‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 3)Chapitre 2 sur 91 · S2.—DEUX BELLES FÊTES EN DATE DB L'ANNÉE · texte numérisé non relu

S2.—DEUX BELLES FÊTES EN DATE DB L'ANNÉE

Si le monde attire à lui et s'attache ses partisans

par le prestige de ses brillantes fêtes, où se trouve pourtant si peu de joie réelle; ne nous sera-t-il pas permis de croire que, dès l’ouverture de ce livre, nos lectrices aimeront à se rappeler l’origine de quelqu’une de ces pieuses solennités, dont le souvenir les rattache, sans doute, à la maison où elles en ont partagé avec: nous les jouissances si pures et si vraies. Ces fêtes, au reste, ne leur sont pas devenues étrangères, puisque chaque année, le cloître les y convie à plusieurs reprises. Déjà nous avons mentionné la fête de St. Joseph, (19 mars), celle de St. Augustin, (28 août), et celle de Ste. Ursule (21 octobre); parlons maintenant de la fête du Cœur de Jésus, sous les auspices duquel s'ouvre le siècle, fête dont l’esprit anima la maison dès gon établissement, comme on a pu le voir au premier tôme de cette Histoire. Mais si la Vén. Mère M, de

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l’Iucarnation avait appris du Ciel même, à offrir ses plus pressantes demandes au Père Eternel par le Cœur de son Fils ; si elle avait enseigné cette précieuse dévotion à ses filles, leur faisant part des magnifiques promesses dont elle avait été instruite par avance, c’est une autre âme, privilégiée aussi de Dieu, qui a été choisie pour en établir la fête publique dans l'Eglise.

Dans un cloître solitaire de Puroy le Monial, en Bourgogne, le Dieu du ciel se penchant un jour vers une faible créature, (1) lui dit ces paroles : “ Ma tille, voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu'il n’a rien épargné pour leur témoigner son amour ; je leur ai donné jusqu’à la dernière goutte de mon sang sur la Croix, et en retour, je ne reçois de la plupart que mépris et irrévérences, impiété et froideur dans le sacrement de mon amour.......C’est pour cela que je demande que le premier vendredi d’après l’octave du St. Sacrement, soit dédié à une fête particulière, pour honorer mon Cœur, en lui faisant réparation d'honneur par une amende honorable, communiant ce jour-là pour réparer les indignités qu’il a reçues pendant qu'il a été exposé sur les autels ; et je le promets : mon cœur se dilatera pour répandre avec abondance les influences de son divin amour sur ceux qui lui rendront cet honneur." —“* Seigneur, à qui vous adressez vous ? répondit l’humble religieuse ; vous avez tant de zélés missionnaires, tant de généreux. prédicateurs pour annoncer votre volonté au peuple ! De grâce, enseignez-moi le moyen de faire ce que vous me demandez.” Ce fut alors que le divin Maître (2) lui donna pour adjoint à

(1) La Bienheureuse Marguerite-Marie Alacoque, religieuse Visi, tandine, qui mourut jeune encore en 1690.

(2) Le R. P. de la Colombière, homme d’une sainteté peu com. mune et frère du prêtre missionnaire de ce nom si bien. connu parmi

son œuvre le R. P. Claude de la Colombière, S. J., la chargeant d’annoncer à son fidèle serviteur que “ les difficultés ne manqueraient pas, mais de se rappeler que celui-là est tout-puissant, qui se défie entièrement de soi-même pour se confier uniquement en Dieu.”

Bientôt on vit s’accomplir à la lettre ces aimables paroles du Sauveur ; malgré mille entraves, l’œuvre se répandit avec un fruit extraordinaire en France, et dans les autres parties de l’Europe. Le Canada, si fidèle aux inspirations de la foi, ne tarda pas à applaudir au mouvement régénérateur, et avant même que l’association eût été enrichie d’indulgences, Québec en était devenu le berceau dans la colonie.

Il est facile, chères lectrices, de comprendre le bonhenr des Ursulines quand, par sa lettre patente du 80 mars de l’année 1700, Mgr. de St. Vallier désignait leur petite chapelle (1) comme centre des réunions de la Confrérie. La Vén. Mère de l’Incarnation, sans

doute, avait obtenu ce privilége en faveur de ses chères filles.

Pour avoir une idée de l'essor que prit cette dévotion dans le pays, de l’extension qu’elle y donna au règne de J. ©. dans les âmes, on n’a qu’à jeter les yeux sur les beaux noms qui s’empressent de s’enrégistrer dans la milice du Sacré Cœur. On y voit que, de loin

nous, fut jusqu'à sa mort l’apôtre zélé du Sacré-Cœur. Nommé par le roi de France prédicateur de son Altesse Royale la duchesse de York, la princesse Marie d’Este femme de Jacques II, le R. P. de la Colombière passa en Anglaterre, et donna à Londres même, en 1677, une retraite aux fidèles pendant laquelle la dévotion au Cœur de Jésus opéra de nombreuses conversions,

(1) On se rappelle que l'Eglise du Monastère n'avait pas été reconstruite, et qu’un petit local, connu aujourd’hui sous le nom de 4 vieux dépot,” servait encore de chapelle publique en 1700.

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comme de près, une foule d’adorateurs trouvaient moyen de visiter l’humble chapelle des Ursulines ; et si dans ces temps où les communications Ctaient si difficiles, la chose devient tout-à-fait impraticable, on aime, au moins, à entrer en union de prières, avec la communauté dépositaire de cette précieuse dévotion.

Le vif intérêt que nous avons nous-même éprouvé à parcourir les Régistres de la Confrérie, nous porte à croire qu’on aimera à connaître quels furent les premiers à dilater le cœur de Jésus, et à ressentir les influences de sou divin amour.

En tête de cette magnifique liste de noms figure celui du digne évêque de St. Vallier, premier zélateur et promoteur de l’œuvre en Canada. Puis l’on y voit successivement, dans le cours du siècle, les prélats et le clergé de Québec, membres du Séminaire ou chanoines de la Cathédrale ; un nombre considérable de prêtres de Montréal; presque tous les Pères Jésuites veuus en ce pays, entr'autres le célèbre Père Lafiteau, le Père Butler et le Père d'Eu ; les Pères Franciscains ; toutes les communautés religieuses de Québec; nos sœurs de la Congrégation N. D. ainsi que nos sœurs Ursulines de Trois-Rivières. (1)

(1) Rév. Mère M. Anne Anceau de Ste. Thérèse, Sup. (1723) ; Srs. Marg. Cressé de St. Joseph, Marie Joseph Jutras de St. Augustin, M. Mad. Bruneau de la Miséricorde, M. Jeanne Poulin de St. François, Gén. Quintal des Anges, M. Joseph Trottier du Sacré Cœur de Jésus, Marie de Longval de St. Jean-Baptiste, Lse-Ursule de Chapt de la Corne de Ste. Thérèse, Marg. Godefroy de Tonnancour de la Croix, M. Joseph Cardin de Ste. Pélagie, M. Anne Laframboise de Ste. Marie, Charlotte Courval de Ste. Agathe, Louise de Falaise de la Ste. Vierge, Claire Françoise de Chapt de la Corne de l’Enfant-Jésus, Marie- Josèphe Trottier des Ruisseaux des Séraphins, Gén. de Tonnancour de Ste, Hélène, Gén. Courval de Ste. Madeleine, Madeleine

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Des paroïsses entières, leur Curé en tête, se font inscrire à la fois, (1) et même, d’après le Régistre, ‘“ le 20 sept. 1740, la société des Pauvres Filles, adoratrices du $. C. de Jésus, de la ville de Rouen, demandent avec leur père M. Jos. Hubert Binet, d’être associées à notre confrérie.”

Il faut encore ajouter ici les noms des principaux personnages du pays, les de Portneuf, de Dombourg, de Rouville, de Tonti, de Gaspé, de Hertel, de Boucherville, de la Brocquerie, de Niverville, Baby, de la Rue etc ; les plus vaillants officiers du Roi de France, les des Meloises, de Villedonné, de Contrecœur, d’Argenteuil, de Ligneris, de Vincelot, de Varennes, de Belêtre de Tonnancour, de Montigny, de Lanaudière, de Lamorille etc ; tous les premiers citoyens de Québec, et même un grand nombre de Montréal et des environs.

Dans le diocèse de Québec, c’est ordinairement en famille (2) que l’on vient se faire inscrire, les parents

Cardin de la Conception, M. Jeanne Châtel de Ste. Ursule, Gén. Perrot de St. Charles, Marie-Catherine Pérusse de Ste. Marguerite, Françoise Beaubien de St. Michel, Marie Thérèse Barabé de St. Louis, Marie-Ang. Perrot, postulante.

(@) “En 1739, M. du Frost de la Gesmerais, curé de la paroisse de la Ste. Famille, 1le d'Orléans, a fait inscrire dans la Société tous ceux de sa paroisse, dit le Régistre, après une fête solennelle, c. à.d., exposition du S.S., grand’ messe, etc., le tout pour les y faire entrer tous ensemble et gagner l’indulgence plenière.'’ Puis suivent les noms de familles entières : Perrot, Martineau, Drouin,

Châteauneuf, Gagnon, De Blois, Du Pont, Canac, Morissette, Lé-

tourneau, des Rochers, Gendron, Guyon, Aubé, Asselin, LeBlond, Poulin, Gaulin, Piché, Giguère, Racine, Thivierge, Fouché, Vaillancour, Paré, Paquet, Paradis, Paquin, Marcot, Audet, Turcotte, Langlois, Dorval, Baillargeon.

(2) Les de Villeray, de Lotbinière, de la Chevrotière, Brouagues, Croisilles, de la Martinière, des Roches, Gaillard, de Rigaudville,

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voulant être les premiers à stimuler la ferveur de leurs enfants. Au reste, quand on voit les dames canadiennes les plus qualifiées, telles que Mme. Henri de la Gorgendière, épouse du Marquis de Vaudreuil, dernier gouverneur français, sa sœur Mme. J. T. Taschereau, Mme. M. Catherine de la Gorgendière, épouse de Chs. Lemoyne, troisième et dernier Baron de Longueil, Mmes. Mantet de Verchères, Le Gardeur de St. Ours, Le Gardeur de Léry, Verchères de Beaubassin, de Repentigny, de Lantagnac, de la Ronde, de Gaspé, Mile. de Salaberry etc; quand on voit, disonsnous, ces femmes influentes se mettre en avant dans ce merveilleux mouvement religieux, il n’y «a plus lieu de s'étonner de voir arriver en foule, sur leurs traces, des personnes de tout rang et de toute condition : car de quels puissants ressorts la femme n'est-elle pas douée, quand elle vent se faire apôtre et entraîner à la pratique du bien !

D'après les indications du Régistre, nous remarquous encore que chaque fête avait son nombre choisi d’adorateurs. (1) Dès le jour de l'an, arrivait au pied de

des cheneaux, Berthelot, Panet, le Page, la Fontaine, Tasché, Marchand, Pinguet, Drapeau, Bouchette, Le Mieux, Proult, Morin, Caron, Laplante, Tessier, Brassard, Parant, Boucher du Perron, de Thiersan de Rigaud, Damour de Plenne, Damour de Chigancour, Buteau, Chabot, Soumande, Labadie, Langevin, Gosselin, Provost, plusieurs familles de la Vallière, y comprise Mme. Marg la Vallière de Falaise, les Gourdeau, les Gasnier, Pachot, Drolet, Plamondon, Gar. neau, Lamontagne, Raymond, Bourson, Bouhours, du Bord, Blais, Testu, Taschereau, Dupuis, Urbain Racine, Prisque Racine et toutes les familles portant ce nom ; Mme. Marie le Gardeur de Léry et plusieurs membres de sa famille, Mme. René de Verchères et ses enfants etc,

(1) On sait que chaque associé s'engage à passer une heure en adoration devant le S. Sacrement, dans le cours de l’année, au jour

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l'autel M. Pierre de la Vérendrie et Mme. M. Anne Louise Dandonneau du Sablé, sa femme : pieuse et salutaire pensée d’un hemme que le monde avait accablé de tant d'injustices! il cherchait sa consolation dans le cœur du Dieu rémunérateur en lui consacrant les prémices de ses années. A Pâques venait à son tour le Chevalier de Repentigny ; à la Fête-Dieu, M. Thomas Jacques Taschereau; le jour des Morts, M. de Rigaud, marquis de Vaudreuil ; le. jour de l’Immaculée Conception, M. Daniel Liénard de Beaujeu; le jour de Noël, M. Jos. Henri de la Gorgendière ; la veille, M. F. Etienne Cugnet. Toutes les fêtes de la Ste. Vierge et des principaux patrons avaient aussi leurs dévots. Quant à Mme. Denis de la Ronde, ayant sans doute plus de loisir que son mari, elle voulut aussi le surpasser dans son zèle pour honorer le 8. C., en

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miers vendredis du mois.

Souvent encore, les mères venaient en compagnie de leurs filles: Mme. Charlotte de Ramesay, Marguerite, Charlotte et Louise de Ramesay ; Mme. de Longueil et ses trois filles; la Baronne de Bécancour et ses enfants. Les jeunes filles formaient aussi des groupes choisis: Térèse Hertel de Rouville, Térèse de Beaujeu, Térèse Duchesnay et Térèse Hertel de la Fresnière, consacraient à honorer le 8. C. le jour de leur patronne Ste. Térèse.

L'espace nous manque pour parler plus longuement à nos jeunes loctrices, des bonnes amies de leur âge du siècle dernier; mais il va sans dire que les élèves du

de son choix. Nous ne disons rien des nombreuses indulgences attachées à cette confrérie, on peut aujourd’hui en trouver le détail dans presque tous les livres de prières.

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pensionnat formèrent toujours la plus fraîche et la plus suave guirlande, dont s’entourât l'autel du Cœur de Jésus.

Ce fut en 1718, par un Bref du pape Clément XI, que des indulgences plénières et perpétuelles furent attachées à notre association; maïs la fête solennelle avec exposition du $. $., grand’messe, vêpres, sermon et salut, s’en était faite dès l’année 1700, le premier vendredi après l’octave de la Fête-Dieu. Depuis cette époque, la dévotion au Sacré Cœur a toujours conservé sa première splendeur; la chapelle s’est agrandie, et aujourd’hui comme par le passé, elle est insuffisante à contenir la foule pieuse, qui s'empresse de s’unir à nous pour rendre hommage au Cœur du divin Maître.

Une autre fête bien chère à nos Mères est celle des Stes. Reliques, dont nous trouvons l'établissement ici en date de l’année 1700. A cette fête, qui se célèbre chaque année le second dimanche d'août, et qui est aussi enrichie d’une indulgence plénière et perpétuelle en faveur du public, se rettachent des réminiscences aussi pleines d'intérêt que de piété.

Comment, en effet, nous agenouiller en présence de ces saintes Reliques, sans nous rappeler ces moments d’épreuve et d'angoisse où nos pères, eux aussi, sont venus s’y agenouiller, demandant à Dieu par les mérite des saints Martyrs, la conservation du pays ou la cessation d’un fléau. Ce n'était pas assez, souvent on portait les châsses vénérées par les rues de la ville éprouvée, et bien des fois, des faveurs en quelque sorte miraculeuses, sont venues couronner la piété et la foi.

Celles de nos lectrices qui ont eu l’avantage d'assister à cette fête, savent qu’il n’y a peut-être pas de sujet plus propre à inspirer un orateur évangélique: l’élo-

quence prend un élan tout particulier, en présence des ossements vénérés de ces frères, qui nous ont précédés dans le combat de la vie, et qui, du haut du ciel, nous encouragent à lutter à notre tour, en nous montrant le prix éternel de leur glorieux triomphe.

Peut-être ne sera-t-il pas superflu d’ajouter ici quelques indications au moyen desquelles il soit facile de se rendre compte dela décoration-particulière de l’autel en ce jour.

D'abord au-dessus du maître-autel se voient dans une croix d'argent, une parcelle de la vraie Croix, et dans une croix d’ébène, une de la sainte Epine. Autour de l'autel et à la chapelle latérale du S. Cœur, sont exposées, au milieu de fleurs et de luminaires, dix grandes châsses remplies d’ossements. Deux de ces châsses contiennent le corps entier de St. Clément,

martyr; les autres se partagent le chef d’une des compagnes de Ste. Ursule, le chef de Ste. Candide, de St. Just, et des ossements considérables de plusieurs autres saints, dont il a déjà été parlé au premier tôme, à l’article ‘“ La chapelle des Saints.”

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