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Garakonthié, le “ Bayard” des sauvages, plus tard, le héros du christianisme et le plus fidèle auxihaire des Français, était du nombre de ces braves qui connaissaient fort bien le chemin qui conduit aux Ursulines, ‘ainsi que la généreuse marmite de Mme. notre fondatrice. Aussi, chaque fois qu'il venait à Québee, on était sûr de le voir bientôt arriver au Couvent, accompagné d’une suite de ces farouches guerriers dont les exploits avaient tant de fois fait trembler nos populations. C’est dans une de ces visites que la Mère de l’Incarnation lui fit présent d’une belle ceinture, espèce d’écharpe, qu’elle avait fait broder par les jeunes religieuses. C'était donner au fameux chef un témoignage non équivoque d'estime pour sa rare probité, et pour la noblesse de ses procédés envers les Français, Ce présent, qui parut magnifique aux sauvages, fit tant de plaisir à Grarakonthié qu'il le conserva comme un trésor inestimable, et ne cessa depuis de l’étaler à l’admiration de ses compatriotes, comme J'attestent les écrits des missionnaires. .
Garakonthié, ayant ouvert son cœur à la grâce de Jésus-Christ, fut solennellement baptisé et confirmé, dans la cathédrale de Québec, par Mgr, de Laval, en 1670,
Le concours fut extraordinaire; il y avait à la cérémonie des représentants de presque toutes les nations de la Nouvelle France.
# Pendant qu'on lui conférait les cérémonies du baptême, dit le Père Le Mercier, il écoutait avec une si grande présence d'esprit, qu'au moindre mot il concevait tout ce qu'on lui disait. [l répondait à toutes les interrogations avec autant de fermeté et de bon sens, qu'on en pouvait attendre d'un homme savant; et entre autres choses il dit, étant interrogés 1] voulait être
ba: tisé, qu'il y avait déjà trois mois entiers qu'il soupirait après cette grâce.
“ Le nouveau baptisé remercia humblement Mgr. l'évêque de lui avoir ouvert, par les denx sacrements qu'il venait de lui conférer, la porte de l'Église et du Paradis Ensuite, ayant fait à Notre-Seigneur Jésus Christ de nouvelles protestations de vivre dorénavant en bon chrétien, il fut conduit au Château pour y aller remercier M.notre Gouverneur, de l'honneur qu'il lui venait de faire en lui donnant son nom sur les fonts du baptême. À son entrée, il se vit salué par la décharge de tous les canons du Fort, et de toute la mousqueterie des soldats, qui étaient disposés en haie pour lerecevoir. Pour conclusion de la fête, on lui présenta de quoi régaler pleinement toutes les nations assemblées à Québec, dans un somptueux festin que M. le Gouverneur avait fait préparer. (')
(1) L'éloquence de Garakonthié était d'accord avec ses grandes et belles qualités; en voici un exemple:
Après avoir fait ses compliments de condoléance sur la mort du R, P. Simon Le Moine, l’intrépide ambassadeur, le zélé missionnaire des Iroquois : Ondesso.k, dit Garakonthié à haute voix en apostrophant ce Père, que les barbares appelaient ainsi, m'entends-tu du pays des morts où tu es passé si vite ? C’est toi qui as porté tant de fois ta tête sur les échafauds des Agniehronnons; c'est toi qui as êté courageusement ju-que dans leurs feux en arracher tant de Français ; c’est toi qui as mené | paix et la tranquillité partout où tu passais, etqui as fait des fidèles partout où tu demeurais. Nous t’avons vu sur nos vattes de : unseil décider de la paix et de la guerre; nos cabanes se sont trouvées trop petites quand tu yes entré, et nos villages mêmes étaieut trop étroits quand tu t'y trouvais, tant la foule du peuple que i: y attirais par tes paroles était grande. Mais je trouble ton repos pur ces discours importuns; tu nous as si souvent enseigné que cette vie de inisère était suiv.e d’une vie éternellement bienheureuse, puis 1,4 que tu la possédes à présent, quel sujet avons-uous de te regret-
$6.—ZÈLE APOSTOLIQUE DE NOS MÈRES AU PAYS ET À L'ÉTRANGER ;— PÉNITENCES POUR LA CONVERSION DE MME, Di LA VALLIÈRE,
Le zèle qui embrasait le cœnr de la Vén Mère Marie de l'Incarnation s'était communiqué à celles qui composaient sa Communauté, ainsi qu'on le voit par les pratiques adoptées dès leur arrivée en ce pays, et qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours. Telle est entre autres celle du vœu annuel en l'honneur de l’Immaculée Conception de la sainte Vierge.
L'origine de ce vœu remonte à l’année 1635, et l’inspiration en est due an zèle infatigable des RR. PP. Jésuites. “ Nous reconnaissons évidemment (1) qu’il faut que ce soit le ciel qui convertisse la Nouvelle- France, et que nous ne sommes pas assez forts. Nous ne craignons rien tant sinon que nos imperfections n’empéchent la conversion de ces pauvres sauvages. C'est pourquoi nous avons tous été d'avis de recourir au ciel et à la très-sainte Vierge, par laquelle Dieu a coutume de faire ce qui ne se peut faire, et de convertir les cœurs les plus abandonnés, A cet effet, nous avons résolu de faire un vœu solennel dont voici la teneur :
“ Adorable Jésus Sanreur du monde, quoique nos péchés nous doivent éloigner de votre présence, étant pénétrés du désir de vous honorer ainsi que votre sainte Mère, et de vous servir avec la fidélité que vous demandez de vos serviteurs, afin de vous faire connaître et adorer des pauvres peuples de ces contrées, nous voici prosternés à vos pieds où nous vous ter ? mais nous pleurons, parce qu’en te perdant, nous avons perdu notre père et notre protecteur. Nous nous consolerons néanmoins parce que tu continues de l'être dans le ciel, et que tu as trouvé dans
ce séjour de repos la joie infinie dont tu nous as tant parlé.” (1) Relation, 1636.
promettons et faisons vœu, comme anssi à la trèssainte Vierge notre Mère, de célébrer douze fois le sacrifice de la sainte messe, de dire autant de fois le chapelet ces douze mois suivants, en l’honneur et en actions de grâces de l’'Immaculée Conception de cette sainte Vierge votre Mère, comme aussi de jeüner la veille de cette tête à la même intention; le tout pour obtenir de votre bonté et de votre miséricorde, par l'entremise de votre sainte Mère, la conservation de ce pays et la conversion des pauvres sauvages. Recevez donc, ô sainte Reine des anges et des hommes, le rœu que nous vous présentons par les mains de votre glorieux époux S. Joseph, et de vos fidèles serviteurs S. Ignace, S. François Xavier et tous les anges gardiens de ce pays, pour les offrir à votre bien-aimé Fils, à ce Lun, qu'il lui plaise donner la connaissance de son saint tt nom à ceux qui ne l'ont pas encore, et à tous la persé- É vérance en sa sainte grâce et son saint amour. Ainsi soit-il.”
La formule de ce vœu ne diffère de celle que nous répétons chaque année, l’avant-vcille de l’Immaculée Conception, que par la communion mensuelle que nous offrons, au lieu du Saint sacrifice auquel s’obligeaient les missionnairs.
Une autre touchante pratique de piété en usage parmi nos premières Mères, était celle de tirer au sort les différentes nations de cette “grande Amérique ;” alors chaque religieuse appliquait plus particulièrement à la nation qui lui était échue en partage, ses travaux, ses prières et ses mérites, afin que ces pauvres peuples connussent Dieu et le servissent.
La Mère de l’Incarnation avait bien sx nation comme les autres; mais sou grand cœur ne s'y reufermait pas,
br nee ÉRETERTS 2 PIN PE ENS :
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Lepuis longtemps, elle s'était chargie de faire ‘le tour du monde pour chercher toutes les âmes qui ne connaissaient pas son Époux, afin de demander au Père éternel leur conversion par le Cœur de Jésus. Ne nous lassons point de nous tenir aux pieds du Roi âes nations, disaitelle. Il est mort pour tous, et tous ne vivent pas encore. Ah! si j'étais digne de courir partout pou: lui gagner quelque âme, mon cœur serait satisfait! Allons, allons ensemble en esprit par toutes ces contrées infidèles pour tâcher d'en rendre quelqu'une à notre bon Maître... Prenez en main la cause de Jésus-Christ, et ne donnez point de trève au Père éternel qu’il ne vous ait accordé bon nombre de ces pauvres âmes. Demandez donc pour Jésus et par Jésus. Son sang a crié bien haut, et cependant Paffaire n’est pas encore gagnée. Il faut toujours c:ier et importuner le ciel jusqu’à ce que l’on en soit venu à bout.”
Ce zèle de nos Mères ne se bornait pas aux pays infidèles, les états chrétiens en avaient leur part, et l’on ne verra pas sans attendrissement ce que firent ces âmes dévouées, au fond de leurs forêts sauvages, pour la conversion d'une âme égarée de la vieille France.
La Mère Marie de l’Incarnation écrivant à une de ses anciennes novices de Tours, la Mère Isabelle de la Vallière, lui faisait pour sa consolation la confidence suivante : ‘“ Tous vos proches me touchent de près, et le sujet qui vous afllige, m'aflige aussi, J'en ai eu connaissance en ce bout du monde, où je vous dirai que nous avons entrepris de faire de grandes pénitences et de grandes dévotions pendant dix semaines en l'honneur de la Passion de Notre-Seigneur, afin qu'il plaise à sa bonté d'y mettre ordre et d'opérer la