‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 2)Chapitre 45 sur 95 · TROUPEAU—-MGR DE PONTBRIAND ;—VISITES ET RETRAITES · texte numérisé non relu

TROUPEAU—-MGR DE PONTBRIAND ;—VISITES ET RETRAITES

UVRONS de nouveau les annales à l’année 1739. Nousavons laissé 4 J de ut SW le Monastère, la ville même ainsi

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bonne odeur s'était répandue dans toute la colonie.” (1) Nos lectrices verront maintenant se dérouler les événements, en perspective de la grande épreuve qui va bientôt montrer dans tout son héroïsme le dévouement des enfants de la patrie.

(1) Le R. P. de Charlevoix: Histoire de lu Nouvelle-France.

Vingt années encore et la Nouvelle-France, devenue conquête britannique, aura cessé d’arborer le drapeau des lis; elle gémira sur sa défaite, prévoyant peu de quels traits de Providence conservatrice Dieu l’entourait, aux jours mêmes de ses plus grands malheurs. Mais n’anticipons pas sur les faits.

Depuis le long épiscopat des deux premiers évêques de Québec, on était encore à désirer un pasteur qui se fixât au milieu de son troupeau. Mgr de Mornay n'était pas même venu en Canada, Mgr Dosquet n'y avait fait que passer, et Mgr d’Aube- Rivières ne touche aujourd'hui nos rives que pour mourir victime de sa charité.

“ Le 8 août de l’année 1740, dit le Récit, Mgr d'Aube- Rivières qui avait été nommé évêque de ce diocèse, arriva à Québec sur les 7 heures du soir, Il fut accueilli et complimenté du clergé et le toute la ville, avec une joie qu'il n'est pas possible d'exprimer. Les grands et les petits se disputaient le plaisir de le voir. Aussi était-ce un prélat d’un mérite des plus distingués, joignant à une illustre naissance toutes les qualités du corps et de l'esprit propres à faire un grand évêque ; mais par dessus tout, une vertu, une prudence et une sagesse qu'on aurait admirées dans un bomme de soixante ans, quoiqu'il n’en eût que 29 ou 30. Tout le pays se flattait d’une félicité parfaite sous un si heureux règne ; mais le ciel qui l’enviait à la terre nous l’enleva douze jours seulement après son arrivée, d’une maladie qu’il avait contractée dans le navire, en assistant lui-même les pauvres iuulades de l'équipage, avec une charité qu’on ne pouvait assez admirer. Il mourut le 20 du même mois, et fut enterré le soir, à l’heure même où il

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avait fait son entrée dans cette ville douze jours auparavant, et avec antunt de douleur que sa présence avait causé de joie. Ce fut la crainte des fièvres pourpres qui précipita ainsi son enterrement.”

Pour juger de la consternation que répandit de toute part dans le pays cet accident douloureux, il faut entendre en quels termes le Récit enregistre l’année suivante l'arrivée d’un nouveau prélat,

“ Le Seigneur, toujours riche en miséricorde et dont lé bras n’est pas raccourci, nous a dédommagés de la grande perte que nous fimes l’année dernière, nous ayant envoyé cette année le digne évêque de Pontbriand, qui ne cède en rien en mérite et en vertu à celui que le ciel nous a enlevé. Cer illustre prélat arriva X'Québec le 29 août 1741, sur les 7 heures du soir. Sa présence causa une joie universelle, et toute la ville le manifesta par le concert des canons et des cloches. La réception de Sa Grandeur fut remise au lendemain afin de la faire avec plus de solennité, Plaise à Dieu qu'il vive de longues années pour le bonheur de ce pays !”

Appelé à gouverner ce diocèse aux jours les plus orageux de son histoire, Mgr de Pontbriand, qui appartenait à une famille de saints, et qui devait être le dernier évêque envoyé par l’ancienne France à la Nouvelle, semble s'être appliqué à retracer en lui les vertus caractéristiques du saint évêque de Laval. Nous parlerons d’abord de ce qui concerne notre Monastère,

Dès les premiers jours de son arrivée, l’illustre prélat vint saluer la Communauté, et donna à nos Mères mille assurances de cette affection paternelle qui ne se démentit

jamais dans la suite. Voyant le R. P. de Saint-l’é, supérieur du collége des Jésuites, trop surchargé, il nomma pour le remplacer comme directeur des religieuses M. de la Villangevin, dont les annales nous feront plus tard un éloge complet. “ Le 5 octobre, Sa Grandeur nous fit une fervente exhortation, nous assurant qu’il serait désormais seul supérieur de toutes les maisons religieuses de ce pays. Il présida à nos élections le 24 du même mois, accompagné de M. de Miniac, V. G., et de notre nouveau confesseur.”?

Sur la fin de janvier 1742, eut lieu la visite du Monastère, telle que prescrite par nos règles. (Cette visite ne s'était pas faite depuis nombre d’années par suite de difticultés de toutes sortes. La régularité de notre maison ne paraît avoir subi aucune altération à cette époque ; mais la diversité de directeurs, le manque d’entente même entre les différents corps du clergé, en 1727, et dans les années suivantes ; l'absence presque continuelle d’un premier pasteur ; tout cela devait avoir nui quelque peu à cette intime et parfaite union des esprits et des cœurs, qui fait la force et le bonheur de tout corps ou association. Mais quel bon esprit se manifeste dans la Communauté à l’arrivée du digne évêque ! Comme on accueille avec empressement le moyen d’éclaircir les doutes, et de s'assurer que tout va bien au Monastère ! Comme on entend avec bonheur cette parole écrite de la main inême du premier pasteur : “ que l’on voit fleurir encore aux Ursulines la ferveur des premières Mères !”

“ Dès le commencement de cette visite de Mgr de Pontbriand, disent les annales, toutes nos sœurs furent satisfaites de sa manière d'y procéder, 11 ne se lassait pas

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de nous donner des marques d'intérêt et de zèle, voulant lui-même faire la distribution des cierges à la Purification, après quoi il célébra la sainte Messe à la chapelle des Saints. 11 fit encore la cérémonie du mercredi des Cendres, et entra ensuite à l’intérieur de la maison pour en voir tous les offices, nous témoignant à toutes l'affection la plus paternelle et la plus cordiale.

“ Au mois d'avril suivant, nous eûmes une retraite générale, où la ferveur fut si grande que les malades firent presque l'impossible pour y assister. M. de la Villangevin, M. Vallier (1) du Séminaire et ie R. P. Guignas s’en partagèrent les exercices ; Mgr présida lui-même à notre rénovation des vœux, et après le salut du Saint-Sacrement nous chantâmes le Te Deum. Le baiser de paix ordinaire à ce jour se fit le soir au réfectoire, sur la fin du souper. Pour surcroît de faveur, Mar vint le lendemain donner dans notre église les ordres mineurs à plusieurs jeunes ecclésiastiques.”

Nous voyons le fervent évique répéter cette visite dans toutes les communautés l’année suivante; “ notre retraite commune se fit aussitôt après, M. de li Villangevin et M. Vallier nous donnant les méditations, et Mur les conféreuces.” Les termes manquent à l’annaliste, pour ex-

(1) M. Vallier, qui vint en Cauada avee Mgr Dosquet en 1729, fitun bien immense au Séminaire pendant les dix-huit années qu'il vtravailla, C’est le meilleur sujet que je connaisse, disait de lui Mgr le Coudjuteur, Il a un esprit supérieur, des talents extraordinaires pour les sciences, et justement celui de se faire aimer de tout le monde. Il a fait sa philosophie à douze ans et a enseigné dès son enfance.” M, Vallier m'avais que 39 ans lorsqu'il mourut,

primer la consolation qui résultait de ces retraites géné. rales, dont on avait été si longtemps privé,

En 1744, l’infatigable prélat faisait ici en même temps, et sa visite et la retraite, la Communauté s’y étant disposée trois jours auparavant par la bénédiction du Saint- Sacrement,

Mgr fit encore la visite des Communautés en 1754 et en 56, “avec grande satisfaction de part et d'autre.” Pendant les dix années d'intervalle, il n'avait diminué en rien sa sollicitude pour l'avancement spirituel de notre Monastère, puisqu'il y donnait lui-même, dans l'hiver de 1752, la retraite préparatoire au Jubilé, où la ferveur semble avoir été À son comble. Le saint évêque paraît avoir apporté une ardeur extraordinaire à perfectionner les Communautés religieuses et son clergé, auquel il donna aussi des retraites générales. C'était sans doute le moyen le plus propre à entretenir dans le pays la primitive ferveur, dont on allait plus que jamais avoir besoin, dans ces jours d'épreuve où le Canadien devra lutter énergiquement pour la conservation de la Foi de ses pères,

Au reste, la vie de Mgr de Pontbriand, pendant les dixneuf années qu'il gouverna l'Eglise du Canada, ne fut qu’une suite non interrompue de bonnes œuvres, et de travaux entrepris pour la gloire de Dieu et le salut du prochain. Voici les détails précieux que renferme à ce sujet une lettre écrite en 1752, par notre Mère Charlotte de Muy de Ste-Hélène. Cette lettre est adressée aux demoiselles de Pontbriand, sœurs du digne évêque et religieuses Visitandines en France, avec qui elle entretenait une correspondance suivie.

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“ Mesdames,--Je commence par vous faire mon compliment sur la béatification de votre bienheureunse Fondatrice (1). Il y a longtemps que cette justice était due à la vérité.

“ Nous avons eu quelque lueur d'espérance qu'on voulait mettre la Vén. Mère Marie de PIncaruation sur les rangs pour le même sujet; mais on nous marque que la personne qui avait pris la chose à cœur n’est plus. J'ai pensé plus d’une fois que si la chère Mère Madeleine Amyot de la Conception avait vécu, elle se serait donné du mouvement jusqu’à ce qu’elle eût réussi, car elle avait un zèle et un talent tout extraordinaires pour cela. Dieu peut susciter quand il en sera temps d'autres personnes ; c'est à nous à nous commettre et confier à sa Providence.

“ J'ai bien des choses à vous mander, Mesdames, de notre pauvre pays. Il y en a de consolantes et d’autres bien tristes : les consolantes sont le zèle de notre digne Evêque, qui a été infatigable dans ce temps de Jubilé. Il a commencé, avant qu’il fût publié à la cathédrale, par donner, lui seul, cinq jours de retraite aux trois Communauntés de cette ville. IT parlait trois fois par jour en public, dans des froids excessifs, vivant très-frugalement. Le reste de Ia journée était employé à parler en paitieulier aux religieuses.

“Il a fait aussi plusieurs exhortations, aux prêtres, aux ecclésiastiques et aux élèves du séminaire,

“ Le Jubilé étant ouvert en janvier, on donna pendant

(1) Mme Fremiot, baroune de Chautal, depuis sainte Jeanne- Francoise de Chantai.

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