CINQ NOUVELLES ÉMULES DES F'ONDATRICES
Un vide immense s'est fait au Monastère par le départ des Fondatrices ; mais Dieu n’a pas abandonné son œuvre, du haut du ciel, ces Mères-chéries guident vers la solitude qu'elles ont tant aimée de nouvelles vierges, qui s'eflorceront de marcher sur leurs traces, et seront à leur tour la gloire et le soutien de notre maison.
Des cinq nouvelles postulantes que nous allons faire connaitre à nos lectric:s, les quatre premières ont à peine quatorze ans, et la dernière, quinze. Précédemment,il s'en était présenté plusieurs qui n'avaient pas même cet âge, Cela nous remet à l'esprit une remarque bien judicieuse de M. l'abbé P. F. Richaudeau, dans un (:) des ses ouvrages publié en 1859, Au sujet des vocations religieuses, il dit qu'avant la Révolution française, on voyait très-souvent des jeunes filles de treize, quatorze ans, toutes décidées et parfaitement disposées à entrer au noviciat; elles devenaient des modèles de régularité et vivaient jusque dans un âge très-avancé, soixante-quinze, quatre-vingts ans, Depuis le bouleversement social occasionné par la Révolution, ce n'est qu'à dix-sept, dix-huit ans, que les jeunes personnes sont disposées à prendre leur résolution d’une manière durable.
La suite de l'Histoire de notre maison fera voir que le Canada a aussi ce trait de ressemblance avec la vieille France,
Voiri donc les ferventes jeunes filles qui sempres-
ren. le recueillir les leçons de vertu dont retentissait encore le Noviciat, où la Vén. Mère avait fait sa dernière station en ce monde,
La première attirée vers notre solitude par le divin
Jœur de Jésus fut Mlle. Angélique de Lauson, troisième et plus jeune sœur de la Mère S. Charles, dont nous avons parlé au chapitre précédent. La seconde fille du Grand-Sénéchal, Anne-Catherine, était décédée presque subitement au pensionnat, le 18 novembre 1672, ‘“ Comme elle postulait fortement pour entrer à notre noviciat, elle fut enterrée dans le caveau
(1) Les Ursulines de Blois ou Deux cent trente ans d'un Mo: nastère.
des religieuses et avec l’habit de notre saint Ordre.
Elle avait été élevée avec nous dès l’âge de trois ans,
et n'avait que 13 ans lorsqu'elle nous fut enlevée.” Ce fut en 1675, au beau jour de la Sainte-Ursnle, que Mile. de Lauson rejoignit au noviciat sa sœur Marie, Elle prit l’habit sous le nom d’Angélique du Saint-Esprit, et fit ses vœux le 24 octobre 1677.
En 1676, le 11 novembre, Mlle. Uatherine Pinguet venait aussi rejoindre aux Ursulines sa sœur aïnée la Mère M. Madeleine de l'Assomption. Elie eut le bonheur de porter en religion le nom béni de Marie de l'Incarnation. Ce fut le 80 avril 1677, cinquième anniversaire de la mort de notre sainte Mère, que l’on honorait ainsi une de ces jeunes éleves dont elle avait commencé l'éducation, et que Dieu destinait à gouverner un jour la maison qu’elle avait fondée.
L'année 1677, amena au Monastère deux autres “jeunes amantes de la céleste sagesse,” qui devaient perpétuer longtemps aussi le zèle et la ferveur des Fondatrices. Ce fut d’abord, le à février, Mlle, Marie Madeleine Amyot, fille de M. Charles Amyot, marchand de Québec, et de Mme. Geneviève de Chavigny. Dès l’âge de 6 ans, elle avait perdu son bon père (1) et elle était devenue deux fois chère à sa mère dont elle était la seule fille, D'une taille svelte et élancée, d'une figure intéressante et gracieuse, Mile. Amyot avait, à 13 ans, l'extérieur d'une jeune personne formée, et sa mère, qui rêvait pour cette fille chérie un avenir brillant, s'était enipressée de l’introduire dans la meilleure société où elle-mème figurait avantageusement. Mais Dieu se servit des plaisirs mêmes pour attirer à lui cette ame candide.
(1) Mme. Amyot épousa en secondes noces, en 1680, M. J.B. Couillard.
Comme la jeune mondaine qui, de nos jours, vit un spectre hideux dans le miroir où elle se contemplait en toilette de bal, et qui mourut des suites de cette affreuse vision, Mlle, Amyot fut poursuivie par un certain fantôme qui se trouve bien souvent au milieu des plus brillantes réunions : l'ennui le plus sombre, s'emparait de tout son être et l’accablait incessamment ! PJlas heureuse que celle dont nous venons de parler, la religion lui fit trouver un remède efficace, ce fut de se donner complètement à Dieu. Nous verrons plus tard que la ferveur de la Mère Amyot de la Conception ne se démentit pas un instant, pendant sa vigoureuse carrière qu’elle poursuivit jusqu'au milieu du siècle suivant, auquel elle transmit les traditions primitives. lle fut en 1697 une des quatre fondatrices des Ursulines des Trois- Rivières, où elle porta son ardente dévotion au Cœur de Jésus.
Voici un autre ‘“ pilier” taillé par la main du Seigneur, pour être, durant de longues années, un des plus fermes appuis de notre Monastère, et plus tard, un des principaux soutiens de celui des Trois-Rivières. Cette généreuse fille de Nainte-Ursule est la Mère Marie-Anne Ancean de sainte Térèse, qui fit ses vœux le 24 octobre 1679. Elle était fille de M. Benjamin Anceau, sieur de Berry, marchand aux Trois-Rivières, et de Mme. Louise Poisson.
Dès l’âge de 6 ans, elle était venue commencer son éducation au Monastère, sous les yeux de sa bonne tante la Mère Angélique Poisson de $. Jean l'Évangéliste. La petite Marie-Anne fut du nombre de ces heurensesélèves qui reçurent les dernières bénédictions de la Vén. Mère, à son départ pour le ciel, (C'était l'époque de sa première communion. Quel fut l'effet
de cette précieuse faveur ?.... Nous ne saurions le dire; mais nous savons que le feu du zèle s’alluma bien vif dans le cœur de la petite Marie-Anne, Comme on lui demandait un jour ce qu'elle ferait à sa sortie du pensionnat: ‘ J'instruirai les petites filles des Trois-Rivières,” répondit-elle avec une gràce naive. Elle fut de fait envoyée comme supérieure, en 1712, à la nouvelle fondation, où elle exerça pendant dix-neuf ans les premières charges.
La dernière cérémonie de profession avant le second incendie fut celle de la Mère Marie Boutteville de sainte Claire, gaie Parisienne comme la première du nom, et que les affaires commerciales de son père avaient entraînée vers nos rives lointaines. Elie était fille de M. Lucien Boutteville et de Mme. Charlotte Clairambourg. “Née à Paris le ler janvier 1668, et baptisée dans l'église de S. Germain le Vieux, elle entra à notre noviciat le 29 octobre 1683, après avoir été deux ans pensionnaire en notre maison.” Elle fut la première à faire ses vœux avec les cérémonies et la formule des Ursulines de Paris, auxquelles notre maison s'était afhliée, ainsi que nous le dirons ci-après, Nous verrons au Tome second le beau souvenir laissé dans nos srchives par cette famille honorable et vraiment chrétienne.
Des cinq nouvelles Ursulines que nous venons de présenter à nos lectrices, la Mère sainte Claire est la seule dont la carrière religieuse n’ait pas dépassé le demi-siècle.
Nous parlerons en son lieu de la courageuse petite novice de 1686.