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PRÉMICES DES VOCATIONS RELIGIEUSES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE

Cependant tout n’était pas deuil et tristesse au Monastère ; hâtons-nous de lever ce voile sombre que nous y avons répandu, et laissons voir à nos lectrices l’épanouissement des anges du sanctuaire, quand vintse prosterner au pied de l'autel, offrant à Dieu sa. fraîcheur et sa jeunesse, une jenne demoiselle de talents distingués et à qui tout souriait dans l'avenir.

Non, l'entrée de Mlle. Migeon ne fut pas accidentelle à cette époque d'épreuves ; le retour de cette ancienne élève dut apporter une grande joie aux Ursulines, et leur faire bien augurer des vues de la divine Providence sur leur Communauté. Disons donc vite ce

que dans le premier. Ils se sont logés dans le bas en attendant que la divine Provindence leur fournisse les moyens de se rétablir. Les RR. PP. Jésuites en ont agi cette seconde fois avec la même charité et cordialité qu'à la première. Mgr. l'Ancien et M. Petit ont demeuré près de deux mois dans leur infirmerie. Ce repos a été fort utile à Mgr. car il en est sorti tout rajeuni. Veuille le Seigneur le

conserver encore longtemps pour sa gloire et le bien du Canada!” Annales du Monastère.

qu'était dès lors cette magnanime Mère de la Nativité, dont les traditions du cloître nous ont conservé tant d’aimables et intéressants souvenirs.

Mlle. Marie Anne Migeon, fille de M. J. B. Migeon de Bransac, lieutenant-général à Ville-Marie (Montréal), et de Mme. Gaucher (1) de Belleville, naquit à Montréal le 27 janvier 1685. L'héritage de vertus légué par une mère vraiment chrétienne à ses enfants, fut dans la suite un grand sujet d’'émulation pour une fille aussi bien née.

L'enfance de la jeune Marie-Anne fut entourée de tous ces tendres soins que les parents ont coutume de prodiguer au dernier-né de leurs enfants, et ce ne fut que lorsqu'il fallut songer à la première communion de sa fille, que Mme. Migeon se sentit assez de courage pour éloigner d'elle cette enfant chérie. Marie-Anne entra au pensionnat au mois d'août de l’année 1695.

Après avoir passé quatre années dans une appli-

cation constante aux études convenables à son sexe et à son rang dans la société, Mile. Migeon fut rappelée au sein de sa famille. Ce fut au printemps de 1699, qu'il lui fallut quitter ce Monastère, où sa docilité, sa piété et sa sagesse, l’avaient rendue si chère à ses maîtresses, et si heureuse elle-même au milieu de ses jeunes compagnes. À la question qu'on lui adressait alors : ‘“ Quand reviendrez-vous à Québec, Mlle. ? ” elle répondait avec vivacité : “ Ce sera bientôt, je l’espère.” Ses jeunes amies de pension prirent ces

(1) Mile. Catherine Gaucher de Belleville, d’ancienne noblesse originaire de Senlis, épousa à Montréal en 1665 M. J. B. Migeon de Bransac. L’aînée de leurs filles se fit religieuse à l'Hôtel-Dieu de Montréal. Mme. Migeon elle-même y entra comme novice à l’âge

de soixante-dix ans, vers 1713, et elle y mourut en odeur de sainteté en 1721.

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paroles pour un simple compliment d'adieu ; mais les religieuses en saïsirent mieux la signification et la portée, car elles n’ignoraieut pas qu'à l'exemple de sa sœur aînée Gabrielle, Marie-Anne avait déjà choisi Jésus-Christ pour son unique partage.

De retour à Montréal, Mile. Migeon, qui n'était encore que dans sa quinzième année, fut aussitôt regardée comme une jeune personne très-accomplie, et elle ne tarda pas à s’entourer de l'estime et de l'amitié de tous. Compagne inséparable de sa pieuse mère, elle partagea avec ardeur toutes ses dévotions et ses bonnes œuvres.

Cependant, non contents de s’opposer à son retour à Québec, ses parents et amis la sollicitaiont constamment à prendre part à ces divertissements frivoles dont le monde lui-même sent tout le vide, et que néanmoins il ne saurait se refuser. Ainsi, souvent après avoir donné sa matinée à Dieu, dans l’accomplissement de ses devoirs de piété ou de charité envers les pauvres, elle voyait arriver le lieutenant Juchereau, son beaufrère, muni de tous les pouvoirs de l’entraîner au bal, D'autres fois, c'était son oncle de la Gauchetière, Capitaine d’un détachement de la marine, qu'il fallait suivre à des parties de jeu ou de promenade. Mais cette figure du monde qui passe, et dont le prestige éblouit si étraugement tant de jeunes imaginations, n'eut aucun charme pour cette véritable ‘ Enfunt de Marie”; Mlle. Migeon avait des goûts plus solides, et après avoir dansé un ou deux ballets, elle se trouvait heureuse de pouvoir céder sa place à des jeunes personnes plus avides qu’elle de paraître et de plaire. Les malins disaient alors : ‘ Voilà notre religieuse qui se retire!” Ils ne se trompaient pas, c'était déjà en

effet, un cœur consacré à Dieu qui s’exerçait à la retraite, préludant ainsi à une séparation complète du monde, où elle pût offrir au ciel sans obstacle le sacrifice de toute sa personne.

Il faut dire iei que les connaissances de Mlle. Migeon ne couspiraient pas toutes à l’éloigner du cloître ; elle rencontra une de ces amies précieuses, ‘ choisie entre mille,” dont les goûts et les inclinations saintes s’identifiaient avec les siens. Malgré la différence d'âge, Mlle. Elis. (1) Lemoyne de Longueil et Mlle. Migeon de Bransac, devinrent pour ainsi dire inséparables ;

(1) Mlle. Elisabeth Lemoyne de Longueil était fille du premier baron de ce nom. Cette Dlle. avait occupé pendant quelque temps une place honorable auprès de la duchesse d'Orléans; mais son séjour au-delà des mers ne lui avait rien fait perdre de sa piété, de sa douceur et de sa modestie. Dès qu’elle fut de retour en Canada, elle songea séricusement au moyen de s’y consacrer à Dieu; mais sa mère ne pouvait plus consentir à se séparer de sa fille. A l'entrée de son amie dans notre Monastère, Mile. Lemoyne eut un grar désir de suivre son exemple et de se consacrer à Dieu en qualité d'Hospitalière. L'état de sa santé ne le lui permit pas, et cela lui fut si sensible que son indisposition en fut notablement aggravée, Alors la baronne se décida à l’amener à l’Hôtel-Dieu de Québec, et elle y loua un appartement pour y faire traiter la jeune Demoiselle, Deux mois après, Mile. Lemoyne s’en retourna à Montréal, aussi charmée qu'édifiée de la vie sainte et laborieuse des Hospitalières, et plus décidée que jamais à venir les rejoindre. Son épreuve cependant fut encore prolongée, comme on le voit par cet extrait de lettre de M. Joseph de la Colombière, en date du mois de juin 1705, et adressée de Montréal à la Mère M. Anne Migeon : ‘‘ Mile. de Longueil est en retraite, mais sans aucune espérance de pouvoir exécuter son pieux dessein. Je voudrais bien que sa mère ressemblât à la vôtre...” Après bien des prières et des instances elle obtint enfin la permission

tant désirée ct entra à l’Hôtel-Dieu en 1707, Elle porta en religion le nom de Marie de l'Enfant Jésus. Elle fut l’unique religieuse de la famille des Lemoyne de Longueil. Sa mère était à notre pensionnat en 1672.

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leur bonheur était de se trouver ensemble, et de s’encourager mutuellement dans leur pieux dessein de ne vivre que pour Dieu.

Enfin après trois années de combats, Mile. Migeon obtint de ses parents la permission de revenir à Québec. Ses préparatifs de voyage furent bientôt faits, et au commencement de juin 1702, elle entrait au noviciat des Ursulines. Le 8 septembre, elle revêtait le saint habit de l’ordre sous le nom du mystère qui se célébrait en ce jour; et deux ans plus tard, elle prononçait ses vœux avec une ferveur d'ange.

Nous verrons comment cette mère ‘au cœur de reine ”” parcourut sa carrière religieuse, et quel trésor elle fut pour sa Communauté aux jours de la tribulation et de l'épreuve. Ajoutons seulement ici qu'ayant été nommée, peu après sa profession, maîtresse des pensionnaires, elle comprit si bien la responsabilité attachée à cette charge, qu’elle se hâta d’intéresser au succès de son œuvre ses amis de Montréal, en réclamant le secours de leurs prières. C’est à ce sujet que M Joseph de la Colombière lui adressait les lignes suivantes :

“ Votre nouvel emploi demande une nouvelle patience et un nouveau désir de contribuer au salut des âmes. Ce sont de nouvelles occasions de faire connaître aux pensionnaires les obligations qu’elles ont contractées dans leur baptême, et de leur inspirer avec une sainte adresse, de l'éloignement pour la vanité et pour tout ce qui s'appelle “ les pompes du monde.” Enfin, il faut que toutes les jeunes filles dont vous aurez soin deviennent par leurs vertus des copies de la Ste. Vierge, qu’elles aient une émulation merveilleuse pour imiter cette Reine des anges. Je reçus hier votre

lettre du 26 mai ; j'espère que celle-ci vous sera remise un peu plus promptement. Adieu ; aimez la très sainte Vierge ; soyez telle que vous savez qu'il faut être, pour mériter toute ia gloire et le bonheur d’être à jamais comptée parmi les vraies filles de Marie.

“ Tout à vous dans le $. C. de Jésus,

(1) J. de la Colombière.”

Sur les pas de Mlle. Migeon arrivait bientôt au noviciat Mlle. Géneviève Beaudoin, fille du Dr. Beaudoin, chirurgien de Québec et médecin du Monastère, ainsi que Mlle. du Bos, ‘ née à la côte de Maure et baptisée à Sillery.” Cette dernière aspirait depuis longtemps après le bonheur dont elle jouissait. M. Laurent du Bos, son père, et Mme. Marie Félix, sa mère, tous deux amis de l'éducation, avaient amené leur fille au pensionnat dès l’âge de dix ans, et ils ne l’en retirèrent définitivement que sept ans après. Mlle. du Bos avait un grand désir d’embrasser la vie religieuse, mais elle craignait d’affliger ses bons parents, et ce ne fut que plusieurs mois après sa sortie qu’elle eut le courage de s'expliquer à ce sujet. M. du Bos lui répondit alors bien tranquillement, que le Monastère était en effet un asile de paix et de bonheur, qu'il

(1) Ce M. de la Colombière, frère ducélèbre J'ésuite de ce nom, mourut à Québec en 1723. Un petit écrit qui avait échappé jusqu’à présent à nos recherches, nous fait un bel éloge de ce digne ouvrier de la vigne du Seigneur. Cet écrit est probablement assez peu connu pour qu’il y ait intérêt à l’insérer ici.

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