‹ Les Ursulines de Québec [microforme] (volume 4)Chapitre 157 sur 199 · MOTIFS DE CONFIANCE—UNE VISITE · texte numérisé non relu

MOTIFS DE CONFIANCE—UNE VISITE

Tout concourait à répandre un baume conselateur dans l'âme de nos Mères ; elles purent dès lors entrevoir que Dicu leur rendrait ce qu'il venait de leux enlever. Voyons comment le vicux récit mend compte de ces justes sujets d'espérance,

* Notre charitable pasteur mon content de ce qu'il avait déjà fait pour mous nous donna trois mille francs en aumône, et son exexmple anima tous les autres à mous secourir, Le jour de notre

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incendie, il avait lui-même prêché à la Cathédrale exhortant le peuple à nous venir en aide ; et comme il devait prochainement partir pour la France, il adressa à tous les curés une circulaire (1) dans les termes les plus tendres et les plus forts pour exciter leurs paroissiens à nous faire du bien.

(1) ‘Jean-Baptiste de St. Vallier, nommé à l'Evêché de Québec...

À tous ceux et celles qui ces présentes lettres verront, salut en Notre- Seigneur.

4 Si l'amour que les Pasteurs doivent à leurs ouailles les oblige à leur procurer dans leurs besoins les soulagements et les assistances qni peuvent dépendre d’eux, il faut avouer que parmi celles-là, les âmes consacrées à Dieu par les vœux de la religion, exigent de leur charité des secours d'autant plus abondants qu’elles leur doivent être plus chères, étant comme elles sont, au sentiment des Saints Pères, l’une des plus illustres portions du troupeau de Jésus-Christ, et entre toutes l'on peut dire que celles qui par leur profession sont dévouées au service du prochain doivent tenir le preinier rang.

4 Ces raisons jointes aux grandes obligations que les habitants de la Nouvelle-France ont aux religieuses Ursulines, qui se sont employées depuis tant d'années avec beaucoup de zèle et de succès à l'instruction et l'éducation des jeunes filles du pays, nous obligent à vous exhorter et vous conjurer de tout notre cœur, de porter vos paroissiens par tout ce qu’il y a de plus saint, de plus touchant, à leur rendre toutes les assistances que demande la nécessité pressante où l'incendie de leur église et de leurs bâtiments, arrivé depuis peu de jours, les a réduites.

4 Ce triste accident qui a effrayé tous ceux qui en ont été spectateurs, et dans lequel tout le Canada se trouve intéressé, est une exhortation assez touchante pour exciter toutes les personnes charitables et reconnaissantes à faire aux dites religieuses, tous les biens qui dépendront de leurs moyens.

‘6 C’est pourquoi je n’ajouterai rien davantage à cette lettre, dont vous ne manquerez pas de faire publiquement la lecture à vos paroissiens, me persuadant que votre zèle et leur bonne volonté, suppléeront abondamment au défaut de nos paroles.

“ Je supplie la divine bonté de vous remplir et eux aussi de ecs plus grandes bénédictions.”?

(Signé) Jean, Evêque de Québec.

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“ M. le Marquis de Denonville notre Gouverneur et Mme. la Marquise sa femme, se portèrent aussi avec un grapd zèle À nous assister, car outre leur première offrande de mille livres argent de France, Mme. de Denonville voulut bien prendre la peine de faire pour nous une quête par la ville, allant elle-même do porte en porte, et se faisant un plaisir de nous apporter journellement les offrandes qu'elle avait ainsi recueillies.

“ Messieurs du Séminaire se portèrent pareillement avec affection à nous assister, de quoi nous leur sommes très-obligées, aussi bien qu’à M. l’Intendant et à plusieurs autres, marchands et bourgeois, qui nous ont aidées avec beaucoup de charité. Nous ne faisons pas ici le détail nous réservant à le faire dans le livre où nous inscrivons les bienfaiteurs et leurs bienfaits, suppliant cependant Notre-Seigneur d’être leur ample récompense dans l'Eternité.

“Nos Révérends Pères surtout, anciens et véritables amis, nous ont seconrues de toutes les manières les plus obligeantes du monde, pourvoyant à tous nos besoins en bons et véritables pères. Dieu seul connaît toutes nos obligations à leur égard et la reconnaissance de nos cœurs. Notez que depuis l'an 1639, les Révérends Pères ont toujours fait nos affaires de France gratis ; ils nous ont dit la messe plus de trente ans, fourni de confesseurs et de prédicateurs, et tout cela gratis et par pure charité. Je ne répète point ici comme ils partagèrent, à notre premier incendie, les étoffes de leurs propres habits pour en revêtir nos premières Mères, cela étant marqué amplement dans la vie et les épitres de notre Vén. Mère de l’Incarnation. Mais je ne puis omettre ici que le lendemain de ce second incendie, le R. P. Dablon pour lors Recteur du Collége, nous envoya mille francs en argent, nous témoignant le regret qu’il avait de ne pouvoir faire plus. Les Révérends Pères nous fournirent bien, outre cet argent, la valeur de cinq ou six mille livres en bons effets et autres commodités.

“ Pendant notre séjour chez les charitables Mères Hospitalières, nous assistions à toutes leurs observances, disant l'office avec elles, les accompagnant à l’oraison, à la messe, au réfectoire et à la récréation ; nous allions aussi servir les pauvres ; le reste du jour nous nous tenions en notre département. Notre Mère sortait tous

les jours pour aller avec une compagne, visiter nos chères sœurs dans la petite maison de Mme. de la Peltrie, et pour hâter le rétablissement du Monastère.

‘ Nos supérieurs ayant jugé qu’il était de convenance que notre Mère, accompagnée de plusieurs d’entre nous, fût rendre visite à M. et à Mme. Denonville, cela fut exécuté le dimanche dans l’octave de la Toussaint, Mme. Bourdon et Mme. de Villeray vinrent à midi nous prendre en leurs voitures, pour nous mener au château St, Louis, où M. et Mme. la Marquise nous firent tout l'accueil possible, nous donnant tous les témoignages imaginables de bonté. Nous ne sortîimes du château que sur les quatre à cinq heures du soir. Après avoir pris congé du Marquis et de sa famille, nous nous rendîmes à l'hôtel de M. l’Intendant, et comme Madame était au lit, on nous conduisit à sa chambre où nous fûmes comblées d’amitiés. Mais il fallut bientôt partir, car il se faisait tard, et nous voulions aller donner le bon soir à nos pauvres sœurs, qui étaient dans la petite maison de Madame notre Fondatrice. Enfin nous rentrâmes vers sept heures à l’Hôtel-Dieu, bien lasses d’avoir tant couru et voyagé.”

Nous ne savons quel commentaire feront nos lectrices sur le naïf détail de ce dernier incident ; mais il nous semble qu’elles y trouveront diflicilement l'ombre d’un retour vers le monde. Comime on est contente de revenir à sa chère solitude et comme on s’y renferme de bon cœur ! Comment, au reste, ces religieuses se seraient-elles laissées distraire par quelques visites de nécessité, quand les flammes mêmes n'avaient pu troubler leur saint recueillement ? Quant à nous, ce qui nous a frappée davantage dans tout l'ensemble de ce récit, c’est l’admirable piété de ces vingthuit religieuses qui, venant de recevoir la sainte communion, ne crurent pas pouvoir se laisser attendrir par la perte des choses de ce monde, puisqu'elles possédaient en elles le Créateur.

À l’occasion de cet incendie qui avait réuni encore une fois les Hospitalières et les Ursulines, nous trouvons dans l'histoire de l'Hôtel-Dieu la notice suivante : ‘ Nous ne croyions pas pouvoir trouver une plus belle occasion d’exercer la charité que d'assister ces épouses de Notre-Seigneur, pour qui d’ailleurs nous avions

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beaucoup d'estime, et qui nous édifièrent extrêmement pendant leur séjour chez nous. Nous les connaissions déjà particulièrement presque toutes, plusieurs d’entre nous leur étant alliées par parenté, ct les autres ayant été élevées chez elles ; nous renouâmes ainsi notre ancienne amitié, et de part et d'autre l’on se donna mille assurances d’une sainte et solide union.”

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