son congé pour aller, disait-elle, régler ses comptes avce le bon Dieu. Elle entre en effet en retraite, et s’y livre avec sa ferveur ordinaire. Tout absorbée dans la pensée de l'éternité, elle se dissimule d’abord à elle-même un certain malaise qui s'emparait de toute sa nature ; mais le mal se développait rapide-
ment, firmerid lui fit a rendait Régistr
“On combien combien un riche qui elle « merveille du mona!
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Comme & la Mère de Jésus, senta de son Dieu, jurer le Ver] brûler en cor
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ment, la lutte ne lui fut plus possible et il lui fallut prendre l’infirmeric. Le 2 novembre, le médecin la déclarant en danger, on lui fit administrer les derniers sacrements, et le 4 au matin, elle rendait avec joie à Dieu sa belle âme, ‘ sa sainte vie, disent les Régistres, lui ayant épargné toutes les appréhensions de la mort.
‘“ On ne saurait assez dire, au témoignage de sa supérieure, combien cette vénérable Mère était précieuse à la communauté, et combien aussi elle en était aimée et chérie. C'était un bon esprit, un riche naturel, accommodante avec toutes les personnes avec qui elle était en office, laborieuse, paisible, excusant tout avec une merveilleuse charité. Elle a passé par tous les premiers emplois du monastère, et elle y a toujours contenté le dedans et le dehors.”
La Mère Ste. Agnès était du nombre de ces élèves de notre Vén. Mère de l’Incarnation, qui rappelaient sans cesse la ferveur des Fondatrices : l’une s’appliquait à reproduire leur charité, l'autre leur mortification; celle-ci leur ardent amour pour Dieu, celle-là leur recueillement continuel. Quant à la Mère Ste, Agnès, il semble qu’elle eût prit à cœur de retracer en elle l’humilité et la débonnaireté de sa chère et unique Mère. On ra: conte de la Mère de l’Incarnation qu'un des traits les plus saillants de son caractère, était sa promptitude à déférer aux avis des autres, chaque fois que cela se pouvait faire sans inconvénient grave. Si dans les affaires ou dans le maniement des travaux communs, quelqu’une se permettait de lui dire : “ Ma Mère, cela ne me paraît pas bien ; ce serait mieux autrement,” l’humble Mère répondait aussitôt : “ Eh bien ! mon enfant, dites-nous votre avis” C’est ainsi qu’en usait la Mère Ste. Agnès : ‘ quoique très entendue dans les affaires et le ménage, elle recevait avec agrément et douceur les avis de personnes bien moins entendues qu'elle.”
Comme sa sœur Géneviève de St. Joseph, elle avait hérité de la Mère de l’Incarnation, une ardente dévotion au $S. Cœur de Jésus, sentant que, “ pour correspondre aux grâces qu'elle recevait de son Dieu, elle n'avait pas de moyen aussi efficace que de conjurer le Verbe incarné de la recevoir sur son divin Cœur, pour y brûler en continuel holocauste en la présence de son Père; et
aussi, afin que le feu de ce divin autel consumât toutes ses infidélités, et sanctifiât ses pensées, ses actions et sa vie.” (1)
La tendresse pour le cœur de J'ésus la portait à honorer particulièrement Ste. Gertrude, qui avait dit des choses si admirables de ce divin Cœur, et sans doute aussi la Vén. Mère, de qui elle tenait cette précieuse dévotion, puisque d’après sa notice, “ son bon cœur se portait avec une affection toute filiale à honorer la très-sainte Vierge, le grand St. Joseph, St. Augustin, Ste. Ursule, et tous ces saints et esprits bienheureux chargés de protéger son ordre et sa maison d’une manière spéciale.”
‘Je n'aurais jamais fait, dit celle qui écrit sa notice, si je voulais détailler en particulier toutes les vertus de cette chère Mère ; di 8 encore cependant qu’elle a porté avec une patience héroïque des croix qui en eussent accablé bien d’autres.” Et l'on n’aura pas de peine à en convenir si l’on considère seulement l'époque où elle fut supérieure : en moins de trois années, il lui fallut rendre les derniers devoirs à sept de ses religieuses, dont trois étaient encore à la fleur de l’âge et donnaient beaucoup à espérer pour l’avenir ; deux autres faisaient partie de son conseil, l'une, la Mère Geneviève Bourdon, sa propre sœur, étant Maîtresse des novices, et l’autre, la Mère Duguct de la Nativité, Maîtresse Générale. La sixième religieuse de chœur était la vénérée Mère Charlotte Barré de St. Ignace, dernière survivante de l’héroïque troupe qui traversa l'Atlantique en 1639. Au milieu de tant d'épreuves, sa force d'âme ne paraît pas une seule fois l'avoir abandonnée ; quelque sensible et bon que fût son cœur, elle mattrisait la nature, et recevait tout avec paix et douceur de la main de Dieu.
La Mère Anne Bourdon de St. Agnès remplissait actuellement dans toute leur étendue, les deux charges de maîtresse des novices et de sacristine, quand la mort l’enleva si inopinément à sa Communauté. Elle semble même avoir redoublé d'activité en approchant de la fin de sa course, et portait jusqu’au scrupule le bon emploi de son
temps, En la voyant agir à l’âge de soixaute-dix ans comme une
() Volume des Retraites de la Vén. Mère de l’Incarnation.
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personne encore jeune ct fraîche dans la route de la vie, on trouvait édification et encouragemert ; et nous lui devons d'avoir puissamment contribué à perpétuer dans cette maison l'esprit de recucillemeut et de travail, barrières mille fois plus fortes de la solitude que les grilles des parloirs ou les murs de notre cloître.
Nous avons déjà parlé du saint patriotisme de notre Mère Ste. Agnès. Une pensée nous a frappée, chaque fois que nos réflexions se sont arrêtées sur la coïncidence de la maladie et de la mort de cette chère Mère avec la délivrance du pays en 1711: qui sait si cette âme généreuse ne fut pas une des victimes agréées par Marie, pour le salut de ce pays si cher ?......Quoi qu'il en soit, il n'y a pas de doute que i4 Mère Ste. Agnès n'ait emporté avec elle le sentiment par lequel elle terminait si bien l'expression de ses alarmes: “ Z7s (les Anglais) se confient en leur nombre et en leur force ; pour nous, Seigneur, notre confiance est en votre sainte protection !”? C’est en compagnie des Anges qu’elle remercia Dieu de la merveilleuse réalisation donnée à cette ferme et entière espé-
rance.
En terminant cette biographie, nous éprouvons le besoin de payer un dernier tribut d'admiration et de gratitude, à ce premier premier Procureur- Général de la Nouvelle-France, qui ne fut pas moins ardent zélateur des intérêts de son Dieu, que fidèle représentant de ceux de son Roï, puisqu'il donna à la Religion ses quatre filles. Si M. Bourdon se rendit recommaudable aux petits et aux grands par ses talents et sa rare probité; son amour pour la Re. ligion et sa haute piété, lui assurent un souvenir encore plus impérissable dans la reconnaissance de la postérité. Nommons encore aussi cette noble veuve, Mme. Gasnier du Wault de Monceaux, qui ne voulut devenir belle-mère de cette famille de bénédiction qu'afin d'assurer à Dieu de si précieuses conquêtes. De ces quatre sœurs Bourdon, qui furent les prémic: des vocations religieuses du Canada, et qui se partagèrent également entre les deux seules communautés alors existantes, Marguerite, l’ainée, fut une des fondatrices de l'Hôpital-Général de cette ville, et fournit une longue ct précieuse carrière ; la jeune Marie, au con-
traire s'était hâtée de ravir le ciel, car elle mourut en sainte à l'Hôtel-Dieu dès l’âge de vingt ans; quant à nos deux Mères Bourdon, nous avons essayé de dire ce que cette maison leur doit de vénération et de gratitude.
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CITAPITRE III.
Vingt-cinq années de paix préludant au centième anniversaire.
tetour de Mgr. de St. Vallier ;—Le Pays à cette époque—Une fille d’Albion devient fille de Ste. Ursule—Compagnes de noviciat de Mile. Wheelwright—Si l’on aime ses parents au Monastère ! Le Grand-Père Boucher et la Grand’ Mère St. Pierre.— Mile. de Ramesay et ses émules.—-Le Monastère triple ses dimensions en vingtcinq ans; Eglise; murs de clécure.—Coup-d’œil autour du Monastère ; traits caractéristiques des mœurs de l’époque ; Donnés et Donateurs. — Régime féodal en Canada ; — Seigneurie de Ste. Croix et Messe de Requiem ;—Baronnie de Portneuf et Eglise des Trois-Sœurs.—Mme. Rivet entre au Monastère et y meurt postulante.—La lampe qui ne s'éteint pas.—Mort du Marquis de Vaudreuil.—Mort de Mgr. de St. Vallier-—Supérieurs et Chapelains du Monastère.—Une novice demande la mort plutôt que de sortir du cloître.—Un Prodige vivant.—Mlle. Dorothée Jeryan et les dernières professes avant le centième anniversaire.— Les cloches du Monastère.—Centième Anniversaire.
$l.— RETOUR DE MGR. DE ST. VALLIER ;—LE PAYS À CETTE ÉPOQUE.
UEL jour pour la colonie que #w*) celui du retour de son premier Pasteur après neufannées du NS pénible exil! Le traité signé \ Utrecht, le 11 avril 1713, avait enfin libéré l’illustre captif, et après A un court SAToUn en France, Mgr.
Ÿ de St. Vallier s'était embarqué sur le Manon, vaisseau marchand, et pur le millieu de l'été il arrivait S heureusement à Québec. Bien des sentiments durent se presser dans le cœur du zélé Prélat, en revoyant son troupeau et sa patrie adoptive. ‘Nous fûmes agréablement surprises, dit le Récit, quand dans la matinée
du 18 août, de joyeux coups de canon nous annoncèrent l’arrivée de Monseigneur. !'oute la population se porta en foule vers le fleuve, et l’on conduisit comme en triomphe au son des cloches et du canon le vénéré Prélat. Dans le cours de l’après-midi nous cûmes le plaisir de le voir ; il ne pouvait se lasser d'exprimer sa joie; quant à nous, notre reconnaissance est grande envers le Dieu de bonté qui nous a ménagé tant de consolation après de si longues épreuves.”
‘fer, de St. Vallier retrouvait un diocèse qu'allaient enfin faire prospérer les bénédictions de la paix. Nous voilà en eftet, chères lectrices, au début uns époque unique dans les annales de la Nouvelle-E r'ance : trente années de calme et de repos, quel bicnfuit pour ce pays si longtemps éprouvé ! Mais enirons un peu dans le détail. |
Vers 1670, nous entendions notre Vén. Mère Marie de l’Incarnation nous tracer en grand le tableau de la prospérité future du Canada ; elle parlait de projets de manufactures et de relations commerciales ; des ressources immenses qu'offrirait l'exploitation des terres, des pêcheries, des mines et des bois forestiers : ‘ V QE ajoutait-elle, de quoi faire un grand pays avec le temps, Rien n’était plus vrai, et rien ne se fût mieux réalisé, s'il n’eut dépendu que des efforts et du bon vouloir des colons. Malheureusement, cette magnifique perspective s'évanouit bientôt presque en entier ; une politique aussi préjudiciable à la métropole qu'aux interet coloniaux, mit des obstacles insurmontables au développement des ressources du Canada. Obligé de tout recevoir de la France et, par conséquent, de lui tout donner en échange, il en résulta que le principal et presque seul article important de commerce fut toujours les pelleteries : en 1754, on exportait encore pour 8,000,000
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de francs de peaux de castors. L'absence de numéaire donna lieu à j’introduction de la monnaie de carte par le gouveruement de France, système qui devint si funeste au pays, et dont notre Monastère eur à souffrir sa bonne part, surtout vers la fin du règne de Louis XV. Mais n’anticipons pas sur les malheurs à venir, jouissons plutôt de la prospérité présente.
L'entrée du Canada avait été forcément livrée aux Anglais à Utrecht, par la cession de l’Acadie et de Terreneuve ; le Roï et ses ministres n'avaient pas manqué de s’en apercevoir, aus . sngèrent-ils à réparer la brèche en fortifiant l'Ila R;;,ale. Ce fut en 1720, qu’on s’occupa de fonder Louïisbourg. Ce Dunkerque de l'Amérique était d'autart plus indispensable, qu’à la première difficulté entre les deux puissances, les Anglais eussent pu intercep.r toute communication de la France avec sa colonie, malheur sans remède, puisque l’absence des seules ressources manufacturières eût réduit les colons aux dernières nécessités.
Cette précaution prise on vécut en assurance, nos pères selon leur bonne coutume, tirant le meilleur parti des événements. La population s’augmenta et le défrichement des terres à proportion. En 1721, le pays comptait 25,000 habitants; ce nombre avait doublé en 1744, et disons de suite qu’en 1755, la population du Canada s'élevait à 80,000. Il faut avouer cependant que ce nombre était mimine, à côté du chiffre de 1,200,000 qu'’atteignait la population des colonies anglaises.
Dans les années qui s’écoulèrent de 1713 à 1744, le Canada fut en grande partie redevable de son bonheur à la sage admiuistration du Cardinal de Fleury, qui sut
maintenir la paix avec l'Angleterre, et qui assura par K
là le fruit des soins intelligents et du zèle infatigable du Marquis de Vaudreuil et du Marquis de Beauharnais, pour le bien du pays.
Si nos lectrices désirent maintenant se former une idée de l’état religieux de la colonie, qu'elles se figurent l'organisation d’un clergé national, devenant chaque année plus nombreux par le dévouement des MM. du Séminaire; qu'elles voient s'élever les vastes constructions du grand collége des Jésuites, si propres à montrer dans tout son jour l'esprit d'entreprise de nos ancêtres; qu'eiles se représentent surtout ces quatre-vingts paroisses (1) qui, de Kamouraska à Châteauguay, parsemaient les deux rives de notre fleuve de riantes et pieuses chapelles, autour desquelles viennent se grouper des villages plus où moins nombreux de fervents Catholiques. L'activité de Mgr. de St. Vallier ne se borna pas à ces œuvres; son zèle s'étendant jusqu'aux dernières limites de son vaste diocèse, ne négligeait pas même les lointaines missions de la Louisiane où, dès le commencement du siècle, le Séminaire avait envoyé des missionnaires.
Montréal n’était pas en arrière dans ce mouvement généreux : les M.M. de St. Sulpice y faisaient éclater leur amour de la patrie adoptive comme curés et missionnaires ; ils étendaient aussi leur protection aux ferventes Communautés religieuses de Ville-Marie, tandis que les Frères Charon, donnaient le bienfait de l'instruction chrétienne aux jeunes gens de la ville et des environs.
Mais trève à ces pérégrinations extérieures et reve-
(1) Si nos lectrices aiment à savoir ce qu'étaient, trente années auparavant (1683), les paroisses qui les intéressent, elles n’ont qu'à jeter les yeux sur le Tableau que nous insérons à la fin de ce volume.
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nons à notre aimable solitude, Nous annorçons une époque de paix, il ne faut donc pas s'attendre dans ce chapitre, à des récits saillants qui montrent en péril les intérêts les plus chers de la patrie; non, tout sera calme, paisible, et nous n’aurons guère à sortir du Momastère, où les incidents seront en harmonie avec la sérénité de la vie du cloître. Nous verrons voguer au souflle de la grâce, l’heureuse barque d’Ursule, tantôt accueillant de nouveaux passagers, tantôt en conduisant d’autres au port, s’élargissant et déployant de nouvelles voiles, à l'appel de la jeunesse toujours plus nombreuse et empressée qui afflue vers son bord.