LE PAYS EN
Un mot sur l’état de la colonie en 1651-52, pour clore ce premier livre de l'Histoire de notre Monastère.
La ville de Champlain encore à son berceau se voyait déjà en possession de trois établissements religieux, d’où se répandaient comme d'autant de foyers lumineux, la connaissance et les bienfaits du Christianisme. Le collége des RR. PP. Jésuites avait été rebâti après l'incendie de 1640, et la Compagnie venait de donner son seième martyr (1) pour la conversion des pauvres infidèles de la Nouvelle-France. Les Mères Hospitalières, plus que jamais nécessaires à la colonie, s'épuisaient généreusement à secourir les pauvres et les malades, tant français que sauvages. Les Ursulines, surchargées de travail, comme on l’a déjà vu, au milieu de leurs néophytes et des jeunes filles qu’elles formaient à la piété et aux bonnes mœurs, avaient eu dans l’espace de treize ans à se construire deux fois un Monastère, et cela avec de si faibles ressources qu’il faut y reconnaître une protection visible du ciel. Québec posait ainsi, avec ses premiers fondements, les bases de cette piété solide qui s’est étendue à mesure que le pays s’est peuplé davantage, et qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours.
(1) Nous n’aurions pas manqué de citer ici quelque chose des belles pages que la Mère de l’Incarnation a consacrées à la mémoire de ces glorieux apôtres, si nous ne devions à l’obligeance d’un ami l’intéressante notice qui se trouve à la fin de ce volume. Nous y renvoyons nos lectrices, sûre qu’elles y trouveront ample sujet d'intérêt et d’édification. :
Dans cet intervalle de treize ans, depuis l'arrivée des premières religieuses sur le sol canadien, une petite colonie a passé par Québec pour établir à Montréal un poste au milieu des Iroquois. En 1651, il n’y avait là encore cependant qu'environ cinquante Français, maintenus par l’énergie et la piété de M. de Maisonneuve.
L'habitation de Trois-Rivières, dit la Relation, ne subsistait que par miracie, tant on y était harcelé par les bandes des farouches Iroquois. Maïs ces dangers continuels ne faisaient qu’accroître la ferveur des premiers colons, et ce serait priver nos lectrices d'un grand sujet d’édification que de ne pas citer ici quelque chose de la Relation de 1651.
Les habitants de Trois-Rivières, dit le R. P. Ragueneau, attribuent leur conservation au recours"extraordinaire qu'ils ont eu à la Ste. Vierge, dont'il y avait un petit oratoire dans chaque maison : l’un était dédié à Notre-Dame de Lorette, l’autre à Notre-Dame de Liesse, les autres à Notre-Dame des Vertus, du Bon- Secours, de Bonne-Nouvelle, de la Victoire, et à quantité d’autres titres sous lesquels on honore la Ste. Vierge en divers lieux de la Chrétienté. C'était une dévotion ordinaire à ces pauvres habitants d'aller visiter ces petits oratoires en divers jours de la semaine, principalement les samedis, que le concours y était plus grand ; et en chaque maison, matin et soir, tout le monde se rassemblait pour y faire les prières en commun et l'examen de leur conscience, et pour y dire les Litanies de la très-sainte Vierge, le chef de la famille étant d'ordinaire celui qui faisait les prières, et auquel tous les autres répondaient, femmes, enfants, serviteurs.
‘ À Québec et aux habiiations qui en dépendent, cette façon de fuire les prières matin et soir, a été une dévotion ordinaire, chaque maison ayant pris un Saint
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pour patron, et fait un vœu public, que chacun se confesserait et communierait au moins une fois le mois... La plupart de ceux qui sont en ce pays avouent qu’en aucun lieu du monde ils n’y avaient trouvé, ni plus d'instruction, ni plus d’aide pour leur salut, ni un soin de leur conscience plus doux et plus facile.”
Voyons maintenant quelle était l’union, la charmante aménité de mœurs qui régnait alors auns le pays. Le jour de l'an qui a tant de jouissances pour notre génération, devait en avoir encore davantage alors que toute la colonie ne formait à bien dire qu’une seule et même famille. Aussi les étrennes faisaientelles la ronde; on s’adressait réciproquement des cadeaux, et il y a vraiment plaisir à voir le docte et vénéré P. J. Lalemant présenter d'abord à M. le Gouverneur un beau volume d'œuvres choisies, à M. Bourdon, une boussole réputée ‘ magnifique,” et distribuer de tous côtés force médailles, livres, chapelets.
Dès la pointe du jour, le canon du Fort avait annoncé la joyeuse fête, et souvent les principales visites étaient déjà faites, quand la cloche appelait la petite population à l’église paroissiale pour la grand’messe, Dans l’empressement général de se faire les souhaits de la nouvelle année, il arriva même une fois que le bien-aimé M. de Montmagny dévança les Révérends Pères ! Le cas était grave, aussi y eut-il assemblée générale chez ces derniers, pour aviser aux moyens qu'à l'avenir le noble Chevalier fût salué le premier.
Quant aux habitantes du cloître, elles n'étaient pas les dernières à prendre part à la fête ; leur compliment de bonne année s’adressait par écrit dès la veille avec étrennes d'ouvrages, Agnus Dei, etc., et elles recevaient en retour des traités sur la vie spirituelle, et divers objets de piété. On vivait ainsi dans la joie la plus
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entière et la plus franche, prêt toutefois à s’exhorter au martyre au moment même si l’occasion s’en fut pré-
sentée.
Cette union des esprits et des cœurs, cette gaieté | d’entrain d'ailleurs si naturelle aux enfants de la vieille ] France, devaient être un grand adoucissement rux épreuves de cette époque qui, sous le triple rapport du courage militaire, du dévouement et de la piété, peut bieu être considérée comme l'âge d'or de la colonie.
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