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HISTOIRE DU MONASTÈRE. 323 manière si mémorable sur nos Plaines. En historienne de la guerre de Sept Ans en Canada, elle prend les choses dans leur origine, et elle en suit la marche avec un intérêt digne du plus saint des patriotismes. Fille et petite-fille de gouverneurs, comptant ses plus proches parents et alliés parmi les défenseurs du pays, elle devait être parfaitement renseignée sur les faits qu’elle relate.
Nous citerons presque toujours textuellement dans les articles qui vont suivre, n'ayant eu à peu près que des divisions à faire.
Ces récits, dont plusieurs incidents nous ont paru nouveaux, ne manqueront pas d’intéresser, à une époque où règne une si louable émulation en fait de recherches historiques sur le pays. D'ailieurs, il y a toujours plaisir à entendre confirmer par une voix de l’époque, dont la sincérité ne saurait être suspecte, des faits contestés, ou dont on chérit la mémoire comme Canadien et Catholique.
$ 11.—MOUVEMENTS MENAÇANTS AUX FRONTIÈRES ;—COM- MENCEMENT DES HOSTILITÉS, 1753-54.
“ Par la prise de possession qu'avait faite autrefois M. de la Salle au nom du Roi, les Pays d’en haut faisaient sans contredit partie de son domaine; mais la négligence qu'on avait eue de s’y maintenir avait engagé quelques marchands anglais, qui en connaissaient les avantages, à s’en emparer: ce qui faisait grand tort au commerce du pays, et surtout aux voyageurs, qui s'étaient vus souvent insulter par les nations sauvages alliées à l'Anglais, On forma dès lors le dessein de lever ces obstacles et de se remettre en possession de la Belle-Rivière, du lac Ontario et autres, qui nous appartiennent légitimement,
“ Sa Majesté ayant envoyé sur ces entrefaites M. le marquis Duquesne de Menneville, en qualité de gouverneur général, pour remplacer M. de la Jonquière, il chargea M. Marin, capitaine, d'établir un fort à la Presqu'île. Dans l’hiver, il fit partir pour le même poste plusieurs officiers et bon nombre de Canadiens, qui sy rendirent avec des fatigues incroyables, On en envoya encore le printemps pour bâtir divers forts. La misère, l'excès du travail, en fit mourir une grande partie ; M. le Commandant mourut lui-même, après plus d’un an de séjour en cet endroit.
“ M. de Contrecœur, aussi capitaine, fut destiné pour le remplacer. Lorsqu'il fut arrivé à la Presqu'ile, il envoya un gros détachement en forme d’ambassade à un fort anglais qui était plus loin. M. le chevalier le Mercier, qui le commandait, avait ordre de demander à l'Anglais, de quel droit il cccupait une place dont le roi de France avait pris possession depuis longtemps ; qu’au reste, il le sommait de l’évacuer sous demi-heure, sans quoi il le lui ferait faire de force. Le terme était trop court pour donner le temps de délibérer ; ne se trouvant pas en état de se battre, les Anglais sortirent tête baissée, honorablement dans les formes de la guerre, emportant avec eux un petit canon, comme on fait en de semblables rencontres. On dit qu'ils promirent en partant d’avoir leur revanche! Quoi qu’il en soit, nos gens entrèrent dans le Fort et arborèrent le drapeau français. M. de Contrecœur s'y transporta aussitôt avec ce qui lui restait de monde, ne laissant à la Presqu'île que ce qui était nécessaire pour la garder, On se fortifia le mieux possible. M. le commandant du Détroit, à la prière de M. Contrecœur, envoya M. de Léry son
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second en qualité d'ingénieur, pour mettre le fort en état de défense, On y était fort tranquille lorsqu'un incident imprévu nous obligea de prendre les armes.
“ M. le lieutenant de Jumonville, allant pour parlementer avec les Anglais, était campé avec les siens, lorsqu'il entendit des coups de fusils de dessus les montagnes. étant levé pour voir ce que c'était, il tomba mort ainsi que plusieurs des siens. C’était un parti d’Anglais et de Sauvages qui, après ce coup, emmenèrent une trentaine des nôtres en captivité.
“ Cette nouvelle excita un soulèvement général, surtout à Québec et à Montréal. M. de Villiers, capitaine, frère aîné du défunt, prit les armes pour venger la mort de M. son frère, qu’on regardait avec raison comme un véritable assassinat. Il partit avec une troupe de braves Canadiens, et Dieu donna une telle bénédiction à son entreprise, qu’après avoir tué beaucoup d’Anglais, il fit avec eux une sage et prudente capitulation. Entre autres articles, il était défendu aux Anglais, pendant un an, d'attaquer les Francais en ce lieu, et ils devaient rendre promptement les prisonniers qu'ils avaient faits, dans l’action où M. de Jumonville avait été tué. On prit en otage deux officiers anglais MM. Ouabram (Wambram) et Stobo, qu’on mena au fort Duquesne, où commandait M. de Contrecœur.
« Cette victoire fit beaucoup d'honneur aux Français et leur concilia l'affection des Sauvages. Aussi était-elle absolument nécessaire : car si on ne s'était pas mis en devoir de venger cette injure, ces nations nous auraient méprisés à l'excès, et aucun voyageur n'aurait pu se montrer sans éprouver leur insolence, Ils ne donnèrent aucun secours aux Anglais. Lorsqu'ils virent passer notre armée,
tous ceux qui habitaient les bords de la rivière se retirèrent dans les bois, et leurs braves, du côté de la montagne, pour donner selon leur coutume du côté du plus fort, Lorsque nos guerriers revinrent de l'expédition, tous les fuyards avaient reparu et criaient à l’envi: “ Vive le Français!” Depuis ce temps, ils nous sont fort attachés, et il en vient de tout à fait inconnus s'offrir à combattre ponr nous.”
Si notre annaliste eut vécu jusqu’à 1776, elle n’eut pas manqué de réparer une omission de son récit, en y ajoutwut le nom du célèbre Washington. C'était lui, en effet, que le général Dinwiddie avait envoyé dès l’automne de 1,5, visiter la vallée de la Belle-Rivière ; c'était lui qui, au printvuos suivant, élevait un fort en face même des Français; ? : :.2 lui enfin qui commandait, en qualité de inajor, de Aétic meut qui attaqua si déplorablement Jumonville ec sa petite troupe. Hâtous-nous de dire que le futur Fondateur de la République Américrine, n'avait alors que 21 ans; ardent patriote, il avait cédé à un entraînement du moment, qu’il regretta plus tard sans doute, mais dont il ne put jamais pleinement se justifier.