‹ Les Ursulines de Québec, depuis leur établissement jusqu'à nos jours [microforme] (volume 2)Chapitre 84 sur 99 · ENCORE LE {{ COIN DU FEU · texte numérisé non relu

ENCORE LE {{ COIN DU FEU

Une jeune fille de quinze ans préfère au Manoir de Portneuf le cloître des Ursulines.—Le Capitaine de Villedonné donne généreusement à Dieu sa fille chérie. —Heureuse destinée de deux sœurs.—Les liens de la grâce sont plus forts que ceux de la nature.—Deux tantes et une nièce qui rivalisent de ferveur.—Une cousine prise au piége.—Une fille qui n’a pas démenti l’héroïsme de son père.— Un vieux pilier de l’autre siècle.—Encore trois beaux modèles de vertu.—Une admirable quêteuse. -Quelques extraits de bien belles pages.—Deux victimes des années de privations et de misères.— Une captive du Seigneur deux fois expatriée.—La dernière ambassade des Ursulines au ciel sous la Domination française.

ETOURNONS un instant les yeux RE d'un tableau si plein de dou- NW leur et de larmes, pour nous

asseoir de nouveau au ‘ Coin

du feu, ’ de traditions monas-

tiques d’une nature plus riante.

Ÿ Nous allons voir passer sous nos

L SF yeux les vierges ‘ sages et pru-

À (2 dentes ”’ que le ciel moissonna au

5 vieux cloître, depuis le centième anniversaire jusqu’à la Conquête.

La plupart d'entre elles furent loin

de prévoir les années de misère et

d'angoisse qui devaient clore cette

époque, ayant terminé leur carrière sous le règne de cette paix bienfaisante, qui semb'ait promettre au pays

une longue prospérité.

le cloître usement 1rs.—Les e—Deux sine prise n père.— 1odèles de bien belles misères.— ère ambas-

les yeux de douour nous « Coin g MmOnNnasus riante.

gous nos s et prugonna au centième onquèête.

rent loin misère et lore cette règne de re au pays

Œte jeune fêlle de quinse ans préfère au fanoir de Portneuf le cloître des Ersulinces,

Transportons-nous d'abord par la pensée, chères lectrices, au confortable domaine de Portneuf, où nous renouvellerons connaissance avec une future fille de Ste. Ursule. Cette seigneurie n’était pas encore une dépendance du vieux cloître, aussi y avait-il à Portneuf et ‘“ gai manoir (1) et force bonne compagnie. "”?

(1) Les rapports Législatifs sur les seigneuries du Canada, nous donnent une idée de la splendeur du Manoir de Portneuf, érigé en Baronnie en 1681 par Louws XIV, en faveur de René Robineau de Bécancourt, avec privilége pour ses descendants de se qualifier Barons, et d'ajouter à leurs armes six étoiles, le tout relevant de la couronne de France, à une seule foi et hommage.

Après une allusion à leurs services distingués, l'acte dit ‘ qu'ils étaient en possession de deux terres considérables, (Bécancourt et Portneuf), la seigneurie de Portneuf consistant en manoir seigneurial, décoré de toutes les marques de noblesse, accompagné d’une belle chapelle où se célèbre l'office divin, tant pour le dit seigneur et sa famille, domestiques, qu’habitants de la dite seigneurie : de plusieurs autres bâtiments pour le logement de ses domestiques, chevaux et équipages, étables, granges, parc, jardins, bois, moulin, et une autre terre et sei gneurie appelée les Iles Bouchard, les dites terres et seigneuries étant à présent en si bon état, que le dit sieur n’a pas fait difficulté de céder à François Robineau Ecr., sieur de Fortelle son frère aîné, chevalier de notre ordre de St. Michel, et notre conseiller et maître d'hôtel ordinaire, qui a pareillement contribué au dit établissement, plusieurs grands avantages qu’il avait en iceluy notre royaume, pour faire son habitation ordinaire au dit pays de la Nouvelle France, en ses dites terres où il demeure depuis trente-six ans, et il y vit très honorablement étant pourvu de la dignité de Grand Voyer au dit. pays, auquel il est marié ayant neuf enfants, ”?

Le premier Baron de Portneuf avait d’abord servi en France dans le régiment de Turenne, où il avait été décoré de l’ordre de St. Michel. Il servit aussi beaucoup en Canada, et sa vie patriarcale s’est prolongée jusqu'à une extrême vieillesse. Il avait épousé à Québec, en 1655, Mlle. Le Neuf de la Potherie, fille du gouverneur de Trois- Rivières.

M. le Baron äe Portneuf aimait trop sa fille pour ne pas lui procurer une éducation convenable ; jeune encore elle était au pensionnat. Les idées de Mlle. Robineau se modifiaient sensiblement sous l'influence des grandes vérités de la Religion, et elle en vint jusqu’à penser qu’un cloître pouvait offrir plus de bonheur réel qu’un manoir.

Rappelée dans sa quinziè e année sous le toit paternel, elle fut peudant trois ans soumise à de bien délicates épreuves; car c'était l’époque où les honneurs pleuvaient à verse sur sa famille, (1686-89), et le manoir de Portneuf ne pouvait manquer d'offrir de séduisantes distractions à une jeune fille. Mlle. Robineau n'était ni oubliée ni délaissée des fashionables du ur; elle avait à répondre à de nombreuses invitations, soit à la ville, soit à la campagne. Tantôt elle se voyait au milieu d’un cercle brillant, chez la Marquise de Dénonville au château St. Louis, tantôt chez Mme. de Champigny au palais de l’Intendant; Trois-Rivières et Bécancourt (1) lui offraient aussi de charmantes réunions de parents

et d'amis.

(1) En 1721, le R. P. de Charlevoix nous fait un récit piquant de sa visite au Baron Robineau de Bécancourt, frère de notre religieuse et fils aîné du vieux Baron. (Je partis de la Pointe-aux- Trembles, dit-il, le 4 mars 1721, avec un cheval borgne, que je changeai ensuite contre un boiteux, et celui-ci contre un poussif. Avec ces trois relais, je fis dix-sept lieues en sept ou huit heures, et j’arrivai de très-bonne heure chez le Baron de Bécancourt, Grand Voyer de la Nouvelle-France, lequel ne voulut jamais ie permettre d’aller plus loin. D'ailleurs, ce gentilhomme a sur ses terres un village d'Abénaquis, gouverné pour le spirituel par un Jésuite, que j'étais bien aise de saluer en passant. Le Baron demeure à l’entrée d’une petite rivière qui vient du Sud, qui coule tout entière dans son domaine et qui porte son nom. La vie que mène M. de Bécancourt dans son désert, rappelle assez naturellement le souvenir de ces anciens patriarches, qui ne dédaignaient point de partager avec leurs domestiques le travail de la campagne ; il vit aussi sobrement qu'eux. Le profit qu’il peut faire de sa traite avec les sauvages, ses voisi.;, vaut bien les redevances qu’il pourrait tirer des habitants à qui 1l aurait partagé ses terres. Avec le temps il ne tiendra qu'à lui d’avoir des vassaux. ”

pas lui tait au ensible-

et elle bonheur

rnel, elle es; Car \ famille, 3 ù d'offrir au n'était vait à réx la camlant, chez hez Mme.

, et Bécande parents

piquant de notre reli- Pointe-auxue je chanssif. Avec es, et j'arrand Voyer settre d'aller k un village , que j'étais entrée d'une son domaine urt dans son Ls anciens paleurs domesnent qu'eux.

ges voisii itants à qui 1 ‘à luid'avoir

Selon nos traditions, le souvenir de ces nuits brillantes la faisait bien rire, et elle disait aux élèves qu’elle n'avait jamais pu

comprendre quelle jouissance il y avait à se tenir à la gêne dans une toilette nouvelle, et à passer la nuit entière à faire des saluts et des révérences, (1) au milieu d’une salle illuminée. Si le monde en effet, l’honorait de son sourire et l’invitait à ses fêtes, elle avait compris de bonne heure, que son cœur était fait pour quelque chose de plus réel et de plus grand, et elle sut le conserver pour Dieu seul.

Le Baron, bien qu'il fût grand guerrier, tout occupé de la défense de son pays et de l'exploitation de ses terres, était trop bon chrétien pour ne pas respecter la piété de sa fille; il lui accorda enfin la permission désirée. La Baronne, qui l’avait vouée dès sa naissance à la Ste. Vierge, n’avait jamais pensé que son offrande eût été si réellement déposée sur l'autel des holocaustes. Elle ne la refusa pas à Dieu, mais elle versa plus d’une larme en quittant avec cette fille chérie le toit de la famille. Le Récit dit qu'après avoir passé quelque jours à Québec, au château St. Louis, ‘“ Mlle. Robineau nous fut amenée par la Marquise de Dénonville, Mme. de Champigny, Intendante, et Mme. de Bécancourt sa mère.”

Dans l'été de 1691, Mlle. de Bécancourt avait fixé le bonheur de son avenir par les vœux de religion, sous le nom de Marie- Anne de la Trinité, et montrait dès lors qu’elle ne s’en tiendrait pas à une vertu commune et ordinaire. ‘ Son amour pour la pauvreté allait jusqu’au scrupule, et elle n’eut pas de repos qu'on ne lui eût permis de changer les beaux livres que son père lui avait fait venir de France, pour d’avtres qui portassent les livrées du dénûment religieux. Son zèle pour la plus stricte observance en faisait comme une règle vivante, et pendant quarante ans, elle obtint de sonner le réveil alternativement avec une autre

(1) Les gais menuets étaient alors du jour. On les dan:ait encore au Monastère en 1832 et 33, aux jors de grand congé, sous la présgidence de la R. Mère Panet de St. Jacques. Nos anciennes Mères, après les avoir dansés dans leur jeunesse, les enseignaient volontiers aux élèves, pour égayer leurs petites fêtes. Ces danses si modestes et si réglées, étaient bien différentes fee indignes polkas de nos jours.

sœur, s’estimant heureuse de pouvoir appeler la Communauté à adorer Dieu, à une heure où tout sommeille encore dans la nature. Sa tendre dévotion envers la Ste. Vierge et Ste. Anne sa patronne, ne subit jamais d’aitération. C'était entre les mains de cette sainte à miracles, qu’elle avait confié sa vocation au milieu des dangers du monde. Quelque temps avant son entrée, elle fit un pélerinage à ‘ la bonne Ste. Anne,” côte de Beaupré, et parmi les pieux souvenirs de cette chapelle miraculeuse, on voit encore l’ex-voto, qu'elle y offrit alors. C’est un tableau représentant Ste. Anne et la Ste. Vierge, aux pieds desquelles est agenouillée Mlle. de Bécancourt.

La Mère Marie-Anne de la Trinité était devenue très-infirme

dans les dernières années de sa vie ; maïs s’étant accoutumée dès son noviciat à traiter son corps comme son plus grand ennemi, elle n’accorda jamais à la nature que ce qu’elle ne pouvait rigoureusement lui refuser. Naturellement active :t laborieuse, elle souffrait de ne pouvoir plus être la première à courir aux ouvrages, bas et pénibles à la délicatesse mondaïne, mais honorables et chers à l'épouse d’un Dieu humilié. Un tremblement qu'elle éprouvait dans tous ses membres, ne lui permettant pas de tenir un livre, ni de faire les cérémonies, sans distraire ses compagnes, Mor. la dispensa d'assister au chœur. Ce fut là sa plus sensible mortification. Ingénieuse à se refuser tout soulagement, elle sut en même temps satisfaire son amour pour la régularité et la vie commune. Dès le premier son de la cloche, on voyait cette vénérable Mère, hiver comme été, se diriger avec empressement vers la chapelle, et là, se mettant dans un petit coin, elle s’unissait à celles qui psalmodiaient en chœur. Elle en usa ainsi pendant plusieurs an: avec la plus grande régularité. Ses infirmités augmentant, la Mère Supérieure fut obligée de lui ordonner de rester à la communauté, ou à sa chambre, pour ses exercices de piété. Malgré la difficulté du trajet, cette pieuse Mère trouva jusqu’à la fin, moyen d'assister tous les jours à la sainte Messe, et de visiter à plusieurs reprises le très. saint Sacrement.

& Cette vénérable et chère Mère était la plus ancienne de notre Communauté lorsque Dieu nous l’enleva, le 26 juillet 1748, jour

unauté e dans et Ste.

ntre les tion au entrée, upré, et , on voit u rcpréelles est

s-infirme se dès son elle n’ac- ‘eusement rait de ne xt pénibles jouse d’un tous ses e faire les h d'assister Ingénieuse satisfaire e premier er comme se mettant bdiaient en ec la plus Supérieure é, ou à sa é du trajet, er tous les ses le très-

e de notre 1743, jour

où l’on célèbre dans l'Eglise la fête de Ste. Anne sa patronre. Elle était âgée de 76 ans, dont elle avait passé 54 au service du Seigneur dans la sainte Religion.

2e Capitaine de Villedonné donne généreusentent à Dieu sa fille cherie,

Une maladie de sept ans, qui dégénéra en pulmonie, enleva à

notre Communauté en 1744, une bonne ct vertueuse religieuse, qui n’était encore qu'au milieu de sa carrière,

Mlle. Elisabeth-Josèphe de Villedonné, qui avait pour père un officier français, Capitaine d’un détachement de la marine, et pour mère, Mme. Marie Damour, (1) était née à Montréal en 1701, et était venue faire sa première communion à notre pensionnat, ‘ Le 6 mai 1711, dit le Récit, le Capitaine de Villedonné neus a amené ses deux filles, Louise et Elisabeth Josèphe ; il paye leur pension sur le pied de 40 écus.” Après leur première communion, les Dlles. de Villedonné retournèrent à Montréal, mais plus tard elles revinrent aux Ursulines pour compléter leurs études.

M. de Villedonné, fier de ses filles, s’'empressa de les introduire dans la société à leur sortie du pensionnat. Louise, l’aînée, prit goût aux divertissements et ne dédaigna pas de plaire. Jeune encore, elle épousa M. Antoine d’Aiïlleboust de Mantet, qui l'ayant enterrée et bien pleurée en 1741, vint peu après à Québec chercher une seconde femme.

Les goûts de notre Elisabeth-Josèphe n'étaient pas ceux de sa sœur ; tous les désirs de son cœur se portaient vers le ciel, ambitivnnant une alliance que la mort ne rompît pas. Les réunions de plaisir lui offraient plus d’ennui que de jouissance. Son père s’en étant aperçu, en fut un peu peiné. Ne voulant cependant pas détourner sa fille d’une voie où le Seigneur lui-même semblait l’appeler à marcher, il la laissa libre de disposer de son avenir.

(1) La famille de M. Mathieu Damour des Chauxfours, était une des plus considérables du pays. En 1663, peu après son arrivée en Canada, M. Damour fut nommé Garde-Scel du Conseil Supérieur. Ses fils se distinguèrent dans les armes, et toutes ses filles firent d’honorables alliances. La‘ noblesse de cette famille, selon les anti: quaires, date du treizième siècle.

Comme son désir de se vouer à Dieu ne variait pas, ce digne père vint lui-même la présenter à la Communauté et faire les arrangements pour son admission. Voici quelques extraits de ce document.

# Par devant le notaire royal en la prévôté de Québec ete., furent présents en personne Messire Etienne Ecr., Sieur de Villedonné et Capitaine d'une compagnie des troupes au détachement de la marine en ce pays, lequel de son bon gré et volonté, a donné, cédé, quitté et délaissé et transporté par ces présentes aux Dames Religieuses Ursulines de cette ville ete., 3,400 livres de principal, en un contrat de constitution sur l'Hôtel de Ville de Paris, pour en jouir et disposer en toute propriété, tant du fond que de la rente : en outre la somme de 500 livres qu’il leur a présentement payée en monnaie ayant cours, laquelle elles ont reçue et s’en tiennent contentes et satisfaites ; et ce pour la dot de Dlle. Elisabeth-Joseph de Villedonné, à présent novice au dit Monastère.”

(Signé) Jean Evêque de Québec Vaudreuil, Gouverneur-Général Begon, Int. de justice et financier Etienne de Villedonné, Capt.

La Notice dit que ‘“ notre chère sœur de Villedonné de Ste. Geneviève, qui avait plus de courage que de force, a bien servi la sainte Religion, s'employant de préférence dans les emplois obscurs, où il n’y avait rien à craindre @es tentations de la dissipation et de la vanité. Elle mourut âge de 42 ans, en ayant 22 de profession religieuse. ”

Heureuse destinée De Heur Soeurs,

Lorsque les Dlles, Chorel de St. Romain venaient de Champlain au Pensionnat, peu après Je second incendie, on ne pensait pas voir en elles deux futures Ursulines qui serviraient pendant longtemps la Communauté: telle était pourtant l’heureuse destinée des deux sœurs Jeanne et Françoise.

La première, la Mère Jeanne Chorel de Ste. Ursule, qui avait reçu le voile à 15 ans en 1690, vivait encore en 1745, ayant passé 55 ans ‘ dans la pratique constante de toutes les vertus. Elle fut longtemps employée en qualité de maîtresse de classe; mais dans

gne père arrangeocument.

‘bec etc., de Villeachement a donné, 1x Dames principal, ’aris, pour que de la sentement ue et s'en , Dlle. Eli- [onastère.”

Yénéral financier apt.

né de Ste.

bien servi les emplois de la dissi-

en ayant 22

t de Cham-

ne pensait ent pendant use destinée

le, qui avait ayant passé us. Elle fut

à mais dans

les dernières années, les infirmités la réduisirent à ne pouvoir plus suivie les exercices communs. Comme elle avait une belle mémoire, elle l'employait à se rappeler de saintes pensées et à se tenir dans une intime union avec Dieu. Sa dévotion au Sacré-Cœur de Jésus, à la Ste. Vicrge et à St. Joseph, lui a mérité bien des grâces, surtout celle d’un si parfait détachement, qu’elle désirait ardemment la dissolution de son corps, pour se perdre en son souverain Bien.”

Sa sœur, la Mère Françoise du Sacré-Cœur de Jésus, l'avait dévancée de dix ans au séjour du repos et de la gloire. Elle mourut âgée de 59 ans, dont elle avait passé 42, dans une ferveur qui n'avait fait que s’accroître avec les années. C'était un cœur délicat et généreux, qui se reprochait les plus légères ::r perfections comme de grandes infidélités, et qui n’en pouvait jamais faire assez pour honorer la très-digne Mère de Dieu.

Les liens de la grace sont plus forts que ceux de la nature,

Nos lectrices se rappellent cette estimable Dlle. Perthuis, qui servait à notre réfectoire, aux jours de ses fêtes, la très-sainte Vierge, “ nctre première et principale supérieure.” Quelle bénédiction cet acte de piété attira-t-il sur sa famille, nous ne le savons ; mais nous avons été touchée, en rencontrant le nom de deux de ses nièces sur la liste de nos religieuses.

La première, la Mère Angélique-Victoire Perthuis des Anges, vécut 45 ans, dont elle e:xuploya 25 au service de la Communauté, Le Récit dit ‘ qu’elle avait une érès-belle main, et qu’elle enseigna pendant vingt ans l'écriture aux élèves, ayant un grand talent pour jes faire avancer. Elle chérissait de préférence le soin des plus jeunes élèves, goûtant un bonheur extrême à graver de bons sentiments dans ces jeunes cœurs, et à leur enseigner, comme disent nos Constitutions, ces prières qui ont été prononcées par la bouche même du Fils de Dieu ou dictées par l’Esprit-Saint, Elle observait un silence exact, se rappelant ce que dit l’Apôtre : ‘ Celui qui ne péche pas par la langue est un homme parfait.”

‘ Une inflammation des plus douloureuses l’emporta en quelques jours. Dans la plus grande violence de son mal, sa sœur qu’elle

affectionnait bien tendrement, s'approcha d'elle pour tâcher de la soulager en quelque chose ; mais elle n’en voulut recevoir aucun service que l'infirmière, à laquelle la règle nous soumet dans la maladie, ne lui en eût donné la permission, tant elle craignait d'accorder quelque chose à la nature, et d’affaiblir en elle la grâce. L'ouverture du Jubilé n'était pas encore faite, elle eut cependant le bonheur ae gagner avant de mourir, par une bonté de Mgr. notre digne évêque.”

Quinze ans plus tard, 1761, le Récit notait la mort de la Mère Geneviève Perthuis de St, Charles, fille comme la précédente de M. Charles Perthuis, marchand de Québec, et de Mme, M. Madeleine Roberge. Ne séparons pas deux sœurs qui ont été si unies dans la pratique du bien, et qui ont ajouté un beau reflet de vertu à la bannière de Ste. Ursule.

La Mère Perthuis de St. Charles nous est donnée comme ‘ une personne d'esprit, adroite à tout, silencieuse, charitable, d'une conscience délicate et même scrupuleuse sur l’observance de nos saintes règles, capable d'actes héroïques dans la pratique de toutes les vertus. Cette vertucuse religieuse, quoique attachée à la croix de Notre-Seigneur par les infirmités, a trouvé moyen de remplir à la satisfaction de tout le monde, les offices de dépositaire, maîtresse des novices, et maîtresse-générale, Elle a reçu sa récompense après 60 ans de travaux et de mérites, dont elle avait passé 38 en Religion.”

eux tantes et une nièce qui ribalisent ve ferbeur,

Voici encore le spectacle consolant de deux sœurs, filles de M. Gervais Baudoin, Chirurgien de Québec, et de Mme. Anne Aubé, enrôlées sous la bannière de Ste. Ursule.

La Mère Elisabeth Baudoin, dite Térèse de Jésus, mourut en 1747, âgée de 50 ans, dont elle avait passé 31 au service de la Religion. Le Récit nous la représente comme un de ces bons sujets sur lesquels une Communauté compte pour les emplois difficiles. “ La vocation d’'Ursuline semble lui avoir été indiquée par Dieu dès son bas âge, car tout son attrait et son plaisir était alors d’assembler des petites filles et de les composer en casses, comme il est d'usage

ji

er de la aucun dans la raignait a grâce.

pendant de Mgr.

la Mère dente de M. Madeé si unies ; de vertu

ime ‘‘ une le, d'une ce de nos e de toutes ittachée à moyen de lépositaire, a reçu sa t elle avait

iles de M.

\nne Aubé,

mourut en de la Relis sujets sur ciles. “ La Dieu dès d’assembler est d'usage

au pensionnat. Ce zèle pour l'instruction de la jeunessse ne fit que s’accroître avec les années, et cette chère sœur nous en a donné des preuves bien précieuses. Elle était depuis cinq ans et demi dépositaire, quand elle fut atteinte de sa maladie mortelle, Naturellement faible et délicate, sa santé avait paru se fortifier avec les années, et nous la croyions tirée d'affaire, quand elle nous a soudainement échappé, au grand regret de toutes. Quant à elle, nonseulement elle s'est soumise à la volonté de Dieu, mais encore elle le remerciait avec effusion de cœur, de ce qu'il daignait l'appeler à régner avec lui dans son éternel royaume.”

Sa sœur aînée, Geneviève de St. Augustin, l'avait précédée de huit ans au séjour de la récompense. D'une santé encore plus délicate, mais d’une humeur non moins charmante, ‘ elle sut se faire chérir de toutes, étant adroïite et commode dans tous Jes offices. Elle avait une très-belle voix, qui fut employée sans réserve à la gloire de Dieu, estimant beaucoup l'office de première chantre, qu’elle a rempli pendant bien des années. Elle était Maîtresse-Générale des classes, emploi qu'elle remplissait au parfait, sachant se faire aimer ct craindre des enfants, quand Dieu permit qu'une forte fièvre nous l’enlevât après quinze jours de maladie, dans la 49e. année de son âge, et la 31e. de sa profession religieuse.”

Une nièce des deux précédentes, Mile. Anne-T'érèse-Marguerite, fille de M. Baudoin, aussi chirurgien résidant à Québec, et de Mme. Marie Térèse Guyon, ravit le ciel encore plus vite que ses vertueuses tantes, étant morte en 1754, âgée seulement de 38 ans, et v’en ayant que 20 de profession religieuse.

‘ Ses parents, dit le Récit, lui avaient fait donner une éducation à briller dans le monde, et quoique bons chrétiens, ils s'opposèrent longtemps à son entrée dans notre Monastère. Mais la grâce triompha, et cette généreuse Dile. sut laisser le monde à un âge où tout conspirait à lui faire aimer ses plaisirs et ses vanités, et cela pour se faire l’épouse de Jésus crucifié, qu’elle a imité autant que peut sur terre une faible créature.

“ Son adresse répondant à sa ferveur, la Mère Baudoin de St. François de Borgia seconda admirablement le zèle de MM. les Curés de ce pays, pour l’ornement des églises, sacrifiant même sa

santé pour honorer le Dieu caché du tabernacle, Elle aussi chantait extrêmement bien et ne se ménageuit pas ; elle se fut faite lu suppléante de toutes ses sœurs, tant pour chanter à vêpres qu'à la grand'messe, si on l’eût voulu croire, Sa dévotion envers la trèssainte Vierge était toute filiale, jamais elle ne manqua à la pieuse pratique qu'elle tenait de ses tantes, de visiter journellement la Chapelle de Marie ; ce fut en prononçant ce nom béni qu’elle

expira.”

Que cousine prise au piége.

Voyez maintenant, chères lectrices, comment la grâce fait tomber dans ses piéges les âmes qui méritent ses faveurs.

Mlle. Louise Lefebvre, fille de M. Thomas Lefebvre, et de Mme. Marie-Hélène Gontier, avait perdu jeune encore ses parents, et avait été adoptée par un oncle, qui la traitait en fille chérie plutôt qu'en nièce. Une de ses cousines, qui se disposait à entrer au pensionnat, la sollicite de l'y accompagner ; Mlle. Lefebvre ne fit d’abord que rire de la proposition, la vie du eloître ne lui ayant jamais souri. D'ailleurs, son oncle était absent, ce qui rendait une semblable démarche tout-à-fait hors de question. La cousine insiste néanmoins, et parvient à l’entraîner malgré ses répugnances, lui persuadant que son oncle, qui ne lui refusait rien, serait loin d'être mécontent d’une chose qui serait si avantageuse à sa chère

protégée.

Voilà donc nos deux cousines qui entrent au pensionnat, l’une toute fière de sa conquête, l’autre regrettant presque de s'être laissée gagner. Admirables voies de la Providence de Dieu sur une âme | A peine Mile. Lefebvre a-t-elle mis le pied sur le seuil du cloître, qu'une atmosphère inconnue pénètre son être et embaume son âme ! une voix intérieure lui dit que Dieu la veut religieuse. La jeune fille cherche à s’expliquercette révolution soudaine de ses idées ; elle se débat, elle se défend, inutile |! il faut céder à la puissance de la grâce ! Ses répugnances se changent alors en désirs si ardents de répondre à l'appel de Dieu, qu’elle demande instamiment à la Communauté de la recevoir. L’oncle arrive, il objecte ; mais rien ne l’arrête dans ses poursuites, et cinq

gi chan- ;, faite lu s qu'à la g la trèsla pieuse lement la ni qu’elle

grâce fait vre, et de es parents, fille chérie ait à entrer efebvre ne Le lui ayant qui rendait La cousine pugnances, serait loin e à sa chère

pnnat, l’une e de s'être de Dieu sur sur le seuil son être et Dieu la veut révolution 1, inutile | il ces se chan- Dieu, qu’elle dir. JL'oncle uites, et cinq

mois seulement après sa première entrée aux Ursulines, elle avait gagné sa cause, ‘“ M, son oncle, dit le Récit, étant un bon chrétien, ne put refuser ce sacrifice à la volonté de Dieu, qui s'était manifestée en cette vocation, par des voies si singulières.

# Nous n'avons pas eu à nous repentir d'avoir admise cette chère sœur parmi nous, ÆElle était douée d’un excellent caractère, et avait ce qu'on peut appeler un vrai esprit de Communauté, étant aczommodante avec ses compagnes d'office, d'une hnmeur égale, gaie et agréable sans dissipation, capable en un mot de servir la Religion dans tous les emplois, ayant beaucoup de conduite, d'ordre et d'économie. Elle était employée avec succès à l’'Institut en qualité de seconde maîtresse, quand les maladies populaires nous ont privées d'un sujet sur lequel nous comptions beaucoup pour l'avenir. ”

La Mère Louise Lefebvre des Séraphins mourut à 39 ans, dont elle avait passé près de quinze ans à bénir Dieu, de l'heureux piége qu'il lui avait tendu pour l’attirer toute à lui.

ne fille qui n'a pas dénrenti l'hévoisnre De son père,

De toutes nos élèves Montréalaises qui se consacrèrent à Dieu dans cette maison, aucune ne le fit dans des vues plus pures ni avec plus de ferveur que Mile Marie-Joseph d’Aiïlichoust, fille de l'intrépide d’Ailleboust de Mantet qui, en 1690, avait commandé avec M. Lemoyne de Ste. Hélène, (1) une des trois expéditions organisées par le Comte de Frontenac pour la défense du pays.

Dès son noviciat, Mile de Mantet, dont l'éducation avait été fort soignée pour le temps, fit preuve d’une rare capacité pour l’instruction de la jeunesse, et elle y réussit à tel point, que nous qui écrivons ceci cent vingt-cinq ans après sa mort, pouvons affirmer avoir entendu d'anciennes religieuses, répéter les éloges que leurs mères avaient bien des fois donnés, aux rares talents de leur ancienne maîtresse, la mère d’Ailleboust de St. Nicolas.

Cette vertueuse Ursuline, ‘ qui ne s'était faite religieuse que pour assurer son salut et travailler au bien des âmes, se soutint invariablement dans la pratique de la plus aimable et solide piété.

(1) Voir notes à la fin du volume.

Elle supportait depuis longtemps, comme première maîtresse des pensionnaires, la responsabilité et les fativues attachées à cette fonction, :t elle y était encore employée lors de l'épidémie de 1749. La maladie courante, en frappant et emportant en quelques jours

sa compagne d'office, lui donna à elle-mème un bien rude coup.

Elle sentit bientôt les premières atteintes du mal, mais en bon

soldat qui doit tenir à son poste jusqu’au bout, elle ne voulut pas

‘ rendre les armes, ”” comme elle le disait agréablement. KSentant

cependant que c’en était fait de sa vie, elle s’occupa de mettre dans

un ordre parfait tout ce qui concernait les classes et les élèves,

afin d’exempter toute la peine possible à celle qui la devrait rem-

placer : ce qu’elle fit avec une aussi grande tranquillité et sérénité

d'esprit que s’il se fut agi d’un simple changement d'office.

‘ Rendue à l’infirmerie, elle s abandonna entièrement entre les mains du médecin et des infirmières, ne s’inquiétant nullement de l'issue de la maladie, mais très-attentive à la pratique de sa sainte règle, et de toutes les vertus qui pouvaient la rapprocher de Dieu. On ne pouvait voir cette innocente victime expirant sur son lit de douleur, sans se sentir porté à louer Celui qui en la frappant, lui donnait un courage si admirable. Elle n'avait de parole que pour bénir la main qui l’afligeait. Quoiqu’elle fût persuadée qu'elle ne reviendrait pas de cette maladie, elle prenait en silence tous les remèdes qu’on lui présentait, même les plus répugnants, non pas pour conserver ou prolonger sa vie, qu’elle avait déjà de grand cœur sacrifiée à Dieu, mais pour faire sa sainte volonté et obéir jusqu’au dernier soupir” Les médecins, qui voulaient à tout prix la sauver, la soumirent aux traitements les plus durs. Ce fut alors qu’on vit la grâce seconder et perfectionner, ce grand courage héréditaire dans sa famille. “ Cette chère sœur est morte en héroïne, ajoute sa Notice, se laissant tirer jusqu’à la dernière goutte de son sang.” Elle était âgée de 48 ans, dont elle avait passé 27 en Religion. Une de ses sœurs qui s'était fuite Hospitalière à l'Hôpital-Général de cette ville, l’avait précédée de quatorze ans

dans la tombe. (1)

(1) Mlle. Marie d’Aïlleboust de Mantet, entrée à l’Hôpital-Général de Québec le 15 sept 1717, reçut peu après le saint habit sous le nom

tresse des 8 à cette e de 1749.

ques jours ude coup.

is en bon voulut pas . Sentant nettre dans les élèves, eyrait remet sérénité ffice.

nt entre les ullement de de sa sainte her de Dieu.

sur son lit de frappant, lui role que pour adée qu'elle silence tous ants, non pas éjà de grand onté et obéir aient à tout g durs. Ce er, ce grand œur est morte 'à la dernière ont elle avait e Hospitalière k quatorze ans

ital-Général de it sous le nom

En dieux pilier de l'autre siècle.

Nous présentions à nos lectrices comme postulante en 1688, Mlle. Louise Rose de Lanaudière, née à Montréal, fille de M. Thomas-Xavier de la Pérade de Lanaudière (1) qui, selon notre Récit, occupait À Ville-Marie le poste du Lieutenant du Roi. Sa mère, Mme. Marguerite Denis, n’était pas moins recommandable par les qualités de l'esprit et du cœur que par sa tendre piété. Elle-même avait cru, dans sa jeunesse, que le Seigneur l’appelait à la vie religieuse, et elle était entrée au noviciat peu avant la mort de nos Fondatrices, qu’elle estimait beaucoup. Ayant connu

de Ste. Clotilde, et mourut jeune encore, mais riche en mérites, le 7 avril 1735. Deux de leurs nièces furent religieuses à l'Hotel Dieu de Montréal : Marguerite qui mourut en 1734, et Louise-Gabrielle qui mourut en 1811, à l’âge de quatre-vingts ans.

(1) Cette famille, qui existe encore en Canada, doit son origine comme tant d’autres, au noble et loyal régiment de Carignan Salières. Le nom de M. Thomas-Xavier Tarieu de Lanaudière, est un de ces noms historiques qui embellissent les annales de ce pays ; sa mémoire y vivra d'autant plus, qu'elle se trouve associée au souvenir de tous les beaux faits accomplis de son temps, pour affranchir le pays du cruel joug des Iroquois.

Le fils aîné de cette famille, marchant sur les traces de son père, combattit aussi les Iroquois à outrance, et tomba enfin dans une embuscade que lui avaient tendue ces perfides. Mais sa pieuse sœur priait pour lui, et la Providence permit que la jeune Madeleine Angélique, l'héroïne de Verchères, à laquelle 11 était fiancé, s’exposât elle-même à la mort pour l’arracher des mains de ces barbares. Ceci se passait en 1722. Le captif délivré épousa peu aprés sa libératrice.

Charles-François Tarieu de Lanaudière, fils du précédent et Chevalier de St. Louis, eut une part glorieuse au combat de Carillon, ainsi qu’à la lutte sanglante qui précéda la conquête du pays. Un autre neveu de notre vénérée Mère se signala au service de la patrie, à l’époque de l'invasion des Américains, en 1775 et en 1812 ; il fut même fait alors prisonnier de guerre ainsi que M. Godefroy de Tonnancour. Une petite-nièce de la Mère Lanaudière, Mlle. Marguerite, ce type si parfait de l’ancienne aristocratie française, devant laquelle s’inclinaient volontiers nos ‘‘ Lords et nos Ladys ’ d’An-

plus particulièrement la volonté de Dieu, elle résolut de se retirer d'elle-même, et elle prit plus tard son parti dans le monde, ne regrettant pas toutefois d’avoir passé per le cloître, et d'y avoir compris de quelle importance il est de travailler pour le ciel, tandis qu’on est en mesure de le gagner.

Dieu semble avoir récompensé la mère de sa bonne volonté, en donnant à sa fille une vocation des plus solides. Mile. de Lanaudière ne fut pas plus tôt au pensionnat, qu’elle résolut de ne plus sortir de la maison de Dieu. Elle montra à l’époque de sa première communion, une piété bien au-dessus de son âge ; on la voyait souvent dès lors, quitter les jeux pour aller offrir à Jésus et à Marie, l'hommage de ses affections et de ses désirs.

De jour en jour elle grandissait sensiblement ‘en âge et en sagesse,” s’affermissant dans la pratique des plus solices vertus. Que d’ingénuité à dérober aux yeux des autres ce qui pouvait lui attirer quelque louange ! A quatorze ans, cette nature précoce était déjà prête à marcher dans la voie des parfaits. Sa vocatien fut soumise à quelques épreuves de la part de sa famille, mais malgré la rigueur du sacrifice, Mme de Lanaudière fut heureuse de voir si bien remplir au Monastère, la place qu'elle y avait laissée vide.

C’est surtout comme maîtresse, que la Mère Lanaudière de Ste. Catherine paraît avoir excellé. Son ardeur était toute concentrée sur ses chères élèves externes, dont elle eut le soin pendant de longues années. ‘“ Elle en a instruit un grand nombre pour la première communion, dit sa Notice, et nous avons eu la consolation de voir dans la suite, ces enfants vivre en bonnes chrétiennes et élever leur famille dans la crainte de Dieu. Elle avait aussi un talent tout particulier pour instruire les filles sauvages, qui ont toutes si bien profité de ses instructions qu’elles ont vécu en bonnes servantes de Dieu, édifiant par leur bonne conduite les personnes de leurs villages, ou les familles chez qui elles étaient en service.”

gleterre, est morte ces années dernières, à un âge avancé. Dans ses vieilles affections pour la maison où elle avait été élevée, elle songeait encore dans les derniers jours de sa vie aux bons potages de son enfance.—‘ Pas de soupe, disait-elle, comme celle du Couvent ! Qu'on aille donc me chercher de la soupe du Couvent ! ”?

se retirer monde, ne

d'y avoir ciel, tandis

rolonté, en de Lanaude ne plus sa première n la voyait , Jésus et à

n âge et en ides vertus.

pouvait lui précoce était tien fut souais malgré la ise de voir si issée vide.

dière de Ste.

te concentrée pendant de mbre pour la la consolation hrétiennes et vait aussi un aues, qui ont ‘cu en bonnes les personnes t en service.”

cé. Dans ses , elle songeait ages de son uvent ! Qu'on

En 1747, la Mère Ste. Catherine avait déjà célébré depuis cinq ans son 50e anniversaire de profession relivieuse ; ceperdunt elle n’était pas la plus ancienne de la Communauté, Avant elie courait encore dans les voies de la ferveur, la vénérée Mère Amiot de la Conception, dont nous avons déjà parlé, mais à qui nous ne pouvons refuser ici ce petit souvenir. La Mère de la Conception, qui avait été supérieure à Trois-Rivières, et qui l'était ici en 1723, avait atteint sa quatre-vingt-sixième année, et ‘ elle travaillait encore avec autant de délicatesse que 60 ans auparavant. Elle faisait les bouquets pour les différentes églises, et tout était d'un si bon goût, qu'on ne pouvait croire qu'ils sortissent des mains d'une pessonne de son âge, On pouvait s'adresser à elle en tout temps sans crainte d'être éconduite. Aussi n’avait-elle aucun apanage de la veillesse, continue sa notice. C'était un fruit mûr pour le ciel. Le Seigneur, qu’elle avait tant de fois couronné de fleurs dans son sacrement d'amour, a voulu la couronner de gloire dans son royaume.” Cette vénérable Mère de la Conception, en partant pour le ciel au mois d'octobre de l’année 1747, y avait donné rendez-vous à celle qui, selon l'ordre de la nature, devait être la première à la suivre. Juste un an après, la Mère Lanaudière de Ste. Catherine, âgé de 76 ans, dont elle avait passé 59 en Religion, allait rejoindre au ciel sa dérancière, laissant à sa Communauté un bel exemple de piété et de ferveur.

Zncore trois beaux modèles de bertu,

La Mère Pinguet de St. François-Xavier, qui fut enlevée à cette Communauté dans l'épidémie de 1749, était une personne d’un courage remarquable, ‘ se nourrissant de mortifications ”” et cachant ses souffrances, selon le Récit, ‘ comme un avare cache son trésor.” Il y a dans cette parole, il nous semble, une connais. sance profonde du grand mystère de Jésus crucifié, dans celle qui apprécie ainsi le mérite de ses sœurs.

La Mère de St. François-Xavicr était d’une conscience timide, et même un peu scrupuleuse ; cependant, son obéissance était si parfaite qu'elle ne manquait jamais les communions générales, quelque peine qu’elle éprouvât intérieurement. Elle reçut les

derniers sacrements le jour de la fête de son bienheureux patron, St. François-Xavier, Le lendemain, ayant entendu en esprit la sainte Messe, elle expira doucement, ne s'étant ressentie en rien de ses scrupules dans sa dernière maladie, récompense que Dieu avait accordée sans doute à son hunilité et à son obéissance.”

Voici maintenant, chères lectrices, un vieux pilier de ferveur ; c’est la Mère Angélique Roberge de Ste, Marie. “ Pendant de longues années elle fut employée auprès des élèves comme maîtresse particulière et maîtresse-générale, et elle consacra sans réserve à l'œuvre sainte de l'éducation, l'esprit et les talents qu'elle avait reçus de Dieu. Sur la fin de sa vie, le Seigneur l'éprouva par une malauie terrible, une affection scorbutique qui se répandit dans toute sa nature, et lui occasionna des douleurs excessives. Quel touchant spectacle que celui de cette innocente victime, se voyant en paix et avec joie, consumer et détruire par les ordres de la divine Providence ! Dieu la récompensait sans doute de son ardente dévotion à la Passion du Sauveur, en lui donnant une si belle occasion de multiplier ses mérites pour l'éternité.

& C’est en grande partie aux travaux de cette chère sœur, que notre autel du Sacré-Cœur doit d’être un des plus beaux du diocèse. Elle était âgée de 73 ans, dont elle avait passé 56 en Religion, quand elle fut appelée à se joindre au cortége qui suit l’Agneau dans le ciel.”

La Notice qui nous annonce la mort de la Mère Norey du Mesnil de Ste. Gertrude, nous donne le touchant spects-le d’une jeune demoiselle parée de toutes les qualités propres à la faire briller dans le monde, estimer tellement la vie cachée et inconnue, au’elle se réjouit des infirmités qui cavtivent son ardeur et son zèle, Incapable de remplir aucun emploi suivi, cette chère Mère s’estimait heureuse de soulager les maîtresses en tout ce qu’elle pouvait, et de contribuer par là au bien des âmes. Son humilité était telle que jamais on ne l'entendait parler de sa famille, qui était trèsillustre, vertu rare, ajoute la Notice, dans les personnes de naissance, Son union avec Dieu était très-iatime, quand il plut au Seigneur de la perfectionner par la vision béatifique. Elle était

âgée de 52 ans, dont elle avait donné 34 à l'édification et à l’avan-

patron, sprit la en rien ue Dieu ce.” ferveur ; ndant de maîtresse réserve à elle avait ouva par indit dans es. Quel se voyant res de la te de son nt une Si

sœur, que du diocèse.

Religion, Agneau

du Mesnil ‘une jeune “ire briller aue, au’elle

son zèle.

ère s’esti- Île pouvait, 4 était telle était trèsis de naisil plut au Elle était

et à l’avan-

HITOIRE DU MONASTÈRE. 391

cement de eette maison de Ste. Ursule, 1751.”

Eïle mourut en l’année

Etne admivable queteuse.

Il n’est pas rare de voir de jeunes personnes éprouver dès leurs premières années, de ces peines qui brisent les cœurs sensibles, et renversent toutes les espérances d'avenir ; mais combien y en a-til qui sachent apprécier les desseins miséricordieux de la Providence, dans ces disgrâces apparentes ? Trop souvent on se dépite contre la fortune, on s’indigne d° ce qu’elle nous refuse, on ambitionne ce au’elle ne nous donne pas, sans penser que peut-être, ces dons périssables seraient le gouffre où s’engloutirait notre âme. Plus d'une jeune personne a du à ces épreuves les réflexions qui l’ont sauvée ; on y a perdu en avantages mondains et temporels, en jouissances communes et vulgaires; mais combien l'esprit et le cœur ont gagné en échange ! ,

Mlle. d’Eselis, qui appartenait à une des plus honorables familles du pays, avait reçu de sa mère, Louise-Philippe Chartier de Lotbinière, (1) les éléments des sciences et de la doctrine chrétienne. Nous ignarons à quelle époque elle perdit cette excellente mère, mais le Récit nous dit qu’‘elle resta de bonne heure orpheline.” Elle termina ses études à nos classes et retourna duns sa famille.

L'avenir n'apparaissait pas à Mlle. d'Esglis, entouré de ce prestige enchanteur qui aveugle souvent ceux que la fortune favorise Si elle pouvait se féliciter d'hériter d’un beau nom, elle comprit aussi qu'elle n'avait pas d'autre héritage à attendre, et dans la

) Nous devons à l’obligeance de M. l'Abbé Ferland, des renseignements d'un vif intérêt sur la famille Lot-Binière. Cette famille, qui remonte jusqu'au 14e siècle et qui fut anoblie dans sa seconde génération par le roi Charles VI, compte jrmi ses ancêtres, des hommes d'état très-éminents, un évêque de Pari, plusieurs religieux et religieuses, dont une Ursuline à Tours. A la 5e génération, elle s'allie à la famille de Chateaubriand, et à la 9e, elle est représentée par Louis Théandre Chartier de Lot-Binière, qui accompagna M. de Lauson en Canada en 1650, et qui fut le premier Lieutenant-Générai dans la prévoté de Québec. Son fils René-Louis Chartier est l’aïeul

délicatesse de ses sentiments, elle évitait tout ce qui eut put attirer l'attention de son père sur son défaut de ressources pécuniaires. Elle fit de longues et profondes réflexions sur la valeur de ces biens, qui sont souvent le partage de ceux qui méritent le moins les regards du ciel; elle médita sérieusement la portée et le but de

de notre religieuse ainsi que du huitième évêque de Québec, par sa fille Louise-Philippe, qui épousa le Chevalier Mariauchau d'Esglis. Eustache Chartier de Lot-Binière, fils de René-Louis, ayant perdu Mme. Françoise des Meloises, prit le chagrin si fort à cœur qu’il ne voulut plus regarder figure de femme ; il entra dans les ordres et fut ordonné prêtre par Mer. de St. Vallier, en 1726. Nommé peu après Vic-Gén. il se débattit vigoureusement contre les chanoines en 1727, et mourut archidiacre de la Cathédrale de Québec en 1749. L'exemple de ses vertus porta trois de ses enfants à entrer aussi dans la voie plus parfaite : Eustache se fit prêtre comme son père, François-L'ouis fut prêtre et Récollet, et Louise, la plus jeunes de ses filles, se fit Hospitalière, comme il a déjà été dit. Marie-Françoise épousa dos. Ant. Thomas Duchesnay. 6e Seigneur de Beauport.

Michel-Eustache-Gaspard-Alain continua la lignée. Il épousa Mile. Louise Chaussegros de Léry, dont il eut deux enfants : Eustache-Gaspard-Michel et Charlotte. Cette dernière épousa ie Juge de Bonne de Lesdiguières. Ingénieur du premier ordre, Michel-Eustache-Gaspard-Alain se dévoua à la défense de son pays en dirigeant les travaux des fortifications, à Carillon et à l’Ile-aux-Noix. Ilenvoya à la cour de France une relation de la bataille de Carillon, et reçut en retour la Croix de St. Louis et le titre de Marquis.

Eustache-Gaspard-Michel vit s'éteindre avec lui, à la 13e génération, le nom de sa famille : Maïs comme il avait acquis, depuis la Conquête, les seigneuries de Vaudreuil, Rigaud et autres terres, il put léguer à chacune de ses trois filles autant de biens à la fois, que les pères de familles en ont pour l'ordinaire à partager entre de nombreux enfants. 1

La dernière petite nièce de la Mère Herman de St. Eustache, que nous ayons connue, a été Mlle. Louise Bingham, connue sous le nom de Comtesse de Bois-Guilbert. Sa sœur Charlotte se fit Sr. de Charité à Paris, et son frère Henri, catholique comme ses sœurs et sa

mère, épousa en premières noces une de nos anciennes élèves, Mile. Hélène Pemberton, qui mourut, ily a quelques années, à leur magnifique résidence de Colehill, en Angleterre.

t attirer aniaires.

de ces e moins e but de

2e, par Sa d'Esglis.

ant perdu ur qu'il ne lres et fut peu après s en 1727, L'exemuns la voie içois-[ ouis filles, se fit pousa Jos.

Il épousa ants : Eus- L je Juge de Michel-Eusn dirigeant

Ilenvoya et reçut en

13e généis, depuis la erres, il put fois, que les e nombreux

istache, que sous le nom Sr. de Chasœurs et Sa lèves, Mile.

ées, à leur

notre existence terrestre, que traversent tant de vicissitudes. C’est ainsi qu'elle acquit cette sagesse prématurée que Salomon estimait

plus précieuse que l'or, et qu'il fut allé chercher jusqu'aux extrémités de la terre.

Notre jeune Dlle. eut pu sans doute, comme sa sœur, espérer une alliance honorable ; mais son cœur avait grandi dans l'épreuve, et le monde était devenu trop petit pour elle. Cependant, comment demander l’entréo d’une Communauté, dont les revenus sont restreints, quand on n’y apporte pas cette petite contribution que la Religion exige, afin de ne pas exposer le corps entier à faillir faute du nécessaire ?.. Pendant son séjour au pensionnat, sa piété, sa douceur, ses manières nobles et distinguées, avaient ravi tout le monde, et sans doute, on se fut mis en peine de lui venir en aide; mais par délicatesse, elle n'avait pas même laissé soupçonner le pieux désir qu’elle nourrissait au fond de son $me.

Un jour que sondant sa position avee toute la vivacité de son cœur sensible, elle s’était sentie plus triste qu’à l'ordinaire, elle se jette à genoux pour offrir au ciel et sa peine et ses désirs Soudain se présente à son esprit une de ces pensées pures et lumineu ses que les anges seuls savent inspirer...“ Oui, dit-elle, en se relevant toute contente et fortifiée ; oui, je ferai une quête publique ! mon bon ange m'’assistera....”’ Ayant été invitée peu après chez Mme. de Brouague sa sœur, elle y accomplit sa généreuse résolution, allant modestement accompagnée de quelques amis, de porte en porte, sollicitant pour l'amour de Dieu, un secours qui allait assurer le salut de son âme et le bonheur de son avenir, en lui ouvrant le chemin du cloître. ‘“ Cet acte d’humilité dans une personne de son rang, causa la plus vive sensation parmi les citoyens de Québec. Elle montra alors, dit le Récit, une vertu si relevée que tous, grands et petits, en restèrent dans l'admiration et s'empressèrent d'assister la noble demoiselle.”

Sa quête finie, Mlle d'Esglis s’en vient rayonnante au Monastère, sollicitant maintenant l’aumône d’une place parmi les filles de Ste. Angèle. Il eût été difficile de douter d'une pareille vocation ; elle fut admise avec bonheur, et au mois de mai 1733, elle fit profession entre les mains de son oncle, ‘“ Messire Eustache Chartier T2

de Lotbinière, Grand Archidiacre de la Cathédrale, Conseiller au Conseil Supérieur de Québec.

“ Mlle d'Esglis, connue en Religion sous le nom de Sr. Herman de St. Eustache, fut employée à l'Institut, dit le Récit, avec un succès extraordinaire, tant pour l'instruction que par son adresse à enseigner aux élèves ces beaux ouvrages, qui attirent à nos classes une si nombreuse jeunesse, nous procurant le bonheur de les nourrir des saintes vérités de notre Religion, pendant qu’on leur apprend À travailler de la main.

# La douceur, la prudence et autres belles qualités de cette chère Müie, nous auraient fait plaisir dans les premiers emplois de la maison, s’il n’eût plu à Notre-Seigneur de lui faire part de ses souffrances. Pendant huit ans, elle se vit réduite à ne pouvoir marcher sans le secours d’une béquille, et les vingt-cinq derniers mois de sa vie, elle ne put quitter le lit. Sa patience et sa résignation à la volonté de Dieu, l’ont soutenue sous le poids de croix si rigoureuses ; sa foi vive lui faisant envisager la maladie comme un don non moins précieux que celui de la santé. Jusqu'au dernier moment, elle ne cessa de bénir Dieu de l’avoir admise au nombre

de ses épouses, et de témoigner sa reconnaissance à la Communauté, de la grâce qu’elle lui avait faite de la recevoir. Ce fut M. de Villars, Supérieur du Séminaire de cette ville, notre très-digne confesseur, qui la disposa à aller à la rencontre de l’Epoux des âmes. Elle était dans sa 40e année, en ayant 20 de profession religieuse.”

Quelques extraits De bien belles pages.

Parmi nos sœurs converses qui moururent à cette époque, il n’en est pas une dont les Annales ne fassent un éloge complet. Citons pour notre édification quelques extraits de ces pieuses pages.

La Sr. Le Vasseur de la Visitation, ‘ fille de sieur Laurent Le Vasseur et de dame ‘Marie Marchand, née en la côte de Lauson, et baptisée en l’église paroissiale de la Pointe de Lévi, ” était une professe de l’autre siècle. En 1699, lorsque les fièvres enlevèrent à la maison de Trois-Rivières sa seule sœur converse, elle fut

seiller au

, Herman

avec un n adresse nos classes les nourrir + apprend

cette chère lois de la art de ses ne pouvoir d derniers et sa résids de croix die comme au dernier au nombre mmunauté, fut M. de » très-digne "Epoux des profession

e époque, il ce complet.

ces pieuses

Laurent Le de Lauson, ” était une s enlevèrent se, elle fut

nommée pour la remplacer. ‘Elle y fut tout à la fois, dit le Récit, dépensière, “uisinière, boulangère, jardinière, étant + plus chargée du soin de la basse-cour. Impossible d'imaginer toutes les fatigues qu'elle eut à dévorer, dans cette Communauté qui ne faisait que de naître. Elle vint à bout de tout, et soutint ces immenses travaux jusqu’à ce que la maison fût en état de recevoir et de former des sœurs converses ; alors on la rappela à Québec. “ Dès son entrée en Religion, cette chère sœur conçut une si grande estime de sa vocation, que toute sa crainte était de n'être pas admise à la sainte profession. Ayant vu sortir une novice converse, en qui nous ne trouvinns pas les qualités requises, elle imagina de ne plus ôter son habit rel."'eux, afin d'obtenir de Dieu la grâce de la persévérance, ccchar ainsi tout habillée sur le plancher de sa chambre, aussi voiontiers que sur son lit, Ce ne fut qu’assez longtemps après q:2 l'on découvrit cet excès de ferveur. Elle traitait son corps sans miséricorde, et pouvait bien comme St. François, lui dem .der pardon à sa mort. Au reste, elle était toute de douceur et d'obligeance pour les autres. Quoique devenue aveugle sur la fin de sa vie, elle trouvait moyen de rendre encore de très-grands services à la Communauté, et ne manquait pas un seul jour de se traîner à la Chapelle des Saints, pour rendre ses devoirs à la très-sainte Vierge. Elle mourut en 1745, âgée de 73 ans, dont elle avait passé 53 à servir sans relâche, tant notre Communauté que celle de Trois-Rivières. ”

Deux autres ferventes sœurs nous furent enlevées presque en même temps l’année suivante, par des fièvres malignes. La première, Sr. Françoise de la Forest de St. Jean-Baptiste, fille de sieur Gilles Jean de la Forest et de dame Jeanne Masse, est un modèle parfait d’une sœur converse Ursuline, chez qui l'amour du travail doit être le résultat de la ferveur à bien remplir ses exercices de piété. On sait que ces exercices, moins l’offlce divin, sont les mêmes, ici, pour une sœur converse que pour une religieuse de chœur.

4 On ne l’entendait jamais se plaindre que d’une seule chose, dit le Récit au sujet de la Sr. St. Jean-Baptiste, et c'était du trop grand soin qu’on avait d’elle. Elle s’en inquiétait même dans sa

dernière maladie, disant que sa vie n’était pas assez précieuse pour la conserver à si gros frais. Elle s’est acquittée de tous ses offices, surtout de celui de boulangère, avec tant d'économie, qu’elle a grandement contribué au soutien de notre maison, Son extrême amour du travail ne lui a pourtant jamais fait manquer un seul exercice de piété : et exhortant les novices converses qui étaient venues la voir avant sa mort, elle leur recommanda sur toutes choses de donner à Dieu la part qui lui était due, que c'etait le moyen de rendre son travail profitable à la Communanté. Elle était âgée de 67 dont elle avait passé 50 en Religion.”

“ La Sr. Blanche Mourier de Ste. Thècle, âgée de 54 ans, fut attaquée de sa maladie mortelle le jour même de la mort de sa compagne d'office, la Sr. St. Jean-Baptiste. Elle était fille de sieur Pierre Mourier et de dame Susanne Le Vallet, de la paroisse de St. François de l'Ile, et avait passé deux ans pensionnaire à nos classes.”

Voyant que la Communauté avait besoin de sœurs converses, elle résolut d’embrasser cct état, croyant être par là plus utile à l'Institut pour le moment. Elle nous est dépeinte par le Récit, comme douée d’un caractère parfait, et une fidèle ouvrière de la vigne du Seigneur; mais nous n'attirerons l'attention de nos lectrices que sur un seul point. Ilest rapporté d’un saint, qu'il disait avec joie à ses derniers moments : ‘ Je n’eusse jamais pensé qu’il fût si doux de mourir ! ” Notre sœur Ste. Thècle ne trouvait pas que ce fût assez de le dire, elle voulut encore le chanter. ‘ Son visage, dit le Récit, était toujours riant et satisfait, malgré la violence de son mal. Si on lui présentait quelque rafraîchissement, elle disait d’une manière touchante : “ Mon Jésus, vous avez pris tout l’amer pour vous, et vous m'avez réservé la douceur!” Elle aimait tendrement sa Communauté, et voulut toutes nous voir la veille de sa mort pour nous dire adieu, et nous remercier de tout

ce que nous avions fait pour elle. Mgr. notre Evêque l’honora de sa visite. Quelques moments avant sa mort, elle chanta /’Asperges, comme on lui donnait de l’eau bénite. Elle venait de chanter dans un saint transport le cantique: ‘ Que Sion est charmante |” se réjouissant dans la pensée de le chanter bientôt

au ciel.”

use pour es offices, qu'elle a | extrême - un seul ai étaient sur toutes c'etait le nté. Elle

54 ans, fut nort de sa tait fille de , de la pa-

ensionnaire

4 converses, plus utile à ar le Récit, vrière de la ion de nos saint, qu’il amais pensé ne trouvait nter. ‘ Son algré la vioichissement, us avez pris eur!” Elle nous voir la cier de tout que l’honora hanta l’Ase venait de ue Sion est nter bientôt

Deux bictinres des années De pribations et De mivères,

“ Notre-Seigneur vient de retirer de cette vallée de misère, dit le Récit en date de la fin d'août 1756, notre chère Mère Marie- Madeleine Drouard de St, Michel, à qui il a donné le centuple dès ce monde, l'ayant appelée à lui dès l'âge de quatorze ans, et ayant ajouté à cette première grâce celle de vivre en bonne et sainte religieuse, et de mourir avec toutes les marques de la prédestination, ”?

Nous ne savons ce que nos lectrices pensent de cette appréciation. Notre-Seigneur a promis, il est vrai, le centuple dès cette vie à celui qui quittera tout pour son amour ; mais celle qui écrit la Notice fait consister ce centuple dans le bien même d’avoir tout quitté. Ne faut-il pas qu'elle soit elle-même, intimement pénétrée du bonheur de s'être séparée du monde et de tout ce qui s’y rattache ?

La vénérée Mère Drouard de St. Michel avait atteint sa 82e année, ayant passé 67 ans en Religion, quand elle vit poindre l'aurore de son éternelle félicité, ‘ désirant ardemment mourir pour suivre son divin Epoux. Elle a rempli pendant cette longue carrière, et à la satisfaction de tout le monde, toutes les charges du Monastère, à l'exception de celle de supérieure. Son union avec Dieu était d'autant plus intime, qu’elle s’en tenait strictement à ce que l'obéissance la chargeait de faire, étant toutefois prévenante pour toutes et toujours prête à dhliee à

La Mère Drouard de St. Michel s'était ressentie de l'état de gêne où se trouvait déjà la Communauté, par suite de la disette et de la guerre ; mais celle qui fit rouvrir le caveau funèbre trois ans plus tard, en avait bien autrement souffert, |

Cette religieuse était la Mère Angélique Françoise Langlois de cs is Vo fille de M. Jacques Langlois, de Québec, et a

me. Marie-Térèse Lessard. Que nos lectrices se r: quel fut l'hiver de 1758 et 59, et elles auront Ad que cette pauvre malade eut à souffrir, Le Récit lui attribue de bien belles qualités, un cœur naturellement sensible et compatissant aux misères d'autrui. Ce bon cœur se fit voir tout entier

dans sa dernière maladie, où nos Mères manquaient de tout, fomprenant la peine qn'éprouvaient les infirmières, de n'avoir à

lui offrir que ce pain noir, qui répugnait même aux personnes bien

portantes, l'aimable malade se montrait d'une extrême reconnais-

sance pour les bons soins qu'on avait d'elle, paraissant toujours

joyeuse et parfaitement satisfaite de tout.

La Mère Langlois de Ste, Elisabeth était née avec le siècle, et comptait 40 années de vie religieuse. Elle fut heureuse de mourir avant le dénouemert de la grande catastrophe, dont on sentait depuis si longtemps les rigoureux avant-coureurs, et qui allait dans quelques mois, faire passer le pays sous une domination nouvelle, par la défaite du 13 septembre.

Que captibe du Seigneur deur fois eypatriée,

La Mère Jeryan de St. Joseph est cette enfant de la Providence que nous présentions à nos lectrices en 1720, comme novice Ursuline, Elle arrivait au Monastère, ayant complètement oublié sa langue maternelle, l'Anglais, parlant parfaitement l'Abénaquis,

mais assez mal le Français pour que le R. P. Messaiger, S.J. s'en divertit encore longtemps dans ses lettres, après son retour en

France.

La Mère de St. Joseph était une personne d’un caractère d'or,

s'amusant la première de ces innocentes railleries, et n'ayant d'autre ambition que de devenir une parfaite religieuse, en servant de son mieux la Communauté qui l’avait reçue. A l'exemple de Mme. dela Peltrie, elle affectionnait particulièrement le soin de la lingerie, goûtant un vrai bonheur à pouvoir servir dans cet emploi,

chacune des épouses de J. C.

Dans les dernières années avant la Conquête, son tempérament s'était affaibli, sans doute par suite des privations de tout genre auxquelles la Communauté était alors soumise : l'inquiétude au sujet des malheurs qui menaçaient de ruine le pays, contribua peut-être encore davantage à ruiner sa santé. Quand il fallut sortir du Monastère au commencement du grand siége, ‘ tous ses maux, dit le Récit, se renouvelèrent en redoublant d'intensité, et les deux mois que nous passâmes dans cet exil lui furent une con-

le tout, avoir à nes bien connaistoujours

siècle, et euse de

dont on 's, et qui mination

rovidence 1e novice ent oublié bénaquis, S.J.s'en retour en

tère d'or, t n'ayant n servant emple de soin de la et emploi,

pérament out genre iétude au contribua

il fallut fe tous ses

tensité, et une con-

tinuelle agonie, malgré les soins de nos dignes et charitables hôtesses, les RR, MM, de l'Hôpital-Général, qui n'épargnirent rien pour nous soulager et consoler, |

# Quelque désir qu'elle eût de devenir épouse de J, C. dans la Ste, Religion, cette captive du Seigneur eût cependant mille fois préféré ne jamais sortir du village des Abénaquis, que d'exposer en quoi que ce soit les principes religieux qu'elle y avait Mie: notre Monastère lui était devenu une seconde patrie infoiment plus chère que celle où elle était née, La pensée que ect asile chéri allait être anéanti par cette cruelle guerre, et que le ne queurs, (ses anciens compatriotes) seraient bientôt les perséeuteurs de sa Foi ; cette pensée dis-je, fut une plaie mortelle à son cœur, Le 13 septembre, elle se trouva extrêmement mal, Elle accueillit avec joie la nouvelle de sa mort, et reçut les Frs sacrements avec la plus touchante piété. M. Hesche Curé de Québec et notre digne confesseur, l’assista avec une charité parfaite et il ne l’abandonna pas que le Seigneur n'eût fuit participer séiis bien-aimée sœur au bonheur qu'il réserve, en son saint Paradis, à ceux qui ont souffert pour son amour en ce moude, ” La Mère Jeryan de St. Joseph était âgée de 56 ans, dont elle* avait passé 39 dans l'heureuse captivité des épouses de Jésus-Christ, PT

Ba dernière ambassade des Uroulines au Ciel, sousla Domination francaise,

La dernière Ursuline qui s'empara du ciel sous la domination frangaise en Canada, fut la Mère Charlotte de Muy de Ste. Hélène. Son père M. Nicolas Danneau de Muy, après avoir refusé le gouvernement de Cayenne, avait été nommé à celui de la Louisiane, à la mort d’Iberville en 1707. Ce poste lointain ne lui fit pas négliger l'éducation de ses enfants. Mlle. Charlotte, à sa sortie du pensionnat, alla passer plusieurs années dans la famille de sa mère, où les vertus de ses vénérés aïeuls, M. Pierre de Boucherville et Mme Jeanne Crevier, étaient encore un admirable sujet d'édification pour tous. M. de Muy, officier distingué " ui recevait de la cour des honneurs et des appoint: ents PR rables, avait formé de beaux projets pour l'établissement de etté

fille chérie, mais le ciel en avait fait de plus magnifiques encore. Heureuse est cette chère Mère d'avoir répondu aux avances de l'Epoux des âmes, de n'avoir voulu que lui pour objet de ses attentions et de son amour ! Elle chante aujourd'hui ce cantique que les vierges seules ont le droit d’entonner, et elle en savourera à longs traits les ineffables douceurs pendant toute l'Eternité !

Le Chevalier de Muy avait trop de religion, pour contraindre sa fille en un sujet aussi important que celui du choix d’un état de vie ; il comprit facilement que des jouissances éphémères n'auraient jamais de prise sur cette âme énergique ; cependant il la rotint dans la famille jusqu’à l'âge de 22 ans. Ce fut en 1716, qu'il lui permit de venir rejoindre aux Ursulines sa tante et ses deux cousines. Deux ans plus tard, la Mère Charlotte de Muy de Ste. Hélène s'engageait définitivement dans la maison de $te. Ursule, et “ ce fut son oncle, M. Philippe Boucher, Curé de $t. Joseph de Lauson, qui reçut ses vœux.”

Dès son entrée en Religion, cette véritable fille de Ste. Angèle montra une grande ferveur, et jamais depuis elle ne cessa d'offrir un parfait modèle d'oubli constant de soi-même, d'esprit de sacrifice, et d'abnégation entière de sa propre volonté, vertus peu comprises

des partisans du monde, mais infiniment précieuses aux yeux de

Dieu.

La Mère de Muy de Ste Hélène était faible de tempérament et fort délicate ; elle trouva moyen cependant de travailler avec zèle et succès à l'instruction de la jeunesse, d'abord en qualité de maîtresse-Générale de l'Externat. “ C'était une personne d’esprit et de mérite, dit sa Notice; elle n’a point épargné ses talents à notre saint Institut, ni sa belle voix quand il s'agissait de chanter les louanges de Dieu.” Les supérieures se donnèrent l'appui de ses lumières en la nommant à l'office de première portière, qui la faisait entrer dans le Conseil. Les quelques loisirs que lui laissaient ses fonctions, étaient employés selon cet avis du livre de l’Imitation : & Ne soyez jamais oisif, mais occupez-vous à lire, à écrire, à prier, à méditer, ouà travailler à quelque chose qui regarde le bien commun.” Parmi les écrits de la Mère Ste. Hélène se trouve l'abrégé de la vie de Mme. la Comtesse de Pontbriand. Ce

encore.

ces de de ses antique \vourera ternité !

indre sa état de 'auraient la retint 16, qu'il ses deux 1Y de Ste.

, Ursule,

Joseph de

e. Angèle sa d'offrir le sacrifice,

comprises ax yeux de

érament et r avec zèle té de maid'esprit et

nts à notre hanter les i de ses lu-

Li la faisait ssaient ses

[mitation :

re, à prier, e le bien

se trouve

jand. Ce

HISTOIRE DU MONASTÈRE. 361 résumé charmant fut tracé de mémoire, et quoique écrit à la hâte, il ne laisse pas d'offrir une preuve de son talent, Mais c'est surtout comme Annaliste de la Guerre de Sept Ans, qu'il faut étudier la trempe d'esprit et de caractère de cette petite-fille du Grand- Père Boucher. Que de confiance dans le salut de patrie! que de ferveur à le demander au ciel! que d'intérêt à toutes les particularités qui le concernent ! Elle prévoyait peu l'issue des événements dont, sans le savoir, elle se faisait l'historienne. Ce ne fut qu’à la veille du grand siége, à ce moment où l’on apprenait l'abandon complet de la Colonie par la mère-patrie, que la plume lui échappe des mains avec ce mot si plein d’une douloureuse vérité: “ Le Pays est à bas!”

Les circonstances de la mort de la Mère de Muy de Ste. Hélène nous rappellent celles de notre première Annaliste, la Mère Bourdon de Ste. Agnès. La Mère Ste. Hélène s’offrit-elle aussi en sacrifice pour le salut de la patrie? Nous ne le savons. Toujours est-il que sa santé, quoique faible, s'était soutenue jusque-là ; mais aux jours où la ruine du pays et la déroute de l’armée française parurent inévitables, ce cœur vraiment français sembla vouloir se briser pour fléchir le ciel. Malgré son énergie naturelle, son corps succomba sous l'effort, et, singulière coïncidence ! à l'heure même où l'on rendait à Montcalm les derniers devoirs dans notre église, les Ursulines recueillaient le dernier soupir de celle dont la plume élégante et facile, avait écrit tant de belles pages à la gloire du héros de Carillon !

‘ Nous avons ressenti cette perte avec une vive douleur, dit le Récit. Ce fut M. Briand, V. G. du diocèse, qui assista cette chère sœur jusqu’à son dernier soupir, et avec la plus entière charité. Nous avons bien lieu d'espérer qu’elle est parmi les saints, qui sont sortis de cette vallée de misère et de larmes, attachés à la Croix de N. $. Jésus-Christ.”

Quel triste écho de la veille pour les Ursulines, que cette soirée du 14 septembre ! À cinq heures d'intervalle, elles voyaient mourir deux de leurs sœurs, et cela, dans les étroites cellules d’un dortoir, sous un toit où près de mille personnes devaient trouver un asile ! Dans quels sentiments notre Communauté se partagea-t-elle, pour

veiller et prier auprès des dépouilles mortelles de ces deux chères sœurs, qui mouraient hors de leur cloître chéri, et dont elles ne

devaient pas même emporter les cendres pour les mêler à celles de leurs sœurs ? Comment mesurer la profondeur de parcilles tristesses ! Celle qui les notait quelques mois plus tard avait raison de dire: ‘“ Dieu seul a pu nous soutenir dans ces moments de tribulation et d'angoisse. Il faut y passer pour le comprendre.”

Des pensées consolantes devaient cependant se présenter au cœur de nos Mères. Cet chère victime s’en allait au ciel, chargée des messages de sa Communauté, et comme pour appuyer plus efficacement auprès de Dieu, les ardentes prières de celles qui restaient en proie à tant d’anxiété. Oh ! sans doute, elle se joignit bien instamment aux protecteurs du pays, à la Vén. Mère Marie de l'Incarnation surtout, pour conjurer le Seigneur de faire tourner cet anéantissement apparent, à la conservation et à la prospérité du Canada,

ax chères & elles ne , celles de

parcilles vait raison ments de iprendre.” ‘senter au el, chargée uyer plus celles qui e se joignit e Marie de re tourner

prospérité

Ste. Anne

S. Pierre.

S, Denis.

Langlois.

Gamache Lepinay .

Québec.

la colonie.

Lepinay .….

Bonsecours Islet.. .....

Isle aux Grues.........

Cap S. Ignace.........

Bellechasse............

La Durantaie..........

MIGNON Le eme see: | Lotbinière. ..

Baie S. Paul..........

S. Frs Xavr. Pte. Rivre.

Cap TourmenteS. Joach.

du Petit Cap.

Château Richer........

Ange Gardien.....,....

Se HTANOOM sers NU FAMILLE er ses sie

Beauport.

Charlebourg...........

La Bouteillerie.........

Page 1