ON FAIT LES CLASSES PENDANT LA CONSTRUCTION DU SECOND MONASTÈRE
Les six années de supériorité de la Mère S. Athanase étant expirées, le 12 juin de cette année 1651,on fit les élections, et la Mère de l’Incarnation fut de nouveau élue Supérieure ; la Mère S. Joseph, malgré l’état précaire de sa santé, fut nommée Assistante, et la Mère Ste. Claire, Dépositaire.
Dès leur retour à la maison &e Mme. de la Peltrie, ces infatigables Institutrices avaient trouvé moyen de reprendre jusqu’à un certain point l'instruction de leurs chers néophytes. Le printemps favorisa leur zèle en leur permettant de rappeler autour d'elles un plus grand nombre d'élèves. Ce n’était pas toutefois dans des appartements meublés à /a française que se faisaient alors les classes, mais tout simplement sous des toits (1) d’écorce ou de verdure. On voyait accourir tout aussi gaîiment que les petites filles sauvages les jeunes cemoiselles françaises, heureuses de se réunir à leurs
(2) D’après les traditions du Monastère, le voisinage de la maisou de Mme. de la Peltrie devait offrir à cette époque un coup-d’œil à la fois touchant et pittoresque. Ici, à l’ombre du ‘vieux Frêne,’ c’est la Vén. Mère de l'Incarnation entourée de ses petites filles sauvages, à qui elle parle avec une onction céleste de ‘‘ Celui qui a tout fait”
bonnes Mères, et de profiter des leçons de dévouement et de vertu qui se mêélaient si agréablement à leurs leçons de classe.
Mais la Vén. Mère ne pouvait jouir longtemps du bonheur d'instruire elle-même ses petites filles sauvages, il lui fallait céder bientôt sa place à la bonne Mère Ste. Croix, et voir aux affaires dont elle était plus que jamais chargée depuis son élection, Son courage et sa confiance en Dieu semblaient s’accroître avec les difficultés, et l’entreprise entre ses mains prospéra tellement qu’au moisde septembre elle écrivai‘ : “ Notre bâtiment est déjà su carré de la muraille, l’on monte les cheminées et dans huit jours on lèvera la charpente. Si les vaisseaux étaient arrivés de France, nous pourrions faire un effort, empruntant des ouvriers de nos amis qui en amènent de France, et cela étant, nous y pourrions loger dans quatre ou six mois; mais sans ce secoursnous n’y pourronsloger que l’année prochaine vers cette saison. C’est une chose étonnante combien les artisans et les manœuvres sont chers ici, nous en avons à quarante-cinq et à cinquante-cinq sols par jour. Les manœuvres ont trente sols par jour avec leur nourriture. Notre accident étant arrivé invpinément, nous étions dépourvues de tous ces gens-là, c’est ce qui fait qu'ils nous coûtent cher ; car dans la nécessité, nous en faisons venir de France à là, sous le fameux Noyer qui se voyait encore il y a cinquante ans, à douze pas du ‘‘ vieux Frêne,” c'est un groupe de jeunes Françaises qui écoutent avec avidité les leçons de la Mère S. Athanase; d’un autre côté, à l’ombre des arbres séculaires de l’antique forêt, sont des cabanes d’écorce où se rassemblent les néophytes, femmes et filles, que l’on instruit dans la foi, et avec qui on trouve encore moyen de partager les ressources de l’sumêône et du travail. Plus loin, les murs
d’un nouveau Monastère sortent des ruines de l'ancien, et promettent de donner bientôt un abri permanent à la famille éprouvée.
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un prix plus raisonnable: on les loue pour trois ans, et de la sorte ils trouvent leur compte et nous aussi. Maintenant il y a des jours auxquels nous avons pour trente livres de journées d'hommes, sans parler de ceux qni travaillent à la toise ou à la tâche. Quatre bœufs qui font notre labour, traînent les matériaux de bois et de sable, nous tirens la pierre sur le lieu : voilà comme les affaires se manient en ce pays.”
La bâtisse cependant progressait rapidement: “ La perte a été grande, disait le R. P. Ragueneau; mais ces bonnes Mères n'ont pas perdu leur confiance en Dieu. Dès cet hiver, nous espérons qu’elles pourront loger dans ce nouveau bâtiment, qui est déjà bien avancé,”
Que de difficultés, que d'obstacles de tout genre! “ Pour commencer, disait notre Vén. Mère, nos KR. R. Pères nous ont prêté huit mille livres, mais à l’heure que j'écris (‘) nous en devons bien quinze mille, et avant que notre bâtiment soit achevé nous en devrons bien vingt mille, sans parler des accommodements du dedans et des meubles.
“ Il faut que je vous dise encore qu'il semble quenotre bon Dieu veuille triompher de nous en nous réduisant à l'extrémité. Croiriez-vous que pour quarante à cinquante personnes que nous sommes, y Compris nos ouvriers, nous u'avons plus que pour trois fournées de pain, et nous n'avons nulles nouvelles des vaisseaux qui apportent le rafraichissement à ce pays ? Je ne puis faire autrement que de me réjouir dans tout ce qu'il plaira à cette bonté paternelle de faire, Qu'elle en soit bénie éternellement.”
“ Nous n'osions plus attendre les navires lorsqu'ils sont arrivés, disait-elle à la fin d'octobre, et l’on craint (2) Septembre 1651.
beaucoup leur retour à cause qu'ils partent dans une saison avancée et en danger d’être brisés parmi les glaces …...Je crois que nous ne pourrons habiter notre nouveau bâtiment qu’à la fin de mars de l’année prochaine, Nous avons toutes les peines du monde à l’achever à cause du froid qui est déjà assez grand.”
“ Quant à Mme. notre Fondatrice, écrivait-elle un peu plus tard, elle est aussi ferme que nous dans sa vocation, et elle a de si forts monvements de nous bâtir une église, que les insultes des [roquois n'empêchent pas qu’elle ne fasse amasser des matériaux pour ce dessein. On la persuade fortement de n'y pas penser, mais elle dit que son plus grand désir est de faire une maison au bon Dieu, ce sont ses termes, et qu'ensuite elle lui édifiera des temples vivants. Elle veut dire qu'elle fera ramasser quelques pauvres filles françaises écartées, afin de les faire élever dans la piété. Elle n’a point. eu d'inspiration de nousaider dans nos bâtiments, tout son cœur se porte à son église, qu’elle fera faire peu à peu de son revenu, qui est assez modique.”
Le nouveau bâtiment était enfin à la veille d'abriter les Religieuses. ‘“ Tous ceux qui voient cela en sont dans l’admiration, écrivait la Vén. Mère, et disent qu’il semble que ce logis se fasse de lui-même, et que le doigt de Dieu y travaille, Tout le pays est dans la joie de nous voir à la veille de faire comme auparavant les fonctions de l'instruction, que nous ne faisions que pètitement dans une cabane d'écorce.”