MORT DE MGR. DE ST. VALLIER
Li Une perte aussi grave qu’affigeante rendit mémorable l’année 1727. Les jours du premier Pasteur | | aussi étaient comptés, et le 26 décembre fut le dernier de l'existence terrestre de Mgr. J. B. de la Croix de St. Vallier. Né en 1650, au château de Chevrières, ce digne prélat avait eu pour père Jean de la Croix, Seigneur de Chevrières et Comte de St. Vallier, dont
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il avait reçu des exemples admirables de vertu. Se sentant appelé au service de Dieu, le futur évêque du Canada abandonna généreusement à son frère ainé (1) les titres et les possessions de la terre, heureux de se choisir l'héritage du ciel. A peine entré dans l'état ecclésiastique, il fut fait chanoine de St. André à Grenobl. Bientôt après, on lui ofirit successivement plusieurs évêchés de France, mais ils les refusa; et quand Louis XIV le nomma à l’âge de 35 ans, coadjuteur à l’évêché de Québec, il n’acepta cette dignité qu'a la prière de Mgr. de Laval, et que dans la pensée
(1) Ce frère aîné de Mgr. de St. Vallier était Henri Bernard dela Croix, .nestre de camp d'un régiment d'infanterie, et gouverneur du château de Laval. Il n’eut qu'une sœur, Anne de la Croix, mariée à M. de St, André, président du parlement de Grenoble.
Mgr. de St. Vallier est un homme si remarquable dans le pays que nous croyons devoir ajouter ici quelques notes dues à l’obligeance de M. Ferland, et qui feront connaître un peu la famille de saints à la” quelle le digne évêque appartenait,
Son aïeul, M. de la Croix, Seigneur de Chevrières, étuit Conseiller au Parlement en 1578, avocat-général en 1585, intendant des finances de l’armée du duc de Mayenne en Dauphiné en 1588, enfin intendant des finances de Heuri IV en 1595.
Devenu veuf il embrassa l’état ecclésiastique, et Henri IV le nomma à l’évêché de Grenoble, puis Marie de Médicis le choisit pour être son conseiller ordinaire. Il aseista aux Etats-Généraux en qualité de Conseiller d'Etat, et plus tard à l’Assemblée des Notables.
Il mourut à Paris en 1619, durant l’Assemblée du Clergé, et fut enseveli dans le tombeau de ses pères dans l'Eglise de St. Bernard à Romans (Drôme).
L’oncle de Mgr de St. Vallier, Alphonse de la Croix, Seigneur d’Omacieux, entra de bonne heure dans l'Etat du sacerdoce. Après avoir reçu la consécration épiscopale, il fut pendant quelques années coadjuteur de son père, et lui succéda en 1619, sur le siége de Grenoble ; maïs ayant donné sa démission l’année suivante, il se retira à St. Marcellin, où il mourut en 1637.
La seconde branche de cette famille existe encore.
“ qu’il pourrait remplir sans contrainte au milieu des | sauvages, les sublimes fouctions de l'épiscopat.”’ | Nous avons déjà fait connaître à nos lectrices les
principaux événements de la vie de ce vénéré pasteur ;
ajoutons que, retiré depuis plusieurs années à l'Hôpital- | Général dont il était fondateur, il vivait au milieu de | ses pieuscs Hospitalières et de ses ‘“ chers pauvres,” | avec une simplicité qui ferait honneur au plus humble | curé de campagne ; l’ancien aumônier de Louis XV, après avoir loué au profit des pauvres son palais épiscopal, (1) ne dédaignait pas de remplir les pénibles fonctions réservées alors au chapelain d’un hôpital.
De sa solitude chérie de N. D. des Anges, le zélé | pasteur étendait sa vigilance à tous les points de son | vaste diocèse, donnant à chaque portion de son trou- | peau la part de sollicitude qu'il lui devait. Sa mort ! | fut longtemps regardée comme une calamité publique, : et voici le texte du Récit à son éloge : ‘ La mort nous a enlevé Mgr. de St. Vallier, second évêque du Canada, qui avait succédé à Mgr. de Laval. Il est décédé le 26 décembre de cette année 1727, universellement regretté de tout le diocèse. Aussi était-ce un prélat d'un mérite très-distingué, joignant à une illustre naissance plusieurs grandes qualités naturelles : un esprit vifet pénétrant, beaucoup de politesse, surtout un grand courage, qui lui faisait dévorer tous les travaux et fatigues des missions, tant dans les plus grands froids L de l'hiver que dans les chaleurs de l’été, pour admi- 4 nistrer le sacrement de Confirmation dans les paroisses * è les plus éloignées. Les vertus qui ont le plus éclaté dans ce digne prélat, et qui ont fait le caractère particulier de cette grande âme, sont l’humilité, la mortification et la charité pour les pauvres. Cette dernière
(1) Ce palais, près de la porte appelée Prescott, occupait une partie du site actuel de la bâtisse où siége le parlement canadien.
lui a fait fonder les établissements de l'Hôpital-Général de cette ville et des Ursulines de Trois-Rivières, en faveur desquels il se dépouillait de tout, même de son nécessaire ; ces fondations seront un monument éternel de son amour pour les membres souffrants de J, C. et de son zèle pour l'instruction de la jeunesse.”
Nous pourions ajouter ici à la gloire du vénéré prélat, et comme autre monument de son zèle, l’établissement des Ursulines de la Louisiane ; mais nous réservons pour la fin du volume un article assez détaillé sur cette intéressante fondation.
A la mort de Mgr. de St. Vallier, il s’éleva, surtout à Québec, de déplorables difficultés, par des malentendus, des corflits de juridiction ecclésiastique et civile, qui sont consignés pour la première fois dans la troisième édition (1) de l'Histoire de M. Garneau. Des papiers, rapportés de France par M. l'Abbé Ferland, et en particulier une lettre de la Mère Ste. Héléne de l'Hotel-Dieu de Québec, contenant une foule de faits intéressants sur le pays de 1717 à 1758, ont mis depuis peu nos historiens en mesure de donner d’amples détails sur ce sujet.
Ces difficultés originèrent dans la diversité d’opinions sur le légitime représentant (2) de l'autorité ecclésiastique ; de là, de pénibles différends, une souffrance générale, dont les communautés de la ville eurent à subir leur bonne part, comme le fait remar-
(1) Tome II. page 117.
(2) Mgr de Mornay nommé depuis quatorze ans coadjuteur de Mgr. de St. Vallier, n’était jamais venu en Amérique, à raison de son âge et de ses infirmités. Il avait donné aux Grands-Vicaires du diocèse et au Doyen du Chapitre le pouvoir de le remplacer en Canada, étant lui-même administrateur de l’Archevêché de Cambrai devenu vacant par la mort de l’Illustre Fénélon.
quer la Mère Ste, Héléne. L'’impossibilité de communiquer promptement avec l'Europe, soit pour le civil, soit pour l’ecclésiastique, tendait à prolonger ces débats regrettables, qui durèrent jusqu’à l’arrivée de Mgr. Dosquet en 1729. (1) Tous les troubles s’apaisèrent aussitôt que parut le premier Pasteur, chacun s’empressant de lui donner toutes les marques possibles de soumission et de respect, et la meilleure preuve de la bonne foi des partis opposés, c’est qu’on fut heureux, de part et d'autre, d’effacer tout vestige de ces tristes contestations
Selon leur coutume, nos Mères avaient enregistré tous les événements de cette époque ; mais d’après le désir de Mgr. Dosquet, elles consentirent à retrancher ces pages de leurs Annales.