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“ À l'exemple de ces grandes âmes, dit-il, la Mère Marie de l’Incarnation Ursuline, qu'on appelle la Thérèse de nos jours et du Nouveau-Monde..…...."
Voici comment Mgr. de Laval ayant appris cette nouvelle, en écrivit en Canada :
“ Nous tenons à bénédiction, dit-il, la connaissance qu’il a plu à Dieu de nous donner de la Mère Marie de l’Incarnation, première supérieure des Ursulines de Québec, l'ayant soumise à notre conduite pastorale. Le témoignage que nous pouvons en rendre est, qu’elle était ornée de toutes les vertus dans un degré très-éminent, surtout d’un don d'oraison si élevé, et d’une union avec Dieu si parfaite, qu’elle conservait sa présence au milieu de l'embarras des affaires les plus difficiles et les plus distrayantes, comme parmi les autres occupations où sa vocation l’engageait. Parfaitement morte à elle-même, Jésus seul vivait et agissait en elle. Dieu l'ayant choisie pour l'établissement de l’ordre de Ste. Ursule en Canada, il l’a douée de la plénitude de l'esprit de ce saint Institut. C'était une supérieure parfaite, une excellente maîtresse des novices et elle était très-capable de remplir tous les emplois d’une communauté religieuse. Sa vie, commune à l'extérieur, était à l’intérieur toute divine, de sorte qu’elle était une règle vivante pour toutes ses sœurs. Son zèle pour le salut des âmes et particulièrement pour celui des sauvages, était si ardent qu’il semblait qu’elle les portât tous dans son cœur. Nous ne doutons pas que ses prières n'aient obtenu en grande partie les faveurs dont jouit maintenant l'Eglise naissante du Canada.”
Ajoutons à ces voix imposantes du haut clergé, les témoignages non moins précieux de plusieurs prêtres aussi distingués par leur piété que par leur érudition. M. le Camus, docteur de Sorbonne et Grand-Vicaire de l’Archevêque de Tours, donna le 11 janvier 1680, l'approbation suivante aux lettres spirituelles et historiques de cette Vén. Mère.
“ Les justes, dit l’Ecriture, ne meurent qu’aux yeux des hommes insensés, car outre que leur mort précieuse devant Dieu, est moins une mort qu’un heureux passage de la vie présente à l'éternité, c'est qu'ils vivent toujours en terre ou par leurs vertus dont le
souvenir édifie, ou par leurs ouvrages dont les lumières instruisent. La Vén, Mère Marie de l’Incarnation s’est acquis ce privilége d'immortalité, qui est le partage des âmes prédestinées, non-seulement par sa piété extraordinaire et ses communications avec Dieu, qui ep ont fait un exemple admirable et le sujet d'une grande édification pour son ordre, mais aussi par ses maximes très-évangéliques et très-chrétiennes, qui rempliront dans tous les temps l’esprit de ceux qui liront avec application le livre qui a pour titre : “ Lettres de la Vén. Mère Marie de l’Incarnation première Supérieure des Ursulines de la Nouvelle-France.”
Le temps n'a pas plus affaibli en France qu'en Canada les sentiments que l’on avait d’abord conçus de la sainteté de notre Vén. Mère, comme on le:voit par le beau témoignage que lui rendait vers l’année 1800, M. Emery, Supérieur du Séminaire de St. Sulpice à Paris. Cet homme d’une science et d’une piété consommées, qui ne craignait pas de dire à Napoléon le Grand ‘“ ses vérités,” écrivait ainsi à Mgr. J. O. Plessis évêque de Québec. “ J'ai beaucoup de vénération pour les Ursulines de Québec, qui, sans doute, ont hérité des vertus éminentes de la Vén. Mère Marie de l’Incarnation. C’est une sainte que je révère bien sincèrement et que je mets dans mon estime à côté de Ste, Thérèse. Dans ma dernière retraite, sa vie, ses lettres et ses méditations ont seules fourni la matière de mon oraison et de mes lectures.”
En dédiant la ‘ Vie de la Mère Marie de l’Incarnation ” à la reine Elisabeth d’Espagne, en 1724, le R. P. de Charlevoix parlaie ainsi. ‘“ Une femme forte et tell: que le plus sage des Rois semblait désespérer d’en trouver jamais, ne pouvait être l'ouvrage que de cet amour sacré, qui, fort comme la mort ainsi que le même Salomon le dit ailleurs, communique à ceux qu'il anime une force à laquelle rien ne résiste. (C’est un feu divin, dont une seule étincelle fit courir au martyre Ste. Thérèse encore enfant, et pour parler de la mère Marie de l’Incarnation comme en ont parlé les plus grands personnages de nos jours, l’on peut peut dire que toute l’eau (1) de l'océan n’a pu éteindre le feu qui consumait cette autre Thérèse, que le siècle précédent a don-
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née à la France. Aussi de quoi ne l’at-il pas rendue capable ? Tout ce que la vie apostolique a de plus éminent, et qui demande un courage plus ferme: courir au-delà des mers, chercher jusque dans le centre de la barbarie, des âmes égarées pour les gagner à Dieu! N'épargner ni soins ni travaux, prodiguer sa santé et sa vie même pour apprendre à des sauvages à connaître et à aimer Celui qui seul est aimable et digne d’être aimé; ce n’est là qu’une partie des effets de cet amour dominant dans une âme dont il s’est emparé et où il a toujours agi sans obstacle.” (1) Le jugement que le Père de Charlevoix porte sur ses écrits, est encore fort remarquable. “On voit par ses écrits, dit-il, qu’elle était une des plus spirituelles femmes de son siècle. Tout y est solide, elle pense juste; elle approfondit tout ; donne à ce qu’elle dit un tour ingénieux, et son style a cette simplicité noble où peu d'écrivains parviennent.”
Après avoir fait un retour sur sa douceur, sa bonté, sa fermeté dans les entreprises, son habileté dans les affaires et son zèle pour la gloire de Dieu jusqu’au dernier moment de sa vie, le R. P, de Charlevoix résume comme suit son intéressante histoire de cette grande servante de Dieu. ‘“ Ainsi vécut, ainsi mourut l’illustre Marie de l’Incarnation. L'histoire nous présente peu de femmes qu'on puisse lui comparer; et je crois que personne de ceux qui se donneront la peine d’examiner attentivement ses actions et ses écrits, ne fera difficulté d’en convenir. Tout ce que nous avons eu dans ce siècle de plus distingué par la sainteté et par le mérite en à ainsi jugé; et les plus grandes éloges qu'on lui ait donnés, sont venus de ceux qui l’ont plus parfaitement connue.”
“ La Mère de l’Incarnation était d’une taille haute, d’un port grave et majestueux, que tempérait une douceur humble et modeste. Lorsqu'elle était encore dans le monde, tout son air avait quelque chose de si grand, qu’on s’arrêtait dans les rues pour la voir passer. Ses traits étaient réguliers, mais c'était une beauté mâle, qui laissait voir toute la grandeur de son âme. Elle était
(1) Charlevoix, Vie de la Mère Marie de l’Incarnation, Liv. VI. Paris 1724.
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forte et bien constituée, d’une humeur très-agréable ; et, quoique BE À la présence continuelle de Dieu lui donnât quelque chose de cé-
leste qui imprimait le respect, on ne se sentait jamais embarrassé avec elle.” (1)