‹ Les œuvres de Guillaume Coquillart (volume 2)Chapitre 24 sur 27 · C. N.N. —Cent Nouvelles Nou · texte numérisé non relu

C. N.N. —Cent Nouvelles Nou

velles.

Com. Ph. de. — Philippe de

Commines.

Coût, de R. — Coutume de

Reims.

Desch. (Eust.) — Eustache Des

champs. .

Dom. — Dominica.

Fer. — Feria.

Maillard. — Sermons d'Olivier Maillard.

Mart. d'Auv. — Martial d'Auvergne.

Menot. — Sermons de Michel Menot.

Ord. — Ordonnances royales.

Path. — Farce de Pathclin.

Rab. — Rabelais.

Scrm. — Sermon.

A, — Qui a, il a : proverbe qu'on peut traduire par : possesseur use et abuse.

Abbateur.^lLoïame à bonne fortune. Abbateur de prime lutte : vert galant heureux en amour, qui triomphe sans peine. (F. lutte). —Maistre Guillaume l'abateur, c'est-à-dire le Gaillard, le Lowelace. —Dans la 22« des C. N. N. on trouve aussi l'expression d'abbateur de femmes.

Abattre. — Obtenir les faveurs d'une femme. Les Italiens disaient abbattere dans le même sens. — Chesne abbatu , beste abbatue : femme qui a cédé à son amant.

Abbé de Saint-Denys. — W y avait à Reims an couvent dcr Saint-Denys : mais il est évident que le poète songe ici à la célèbre abbaye sise à la porte de Paris. —Les abbés de Saint-Denys étaient de ricbes et puissants personnages. Ce titre appartient souvent aux hauts dignitaires de l'état. Le luxe des abbés de ^Saint-Denys était célèbre. On les avait vus suivis par 600 chevaux : dans les pompes funèbres qui fermaient les tombes royales , ils se trouvaient en représentation et Jouaient un grand rôle. Aussi Goquillart mit-il dans la bouche des Parisiens ce propos railleur :

n ferait un beau penonnage

Pour être abbé de Saint-Denys.

Il y a peut-être ici d^ailleurs un trait satyrique lancé contre Jean de Villiers de Groslayes , abbé de Saint-Denys , contemporain de Goquillart, personnage influent, premier député de Paris aux états-généraux de 1484, et président de rassemblée.

Abbtu. — Erreur. — Abbusé : fou d'amour, séduit.

Abois. — Le cerf est aux abbois, il rend ses abbois quand il est épuisé de fatigue et qu'il s'arrête pour respirer : J. de FodillODX. — Pauvreté m'a en ses abois : pour parler en vrai veneur, le poète aurait dû mettre en mes abois. Misère m'a mis à la dernière extrémité.

Aboyant. — Plaideur, avocat , criard : ce mot paraît venir du bas latin baubare : dont on a fait bauer , bauier , baier , bailler. Rab. dit : abayer.— On nommait à Reims Abaie-mort la cloche des trépassés.

Abréviateur. —Officier de la chancellerie romaine. Les abréviateurs dressaient les rescrits, c'est-à-dire les réponses faites par le pape aux demandes de bénéfices. Leur nom vient de ce qu'ils employaient en écrivant de nombreuses abréviations, Leurs charges étaient vénales , et ils trouvaient moyen de les faire payer à ceux qui avaient besoin d'eux. En 1466, Paul II les supprima ; mais Sixte IV les rétablit : il créa même cinq collèges d'abréviateurs , par les mains desquels toutes les affaires devaient passer. Ges nouveUes charges se vendirent bientôt, elles abus recommencèrent. — Regrets sont abréviateurs : en amour, regrets suivent de prés l'obtention des bénéfices. Leur délivrance coûte cher.

Abnwoir-Popin. — Il s'agit de la voûte qu'on voyait encore, il y a quelques années , sous le quai de la Mégisserie à Paris. On la nommait Arche ou Abreuvoir Popin ou Papin : elle ouvrait un

large passage aui chevaux qu'on menait boire à la rivière. Si Ton en croit les poésies de Villon et autres, près d'elle devait se trouver un mauvais lieu*

Abusion. — Erreur, déraison.

Ackediaere, —Archidiacre. Y a-t-il ici une foute d'impression ? t)u bien le poète a-tr-il voulu foire vn Jeu de mots (hache- diacre) ? Les archidiacres eurent au moyen-âge les pouvoirs des vicairesgénéraux ; au XV" siècle, ils n'étaient plus que des dignitaires 45ans pouvoir. — (F. Quille.)

Accointance, acointanc^^ — Commerce , intimité.

Aeeollée. — Embrassades , caresses , baisers : ad collum. — L'accolade de la chevalerie consistait à donner un coup de plat d'épée sur le cou du récipiendaire.

Accoller. — Embrasser, passer les foras autour du cou d'une personne pour la baiser au visage. Rabelais , Coquillart et autres auteurs donnent à ce mot un sens plus expressif.

Accouchée. — Quand une femme était en couches , toutes les voisines se réunissaient chez elle; on y causait tant et si bien , que chambre d'accouchée au XV* siècle signiGait parloir, lieu de conversation. — Caquet y va comme chez accouchées; parle qui veult. G. Crétin. — « Dans Tarrét rendu par Tabbé des Connards à Rouen , il est question des caquets faits en compagnie d'accouchée. En 1623 , on publiait le Recueil général des caquets de l'accouchée , ou Discours facétieux en huit après-dlnées , avec un Discours du relèvement de l'accouchée, imprimé au temps de ne se plus fâcher. — Où est-ce qu'elle est accouchée? — 11 y a peut-être ici un jeu de mots (à coucher). Au surplus , coucher et accoucher avaient le même sens , comme seoir et asseoir.

Acculer la porte. -^ La heurter pour la faire tomber en arrière.

AccwKius. — François Accurse, célèbre jurisconsulte mort en 1229, auteur de la vaste collection de lois civiles connue souB le nom de €trande'Glose. —(F. Antitus.)

Acteur. —Ce mot signifiait alors auteur, soit qu'on le ftt venir de auctor ou de agere : on disait, dans le même sens , aulcieur et facteur. Tous nos vieux poètes prennent le titre d'acteur quand ils se mettent en scène , soit pour remplir les intermèdes ou dialogues , soit pour couper par quelques réflexions le récit d'un narrateur, soit enfin pour prononcer la moralité qui termi-

naît chaque représentation théâtrale. Le poète avait le courage de paraître en scène et de reprocher lui-même à la société ses faiblesses et ses infamies.

Action» — Poursuite : droit de poursuite , exigence. — Action directe : fondée sur le droit : rigoureuse , mais légale. — Action utile : basée sur Téquité. — Action inutile : sans résultat possible. — Faulce action : poursuites frauduleuses , de mauvaise foi.

Adonc, — Donc , allons donc. — Alors, en conséquence.

Aduyre. — De adducere : s'aduyre, s'adonner.

Advance. — De anle et du bas latin ahanlia. — Mettre Tadvance en quelqu'un : mettre quelqu'un en avant sur le tapis, en parler. — Bailler Pavance à quelqu'un signifiait le mettre dehors , le tromper. Mart. d'Auv.

Advantageux. — Homme qui se met en avant , quf se fait valoir. — Advantageux en petis faicts : célèbre par des actions sans importance, qui se vante d'actes sans valeur.^ Petis faicts est une allusion ironique à l'expression hauts faicts.

Adventurier. — Aventureux : confiant dans le sort , enfant de ses œuvres. Au XV* siècle on nommait ainsi des gens de guerre^ sans solde, vivant de pillage. Ils étaient, dit Bran tame, habillés à la pendarde, c'est-à-dire à moitié nus, et affectaient dans leur costume un mélange de luxe et de 'misère.

AdveHin. — Éblouissement, convulsion, fantaisie, manie. Saint Advertin était le patron des épileptiques, des maniaques, des gens nerveux. Ce mot vient de vertigo , veiiere.

Adverlir. — Réveiller l'attention.

Adveu. — Reconnaissance de suzeraineté , service féodal.

Advier. — Ce mot ne se trouve pas dans les éditions T. et VT. ; il y est remplacé par le verbe aimer. — Advier est le contraire de dévier. Ce mot peut signifier s'approcher , se laisser aller à l'amour. On disait aveaux , aviaux , pour plaisirs , débauches.

Adviser. — Voir , regarder. ^ Advise l'huys : voici la porte, sauve-toi.

Advocat, — Avocat : Vocalus ad causam susiinendanu Advocat de causes perdues, c'est-^-dire avocat qui perd les

causes qu'on lui confie , ou qui se charge de mauvaises causes perdues à l'avance. Au XV« siècle , la moralité des avocats était loin d'être sans reproches. « Advocatij causas injustas faventes, reddile igiiur omnibus débita, Serm.d'OuY. Maillàbd. » Advocati et procuratores sdunt bene dedueere processum quosque pecunia parlium veniat ad bursam suam. Invenietis advecatum^ pro decipiendum Deum et mundum omnia tentare licita et illicita. Menot. Feria. 2 et 4. Post 4. dom^ quad. — Grand advocat dessous Forme : locution fort ancienne :

Je TÎ qne cascnn vous Tonloit

Avoir pour gagner sa qoerelle :

Maintenaut chascnn vous appelle

Partont Tadrocat dessonbs l'orme. Pàth.

On nommait juges dessous l'orme les magistrats de village qui tenaient leur audience dans les champs, sous un arbre, comme saint Louis à Vincennes. On finit par donner ce sobriquet à tous les juges dont la juridiction n'avait pas d'importance. Il devint un terme de mépris. Les mots Advocat sous Vorme ont le même sens. De ces vieilles traditions, il nous reste la railleuse expression : Attendez-moi sous Vorme.

Advouer. — De adrocare."! Au moyen-âge , le clergé confiait à des vidâmes ou avoués le soin de conduire ses vassaux à la guerre quand le souverain le requérait. Ces officiers usurpèrent •de nombreux privilèges : le concile de Reims, tenu en 1148, dut les supprimer. Le titre d'avoué resta à ceux qui représentèrent les églises devant la justice. Aussi les tribunaux demandaient-ils à ceux qui venaient devant eux comme fondés de pouvoir, s'ils étaient avoués f advocati J. Au XV^' siècle, avouer signifiait non-seulement confesser , reconnaître , mais ratifier , et les pouvoirs donnés à un mandataire et ce qu'il avait dit et fait en cette qualité. C'est dans ce sens que M« Simon dit à son adversaire qu'il se fasse advouer. Nos codes ont conservé l'action en désaveu. Aux états de 148'i , le chancelier , après son discours , dit au roi : « Sire, l'advouez-vous?... — Je l'advoue, » répondit le jeune monarque.

Affaictié, affecté, affectié. — Ce mot s'est écrit aussi affaicté , affaictié , afeté : il vient de ad et de factus ou de affectus, et signifie fait à plaisir, maniéré, trompeur, prétentieux, coquet.

— Yeux affectés : qui jouent de la prunelle ; regards de coquette.

— M* Jacques raflàictié , c'est-à-dire le beau parleur , le malin compère.

Afiiquet. —Du bas latin agigare, atUché; af/ixus, fixé. Epingles de luxe et agrafes : on disait dans le même sens : affiches. Les affiquets étaient enrichis de pierres précieuses , d'émaux, de chiflires et de devises d^mour. La coutume de Reims les nomme parmi les byonx faisant partie des propres des femmes.

AffêtoUur. — Les oiseleurs, pour prendre les oiseaux à la pipée, employaient une petite flûte nommée fiitola : aussi les nommait-on affistoleurs. On finit par appeler ainsi les mauvais plaisants, les gens rusés, les trompeurs. Rabelais donne au mot affistoler le sens de tromper un mari. Un affistoleur était un trouble-ménage. — Afflslolure ; mystification, vexation.

Affoler, — RIesser , frapper à la télé , rendre fou.

Affubler, affûter. — De fihula, agrafe. Attacher, mettre un vêtement. On disait desfubler, et deffuler pour le déUcher , roter. Afliilure signifiait costume , chaperon , manteau. — Menot dit deffuler un bonnet , pour se décoiffer.

Agencer. —De ad genlem, suivant le monde, la mode; s'arranger pour être gentil , pour plaire , se mettre avec soin.

Agu, —Aigu, délicat, piquant, de acutus. ParoUes agues : propos plaisants , agacerie.

Aigrement. —Avec méchanceté, perfidie. — Aigreur, aigrure : perfidie, injure.

^t^tttl/elle.— On. appelait ainsi des lacets qui servaient à joindre les pièces d'une armoire ; leur extrémité était garnie d'une pointe ou aigulHe d'acier. — On nommait aussi aiguillettes des nceuds de rubans dont se paraient les gens à la mode : dans ce cas , l'aiguille , au lieu d'être d'acier , était d'or, d'argent , et ciselée avec som , ou émaillée. Au XV^ siècle , les filles publiques devaient porter sur i'épaule une aiguillette d'une couleur brilhinte. A Reaucaire et ailleurs, en temps de foire, elles étaient obligées de feire dans une arène des courses publiques. La première arrivée au but recevait pour prix quelques aiguillettes. De là l'expression courir l'aiguillette. Appliquée à une femme , elle signifiait se prostituer , Ceuire la débauche ; appliquée aux hommes, elle voulait dire fréquenter les filles publiques , celles qui portent des aiguillettes. Le mot aiguillette avait encore un autre sens. On sait ce que c'était que nouer et dénouer l'aiguillette, e( l'on comprend, dans cette dernière hypothèse, ce qu'on reprochait à une femme en lui disant qu'elle courait Taiguillette.

Ainçois. — Mais , au contraire.

- Ais. — De axis, plancbe, cloison de planches.

Aist. —De adiuiarey secourir : se m'aist Dieu : si Dieu m'aide. (F. Semisi Dieu.)

Alemaigne. —L'empereur Frédéric III, prince pacifique, et d'un mérite assez mince, régna de 1442 à 1493. Il ne sut pas défendre contre Louis XI rhéritage de Marie de Bourgogne, femme de son fils Maximilien. C'est sans doute aux conquêtes faites par les Français en Picardie » en Bourgogne , en Franche- Comté, après la mort de Charles-le-Téméraire , que Goquillart fait allusion devant Charles VIII.

Aleure. — Traces de passage du cerf. — Allure, manière d'aller , de marcher.

Allégancej aUgance. — Faits allégués, droits soutenus.

Allegeancejakgeanc€.^(V. Allegance). Allégeance en droit féodal signifiait secours dû par le vassal au suzerain»

Alkger. — Du bas latin allevare, alleviare .soulager secourfar , guérir.

AMemand. — En 1479 avait eu lieu la bataille de Guinagatte. Les Allemands et les Français s'attribuaient la victoire. CofuiUaf t songe sans doute à cette journée.

Ame. — Par l'Ame ma mère : par l'âme de ma mère. — Y a il àme : y a-t-il quelqu'un ici ? — Sans penser à Ame : sans penser à qui que ce soit.

MMi^der, ammender. —De emendare .corriger, punir, amender, réibrmer. — Payer l'amende : s'améliorer, se réformer, — S'amender : devenir meilleur, se rétablir.

Ami$j anrne. — Ce mot a deui sens et signifie admis , ou mis deoôté.

Ammanche-faudlle (Chapelain d'J. — La lame de la faucille se termine par un anneau de fer dans lequel entre le manehe. Rabelais et Coquillart font des plaisanteries graveleuses à l'aide des mots manche et emmancher. Il est inutile d'insister sur celle-ci.

Amy, » Amant beureui. — Parfois on nommait ami Tamant tenu en résenre , admis à présenter ses hommages en pablic— Femme peut prier ses amis : dans le célèlire arrêt rendu par Tabbé des Gonnards , de Rouen , une femme mariée demande et obtient un adjoint au coi^oint qui la néglige.

Angelot, — Monnaie d'or des XI V« et XV'siècieSy qui repréprésentait sur Tune de ses laces Tarchange saint Michel. — Dans Goquillart, ce mot signifie un petit ange, une apparition gracieuse , un rêve qui platt.

Angleterre. -^ L^aristocratie anglaise a toujours été fiére de sa noblesse : sa vanité était proverbiale. Aussi notre poète dit-il que les parvenus qui veulent se donner une illustre origine , se disent issus d^ Angleterre. — Les guerres des XIV et XV« siècles avaient anéanti ou au moins entravé le commerce entre la France et TAngleterre. Les Anglais étaient bannis des foires du Midi. (F. Ord. , 1468). Louis XI permit aux gens de La Rochelle de conduire des marchandises en Angleterre. (Ord., 21 mai 1471.) Peu après , les marchands des deux nations eurent la permission de franchir la Manche , en obtenant toutefois des sauf-conduits de leur souverain respectif. Le traité du 8 janvier 1475 les dispensa de cette formalité pendant la trêve. Le commerce d'exportation et dMmportation était donc soumis au bon-vouloir royal. Louis XI fit de cet état de choses un moyen puissant de corruption , et Goquillart nous fait clairement entendre que les sauf-conduits se donnaient aux députés complaisants. — On allait chercher en Angleterre des laines , des cuirs , de la chair de porc fumée, du plomb, de Tétain, du charbon de roche (de terre) et du fromage. L'Ecosse et rirlande fournissaient des laines, des cuirs , du suif. En 1484 , quand la réaction eut lieu, les États- Généraux protestèrent contre les privilèges concédés aux favoris de la couronne. Voici ce qu'ils dirent : « Touchant le (ait de marchandise , qui est cause et moyen de faire venir richesse et abondance de tous biens en tous royaumes , pays et seignoreries, et sans laquelle la chose publique ne se peut bonnement entretenir, semble aux gens desdits Estats que le cours de la marchandise doit estre entretenu firanchement et libérallement par tout ce royaume , et qu'il soit loisible à tous marchans de porter marchandises tant hors le royaume ès-pays non contraires au roy, que dedans par terre et par mer. »

Annelet. >— Petit anneau , gage d'amour. On y écrivait des devises , comme : Mon cueur avez. — Annelels , vous m'entendez bien : allusion à ces devises , aux pensées qui s'y ratta-

chaient. En les faisant jouer autour des doigts , les amoureux savaient s^entendre.

Annonciation. — Au moyen4ge, les anges étaient représentés avec des chevelures blondes et dorées. Gomme au XY* siècle , les élégants laissaient croître leurs cbeveui et les teignaient en jaune , Goquillart leur dit qu^ils sont bons à jouer dans les mystères le rôle de l'ange qui vient annoncer à la Vierge qu^elle sera mère du Christ.

Ânte. — Tante : de avitus, avila, amila. On disait aussi antin et bantin pour oncle. Aller voir sa belle ante , c^était aller se promener au hasard , ou sans dire où on allait. Rabelais dit , dans le même sens , aller voir son oncle. On dit encore : mettre ses meubles chez sa tante , pour les vendre en secret ou les déposer au Mont-dè-Piété.

Anlioche. — (F. Ponton.)

Antique. — Authentique : jeu de mots.

Antitus. — Dans les éditions postérieures à celles de Trepperel et de sa veuve , ce nom a été remplacé par celui d'Accursius. C'était peut-être celui de quelque professeur inconnu de nos jours. Dans les XV et XVI* siècles , on s'en servait pour désigner les (aux savants , les érudits ridicules. Il pouvait signifier âne têtu , entêté , homme à paradoxe. Les trois noms cités avec celui-ci sont sérieux : j'ai donc cru devoir mettre Accursius au lieu d'Antitus. Cependant , comme Coquillart vivait dans un pays de droit coutumier , et que le juge-rapporteur finit par donner tort au droit romain , il est possible que Fauteur ait voulu tourner en ridicule les princes du droit écrit. — Rabelais emploie aussi Antitus dans un sens satyrique.

Antoine (Saint). — On nommait feu Saint Antoine une maladie inflammatoire, analogue à la gangrène. Elle brûlait le corps. Dans le XI1I« siècle , un ordre de religieux se voua à la guérison de ce mal redouté. A la fin du XIV* siècle , Tarchevêque Guy de Roye appela cet ordre à Reims, et lui donna un hôpital déjà placé sous rinvocatioh de saint Antoine. Mais les nouveaux hospitaliers songèrent plus à leurs intérêts qu'aux souffrances des malades, et pendant les XV« et XVI* siècles , les archevêques et la commune de Reims ne cessèrent de lutter contre l'égoïsme des Antonins. Aussi n'est-ce peut-être pas sans intention que Coquillart dit souvent : n Saint Antoine arde le tripot , arde

la monture, etc. » Cette locution se lit aussi dans les auteurs contemporains : c'est un souhait de malheur.

Aoumé. — Orné. Adomaius.

Aperuée de fait — Guet-à-pens. On disait aussi un guet apensé. Pensatœ insidÙB. •— Apenser venait de petwire ad, réfléchir , peser , méditer.

Apostat irrégulirr. — Moine qui jette le froc aux orties , religieux qui secoue la règle de son ordre. Goquillart veut dire que de son temps les bénéfices ne sont pas la récompense du mérite et de la vertu. Il reproche au pape de les conférer à des religieux indignes , à des prêtres sans conduite. Le mot irrégulier est Topposé de régulier , qui voulait dire soumis à une règle, observant une règle en conscience. Les chanoines de divers collégiales et les membres de quelques ordres portaient le titre de réguliers.

— En amour , comme en matière de bénéfices , infidèles et mauvais sujets , s^ils sont riches et puissants , sont mieux traités que tous les autres.

Apothicaire. —Du grec apothèkè : boutique. —L'apothicaire était le boutiquier par excellence , le marchand vénéré comme Esculape. Dans le XI V« siècle , il n'y avait guère à Reims qu'un seul apothicaire , et il avait son étal au marché. Du temps de Goquillart , ce commerce avait pris plus d'extension , et la concurrence avait 'conseillé mille friponneries. Aussi le poète compare-t-il les perfidies de l'amour à Touvrouer d'ung apothicaire. Le prédicateur Maillard , dans son 34« sermon, tonne aussi contre les vols commis par ces industriels. Jusqu'alors ils avaient été trop peu nombreux pour former un corps de métier, et ils avaient pu se soustraire à toute discipline. En août 1484, une ordonnance mit un terme à cet état de choses. Il constitua les apothicaires en corporation , et leur défendit, sous peines sfévères, d'user de faux poids , de balances complaisantes , et de vendre des drogues avariées ou sans vertu.

Appelation, — Appel, pourvoi devant un tribunal supérieur.

— L'appellation déclarée déserte, était celle dont l'abandon était proclamé.

Appetiêser. —Diminuer, réduire.

Appetiz. — Désir , volonté , caprice.

Applicant , appliquant. — Gclui auquel un bénéfice est con-

féré. Comme il en touchait les revenus , il était soumis à toutes les charges qui y étaient attachées. Ce mot était fort à la mode du temps de Goquillart (y. Pm^maiigue^ ^ et se prêtait à la plaisanterie. Jehan Molinet nomme terribles appliquants tes gens de guerre qui pillaient les camjmgnes. — Appliquante : femme qui a reçu le prix de ses faveurs et qui doit dès-lors les octroyer, comme celui qui a touché les rentes d^un bénéfice doit en supporter les charges.

Âppoinctement. — Accord , transaction. Jugement qui déclarait les parties contraires en fait et leur accordait le droit de faire enquête et contre-enquête : ord. d'oct^ 1446. — Fournira Tappoinctement, c'était, en style de procédure, établir par écrie ses faits et prétentions : Goût, de Reims , 2« partie , ehap. Y, art. 5. — Appoinctement signifiait aussi frais, dépenses d'une maison , d'une personne : fournir à Tappoinetement , dans ce sens , était subvenir aux besoins de quelqu'un.

Appoincter, appointer. — Arranger, mettre d'accord : mettre en bon point , habiller : fournir : ordonner une enquête. — Si les parties sont contraires en faict et que la mathière ne Se puisse décider sans examiner les faicts , le juge les appoincte à bailler par escript leurs faicts et raisons devers la Court , à jour certain et compétent. Coût. deR., 1481, 2^ partie, chap. V, art. 3. ^- Appoincte : traité , servi à point.

Apport. ^ Dot des femmes et héritages recueillis par elles pendant le mariage. Coût, de R.

Apprivoiser la femelle. — Séduire une femme par des cadeaux ou de doux et galants propos.

Arc àjaletz. — Petite arbalète destinée à lancer des cailloux ronds nommés jalets ou galets, et usitée dans les Xy« et XVP siècles. — Jalet peut venir de jaeulari , jaculatum.

Archediacre. ^Y.A chediàcre. Les témoignages des poètes et des historiens se réunissent pour accuser d'inconduite le clergé du XV« siècle : il y avait sans doute de nombreuses exceptions ; mais le scandale était poussé si loin, que les prédicateurs même n'hésitaient pas à le dénoncer. Domini juêtitiarii, eognascitis ne les tnaquerelks .^ Domini Ecclesiœ servitis vos de illis, etc. Mbhot. Feria y h post cineres.

Arckeprestre. — Doyen des curés d'un canton , d'un diocèse, dignitaire d'un chapitre.

Archier. — Chaque commune devait alors fournir au roi un nrcher. Comme ces gens de guerre étaient exempts d^mpAts, on les nommait francs-archers. Par la même raison , ils se prétendaient nobles , et affectaient de se donner des airs de gentilshommes. Ils se croyaient tout permis , ne payaient rien, débauchaient les femmes , enlevaient les jeunes GUes et pillaient les campagnes. Leurs excès lassèrent la patience des peuples , et en 1480, le roi les cassa. Les Suisses les remplacèrent.

Arder. — Brûler. On disait ardre et ardoir.

Argus* — Argutie , subtilité , argument.

Arme , armes. — A cette époque guerrière et galante , la langue des tournois venait en aide au vocabulairs de Tamour : on disait, en style de galanterie, aller aux armes, jouer des arpoes, fournir des armes , la passe-d'armes. Coquillart fait plus d^une équivoque de ce genre.

Armé. — Sans être armé ne pied ni cap , chascun le téii : c'est-à-dire, sans être armé de pied en cap, sans préparatif, naturellement et sans effort.

Armerie. — Armoirie, écusson, devises. Fleur odorante dont on faisait des bouquets et des guirlandes pour décorer les dressoirs et les buffets aux jours de fête : on en parsemait le plancher des salles de danse. Mart. d'Auv. , dans V Amant rendu cordelïer, a donné à armerie le sens de parfum. Le 33« arrêt rendu par la Cour d'Amour parle d'une armerie à seize pompes qu'une dame attache à sa quenouille. Elle l'avait reçue d'un galant. Il s'agit sans doute d'un bouquet à seize pompons, ou d'une plante à seize rameaux fleuris. — On nommait armerie et armoirie une espèce de giroflée.

Amoul f Danse dujourSatni;. —Chaque état avait son patron. Saint Amoul était celui des maris trompés. On disait d'un époux malheureux qu'il logeait Hôtel Saint- Amoul. En Champagne , le hanneton au front garni d'antennes coraiformes avait nom Amoul ; la - fleur d'orme , dont le hanneton se nourrit , s'appelle Pain d'Amoul. Rabelais écrit tantôt Amould, tantôt Heraoux dans ce sens. Il y eut plusieurs saints du nom d'Arnoul. Sans doute l'un d'eux eut de mauvais Jours à passer en ménage. — A Reims , me du Barbàtre , s'élevait une croix dite de Saint-Arnoul. Elle marquait la place où un prêtre de ce nom fut assassiné : il avait abandonné sa femme pour entrer dans les ordres. Celle-ci tenait vivement à ce que la légende nomme

delicîas matrimonii, et pour punir son époux fugitif, elle le fit assassiner. Ces faits se passèrent peu après la mort de saint Rémi. Ils ont pu motiver le patronage dont jouissait saint Arnoul. Sans doute au moyen-âge , à cette époque où les mœurs étaient grossières et sans pitié, le jour de la fête dudit saint on faisait danser, bon gré mal gré , les maris mécontents et qui avaient lieu de Tétre.

Arquemie. — Alchimie. Au Xy« siècle , la chimie cherchait avant tout à faire de Tor. Les gens sages considéraient comme chimériques de pareils travaux et les tournaient en ridicule. On nommait Talchimie Tart qui mine, Tart qui n^est mie bon. Eust. Deschamps, dans sa fable du Pot au lait, dit : « Faire de l'alchimie , en marmousant des rêves d^or. » Faire Tarquemie aux dens est une expression analogue. Rabelais dit aussi : « Faire Talchimie avec les dens. » On a donné à cette locution diverses interpellations. On a cru qu'elle signifiait manger peu par économie , et conserver ainsi son argent ; avoir à peine de quoi vivre , et manger lentement pour tromper la faim. Dans tous les cas, elle s'applique aux gens qui n'ont pas d'or et qui en désirent.

Arrachasse-brode. — On nommait brode une espèce de pain commun fait pour le pauvre peuple. Un arrachasse-brode est un homme qui pille et ruine le peuple. Ce sobriquet désigne les hommes d'armes débandés et les brigands. ( F. ces deux mots.) Elle s'applique aussi aux collecteurs et aux fermiers de l'impôt. Charles VII n'avait jamais levé plus de 1,800,000 liv. d'impôt ; Louis XI , à la fin de son règne , en exigeait 4,700,000 , au moins. — Le pays de Reims fut alors cruellement exploité , et plus d'une fois les Rémois offirirent de payer une somme importante et annuelle si le roi voulait les débarrasser des officiers du fisc. Charles YIII , par lettre du 1» juillet 1484 , leur fit remise de quelques impôts pour les indemniser. « Des pilleries et rançonneries qui ont été faites par aulcuns, eux disans commissaires de feu nostre seigneur et père, sur les manans et habitans,

et mesmement sur les plus puissans et aisés lesquels, au

moyen de ce , ont esté si très fort apovris et desnués de biens, qu'ils ont esté et leurs enfans en grant péril de tomber en mendicité. » Le mal était général , et Menot tonne contre : « Domini les impositionneurs qui rodunt , cmiedunt et pillent les pouvres marchans. »

Anrache-boyauœ. — (F. Armchasse-brode )

Arrérages. ^ Rentes échues dont le paiement était arriéré. : On écrivait aussi arriérages. On donnait ce nom à la dette con-

Jugale non acquittée. Le boii payeur d'airiérages était rhomme toiûours prêt à satisfaire la créancière. Rabelais et Martial d^Auvergne usent de cette locution. — Arrérages du temps de la royne Marie. Marie d'Am'ou , femme de Charles VII , mourut en 1463. Chacun sait que son Tolage époux se piqua peu de lui payer exactement ses arrérages. Coquillari joue peut-être aussi sur le^ mots Marie et mari. — Arreraiges dus par le mari, parce qu^ sont échus de son temps. Il y a ici une allusion aux coutumes du Xy* siècle, en matière de rentes et de bénéflces. Les rentes personnelles ne pouvaient être exigées que du débiteur ; de même le possesseur d^un bénéfice devait seul les arrérages échus pendant sa possession. Quand il était dépossédé , le créancier ne pouvait les demander qu^à lui ou à sa succession , parce que ces charges étaient personnelles. Coquillart assimile le mari au bénéficiaire. Cette plaisanterie est continuée dans Tarrét rendu par Tabbé des Connards : la femme réclame ses arrérages ; mais le mari répond « qu'en matière de corvées n> écheoyent pas d'arrérages , par conséquent ny en mariage , où les baisers et accollements de mari à femme ne sont que pures corvées. » En droit féodal, la corvée non exigée à l'échéance ne pouvait plus se réclamer.

Arrière satin. — Elégant qui fieut fi du satin dont la mode est passée.

Ars. — Arcs.

Art. —Métier, savoir faire, bonne grâce. Science du droit d'amour , des choses à la mode. ~^

Article. — Conditions d'un contrat. Faits articulés en justice. i

Artiste. — Maître ès-arts, qui cultive les arts. A l'université !

on nommait artistes ou artiens les écoliers qui étudiaient les beaux-arts. Ils formaient une classe À part. I

Asne {Mainer V). — Rabelais use aussi de cette expression : elle signifie peut-être conduire la monture des autres, tenir la chandelle, jouer un rôle ridicule. — {Voyez Chevaucher J)

Aspergés. — Goupillon. En revanche on donnait aux asperges le nom de goupillon. Rabelais nomme le membre viril aspergés. Coquillart peut avoir la même idée.

Aspre. — Acharné : aspre après hi jouje. Vert galant infatigable. — (Voyez Gouge). — M. d'Auv. dit : baiser asprement, c'est-à-dire avec feu.

Àtsailleur. ^ Demandeur en justice. Celui qui attaque.

Assaisonné (Mal), — Maltraité ïwr le sort.

4ssault. — Trois, pers. sin. de Tind. prés, de assaillir.

Assermenté dessus un crible. — En justice les témoins prêtaient serment sur l'ËTangile ; celui qu^on prêtait sur un crible passait au travers. Goquillart tourne en ridicule la prestation de serment : Louis XI avait appris au peuple à en tenir peu de compte.

Asseur. — Assuré. Ad securus.

Assez, — Ad saiis. Beaucoup , en suffisance. Assez assez : toujours , beaucoup, encore.

Assises. — Tribunal temporaire où Ton rendait la justice au nom du roi dans les pays soumis aux vassaux de la couronne. Le bailli royal qui le présidait, faisait annoncer son arrivée à son de ' trompe. L^autorité royale finit par gagner du terrain , et les bailliages royaux devinrent fixes et permanents. Les baillis des seigneurs tenaient aussi leurs assises , c'est-à-dire qu'à certaines époques de Tannée ils jugeaient les différends de leurs administrés. Le mot assises vient sans doute de ce que le juge était seul assis dans Tauditoire : au XV« siècle on disait aussi d'un procès qu'il était assis devant tel juge.

Atour. — Parure, coifliire de tête :

Poor portoyent attooVa à ces fins

Qoi est^yent si déliez et fins

Que on yeoit leurs beaulx cheveux. Mart. d'Auy.

Aloumé. — De ad omatus. Paré , coiffé. Haulte atournée : femme dont la coiffure est haute. Au XY* siècle les dames adoptèrent des coiffures de grande dimension : <c elles portaient cornes merveilleuses , hautes et si larges , que pour passer aux portes il fallait se tourner Et ëe mirent sur leur teste bourrelets à manière de bonnet rond qui s'amenuisoit par-dessus de la haulteur de demie aulne ou de trois quartiers de long. Aucunes les portoient moindres, et déliez couvrechiefe par-dessus, pendant par-derrière jusques à terre. » ^Monstrelet. 1467.

Atoul. — Avec , en même temps.

Attaincte. — Atteinte. But qu'on veut atteindre.

AUekr. — Ad lelum. Attacher deux chevaux au trait d'une voiture. — La langue erotique s^est emparée de cette expression. Béranger s'en sert dans la chanson des Gueux. — Dans la 71* des G. N. N. un mari rentre chez lui et constate Tattelée d^un :

chevalier et de sa femme. |

Altincté. — Ajusté. Costumé. Paré. On disait dans le même i

sens attiffé , attintelé , attincé , attainté.

AUour. — ^K. atour.J A tout son attours. Toute coiffée. 1

Attour signifiait aussi autour, suite de gens, de domestiques.

Audiencier de faits nouveaulx. — On nommait alors audienciers ou grands-audienciers , des officiers de la chancellerie chargés de lire et publier les ordonnances et les lettres-patentes, au fur et à mesure de leur expédition. Ils devaient aussi faire apposer le sceau de TEtat sur toutes ces pièces. L'expression 1

employée par Goquillart est un trait lancé contre la paresse de '

la chancellerie. Les afTaires mise^ entre les mains de ses officiers i

n'en sortaient que vieilles de dates. I

Audivi. — J^ai bien entendu , raffaire est entendue. — Audivit. — Les officiers comptables présentaient leurs étaf s à un magistrat de la cour des comptes. Aux termes de Tordonnance de I 1454 , celui-ci devait constater qu'il avait réellement entendu et écouté le compte soumis à son examen. Il était tenu d'en faire mention au bas de la pièce , par une formule où se trouvait le mot audivU ou un terme équivalent. Venait ensuite la taxe des allocations et récompenses accordées au comptable. Goquillart, en disant qu'il n'a pas eu grand audivit, se plaint d'avoir été mal payé de ses peines.

Aumousnière de vieux naveaulœ, — Il y a ici une de ces plaisanteries grossières trop fréquentes dans Goquillart : elle est expliquée par les autres titres donnés au quatrième témoin. — Les dames portaient des aumônières, c'est-à-dire des bourses où elles mettaient les monnaies destinées aux aumônes. Le mot aumônière signiGe ici charitable, complaisante, dont le cœur s'ouvre comme une bourse. Quant aux vieux naveaulx , ce sont les vieux galants.

Autel — Tel, de la môme manière. On disait boire d'autant '

et d'autel. Cette locution , appliquée à certains prêtres , formait î

un jeu de mots satyrique.

Autenlique. — Authentique : Les authentiques sont les lois i

collectées et promulguées par Justinien sous le nom de novelles. GoquiUarty praticien dans un pays de droit coutumiefi raille sans cesse ceux qui citaient le droit romain à chaque instant et souvent mal à propos.

Avalée. — fAise en bas, à val, advallem, aCEussée, en ruines. —Chaperon avalé, baissé sur les yeux, ou rejeté en arrière. L'ordonnance de Juin 1467 nomme avaleurs de vin les journaliers qui descendent le vin à la cave.

Âvau. — Â val, en bas. Fouiller avau sa maison , c.-à-d. du haut en bas.

Aveaux (Par mes). — Ce mot a divers sens. Il signiûait ayeulx, de aous — chute , ruine , misère; de à val — dépenses, folles, débauches. Mart. d'Auvergne, dans V Amant rendu cùrdelier, emploie aveaux pour galanteries , amourettes.

Aviser, s'aviser. — Regarder, avoir une idée, prendre un parti. S'aviser au contraire , faire une supposition contraire ; prévoir le cas opposé.

Avilaillé pour le hutin. — Quolibet grossier : Rabelais ne l'oublie pas ; quand il décrit la braguette de Gargantua il dit : ce Si estoit elle bien guamie en dedans et bien avitaillée » — On peut aussi lire comme s'il y avait à viz taillé : viz alors voudrait dire visage. — Hutin signifie marteau : au figuré c'est un des mille noms du jeu d'amour. (V. HuHn.J

Avoire. — Avoir , richesse.

Avoyer. *- Mettre sur la voie ; ad viam ; vouloir , songer , exécuter.

Aymant. — Aimant , qui attire le fer : drogues d'apothicaire ne sont bonnes que pour attirer chez lui l'argent du public.

Ayde (Protester de toute). — Réclamer l'appui de tous les pouvoirs judiciaires.

Ba ha ha font ces gohinettes. — Bruit des lèvres d'une bouche mignonne, surtout quand elle parle bas.

BahaUuj Bahelu. — Ce mot paraît venir de /a6uton, causer,

faire des contes. Dans les X11f« et XIV' siècles on disait fauvelue pour foble. -— Babiller, babillard etbabela ont la même origine.

— On disait papelu pour donneur de belles paroles; — faire le babelu c^est (aire l'aimable , conter fleurettes , amuser les autres.

Baehus. — Quelques éditions portent Bacus. On doit prononcer comme sMl y avait bas-cul. Il fout porter dorer Baehus : c'est-à-dire , une femme pour entretenir son luxe est obligée de yendre ses faveurs pour de Tor. A Reims on nommait bacchusles individus dont les Jambes étaient courtes. On jouait alors à un Jeu nommé cul-bas, ou bas-cul. Rabelais a fait plusieurs équivoques À Taide du mot Baehus.

Ce fart icy que mireot à bas cols Joyeossement quatre gaillards pions, Pour banqueter en l'honneur de Bacchus, BeuTant à gré eumme beaux carpions. Rab.

Bacin (Faire la perruque auj. —Les élégants se teignaient les cheveux :

A Paris un tas de béj aunes

Lavent troys fois le jour leur teste

Affin qu'ils ayeut leurs cbereulx jaunes. Coq.

Il leur fallait donc un bassin , ou une cuvette. On disait : les . cheveux blonds comme un bassin , c'est-à-dire couleur d'or ou de cuivre brillant. I

Bacquet — Les trippes se vendaient dans des bacquets. |

Aussi le poète cite-t-il les baquets des trippières comme des |

tonnes d'injures ordurièfes. ■

i?a^tte. — Paquet, bagages, mobilier, marchandises : ord.

d'Août 1467. On disait : se rendre vie et bagues sauves. !

Anneau à mettre au doigt. On connaît Thistoire de Tanneau i

de Hans Carvel : aussi bague signiflait-il aussi femme galante. j

Rabelais donne aux filles publiques les sobriquets de baguasse , |

bague à tous doigts. — Anneau , gage d'amour ou d'amitié.' j

Badin. — Diminutif de Balde,Bade, Bauld : plaisant. — Bade dans la légende de Pierre Faifeu, signifie : tour, plaisanterie.

— Le Badin était l'actcur qui , dans les moralités et les mystères, se chargeait de faire rire la foule. — C'est par dérision que Coquillart donne ce nom aux avocats, acteurs comiques ou tragiques suivant les cas.

Bailler. — Donner, livrer. —La bailler belle : mystifier,

jouer un tour. — En bailler d'une : faire un conte en Tair , en donner à croire. — Bailler le picotin : satisfaire les désirs périodiques de Tamour.

Baillera (Tanneguy de). — Aucun de ces deui noms ne peut s'appliquer aux ghands échansons du roi contemporains de Goquillart. Qu'a-t-il voulu désigner? Guillaume Gocbinart était échanson du roi. Pierre du Tailly, aussi échanson du roi, et son commissaire sur le fiiict de Tartillerie , vint à Reims en 1477. Il obtint par de violentes menaces ce qu^il voulait : « Si vous ne m'obéissez , » disait-il aux rémois , « par le corps de Dieu je me deschargerai sur vous et à vostre très-grant desplaisance : combien qu'en toutes choses je vous voulsisse faire plaisir, en celles qui touchent leroy jen'ay point d'amis. » — Tanneguy Duchastel, neveu du fameux guerrier du même nom , était un des favoris de Louis XI. Il partagea les dépouilles du cardinal de la Ballue. — Tanneguy de Baillera signifie peut-être Tanneguy le gascon : qui promet de donner.

Bailleur. — Balleur, joueur de paume.

BaiVie. — La coutume de Reims mettait Torphelin noble mineur sous la protection de ses ascendants ; s'ils étaient tous décédés, on lui donnait un tuteur ou baillistre. Gelui-ci recevait du conseil de famille le bail, la baillie ou la garde noble de l'enfant. Tous les biens meubles de son pupille devenaient sa chose. Il avait aussi l'usufruit des immeubles. Il devait élever le mineur^ payer ses dettes , entretenir ses immeubles , les lui rendre au jour de la majorité , et lui fournir un équipage complet selon sa position. Malgré les avantages faits aux baillistres , la baillie était considérée comme une charge : aussi Goquillart dit-il que c'est folie de prendre quelqu'un en sa baillie , quand on n'est pas son parent ou son héritier.

Baillas. — Au moyen- Age ils représentaient la puissance royale dans les pays soumis au régime féodal. Ils conduisaient la noblesse à la guerre et jugeaient en dernier ressort les affaires examinées d'abord par les juges seigneuriaux. De là les baillis de robe et les baillis d'épée. Ghacun d'eux avait son ressort. Son tribunal était la seule sauvegarde offerte au peuple contre l'arbitraire des juges féodaux. Aussi les baillis royaux furent-ils de grands personnages tant que dans chaque ville la monarchie n'eut pas établi des magistrats rendant la justice en son nom.

Baing. — Le bain était alors le préliminaire )iabituel des plaisirs d'amour. On se baignait ensemble et sans vêtement dans

une eau parfumée. Les G. N. N. nous donnent plus d'un exemple de ce Tohiptueux usage. — Au JLV« siècle les maisons de bains publics, ouïes estuyes, étaient de mauvais lieux. i^Domwde esiuves, damus diffamatœ. Menot. et aliru. » « TTufxmUsunt ettuffes ubi est plain bordeaux ; nec est dietinetioviri et mtilieris. Fer. IL PosU IIL Dom, qttad,

^aMtif. — Pierre Balde de Ubaldis, Jurisconsulte italien, mort en 1400. On est peu d'accord sur son mérite. De son nom on a fut dit-on le diminutif baldetus, baudet. Dans sa Kl» nouvelle , Bonayenture Despériers le tourne en ridicule et le nomme tormentatorjuris. Goquillart le cite parmi les quatre auteurs qui ne veulent pas laisser cumuler le pétitoire et le possessoire , et auxquels il donne tort.— ^. Antitus.J

Ballade. — Pièce de vers composée ordinairement de quatre strophes : les trois premières devaient avoir buit vers , il n'en fallait que quatre pour la dernière; la quatrième se nommait renvoi ou le prince. (F. ce mot). Chaque strophe devait se terminer par le même vers, c'était une espèce de refrain ; la difficulté était de le ramener naturellement. Les ballades se récitaient et se chantaient.

Bander. — Tendre. Bander aux reins. Il est inutile de commenter réquivoque qu'on peut ici reprocher à Goquillart.

Bandier. — Echarpe, banderolle. Bande signifiait drapeau; se mettre en bande s'était s'enrôler sous un drapeau.

Banière. — Chaque corps de métier avait sa bannière , chaque bannière avait sa place marquée dans les cérémonies publiques pour prévenir les discussions de préséance. Dans les processions les places les plus honorables étaient celles qui se trouvaient dans le haut, c'est^-dire près du saint Sacrement. Dans les tournois les bannières des chevaliers devaient se placer plus bas que celles des rois et des princes. Planter trop haut sa bannière c'est se placer plus haut qu'on ne le doit, c'est se vanter mal à propos.

Bannissement. — Ce mot vient de ban , cri public ; le crieur public se nommait bandier. On appelait ban le territoire soumis dans la même ville à chaque autorité seigneuriale ; celui qu'on en chassait était banni. Il y avait à Reims un grand nombre de bans. Certaines scigncurcries , celle du trésorier du chapitre par exemple, se composaient d'une seule maison. — Coquillart^ en

Faisant bannir de Tbôtel de sa maîtresse la servante qui lui a pris son bel ami , tourne en ridicule ces menus Clefs qui morcelaient les grandes communes.

Banquet: — Salle de bal garnie de bancs ou de banquettes. —I Table de festin : alors les tables étaient longues , on mettait un banc de chaque côté. On nommait nappes de banquet celles qui étaient longues et étroites.

Bansler. — Il faut peut-être lire basler , bailler , c'est-à-dire regarder. On dit encore bailler aui corneilles. — fV. Bransler.J

Barbefoktte. — Jouvenceau , blanc-bec. Les offices se donnaient trop souvent à des fils de famille , aussi Jeunes qu'incapables.

Barbeter. — Parler dans sa barbe, tout bas, murmurer. Dans la farce de Palkelin on dit barbelotter dans le même sens.

Barbier. — Les statuts de cette profession à Reims furent rédigés en 1473 pour la première fois. Les barbiers devaient savoir morceler, raire (raser), pignier, roignieret fouillier la barbe, seignier , tondre et sourcillier. Il n'est pas question du grand art de faire les perruques dans ces statuts. Le mot était donc nouveau du temps de Goquillart.

Barbière f Prieure de longuej. — Cette expression se trouve commentée par un couplet provençal cité dans le Rabelais du Panthéon lilléraire : Noustra catin , sa camisa stouca (percée) na pas ben spetassa (raccommodée), si monstre soun zinzin , et lou zinzin de la catin n^a pas sa barbon fatche et semble oun capuccin.

Barbule {Chanoine de longue). — Cette locution rappelle celle de prieure de longue barbière. {V. barbièré). On nommait barbute ou barbue une coiffure de guerre , un vêtement de tête fait comme le chaperon de nos dominos , et porté Tbiver par les voyageurs et les gens de campagne. La barbute coifTait aussi la té(e des pénitents, des moines de certaines communautés, et des chanoines de quelques chapitres. La partie qui tombait devant la figure se terminait en pointe comme la barbe. Les chanoines de Reiras portaient Thiver des coiffures garnies de fourrure , aussi les nommait-on les gros bonnets. — Coquillart se moque peutêtre aussi des règlements qui, à diverses époques, fixèrent la longueur et la forme que devait avoir la barbe des ecclésiastiques.

Beau sire ^ Mari trompé : Rabelais. Dans la 43<' des C. N. N. Une femme infldèle traite son mari de Jean beau sire.

Beauke. ^ Au XV« siècle ce territoire était mal cultivé. La Battsse est maigre pays, sec , inutile et de petite valeur. Chrm. du temps de Louis XL — La misère des gentilshommes de Beauce était proverbiale. B. Despériers s'en moque dans sa 74* nouvelle. On disait : Gentilshommes de Beausse restent au lit pendant qu'on raccommode leurs chausses. — Desjeuner tous les matins comme les escuyers de Beaulce, c'est ne pas déjeuner. Rabelais, après avoir raconté comment la célèbre jument de Gargantua détruisit les forêts de Beauce , i^oute : Q007 voyant Gargantua 7 print plaisir bien grand , sans auculnement s'en vanter y et dist è ses gens : Je trouve beau ce, dont fust depuys appelé ce pays la Beauce. Mais tout leur desjeuner fût par baisler (bailler); en mémoire de quoy , encores de présent , les gentilshommes de Beauce desjeunent de baisler , et s'en trouvent fort bien , et n'en crachent que mieux.

Beauvais, — Je ne sais ce que pouvait être la drille de Beauvais. Le galant est dans un grenier ; il regarde par une lucarne. I^ nuit est noire, et on ne voit rien. Peut- être, au lieu de drille, y avait-il grille dans le manuscrit? Au XVe siècle, une des prisons du Cbàtelet à Paris se nommait Beauvais. Le Mignon peut se croire en prison. Il y avait aussi à Paris un collège de Beauvais , fondé en 1370 par J. de Dormans, évêque de Beauvais et chancelier de France. Coquillart fait peut-être à cette institution une allusion que Je ne saisis pas.

Bec. — Bouche, langue, visage.— Bec à bec : face à face. Repaistre du bec : payer en paroles. Un tour de bec : doui propos, baiser, courte conversation. — Tendre le bec s'il vient à goust : avancer la bouche pour donner un baiser , si le désir en vient. Cette locution peut avoir un sens plus cipressif. — Mettre au bec de quelqu'un des tricdondaines : lui dire des injures à la face. — Bec ouvert : langue bien pendue. Coquillart dit que la Rusée est Parisienne : les femmes de Paris passaient pour causer volontiers et avec esprit :

Prince, aux dames parisiennes

Oe bien parler donne le prix.

Quoiqu'on die d'Italiennes,

Il uVsl bon bec que de Paris. Villon.

Bec couvert. — Lisez : bec ouvert. Bec d'outarde : fer de lance garni dans sa partie ioférieure d'un crochet semblable à un bec d'outarde. Bec à brouct : gourmand.

BecquilUm. — Petit bec.

Becquu. — Qui a un bec : semblable à un bec.

Bedeaux, — Ce mot parait venir depedellWg fiintassîn, valet de pied. On nommait bedeaui les bas officiers de TUniversité : ils lui servaient de sergents et assignaient ceui qui devaient comparaître devant son tribunal. Un d'eux eut Taudace, en 1462, d'assigner ainsi deux conseillers de la Cour des Comptes. Il fut arrêté ; mais TUniversité suspendit ses cours, lâcha ses écoliers dans Paris , et contraignit le Parlement à faire mettre en liberté le hardi bedeau. Coquillart reproche aux bedeaux leur insolence at leurs habitudes railleuses. Ils étaient exempts d'impôts , à condition qu'ils ne vendraient que des livres ou des manuscrits. Ils furent nos premiers libraires.

Bedon. — Tambour, instrument de musique. « Tabours bedonnoient. J. Marot. » — Bedon voulait dire aussi joueur de tambour, musicien. On appelait de même un homme gros comme un tambour. De bedon on a fiiit bedaine, bedondaine, gros ventre. Dans la 70" des C. N. N., Bedon signifie membre viril.

Bée, — Béant, ouvert. A gueulle bée : à bouche ouverte, à haute voix. Béer voulait dire aussi bailler. Rabelais dit : « A gueulle baye » dans le même sens. Une baye est une ouverture folte dans un mur.

Behistre. — Tempête , querelle. S^il fiiut qu'il y ait behistre : s'il faut qu'on plaide sérieusement :

Apiès fonldre , esclitre (escUir) , Tempeste , behistre. J. Maeot.

Béjaune. — Bec jaune. Jeune oiseau dont le bec est encore entouré de pellicules jaunes. On donnait ce nom aux écoliers qui venaient aux cours de TUniversité pour la première fois , aux novices , aux jeunes gens sans expérience j aux étourdis. Dans la Farce de la Pipée, un des acteurs qui joue le rôle d'un jeune homme au coeur Inflammable, à la tête légère, a nom jaune bec. On lui demande, pour continuer la métaphore^ s'il veut voler sans ailes.

Bélisirc. -— Mendiant, gueux, vagabond, soldat débandé. De l'allemand heUler, mendiant, ou de halUtarius, arbalétrier. Souvent ces gens de guerre déserlèrcnt pour vivre de maraudages.

Bender. — fV. Bander). Se bender : s'échaulTer rimagioation, tendre sa volonté , ses désirs.

Jl«ti«(itet(e.— Dans le Monol de la Botiede Foin^ cemotdésigne la prière qui précédait le repas. Rabelais en fait une injure, en disant d'un imbécile qu'il est du 14e Benedicile. Le 14e verset du cantique des Enfants dans la fournaise commence par : Benedicile omnes bestias et pecom , Domine. — Benedicite est le premier mot de la confession : on le disait souvent quand on allait faire un aveu, un acte sérieux; on sous entendait Domine. Dans ce sens , Mart. d'Auvergne dit :

Dire tous pouvez hardiment

Cy soobz le Benedicite

Vostre vouloir et pen&euieat.

Les lois canoniques et civiles défendaient de jurer par le diable. Aussi , quand on oubliait cctt^ prohibition , s'empressait-on de se mettre sous la protection du Seigneur :

... Le diable en lieu de ly

A pris mon drap pour moy tenter l

Benedicite..... Farces de Pathelin.

Tel est le sens du Benedicite de maître Simon.

Bénéfice. — Revenus attachés à un office ecclésiastique. Co quillart , témoin de la cupidité avec laquelle laïcs et prêtres se disputaient les biens de l'Église , n'a pu s'empêcher d'en faire l'objet de ses justes railleries. II compare les bénéfices aui faveurs des femmes galantes : « De la partie du dict défendeur estoit dîct que par long temps il fust nommé par l'Université d'amours aux premiers bénéfices qui vaqueroient au diocèse. » 5<^ arrêt d'amour. Mart. d'Auv. — Bénéfice d'inventaire. L'héritier sous bénéfice d'inventaire n'est obligé, vis-à-vis des créanciers du défunt, que Jusqu'à concurrence des forces de la succession. Il emploie l'actif à solder le passif. Quand tout est payé , les valeurs qui restent lui appartiennent. Aussi Coquillart dit-il que le Mignon, deduclo œre alieno j est resté à dame Alison.

Beneisson. — Bénédiction.

Benoistier. — Bénitier. Avoir sa part au benoistier : être de la même paroisse, de la même confrérie. — ^L'ung sert de sel au benoistier; l'un fournit aux dépenses d'une femme galante; l'autre a ses faveurs gratis.

Bergière. — Sorte de danse. Elle doit son nom au titre ou au premier mot d'une chanson.

Betnage. — Ce mot vient de baronage et signifie suite d'un roi, ses gens, ses vassaui.

Alrui le roy avecqaes toot son bernaige

Et des plus grands de son royal lignaige

Passe les monts.... J. Marot.

Ce mot signifiait aussi suite d^un grand personnage , compagnie d'hommes d^armes. Dans la Passion publiée par M. Jubinal, un centurion nomme ses soldats chevaliers de barnage. — Sortez de vos nobles bernages : c'est-à-dire laissez vos gens de guerre , votre suite de lances , de pages et d'écuyers ; la paix est feite.

Bené. — Bercé , consolé. Bers signifiait berceau. Ce mot vient de venus, verlere , agiter. On agite le berceau pour endormir Tenfant.

BerihoUe. — Bartole. Jurisconsulte italien, mort en 1356, célèbre par la vivacité de son esprit et la fermeté de sa logique.

Bescu. — En forme de bec ou de crochet.

Besoing. — Besoin, nécessité , travail , chose utile. Faire besoing : rendre des services , être indispensable. .

Besongne. — Travail, affaire^ sujet de conversation , amour.

Besongner. — Travailler , faire Tamour. Besongner en terre molle : même sens. — Labourer en terre molle. Rab.

Besser. -^ Baisser.

Beslail (Trouver), — Trouver des amours faciles, des femmes galantes.

Beste, — Boiste , boite , coffret.

Besie à deux dos f Faire 2a^. —Image erotique qui n'a pas besoin de commentaire.

Bible. — Le livre par excellence , la vérité pure. Guyot de Provins , moine de Cluny , auteur d'une satyre mordante , la nomme bible , parce qu'il prétendait ne dire que des vérités. Voici son début :

Don siècle puant et crible

M'estuet commencier une bible.

For poindre et por aignilloner

Et por grant essample donner:

Ce n'est pas bible losengière ,

Mez fine, et voire, et droicturière.

Sic ( Fouir de bie et de bec) . — Il faut peut-être lire de hic et de hec^ fo>iir par ici par là, comme on peut. Goquillart peut avoir aussi joué sur le mot bec. Cette locution voudrait dire alors se défendre du bec à coups de paroles.

Bicoquet. — Coiffure militaire. La chronique du temps de Louis XI parle d'un archier breton qui avoit en sa teste un bicoquet garni de bouillons d'argent doré. Coiffure de luxe portée par les bourgeois et les dames. —/T. la Légende des tapisseries de Nancy. J

Bidault de cullebuUe. — Il j avait A Reims une famille du nom de Bidault. Jean Bidau ou Bidault était vidame de Téglise de Reims vers 1453. Est-ce lui que Coquillart a voulu désigner?

Bien. — Bien public : qui est utile à tous. Bien inique : on forge ung nouveau bien publique. Allusions aui mots bien public dont les princes abusèrent pour engager le peuple dans la guerre laite à Louis XI. Ils mirent bas les armes dès que leurs intérêts furent satisfiiits. Quant au populaire , on trouva qu'il était inutile de s'en occuper : nil sub sole novi.

Biens vacants. — La fortune des individus morts sans héritiers et sans avoir testé, appartenaient à la couronne; aussi Coquillart dit-il que Dame Alison n'ayant pas laissé d'héritiers, le roi lui succéda tout en gros.

Bieu. — Au XY* siècle , de nombreux et sévères édits punirent les blasphèmes et les serments. Citons celui du 14 Octobre 1460 : La première fois on était puni de 20 s. t. d'amende et d'un mois de prison , au pain et à l'eau. La deuxième fois le coupable était mis au pilori , et on lui fendait la lèvre supérieure avec un fer chaud. A la troisième fois on le reconduisait au pilori , et on lui fendait la lèvre inférieure. En cas de quatrième condamnation , on lui coupait la langue. Ceux qui reniaient Dieu étaient conduits au pilori la troisième fois. La quatrième, on leur perçait la langue avec un fer chaud , et la cinquième , on la coupait. Les simples serments étaient punis d'amende , de prison et même du pilori en cas de récidive. 11 est probable que ces dispositions étaient habituellement comminatoires. En jurant , on cherchait à sauver les apparences et on substituait le mot Bieu au mot Dieu : de là les jurons tels que parbieu , pardienne, yentrebleu. Il est probable que Coquillart a toujours mis Bieu pour Dieu, et que c'est à tort que quelques-uns de ses éditeurs ont rétabli le nom de Dieu. On plaisantait sur ces concessions

que la crainte ou la piété arrachaient à la colère et aux mau- Taises habitudes. « Vertu bieu ( pensez que c^était par un D), messire Jean , qui vous a ici fait venir ? ) 62« Nouy. Bon. Des- PÉRIERS. Goquillart jure pour signaler et fronder un des abus de son siècle. Les Etats-Généraui de 1484 demandèrent Tapplication des lois contre les blasphèmes et les serments inutiles.

Bigarré. — Ce mot paraît Tenir de bU variatus. On nommait garreau un animal de deux couleurs , bigarreau une cerise rouge d^un côté et jaune de Tautre. Au XV* siècle , les hommes d'armes portaient des vêtements mi-partis, c'est-à-dire, par exemple, noirs à droite et rouges à gauche , ou rayés de deux couleurs. Ces raies allaient de Tépaule au pied et avaient parfois la largeur de la main. Les Suisses, vainqueurs à Moret, à Granson et à Nancy, étaient alors les gens à la mode. Us étaient entrés au service de France à la fin du règne de Louis XI , et on les citait à toute occasion. Coquillart en parle souvent. Leurs hocquetons étaient de deux couleurs : aussi le poète dit-il : (f Bigarré comme un hocqueton de Suisse. » Les autres hommes d'armes avaient adopté cette mode.

Bigot, bigotle. — Fou, ignorant. Ce mot signifiait aussi religieux, très-dévot : en général , il était pris en mauvaise part. Quand les Goths embrassèrent l'hérésie d'Arius , l'Église catholique lança contre eux ses foudres. On les dénonçait au mépris et à la haine des populations. Le nom des Goths devint odieux : on en fit une injure. Bigot vient de vilis Golhus, ou de bis Gothus, comme cagot de kakos Gothus, magot demaltis Golhus. De Golhus on a fait gueux. — fV. ce mot;

Billetles. — Il y avait à Paris , rue Saint-Avoye , une chapelle dont Torigine remontait à 1294. On la disait bâtie sur les ruines de la maison d''un Juif, mis à mort pour sacrilège. En 1299, elle fut remise à des religieux, remplacés en 1346 par des membres de Tordre de Saint- Augustin. Les hospitaliers de la Charité- Notre-Dame leur succédèrent bientôt. Pendant les XIV", XV" et XVIe siècles ils ne cessèrent de vivre dans le désordre. On ne put les réformer, et en 1631 , on les expulsa. Leur maison fut donnée aux carmes : elle s'appelait le couvent des Billettes. Ce nom paraît remonter aux premières années du XV® siècle. — On ne sait d'où il vient : c'était aussi celui d'un Jeu :

Jtem , et si oe jouerez

An jeu de mon amonr avez,

A la qneleoleoi aux billettes. M. d*Auv.

Quoi qu'il en soit , le couvent et la rue où il se trouvait étaient mal fiiniés. Les femmes qui les fréquentaient passaient pour chercher des aventures galantes. C^est dans ce sens qu^il faut comprendre les passages où Coquillart parle des Billèttes.

Bise. — Vent du Nord , vent de la tempête , orage politique, guerre , désirs d'amour. C'est dans cette dernière acception du mot que Coquillart dit : « Quand bise vente. » Rabelais emploie aussi cette locution dans le même sens. Tous deui rappliquent aux désirs de la femme. Au XV* siècle on nommait bise ou vent tous les caprices féminins. — fv. Venl.J

Bislarde. —Outarde, avis tarda. Cet oiseau était alors commun dans les plaines voisines de Reims.

Blanc f Petit J. — Menue monnaie valant alors 1 d. t.

Blanc -scellé. — Pouvoir en blanc revêtu du cachet royal. Ceui qui le recevaient remplissaient le blanc suivant Teiigence des cas. Louis XI remettait souvent dès blancs-scellés à ses officiers de conGanCe , et ceui-ci en abusèrent en mainte occasion pour justifier leurs vols et leurs violences. Les États-Généraux de 14S4 protestèrent énergiquement contre cet abus. La queue du blanc -scellé était une bande de parchemin tenant d'un bout à la pièce contenant les pouvoirs , et portant à son extrémité le sceau qui lui donnait le cachet de Tauthenticité :

Frères Berufle et damp Frémia Sar la quene de leur parchemin Leur baillent leur beau blanc-scellé.

C'est-à-dire que les deux moines donnent aux dames qui les visitent la permission illimitée de faire des fautes, et leur accordent à ravance des indulgences plénières et sans condition. Peut-être le poète fait-il ici une grossière équivoque : il suffit de la signaler.

Blasme (CestoitJ. — C'estoit chose honteuse ou ridicule.

Blason. — Ce mot signifiait éloge , traité , discussion , description , débat , langage. — Blaser , blasonner , c'était proclamer, causer, plaider. Blason de c6ur : langage des cours, eau bénite de cour. Blason des dames et des armes : débat des armes et des dames. Revenir sans blason , c'était revenir sans prévenir, sans tambour ni trompette.

Bœquet. — Bosquet, bouquet de fleurs. —Trancher le bocquet d'amour : couper un bouquet de fleurs pour l'offrir à sa bien-aimée. Couper des branches pour planter le mai. f F. MaiJ

Mf[iMér(Se), — Aougîr, bouffir de colère. Dans lesC. N. N. on dit bouffer de colère. Villon dit : bouffé de la vie , pour fatigué de yiyre. Se boflùmer peut venir de bouffer et de fumer : Fumer signifiait avoir des vapeurs, être en colère.

Boijete, boete. —Petite botte. Coffret où Ton mettait soA argent. En 1473 on nommait à Reims botte commune le trésor des corporations.

Boing (JL l'aide du). Cette locution est ce qu'on appelait un vilain serment. II était puni aussi sévèrement que les autres : Ord. des 7 Septembre 1415 et i*^ Décembre 1437. fV. BieuJ. Le boing n'est autre que le diable ; ce nom vient de bovinus. Rabelais nomme mouches bouines celles qui piquent les bceufe. Le diable s'appelait boing, parce qu'il était cornu comme un bœuf. On le nommait aussi babouin.

Bois. — Long bois , gros bois : lance.

Boite aux drogues. — Maillard , dans ses sermons , reproche aux belles de son temps l'usage du lard. — On lit dans les cris du mercier.

Si ai tôt rappareillemeot

Dont femmes fait forniement...^

Eve (eau) rose dont se forbissent;

J'ai quetin dont etis se toagissent;

Tai blancbet dont eus se font blanches.

Bma dies. — Ronjour : les clercs et les écoliers affectaient de se parler latin. A bona dies la réponse était : el vobis, Menot, dans son sermon pour le premier dimanche du carême , nomme écuyers de bona dies les jeunes gens ennemis du travail , qui passent la vie à se promener et à saluer les dames.

B(mdinej bondon. — Ronchon ; goulot de la bouteille qui reçoit le bouchon. A Reims on nommait bonde ou bondon de grosses pierres trouées au centre , servant de limites aux différents bans seigneuriaux. La rue dite du Trou-du-Gul devait son nom A la présence de l'une de ces bondes. Rbndon , bondine signifiaient aussi parties sexuelles. Rabelais nomme le nombril bondine ou boudiné. — Du haut jusqu'au bondon, aussi droite qu'un jonc : droite des épaules au bas du corps. — Femme large à la bondine , large des hanches.

Boni face ('Le temps), — L'âge d'or : le temps où tout le monde était bon , bienfaisant , où toutes les laces respiraient le bonheur et la bonté. «

Bonnement. —En bonne foi : à coup sûr : sans crainte. Utilement.

Bonnet — On nommait bonnet une espèce de drap qui ser- Tait à faire les chapperons. — Bonnet gras : bonnet sale. — fionnet rond de docteur : toque d^un docteur en décret : titre qu'avait Coquillart.

Bon. ^ Limites^ frontières.

Boucher k^ tète fSeJ. — Se k couvrir.

Boucherie {Entendre la). — Lisez Paboucberie , c'est-à-dire l'art de s'aboucher ; la diplomatie.

Bondaine. — Ventre , estomac.

Bouge , bougcHe. —De bulga ; bourse , sac , poche , chambre, chambrette , haut-de-chausses, braguette. Âagé dans une plaine bouge; pouvant remplir une bourse de ses années, très -âgé.

Boulle (Tenir pied à). — Faire des efforts pour se tenir debout et ferme sur une boule : c'est peine perdue ; on finit toujours par tomber.

Bourdeaulx (Diocèse de). Equivoque facile à saisir. Dans le XV* siècle on nommait par dérision les rois d'Angleterre rois du Bordelois^: tant que les Anglais possédèrent Bordeaux, le nom de cette ville (ùt l'objet de mille plaisanteries grossières. Elles n'eurenf que le mérite d'être nationales. Les ord. du XVe siècle donnent aui lieui de débauche les noms de bordieux , bourdeauxetbourdellerie. On appelait borde ou bordel toute petite maison isolée.

Bourdon. — Vielle ou cornemuse ; sons bas produits par ces instruments.

Bonseu. — Bossu.

Bout. — Membre viril. (F. Lingerel). —Bout de rue, coin de place. Maison écartée , mauvais heu. Chambre de derrière.

Boviter. — Pousser à bout, irriter, blesser, vexer. — Se bouter : se mettre à une chose , l'entreprendre avec ardeur.

BransUr. — Ebranler , remuer. Le branle était une sorte de danse. — Faire bransler couvrechiefe : se faire regarder par des dames coiffées de couvrechiefs , larges et hauts, usités au XV«

siècle. Le moindre signe de la tête faisait làire un grand mouve^ ment à la coiffure.

• Bmnsz. — Ce mot ne se trouve que dans Tédition T. Les autres éditeurs lui ont substitué celui de beau-sire. —Je ne sais ce que veut dire le mot bransz. — Les monologues de CoquiUart paraissent faits pour être récités dans des salles où l'on Tenait pour danser, puisqu^à la fin il invite les musiciens à jouer un air de danse. Le mot bransz veut peut-être dire en branle , en mouvement. Le branle était une sorte de danse.

Brasser. — Faire de la bierre. — Brasser des mariages : faire le métier d^agent matrimonial , négocier des mariages. G. d^Aurigny , dans son arrêt sur le fait des masques , usé aussi de cette expression.

Braye, Brayère, Brayes. — -Haut-de-chausse. Caleçon qu'on mettait sous les baut-de-cbausses , ou seulement pendant la nuit. — On disait aussi braje , brague, et braguette. — Le matin oster la brajère : CoquiUart place cette locution au moment où le béros du Monologue de la Botte de Foin dit que le matin, après avoir eouché avec sa dame, on a bientôt fait de s'babiller et de se sauver. Pour que cette phrase ait un sens , il faut que brayère signifie caleçon de nuit. Mais est-il vraisemblable qu'un galant apporte à un rendez-vous d^amour un caleçon de nuit? Si on donne au mot brayère le sens de haut-de-chausses , au lieu du mot êter il faudrait lire remettre. Brayère a peut-être deux sens comme braguette^ et signifie à la fois le contenant et le contenu : dans cette bypothèse le vers dont s'agit est facile à comprendre. — Tenant à ferme vieilles brayes : tenir à ferme , c^était acbeter au roi le droit de percevoir un impêt , ou prendre à bail une propriété rurale. Bray , brei, braye , signifiaient aussi boue, crotte, immondices. Tenir à ferme vieilles brayes, c'était donc exploiter comme fermier ou comme agent du fisc , des ordures ou de vieux bauts-de-chausses.

.Hnf françon. —Brabançon : c'est dans les XIV* et XV' siècles que la Flandre et le Brabant atteignirent le maximum de leur puissance. Les Brabançons, pendant près de deux siècles, tinrent tête aux rois de France et aux ducs de Bourgogne. Aussi Coquillart devait-il les citer parmi les nations belliqueuses de son temps.

Brel(m bretonnant — Bas breton , parlant breton. On disait bretter pour parler breton ; brette signifiait bavarde , parce qu'on

prétendait que les bretonnes aimaient à jouer de la langue. ^ Brette voulait dire épée. La valeur des bretons était proverbiale. Avec le XV* siècle finit Tindépendance de la Bretagne. Son dernier duc , François II , mourut en 1488. Il avait pris part aux guerres qui troublèrent le règne de Louis XL Dans nos luttes contre les Anglais , plus d^un breton combattit pour les fleurs de lys. La bretagne fournit à cette époque trois connétables de France.

Brevet. — Minute d'ufi acte. Expédition d'une obligation délivrée au créancier.

Bricolle, — Diminutif de briche : engin , ressource , moyen. — Bricolle signifiait fronde, machine de guerre, filets, et au figuré : tours, ruses, caresses trompeuses. — Faulces bricolles : fourberie, mensonge.

Brigade. — Troupe de cavaliers, de jeunes gens : joyeuse société. On disait tenir brigade pour tenir compagnie.

Brigage. — Brigue, querelle, émeute, procès, intrigue, caquets. Brigueur , dans Rabelais , signifie tapageur. On- disait à Reims dans le même sens brigeui, brigueux.

Brigant. — Ce mot vient de brigue et signifie partisan. Dans les XIV<> et W^ siècles, on nommait brigands des bandes d'aventuriers qui vendaient leurs services à ceux qui en avaient besoin. Indépendants et débauchés, ils pillaient les campagnes, et firent si bien que leur nom devint synonime de voleur. Ils désertaient leurs drapeaux et vivaient dans les forêts. De là l'expression de brigands de bois employée par Coquillart pour les distinguer des brigands au service du roi. On les nommait aussi feuillants^ parce qu'ils couchaient sous les feuilles. — La brigandine était une cuirasse légère qu'ils avaient adoptée.

Briol (Par Monsieur Sainct-Bnoî-des-VaulxJ. — Pierre de Laval , archevêque de Reims en 1473 , fut d'abord évéque de Saint-Brieuc-des-Vaulx en Bretagne. Ce prélat avait conservé le titre d'évêque de Saint-Brieuc comme commendataire , c'est-àdire qu'il touchait les revenus de cet évêché. C'est avec intention que Coquillart prête au Gendarme cassé un serment inusité en Champagne. Peut-être M. de Laval avait-il l'habitude d'employer cette locution. N'est-ce pas une manière de lui reprocher le cumul de dignités qui devaient être incompatibles? Quand le gendarme use de ce juron , il reproche aux jeunes gens de se promener avec des bottes à éperons , tandis qu'ils n'ont ni chevaux ni juments.

Le poêle fait peut-être allusion à une anecdote concernant Pierre de I^val. Ce prélat mourut en 1493.

Broche. — Pieu , dard , éperon , membre viril. — Tendre la broche hamacbée : être prêt au combat d'amour. Embrocher. Brocher signifiait mettre en broche , percer. Rab.

Brocqtuir. — Brocard , sentence, raillerie.

BfX)de. — Pain commun, fait pour les pauvres gens. fV. Àrruchasse-Brode J -*'

Brois, — Brocs : pots de vin. Broche.

Brouer le terrien. — Il est peu facile d'eipliquer nettement cette locution. Le mot brouer faisait partie de Targot des voleurs au Xy« siècle. On le trouve dans les ballades écrites dans ce langage par le poète Villon , et adressées à ses compagnons :

rîyais qui seront attraiiez :

Bien tost seront brouez aii balle.

Il veut dire que les voleurs assez sots pour se laisser prendre , seront mis au pilori des halles. Ailleurs il excite ses camarades à brouer sur les passants, c.-à-d. à tomber dessus. Goquiilart veut dire que le mignon culbuta le guet et le mit en fuite. Brouer le terrain serait donc rouler sur le terrain , ou se battre en se sauvant à toutes jambes. — Brouer la rivière c'était la côtoyer. Dans ce sens brouer le terrain serait suivre ses bords ^ se sauver le long du mur.

Brouet. — Potage, met. — A tel brouet telle sauce : à chaque action ses conséquences. Avec toilette ruineuse , gêne et misère.

Brouette. — Voiture non suspendue , destinée au transport des immondices et des matériaux.

Brouiller. — Mouiller, salir. Brouillard et brouée signifiaient fumée, vapeur humide. Bruyre voulait dire obscurcir, couvrit de vapeur. — Brouiller le parchemin était un mauvais tour que jouaient souvent les clercs et les écoliers. Il consistait à ren^ verser un encrier sur le parchemin , de manière à ce qu'on ne pût ni écrire, ni lire ce qui était écrit. Cette locution prêtait matière aux équivoques. Dans la 23*^ des G. N. N., la femme d'un procureur agace son clerc, et renverse l'écritoire du jeune homme sur ce qu'il écrivait : « Pour ce , dist le clerc , que vous avez répandu mon cornet à Tcncre , et avez brouillé mon escripture , je-

▼0U8 poumi bien brouiller Totre païqhemin , et alBo que (auUe d'encre ne m'empescbe d'écrire , je pourrai bien pescher en votre cornet. » Le clerc fit comme il l'ayait dit : « et crut qu'il la pugnist bien, car elle TaToit brouillé et ne luy fist pas moins : mais ce lût en autre fiicon, car elle le brouilla par desbors et à descouyert , et lui la brouilla à couvert et par dedans. »

Brun, — Brunette , étoffe de deuil.

Bruyant. — Renommé , à la mode , qui Cût du bruit.

Bruyl. — Gloire, renom, avoir bruyt. Etre eu renom , avoir le pas. — Dire bruyt : parler J|iaut , vanter les gens publiquement ou en médire.

Buer. ^Laver : à Reims on disaitbuerie pour buanderie. En ce lieu les baUoirs des blanchisseuses ne ceçsjent de faire du bruit.

Bulle. — Lettre delà cbancellerie pontificale, ainsi nommée à cause du sceau de plomb qu'on y attache. Les scelleurs attachaient les bulles quand les expéditions étaient écrites. — Mélancolies sont les scelleurs, etc., c.-à'-d. que les bénéfices d'amour comme ceux du clergé, ne s'obtiennent jamais sans peine de cceur, sans foire des sacrifices, qui attristent et donnent des regrets.

Bureau. — Pièce de bure qui servait à couvrir les tables autour desquelles les juges s'asseyaient : La table elle-même.

Bustarin. — Ce mot signifiait bon vivant , jeune homme à la mode, ami des plaisirs. Rabelais met les bustarins à côté des friandeaux. On fait venir bustarin de bussart , qui signifie tonneau. Sous Charles VII la mode fut un moment de porter des vêtements amples et rembourrés. En donnant ainsi au corps et surtout au ventre une ampleur fictive , analogue à celle du tonneau. Goquillart fait allusion à cette mode quand il nous dépeint un inari rentrant chez lui et trouvant sur son Ut un pourpoint juste et délié, sans rapport avec le sien, qui estoit plus espès deux foys , farcy de bourre sus et soubz , et fait à la vieille mode. — fV' Ruslarin.)

Cahi caha. — Tant bien que mal.

Caillé {Prendre au). — Prendre des cailles en imitant le cri

delà femelle pour attirer* les màles. C^est le métier des filles publiques qui provoquent les passants. On les nommait cailles et caillettes. Jouer aui cailles, c'était fréquenter les femmes galantes.

Caire, — Chair, mine, visage.— Mince de caire : chétif, mal vêtu, maigre.

Camelot. — Etoffe Odte d'abord avec du poil de chameau, puis avec du poil de chèvre, enfin avec de la soie. Celui dont parle CoquiUart était une étoffe de luxe, puisque les élégants ne le quittèrent que pour prendre le vdours.

Capeline, — Casque des archers et arbalétriers : ord. de 14M. — Chapeau plat à larges bords : les élégants Tornaient de plumes et de rubans.

Cappelain, — Chapelain. fV, ChapeUeJ,

Caresme (^jprman(^.— Nom du Mardi-Gras , veille du carême. Dans quelques localités on disait caYpernant, caYmentrant , carême entrant. Rabelais consacre à caresme prenant trois chapitres dans son livre IV. On donnait aussi ce nom à un mannequin de paille , habillé en Eiasque , qu'on promenait le Mercredi des cendres , et qu^on brûlait sur une place publique.

Carme. — Il y avait à Reims un couvent de Carmes fondé en 1320. Ils étaient riches pour des moines mendiants , et leur aisance excita la jalousie des autres communautés et celle du clergé séculier. CoquiUart leur reproche la mendicité imposée par leur règle , et dont il n'avait peut-être pas besoin. Il va plus loin^ et de damp Frémin et de frère Bérufle, ces deux gaillards qui régalent si bien les dames , il foit des carmes. A tort ou à raison, on avait fait aux moines de cet ordre , une réputation de solidité en amour qui a traversé les Ages. En 1793 , à Reims , la rue des Carmes devint celle de la Vigueur. Sans doute des scandales réels donnèrent naissance aux plaisanteries , qui, pendant des siècles, défrayèrent rhilarité de nos pères. Les états-généraux de 1484 signalèrent hautement la vie licencieuse des moines.

Carpentras fia mode de). — Coquillart veut peut-être dire que les gens qui dansent les Trois-Estats , sont prêts à prendre tous les costumes , même ceux qui viennent de loin et sont sans rapport avec les leurs.

Carrsau^. — Coussins , tapis plies en quatre, tabourets,.

IMvés de fiirme carrée. Cette locution était encore en usage à Reims dans le XVII* siècle : Bergier en use dans ce sens : faire feu dessus les carreaux , faire Jaillir l'étincelle du pavé sous les pieds d'un cheval. — Fendre carreaux : aller yite , fiûre fendre la chemin sous ses pas.

Carrière. — Sorte de danse.

Ca$, — Accident y circonstance. — Faire au cas bonne mine : foire contre fortune bon cœur. Se conduire suivant les événements. VoiiÀ le cas. Voilà toute TafiRûre. Voilà ce que c'est. Cas nouveau : nouvelle, propos de ville, incident. —Cas exprés : les maîtres de poste créés par Louis XI , tenaient des chevaux préparés pour les cas exprès ^ c-à-d. pour les courriers envoyés par le roi en certain cas.

Cas. — De easêus : vain , inutile , perdu. Cassa verba : mots sans portée, paroles perdues. Son cas, dans Rabelais, signifie bruit sourd. — Tout sonne cas, c.-à-d. tout ce que vous dites est inutile , je n'entends rien , vous perdez vos peines.

Cassé de gaiges. ^ On avait sans cesse à reprocher aux hommes d'armes des excès de tout genre. Quand ils n'avaient pas commis de crimes graves , et qu'on avait épuisé à leur égard les réprimandes et les peines disciplinaires, on les cassait de gaiges ; c'est-à-dire qu'on les chassait delà compagnie à laquelle ils appartenaient. Cette peine est prononcée contre eux, notamment par l'ord. de mai 1470.

Caterve. — Bande, foule.

Caull, caulx. -r- De eautus ou de eallidus : habile, adroit , prudent.

Causer, -r- Causam dkere : plaider, dire en plaidant.

Caulelle. — <• Prudence , adresse , ruse. Ce mot se prenait sou* vent en mauvaise part : aussi Coquillart dit-il bonne cautelle pour habilité, prudence.-^ Cai^telles latentes : ruses secrètes, ressources cachées.

Cavets. — Peut-être y a-t-il ici une faute d'impression : il faudrait lire caquets ou bavets, c.-à-d. bavardage, propos sans portée. Cavets peut- être là pour gavet, et venir degaber, railler; il signifierait propos dérisoire. (V. Bave.)

Ce. — Ce dit-on. On dit cela : on se dit. Coquillart écrit ce pour se et pour si.

CedeboniSj cedobonis. — Formule de droit romain par laquelle le débiteur abandonnait ses propriétés à ses créanciers. L'expression eedebonis n'est peut-être pas une faute d'impression ; elle a pu fiiire partie du langage usité au palais. L'art. 21 de la Coutume de Reims (2* partie), est ainsi conçu « cession et habandon de biens se peut fiiire en jugement par cbacune personne povre, indigente et non puissante de payer ses debtes à ses créanciers , <iui pour iceile debte font détenir le débiteur en prison

Laquelle cession n'est introduite, sinon pour obviera l'emprisonnement et détention du co^ps du debteur, et non pas empes-

cberla prise et vendition de ses meubles et héritages (Le

cédant devait reconnaître ses dettes, jurer qu'il n'avait rien détourné, et que s'il pouvait revenir à fortune, il satisferait ses créanciers) Et en signe d'icelle cession, doit ledict cédant descindre

sa sainture, et deffecter son affulure (défaire son manteau et son chaperon) et bailler sa bourse , si aucune en a , et tout mettre au pied du juge. »

Ceint, — Entouré , couronné , coiffé, garni d'une ceinture. — Coquillart fidt de nombreuses équivoques à l'aide des mots cemt et ceinte , auxquels il donne le sens de sein , sain , saint et sainte.

Celé, — Caché, secret. Lieu celé : lieu retiré, chambre secrète.

CéUslieulx. — Pluriel de célestiel, céleste.

Chaîne, —Les chevaliers portaient des chaînes d'or richement travaillées. Les petits nobles, les écuyers les imitèrent. Le peuple voulut aussi séparer des insignes de l'aristocratie. Monstrelet, en 1467, dit : portoient aussi , comme tous indifférement , chaînes d'or moult somptueuses. — Les valets , les journaliers aspiraient au même luxe , et se paraient de chaînes de cuivre doré. — Les ménétriers avaient des chaînes d'argent : c'était un reste du costume des ménestrels qui avaient souvent reçu des rois et des nobles des chaînes d'or en gratification. Coquillart, en condam<^ nant le ménétrier maladroit à la perte de sa chaîne, fait peutêtre une allusion aux peines prononcées par les statuts de l'ordre de Saint-Michel , fondé en 1469. En cas de forfaiture, les chevaliers étaient dépouillés du collier.

Chaland. — Acheteur, pratique. Galant habituel d'une femme.

Châlit. — Capsa kcli. Bois de lit. Lit à quatre colonnes et à dais.

C^a/toir.— Chaloir : importer. Etre intéressant.— Se chaloir : s'inquiéter , s^occuper d'une chose. Ne s'en chaloir : ne pas s'en soucier, y être indifférent. —Chaloir , substantif : Soin , activité. Mettre en non chaloir : mettre de côté , ne plus se soucier d'une chose.

Chamberière. — Chambrière : femme de chambre. L'histoire de la chambrière qui détourne frauduleusement l'amant de sa maîtresse, se retrouve dans la 39* des C- N. N.

Chamoyê. — Peau de chamois. Etoffe couleur de chamois.

Champ. — Champ clos, champ de bataille. Campagne.

Champaigne, — Campagne. En plaine Champagne , en plaine. J. Marot dit : guerroyer en mortelle Champ.. igné, pour en champ de bataille. — LaChampaigne est le pays des plaines : aussi Champaigne et plaine étaient-ils des mots synonimes.

Chance. — De chéance .* chute des dés, bazard du jeu, droit déjouer à son tour. L'un a les dés, l'autre a la chance : l'un joue, l'autre va jouer , ou profiter du coup malheureux qui peut échoir à son adversaire.

Chancelier de l'univenilé. — Premier dignitaire du corps. Le chancelier du chapitre de Notre-Dame de Paris et celui de l'abbaye de Sainte-Geneviève , étaient conjointement chanceliers de l'université de Paris. Devant eux se passaient les examens nécessaires pour être reçu maitre ès-arts. Le chancelier de Notre- Dame recevait seul les licenciés en théologie, en médecine, et les docteurs en droit. Aussi Coquillart désigne-t-il le chancelier par le mot refus, et «joute-t-ii c'est celui qui passe les maîtres , c.àd. qui confère la maîtrise. — Il y a peut-être ici un jeu de mots : Passer signifiait aussi surpasser, se mettre au-dessus. Le chef de l'université de Paris avait un grand renom d'arrogance et de grandes prétentions à l'indépendance. — Passer maître signifiait recevoir ou être reçu maître.

Chandelle. — Tels saincts ne demandent que chandelle roide : il y a ici une double équivoque : il suffit de l'indiquer. — Dans la 73« des C. N. N. on dit dans le même sens « allumer la chandelle^ ou pour mieux dire Testeindre. »

Chante épistre. — L'épltre est chantée par le sous-diacre. Le chapitre de Reims conférait ce titre à quelques-uns de ces offî-

ciefB : leur position inférieure les mettait dans la dépendance des chanoines : SubdiaconusêoUicilè essistat pnsbiUro eekbranli ut videat et inlelligal quœ dicel et faciet in celcbrando sacerdos j propter perieula quœ passent aecidere removenda; et qui eontmrium facerit , perdit lucrum, — Marpault de chante épistre : ce nom est injure. /T. Marpault.)

Chanus. — Chenu. Vieillard à cheveux blancs , ou à tête chauve. — Ce mot peut venir de canutus » ou de chef nud , caput nudum.

Chappelle. — On nommait ainsi les divers autels élevés dans les églises et les revenus attachés à leur service. Les titulaires de ces bénéfices pouvaient être simplement tonsurés : on les nommait chapelains. Dans Torigine ils avaient été institués pour aider les chanoines. Ceux-ci conféraient les chapellenies , mais ils ne pouvaient y prétendre y et devaient se contenter de leurs prébendes. fV. ce mot.) Cette prohibition comme bien d'autres, était Cûte seulement pour les petits. Les membres du clergé qui faisaient partie des états-généraux , et qui savaient plaire au monarque, parvenaient À cumuler prébende et chapelle : c'est ce que leur reproche Coquillart. — Ailleurs il compare une assemblée de femmes baxardes et médisantes à une droicte chapelle. Peutêtre songe-t-il aia conversations indécentes qui avaient lieu dans les églises ou aux débats qui s'élevaient entre ceux qui se disputaient les revenus des chapelles. A Reims on convoquait souvent le peuple dans la cathédrale : on se réunissait dans la chapelle des fonts baptismaux. Le poète qui prit part à ces réunions tumultueuses , y a peutêtre fait allusion. Puis il ajoute que dans cette chapelle , il n'y a prélat d'honneur qui ne veuille avoir au moins une place d'enfant de chœur. Les évéques n'avaient aucun droit aux prébendes et aux chapellenies. Sans doute quelques-uns d'entre eux parvinrent à cette époque de désordre à s'emparer de revenus qui n'étaient pas laits pour eux. Le poète leur reproche peut-être aussi de fréquenter les cercles de femmes, et d'oublier la digniié de leur rang. (V. prélat.)

Chappe d'honneur. — Le vestiaire de Notre-Dame de Reims était jadis des plus riches. Chaque évêque sufiragant , lors de son installation , devait (aire hommage d'une chape. Les chanoines nouvellement nommés étaient soumis à une redevance analogue. Les jours d,e cérémonie, chacun d'eux revêtait une chape d'honneur, e.à-d. de drap d'or, couverte de broderies de soie et de fil d'or et d'argent. Du temps de Coquillart, l'église possédait tant de chapes de soie , qu'elle en donnait même aux

chapelains dans les grandes occasions. G^est à ce luxe que Cqquillart fait allusion , quand il dit qu'O a mis sa chappe d'honneur pour professer le droit nouveau. — Sous manches fourrées longue chappe. Les chanoines de Reims allaient au chœur Thiver avec des vêtements doublés et bordés de fourrures : c'était un privilège. Aussi, dit GoquiUart , sous les habits fourrés sont ceux qui portent les plus belles chappes.

Chappeaulx hauts, — La mode des hauts chapeaux régna du temps de Goquillard. Pour en augmenter la hauteur, on les ornait de plumes et de rubans, de houppes de soie. Les amoureux , au mois de mai , y plaçaient des branches de feuillage ou des nœuds verts.

Chappelet. — Ghapeau, guirlande ou couronne de fleurs. — Les bergers se mirent à faire un chappelet de fleurettes. 82M u G. N.N. — Ghapelet et rosaire signiOaient aussi chaînes de globules d'or, de corail, de bois ou d'ivoire\ servant à réciter des prières. Sans doute, on flt des chapelets, dont les grains émaillés brillaient comme des fleurs et avaient la forme de roses. Ghacun alors portait son chapelet à la ceinture , autour du bras en guise de bracelet, ou au fond de ces larges manches, alors à la mode et assez amples pour renfermer des poches ; cet usage était général » et on pensait si peu aux idées pieuses qui devaient s'y rattacher, que les Glles publiques même avaient des rosaires. Accepter le chapelet d'un cavalier , c'était agréer ses hommages.— On dansait une ronde nommée le chapelet : un rosaire circulait de main en main j de gais couplets commentaient son joyeux pèlerinage.

Chapperon. — Coiffure portée par les hommes et parles femmes au xy« siècle. Elle se composait d'une longue pièce d'étoffe qui se roulait autour de la tête et du col , et dont les extrémités tombaient sur les épaules. — Ghapperon fourré : allusion aux capuchons fourrés des chanoines de Reims et des moines de Saint-Remi^ ils usaient aussi de bottines fourrées : on leur portait des chaufferettes pendant l'office. Les chapperons fourrés avaient une vaste dimension ; aussi désignait-on les chanoines sous le nom de gros bonnets. Dans la 67« du G. N.N., on désigne par le nom de chaperons fourrés les membres du parlement de Paris : ils avaient des toques et des manteaux garnis de fourrures. — Ghapperon d'oiseau : coiffure ornée de plumes et de grelots^ dont on couvrait la tète des oiseaux de proie, dressés pour la chasse. On la leur enlevait , au moment où on les lançait sur le gibier. — Ghapperon de Pontoise A cette époque , les dames

de Reims faisaient venir de Paris , et , à ce quHi paraît , de Potk toise f des objets de toilette à la mode , et notamment des coiffures ; les gens graves et âgés , les marchands de chapperons indigènes , voyaient d'un mauvais œil cette importation. En 1490, Tarrivée de ces cbapperons fut cause d^une émeute assez grave. La comroanderie du temple était un lieu de franchise, et souvent on y jouait^ malgré la défense du clergé, des moralités satyriques. Le dimanche des brandons, après une de ces représentations , la populace, par bravade , envahit la cour du chapitre et y commit mille désordres. Le lendemain , deux cavaliers , coiffés de chapperons semblables à ceux qu^on faisait venir de Paris, se promenèrent en ville et récitèrent des poésies injurieuses pour les dames. La tradition veut qu'on les ait empruntées aux œuvres de Goquillart : elles étaient encore inédites , mais on pouvait les copier. Je n'ai pu découvrir ce qu'était précisément un chapperon de Pontoise.

Chardom (Esplucher des). — Aller pattre^ feire un mtétier d'âne, jouer un rôle ridicule : du temps de Goquillart^ te bailly de Tarchevêque se nommait J. Chardon. Son fils fut chanoine.

Charge. — Office : fardeau. — Ce serait ma charge sans aller plus loin : je n'en voudrais pas davantage.

Chariot branlant. — Voiture de gens riches, suspendue de manière à' pouvoir se pencher de chaque côté, et éviter ainsi les grandes secousses.

Charivari. — Fête , joie, plaisir , coquetterie , amourette.

Charlemainne. — Louis XI remit en honneur le nom du grand empereur : en 1474 , il fixa sa fête au 28 janvier, et voulut qu'elle fût célébrée comme un dimanche. On conçoit son admiration pour Gharlemagne. Gelui-ci n'avait eu que des officiers : il put régner en maître. Louis XP eut à lutter contre les grands vassaux de la couronne; il dut plus d'une fois maudire la faiblesse de Louis-le-Débonnaire.

Charles-le-Chauve. — Ge roi ne conquit pas les Normands : il acheta leur retraite. Goquillart devait nommer Gharles-leSimple , qui fixa les Normands en France. Il y a peut-être ici une faute d'impression.

Charles-le-Simplc^Ce prince n'a pas conqucsté les Anglais

pendant sa captivité à Péronne, sa femme et ses fils se réfagièrent en Angleterre. Si , sous le nom de Gbarles-le-Simple , Coquillart a désigné Gharies VI , la citation ne serait pas heureuse. On connaît les désastres de ce règne. Son manuscrit portait peutêtre Gbarles-le-Quint. Le poète pouvait encore nommer Gharies YIII, dit le Victorieux.

Charme. — Magie de Tamour , feu de la passion.

Charretle fEnlieu duculd'unej, — G.-à-d. au lieu d'être attaché derrière une charrette : allusion à un des châtiments en usage du temps de Coquillart. Les grands coupables étaient conduits au lieu du supplice dans un tombereau : quelquefois même ils occupaient une chaire posée sur la Toiture. Les individus, condamnés pour menus délits , étaient promenés en ville , attachés au-derrière d'une charrette ; ils étaient nus des épaules à la ceinture , et , chemin faisant , on les fustigeait. L'ord. du 14 j^' 1484 veut que clercs de la Bazoche , les serviteurs et les pages , coupableé de bruits, excès et scandale, soient fouettés nus, en cul d'une charrette , et aient ensuite les oreilles coupées.

Chasse-mare f chasse-marée. — On nommait ainsi les voituriers qui amenaient la marée. Ils marchaient la nuit pour éviter la chaleur du jour. Aussi nommait-on parfois chasse- marées, les rôdeurs de nuit, les amoureux et les voleurs, les gens qui courent quand les autres dorment. Dans Tédition J.B. on lit chassemare j on a cru que ce mot était une variante de cauchemare , c'était une faute d'impression : les autres éditeurs ne Tont pas faite.

Chassera la pipée. — Chasser comme les oiseleurs qui emploient une pipe, c.-à-d. un petit tuyau, pour imiter en sifflant le cri des oiseaux. Au figuré, c'est appeler quelqu'un pour le faire tomber dans un piège, pour le séduire.

Châteaux en Espagne /"Faiiv/— Allusion aux romans de chevalerie alors en honneur. Les aventures de Gharlemaigne , de Roland et autres preux au-delà des Pyrénées, fournirent aux romanciers des sources inépuisables de flûts merveilleux. Leur imagination se donna libre carrière, et suivant son bon plaisir, elle peut creuser des rivières, planter des forêts et bâtir des châteaux : Delà, cette expression encore usitée. Dans le 33* arrêt d'amour de Mart. d'Auvergne , une jeune dame dit à un vieillard qui la courtise , qu'il perdait son temps près d'elle : et quant est de l'aimer, il y serait avant que Gharlemaigne ès-Espaigne. C'est

une allusion au malheur du grand prince au-delà des Pyi^nées. €itoD8 encore Mari. d'Auvergne :

Les heures delà nayt comptoye

Sans reposer ni sommeiller.

Et aux guerres tant me boutoye

Qae me trouyoye chevallier;

£t tencoye (je combattois) à mon oreiUier ,

Et faisoye chataulx en Espaigne.

Chastellain de Poitou. — On nommait ainsi originairement en Poitou, des officiers inférieurs qui remplaçaient les comtes; c'est cequ^on nommait ailleurs vicomtes, viguiers et prévôts. Ils recevaient les deniers du domaine royal, et rendaient la justice comme les baillis. Plus tard , ce titre prit une autre signification, et fut porté par les seigneurs et les vassaux de la couronne. Les nobles Poitevins avaient des prétentions exorbitantes en fait d'origine , de titres et de privilèges. Aussi est-ce parmi eux que , suivant Coquillart, les bourgeois et les soldats parvenus allaient de préférence chercher des ancêtres.

Chastellet. — On nommait ainsi à Paris un tribunal inférieur, dont relevaient les habitants des vicomte et prévôté de Paris : une prison célèbre faisait partie des bâtimente où la justice se rendait. C'est là qu'on amenait les individus que l'on arrêtait chaque nuit dans les rues. Aussi est-ce au Gbatellet que Coquillart ^fidt conduire le galant qui se sauve en chemise. Monol du Puiis. —Il y avait aussi à Reims un chAtelet; il était situé dans le ban de Saint-Remi; c'était un vestige de la puissance royale à Reinos, à la fin de la deuxième race. L'office du ch&telain appartenait à l'abbaye de Saint-Remi ; un moine en était investi. Il avait le droit de faire la police dans tout le territoire dépendant du couvent : au chàtelet était aussi un tribunal et une prison.

Chaudeau-flamand. — Bouillon de viande; potage chaud. Le lendemain des noces , on portait aux nouveaux mariés un chaudeau , et on leur demandait s'ils l'avaient gaigné en bien besongnant:S«duG. N.N,

Chauffer, — Se chauffer devant et derrière , c'était l'usage avant de se coucher. — Si aucun veut fiiire cheniinée, astre, chauffedos, ou chauffe c. contre un mur moitoyant.... Ord. de

Chausse y chauce. — Vêtement qui couvrait le corps des pieds

à la ceinture. Les baç-de- chausses habillaioit les jambes. Letf hauts-de-cbausses tenaient lieu de culottes. Sous Charles Vil , ils étaient larges : les pourpoints alors tombaient assez bas. Sous Louis XI, les choses changèrent; les hauts- de-chausses prirent la forme du corps , le pourpoint ne dépassait plus la ceinture. « En ce temps aussi (1467) les hommes se prindrent à vestirplus court qu'ils n^eurent onquesfait : tellement que Ton veoit la façon de leurs culs et de leurs génitoires, ainsi comme Ton souloit vestir les singes , qui estoit chose très mal honneste et impudique. » MoissTRELET. — Leschausscs complettes comprenaient même la chaussure : aussi , dit Goquillart , quand hi chausse est rompue par en bas , les élégants chaussent ung viels brodequin. — Les élégants comme les hommes d'armes affectaient de porter des chausses en mauvais état : le galant du Monol de la Botte de foing se Tante de porter des chausses percées aux genoux. Sans doute cette mode avait un motif. Peut-être les mignons voulaient-ils faire croire qu'ils passaient leur vie aux genoux des dames , ou qu'ils montaient souvent à cheval , quand ils cheminaient toujours à pied.

Chemise. — Jusqu'au règne de Charles VI on n'avait que des chemises de toile grossière ou de serge , c.-à-d. de laine. Isabeau de Bavière porta la première des chemises de lin, et elle n'en avait que deux. Le luxe fit bientôt de rapides progrès, et les toiles de lin se multiplièrent : il est inutile de dire que les élégants et les belles du X\^ siècle s'empressèrent d'adopter cette mode : pour montrer au public qu'on avait des chemises de lin , on modifia la coupe des vêtements : on faisait fendre les manches des robes et celles des pourpoints, pour qu'on vit celles des chemises. Afin qu'on pût mieux la découvrir, on ouvrit le haut des robes et celui des pourpoints. Les collets furent élargis et rabattus. Les dames allèrent plus loin , elles entrouvrirent leur robe jusqu'audessous dû sein et même sur tes hanches , de sorte qu'on voyait pour ainsi dire la chemise du haut en bas. Monstrelet, d'accord avec Goquillart, nous livre le secret de la misère vaniteuse et coquette : on mettait de la toile de lin seulement aux parties exposées aux regards du public ; le surplus de la chemise était en toile ou en serge. Alors, il y avait à Reims une fabrique de toile fine très-renommée. Sous le règne de Louis XI, les chemises de lin étaient encore un objet de luxe : aussi figurent-elles parmi les souhaits du Gendarme cassé. (F. Vent).

Chenu. — (F. Chanu).

Chet. — De cheoir, écheoir. Il chet , il échet : il y a ceci à faire. — Gbeut , cheute : part, de cheoir, tombé , descendu.

Chevallier fSur le pavé, pour servir de gibet à pUj, — Homme d*arines sans cheval, cassé de gages, destitué. On dit encore mettre à pied pour dégrader, suspendre quelqu'un de ses fonctions. Etre sur le pavé , c'est être sans place. La locution pour servir de gibet, ne veut-elle pas dire que le cavalier démonté est droit comme une potence? Peut-être y avait-il pour servir le gibet, c.-à-d. pour le mériter : les gendarmes casséa finissaient généralement maL

Chevance. — Fortune, avoir.

Chevaucher. — Monter à cheval : Taire une course à cheval.

— Chevaucher entière, en latin : c.-à-d. mal monter achevai, «omme un prêtre^ un écolier ou un savant. — Chevaucher sans selle , monter à nu : il y a ici une équivoque facile à saisir. — Chevaucher à quatre chevaux sans estrivières ni houseaui, monter sans bottes et sans étriers sur quatre chevaux , comme ces écuyers, qui y parviennent en se tenant debout, et en écartant les jambes, ou bien disposés à prendre quatre chevaux successivement. Les épithètes dont le poète gratifie la religieuse de Frévaulx, expliquent ce que peut signifier cette locution dans l'une et rentre interprétation.

Cheville. — Epingle : clou de bois qui sert en menuiserie à èoucher un trou. De là , de nombreuses équivoques.

Cheveux, — Sous Charles VII, on portait les cheveux courts.

— Sous Louis XI, on les porta longs. fV. Bacin et perruque),

— Cheveux d'Absalon, c.-à-d. longs comme ceux d'Absalon. Menot se moque aussi des longues chevelures ; il parle de celle d'Absalon Qui habebat pilos pendentes super renos. On laissait tonaber les cheveux sur le front jusqu'aux yeux : c'était là le ncc plus ultra du bon genre. — Dans le V« arrêt d'Amour de Mart. d'Auv., deux amants plaident, et l'un défend à l'autre de laisser tomber ses cheveux jusque sur les yeux. Cette mode dura jusqu'au règne de François le^ Ce prince , qui, dans sa jeunesse, fut blessé à la tête , porta les cheveux courts et la barbe longue : la nation fit comme lui.

Chiche-Face. — Face pâle et maigre ^ masque blanc et hideux : Rabelais dit poltron à Chiche-face. On nommait aussi Chiche-Face la mort et un être fantastique dont on faisait peur aux enfants et aux gens de campagne. « Gardez-vous de la Chiche-Face, il vous mordra s'il vous rencontre. Mistère de sainte Geneviève.

M. Jubinal , qui a publié ce mystère , met à la suite le joyem conte de la Chiche-Face : on y nomme ainsi une béte terrible qui se nourrit uniquement des femmes aimables pour leurs époux : aussi tCj a-t-il plus de bonnes femmes partout où elle passe : or, elle passe partout. EUe Ta venir ici, dit Tauteur; et il engagé toutes les dames qui se soucient peu d^étre mangées, à contrarier en tous points leurs maris. — A Saint-Martial de Limoges, il y avait une figure de pierre nommée le Gbicbe-Face : elle avait Tapparence d'un lion ou d'un léopard. On en fiiisait un épouvantail pour les enlants. — Je n'ai pu trouver ce qu'étaient les chicbes-faces vendues au palais : peut-être nommait-on ainsi des vessies gonflées sur lesquelles des figures étaient dessinées, ou des masques blafards et enbrinés.

Chkquelé. — Déchiqueté : déchiré en menus morceaux^ coupé en franges , en barbe d'écrevisse. — Velours déchiqueté sans cesse, pour démontrer la prodigalité. J. Marot. — Les élégants afl'ectaient de prodiguer les étoflTes précieuses et de les employer en ornements inutiles à la toilette.

Chien au grand collier (Se donner du bon temps avec Uf, — Equivoque usitée au XV" siècle pour exprimer le rapprochement des deux sexes. La tête du chien entre dans le collier : la grand collier c'est donc la femme. Dans la fiirce de la pipée, on dit être le chien au grand collier, pour être amant heureux. — Dans l'arrêt rendu par Tabbé des Gonnards on trouve cette phrase : les maris pour leur défaillance naturelle ne peuvent journellement tirer au collier.

Chière. — Chère, visage , aceueil. — Faire morte chière : ihire froide mine. — Faire les grands chières : foire un brillant accueil , se mettre en dépense , ne se rien refuser.

Choix et hruyt des grands seigneurs. — Les plaisirs , les occupations que les grands seigneurs préfèrent et vantent pardessus tout ; choix peut signifier aussi amour. Bonaventuro Desperiers dit choisie pour maîtresse.

Chose ronde, — Pauvre diable dont on ne tient pas plus de compte que d'un atême, d'une monade, d'une bulle de savon ^ d'une pierre qui roule.

Chosetie, — PetiU^ affaire : péché mignon , amourette. Faire maintes bonnes chosettes , goûter les plaisirs d'amour. Rabelais dit dans le même sens faire la chosette.

ChrestienfRoy irh). — Ce titre était alors nouveaa : Louis XI «6t le premier qui Fait reçu. Le pape le lui conféra lors de la TéyocatioD de la pragmatique sanction. Goquiilart se liàte de le <]onner à Charles YIII , alors au début de son règne.

CUfi de Reinu. — Lorsqu'un roi entrait dans cette ville , Vusage était de lui présenter les cleb : cette cérémonie avait au moyen-Age une grande importance , car elle emportait la réconnaissance de la suzeraineté. Pendant les XIII et XIV" siècles les «rctaerèques seigneurs de Reims et la commune se disputèrent ^ «n maintes occasions, le droit de garder les portes de la cité «t d'en posséder les clefe. En 1345 , le roi déclara que cette prérogative n'appartenait qu'à lui. Depuis , on vit les gouverneurs mis par le roi dans Reims , intervenir dans les discussions relatives à la garde des portes. Dans le XV* siècle les archevêques cessèrent d'y avoir des prétentions , et la lutte ne continua qu'entre la couronne et la commune. Ceci explique pourquoi Coquillart dit au roi que la ville lui remet les cle(s,avec confiance, c.-à-d. qu'elle espère que le roi n'en abusera pas pour s'emparer des portes de la ville , y mettre garnison et substituer le gouvernement absolu à l'autorité municipale, émanant du peuple.

Clefy clerc, — Lettré : savant, prêtre. C'était l'opposé de laïc.

Clergesse, clergereue. — Savante, femme d'expérience. — Mart. d'Auy. fiiit siéger dans sa cour d'amour les dames qui sont toutes légistes et clergesses , et savent le décret par cueur. Clergie voulait dire science. Le clergé était le corps savant. — Rabelais, dans un de ses chapitres écrits contre le clergé , fiiit des «lergesses les femelles des clergaux.

Clif, clof, — Bruit d'une paire de soufOets.

Cliquaille, — Métal , ferraille, menue monnaie. /F. TvonnetJ.

Cliquei de Hamois. — Cliquetis des armes.

Cliquette d'un meunier. -^ Dans les moulins on nomme ainsi une petite latte de bois placée sous la trémie et qui bat sans cesse. C'est elle qui produit le tic-tac si connu. — Gliquetter : faire du bruit comme la cliquette , bavarder, se quereller.

Coche, -^ Voiture , bateau : entaille foite dans le bois de l'arbalète et destinée à recevoir le trait. Mettre mots en coche , c'est lancer des railleries , mettre des propos en circulation. Oo disait dans le même sens descocher paroUes. — On nommait aussi coche

le but auquel tiraient les arbalétriers. Dans ce sens mettre mots en cocbe» serait frapper, blesser quelqu'un À coups d'iqjures et de railleries , Tagacer par des plaisanteries, le tuer avec des calomnies.

Cofjftt de la lingerie. — Le linge et les yètements se serraient alors non pas dans des armoires , mais dans des eoiïn» ou bahuts.

Coing. -7 Fruit. fV. PastéJ. — Coin : lieu reculé. — Instrument qui sert à frapper la monnaie. — Outil qui sert à fendre le bois : d'un côté il est tranchant , de Tautre il est carré et percé d'un trou que reçoit le manche. — Ce quadruple sens facilitait les équivpques grossières : bornons- nous à dire que le mot coing servait & désigner les parties de Tun et Tautre seie , et leur rapprochement. Nous empruntons à un mystère publié par M. Jubinal, un passage qui nous ^dispensera d'autres commentaires. Une vieille femme fait le récit de la vie désordonnée qu'elle menait étant Jeune :

Toujours estoie ou plaine on yrre»

Et plus me fesoie coignier

Qn^il D*est de coings en nn coignier :

Coignant coigné, onc ne coigna

Tant de coing, comme on me coigna ;

Et les coignenrs qui me coignaient

Le coing , du point d*or me coignaient.

Pins n'y serai de coings coignié

Car ma coignie est décoignée.

Coint, cointe. — Coquet , propre , soigné.

Colel. — Gorge, sein , alentours du col, fichu , collerette. — Collet de femme évasée : collet ouvert qui laisse voir les épaules et les seins. Les mots femme évasée ont un sens grossier qu'il est inutile de commenter. Menot , dans ses sermons, attaque souvent les robes escolettées des dames.

Collation ordinaire. — Dans Forigine , on n'admettait un clerc aux ordres sacrés que quand un bénéfice vacquait. Les évèques donnaient en même temps TofiBce, les revenus et l'ordination ; de là les expressions collation ordinaire, collateur ordinaire. Plus tard ces locutions prirent un autre sens, et le mot ordinaire signifia conforme à la règle , au droit commun : il existait alors des collateurs privilégiés. On nommait ainsi ceux qui , par suite d'usurpation , de concession , ou de fondation , possédaient le droit de conférer des bénéfices. Les papes , les princes , les seigneurs se trouvaient dans cette catégorie de collateurs. La col-

lation était cependant aassi considérée comme ordinaire quand elle émanait régulièrement du litre qui fondait le bénéfice. La cour de Rome prétendait, dans les XI V« et XV« siècles se mettre en possession exclusive de toutes les collations. La pragmatique sanction de Bourges fut faite pour défendre le droit des évéques. Louis XI , en la révoquant , donne gain de cause au souverain pontife. Mais Tépiscopat ne se tint pour battu, et la lutte s'engageait à chaque collation qui se trouvait à faire. — Du temps de Coquillart, ces questions étaient à Tordre du jour. Aussi le poète se permet-il d^en plaisanter. En fait de bénéGce d'amour, dit-il , les vraies collations ordinaires appartiennent aux dames. Le trait satyrique est dans le mot vraies.

Collier. — Ceux qui ont chaînes et colliers sont les nobles , et les membres des ordres de chevalerie. La pragmatique sanction et Tord, de mars 1498, art. 5, défendent de conférer les bénéfices aux écoliers, à moins qu'ils ne soient nobles eoi ulroque parente et d'ancienne lignée. Dans ce cas on exigeait d'eux moins d'années d'étude que des autres prétendants. fV. ChienJ

Çollin Suysse. — C'est sans doute le nom d'un poète satyrique du temps. On donnait souvent aux Suisses le sobriquet de Collin. On les désignait aussi sous le nom de Collin -Tampon. Au XV« et au XVI® siècles , les hommes d'armes faisaient des chansons et des ballades ; plus d'une de ces œuvres légères jouit d'une grande popularité. Sans doute un des suisses de la garde de Louis XI s'était fait une réputation dans ce genre. A cette époque , la malignité publique aimait à chanter, et tous les événements ridicules ou piquants devenaient le sujet d'une ballade. « Si une domina s'est forvoyé , nonne sunt les ballades mises sur les rancs , et illa est diffamata irremediabililet Menot. Fer. 111. Post. 111. Dum quad.

Commande. — Dans l'origine, la commande était la garde d'an bénéfice vacant pendant la vacance. Sous la deuxième race, les favoris de la cour se firent adjuger les commandes , et il est inutile de dire qu'ils s'opposaient à ce que la vacance prit fin. Hugues-Capet et ses premiers successeurs réprimèrent cet abus. Mais on le vit renaître dans les XIII% VIV" et XV« siècles. Calixte III (145K— 1458) prohiba sévèrement les commandes. Peu après, quand Louis XI eut révoqué la pragmatique sanction, les envahissements recommencèrent. Le pape et le roi donnèrent les bénéfices en commande à qui bon leur semblait. « Au- Jourd'huy , dit André de la Vigne , à simples gens et personnes qui n'ont prélature ni dignité, sont baillées abbayes régulières et

commandes, et prieurés et bospitaiu de Saint-Aothoîne à séei»* tiers, qui est tbus exécrable. « Coquillart fait clairement comprendre que les élus du peuple recevaient en échange de complaisances honteuses, de riches revenus laissés en commandes^ et qu'on dépouillait à leur profit le clergé , les pauvres et les malades.

Commisiaire, ~ Juge commis à une opération de justice , k une enquête. « Si ledict Juge ne venlt en soy prendre la charge et commission de bire les enquestes , il les peult delléguer et commaittre à tels commissaires , un ou phisieurs qu'il luy plaist, pounreu qu'ils soient idoines « expers, non suspects , et non favorables à Tune ou à l'autre des parties. Coût, de R. 1481—1^7. L'ord. d'Avril 1455 veut que les membres du parlement aifleot pendant Tété à la messe avant 6 heures du matin , et à 6 heures à Taudience; et pendant l'hyver à la messe à 6 heures, et à la messe après l'audience. L'audience finissait vers l'heure du dtner^ c.^d. vers midi. S'il y avait des causes commencées, il fallait revenir après dtner les achever. Le 4 Février 1457 , le parlement obtint remise de ces audiences d'après-dtnées. Un commissaire d'après-dlner fût dès-lors un Juge paresseux, ne siégeant pas le matin et prêt à venir au palais après dîner, quand il n'y avait rien à fiure. — On nommait aussi commissaires les personnes auxquelles Louis XI donna ostensiblement mission de chercher les abus à réformer et les emplois inutiles et bons à supprimer. Ils trouvèrent que tout était pour le mieux : Aussi Coquillart dit-il que de son temps les maquerelles ont des gages , et qu'il n'y a pas un commissaire qui y trouve à redire.

Cùmmisêion, — Mission donnée À un Juge. — Aller en commission , aller au loin pour entendre des témoins , pour visiter des lieux contentieux. — L'histoire du mari qui revient chercher sa commission , se trouve dans la 1<^ des C. N. N.

C<mmun, — Subst. Le public, Ui chose publique, les pauvres gens , les gens du commun : les membres d'une commune. La foule. — Commun , a<|J. t public. Tous biens sont communs, n'y a que la manière de les avoir : B. Despériers. Vulgaire, bon pour les gens du peuple. A leur parler tout est commun : à les entendre tous les vêtements sont trop grossiers pour eux. Rien n'est digne d'eux.

Compoê, — Mesure, Justesse, proportion. Instrument servftit à mesurer. Par le Juste compas , par bonne mesure , en bonne justice. Ouvrer par compas : travailler avec art , avec réflexion :

Kab. —Compassé : juste, étroit, bien proportionné, en bon eut. (V. Instrument).

Compiler, — Tra?aiHer, classer, organiser, adapter. — Pour moy c'est mai compilé : auprès des dames fay perdu mes peines. Ma besogne a été mal faite.

Complaignanl. — Possesseur troublé dans sa Jouissance « et qui intente la complainte.

Complainte. — Droit de poursuite accordé à celui qui est troublé dans sa possession ; la poursuite contre Fauteur do trouble. Pour rintenter il fallait avoir possédé publiquement , sans Tîolences , à titre de propriétaire, et pendant un an ei un jour au moins. Les avocats de la Simple et de la Rusée font de nombreuses allusions à cette définition. — La Coût, de R., 2« partie, chap. XII, art. 2, nomme complainte une commission donnée par le juge à son sergent, aui termes de laquelle il lui [ordonne de maintenir en possession le possesseur troublé; et en cas de difficulté , de mettre Pobjet en litige sous la mftin du roi ou du seigneur, et d'assigner les parties devant le tribunal. — L'art. J6 permet de se passer de cet acte de procédure ; et le demandeur pouvait assigner directement le défendeur devant le juge , et demander en la mise sous la main du roi , ou la récréance et le rétablissement immédiat. fV. Relation).

Concierge. — Ce mot ne voulait pas dire alors seulement gardien d'une porte : il signifiait gardien en général. On le lait venir de cum et de sereu^y de cofMervare. Un concierge de buissons et de bayes, c'est un garde forestier, un conservateur des Ibréts. Titre dérisoire donné aux braconniers, aui vagabonds qui vivaient dans les bois ; aux brigands qui s'embusquaient dans les chemins et en gardaient les passages.

Conclues, — Contenus , consignés. De concludere : enfermer.

Conclusion. — En cas de complainte, le juge, aux termes des art. 2 et 4, chap. XII ^ 2« partie de la Coût, de R.y 1481 — 1507, délivrait k son sergent une commission divisée en trois parties. La première contenait l'exposé des faits qui constituaient la possession ; la seconde relatait ceux qui établissaient le trouble; la troisième , qu'on nommait la conclusion , renfermait l'ordre de rétablir le plaignant , et en cas de résistance, d'assigner les parties devant le juge. fV.ComplainteJ.

Condampnade. — Jeu de cartes. — J. Marot y perdit une spirituelle épttre qu^ii atait engagée contre les couleurs d'une damoyselle.

Cett mal jouer le jen de condamaade

A qui Koy vient, qnand ung ralet demande. J. Maeot.

Cotidtfcitoft. — Condictio ob eausam daUmm , locum habet, ubicumque duo eontmctus innominati inUrveniunt sic : do ut des : fado ut fadas. Ex legs Vlil : Glose d'Azon ^ jurisconsulte du XIII* siècle, imprimée à Spire en 1482. GoquiUart fiiit allusion à cette déûnition. Il ne sait comment nommer les marchés d'amour ; il en Dut des conductions : Tun donne pour qu'on fasse ce qu'il désire ^ Vautre fait pour qu'on lui donne ce qu'il veut.

Confesse f Venir de). — Equivoque grossière qui se retrouve plusieurs fois d^ns les G. N. N

Confidence, r- Confiance : fiduda. (T. ClefsJ.

Confit. — De confeclus : achevé, par&it , soigné. Confit en image : soigné à l'extérieur ^ habillé avec soin. Fat qui se fidt valoir.

Cmfiteor. — Le prêtre qui célèbre la messe, et les assistants, disent cette prière à voix basse.

Conquest. — Aux termes de la Coût, de i?., les objets meubles ou immeubles donnés à la femme pendant le mariage, appartenaient au mari. Les acquisitions ou conquets &its en commun , ne lui appartenaient que pour moitié , mais il pouvait en disposer sans ragrément de sa femme. Les biens échus à Fun des époux par suite de succession , étaient désignés sous ie nom de naissant. Le mari n'avait aucun droit sur le naissant de la femme ; si elle ne laissait pas d'héritier, le seigneur du lieu s'en emparait. Les époux qui n'avaient pas d'en&nts , ne pouvaient aliéner leur naissant sans le consentement de leurs héritiers , qui en étaient les propriétaires présomptifs. Le mari qui ^ à son retour, trouve sa maison bien garnie de meubles et de provisions, ne doit pas se fâcher : il croit d'abord que sa femme a tout acheté , que ce sont conquets , et que par conséquent il en aura la moitié après la mort de sa femme ; et puis quand sa femme lui explique que le tout vient de la succession de son aïeul , il est encore content, parce qu*il pense que cela lui appartient , mais Coquillart prévient le lecteur que le mari se trompe, et qu'il ne

'Comprend pas la loi du pays. Tout ce passage est une suite d'atlusioDS aux citations ci-dessus.

Conseil. — Réunion de magistrats qui délibèrent : chambre du conseil. — Grand conseil : cette institution date des premiers jours du règne de Charles YIII. Le grand conseil fut organisé pour aider le jeune monarque et sa sceur Anne de Beaujeu k sortir des difficultés que les princes faisaient naître. Mais il ne fut établi régulièrement que par une ord. de 1498. 11 suivait la cour, et le chancelier le convoquait toutes les fois qu^on en avait besoin. Le Parlement de Paris protesta contre cette création : le 13 Juin 1499, Louis XII donna à tous ses membres le droit de séance au grand conseil , et la prééminence sur le nouveau corps dans les cérémonies publiques. ,

Conservateur. — L'université de Paris avait des privilèges royaux et des privilèges apostoliques. Les évèques de Beauvais , de Meaux et de Senlis étaient chargés de veiller sur les derniers ; le prévôt de Paris protégeait les autres. Tous quatre avaient le titre de conservateur. En novembre 1460 , Puniversité de Paris obtint pour cinquième conservateur le président de la cour des aides. Gomme elle ne payait pas d'impôt , elle avait besoin de sa protection contre les officiers du fisc , qui cherchaient parfois à lui arracher quelques contributions. Peu avant, elle avait excommunié toute la cour des aides , à raison de faits de ce genre. Si elle conservait avec énergie ses privilèges , elle conservait aussi pour elle et ses officiers les bénéfices et les revenus auxquels devaient avoir part les pauvres écoliers. Aussi aux yeux de Goquillart le conservateur universitaire et Tavarice ne font qu'un. — En 1474, réglise de Reims obtint du pape un conservateur pour défendre ses privilèges. Elle faisait citer devant lui ceux dont elle avait à se plaindre.

Content. — Gomptant : satyre contre les gens d'armes qui ordinairement ne payaient pas ce dont ils s'emparaient. Ils se moquaient des ord. rendues sur ce point sous Gharles VU , Louis XI et Gharles YIII. Avant de quitter une garnison , les capitaines devaient faire annoncer à son de trompe que tous les créanciers de leurs soldats eussent à se faire connaître. Les hommes d^armes, en gens prudents, avaient des quittances qu'ils arrachaient par menaces et violences. Le Gendarme cassé se vante d'être bon payeur : mais le poète se garde bien de donner au mot comptant son orthographe véritable ; il aime mieux faire une équivoque qui se retrouve dans la 18« des G. N. N. « Il bailla les dix escus content : qui fut mal content , ce fut nostre

homme. » Plus d^un auteur eommeCoqoiltort railla la préteDdoe exactitude des gens d^armes eu fait de paiement. J. Marot , dans son Poème de la guerre de Venise ^ fut en di?ers lieux reloge des soldats français : puis il éprouve :

Adventoriers jiitqii*à Millan marchèrent, Ptâsant pays hoanesteBeat payèrent ; L'boate est benrenx qni arec enlx prati^e.

Ailleurs il cite les soldats qui sont

M. jnstes et non médians

Car Toolentiers payent deux foys lenr boste.

Contraires. — Contraires en fait. — Contradictoires.

Contraulx. — Contrats. — Obligations.

Contredire. — L'avocat de la Rusée se hâte de contredire les témoins de Tenquéte , avant qu^on lise leurs dépositions. L'art. 42 du règlement d'octobre 1485^ défendait au juge de recevoir les reproches et les protestations qu'on vouUiit élever contre un témoignage^ lorsque lecture en avait été laite.

Contredit, — Opposition : protestation , paroles dites contre d'autres , contre un fait.

Contrefaire. — Représenter , déguiser. — Se contrefaire : se déguiser , changer son costume pour se mettre à la mode. — Contrefait : déguisé , postiche , d'emprunt , contre nature.

Contrement. — En haut , en montant : con^m mentem.

Contrepenser. — Réfléchir : peser et contrepeser , examiner le pour et le contre. Mal pense, qui ne repense.

Cimtrepoint. — Contradiction : lutte. — Morceau de musique à deux parties : seconde partie d'un morceau de musique. Cantus a^ini ila est asper quod non potest fieri ung contrepoint super eum. Menot, 3. D(ym. quad. —Fioritures dont on embellissait le chant. — Partie du chant qui dominait l'autre :

Chantez» nottez, descbantez, gringoltez

Petits enfants qni sçavez contrepoinct »

Et nous monstrez par tos chants fleuretez

Comment Français ont esté escrottez. J. Molihkt.

L*arU)lerie adonc ne faillit point

A deschantez ung si haalt contrepoint

Qu*on n*onyt onc musique de la sorte. J. Marot.

GbaDter à contrepoint, c'était chanter à deux. GetCe expression se prétait aux équivoques galantes,

Contrepoiœ. — Poids qui en balance un autre. Marcher à contrepoix : en se balançant , m se reuTersant en arrière. Le berger se mit en contrepoys entre deulx bayes, sur une baldicbére, et là s'esbatoit. 82« des G. N. N.

Conlrerolleur. — Dans les XI V« et XV« siècles , les capitaines d'bommes d'armes présentaient des rôles qui constataient que leur compagnie était au complet , et ils en touchaient la solde entière. On découvrit quMIs portaient sur les rôles des noms de soldats morts ou en fuite , et même des noms imaginaires. On créa alors des officiers chargés de vériGer les rôles, de passer les revues^ et d'enregistrer les soldats réellement présents. G'est ce qu'on nommait faire le contrerôle : de là le nom de contreroUeur. Souvent ces commissaires s'entendaient avec les capitaines , et consentaient, moyennant finance, à passer en revue comme bons soldats des gueux, des mendiants, des invalides. De là le nom de contreroUeur de bélistre. (V. ce mot.)

Contrevenir. — Venir contre, s'opposer. Soutenir le contraire.

Convenir, — Ajourner. — Gonvenue , assignée.

Cop, coup, — Se copper : se frotter, se heurter , se briser.

Coppie. — Portrait : on disait recopi pour ressemblant.

Coppier. — Imiter, singer^ tourner en ridicule. Goppier lourdement : faire des plaisanteries grossières. — Goppieux, copieux : moqueur, singe, plaisant.

Coquart. — Gaillard, vert galant. Ge mot parait venir de coq : au XYI* siècle on portait des bonnets à la cocarde , c'était une coiffure chargée de rubans. Notre mot cocarde vient de cette mode. — Goquart était aussi une iujure : dans ce cas on prononçait coqiiarC. Dans le même sens on disait coquelet (cocu et laid). Notre poète emploie coquart dans les deux sens. Il laissait a son auditoire le soin dlnterpréter sa pensée.

Coquin, — Ge mot avait plusieurs sens. Dans GoquilUirt il faut lire comme s'il y avait coqtlin, c.-à-d. cocu, petit cocu. Peut-être nommait-on ainsi le mari qui vivait de l'inconduite de sa femme. Goquin signifiait aussi fripon , lâche , sans coeur.

Corbiner, — Se disputer une proie comme font les corbeaux. On disait corbineur pour voleur, pillard; Pathelin se dit le maitra des forts corbineurs.

Conl^.— Fait comme une corde. Cordée comme une lamproye. Ce poisson est long comme Tanguille. Cordé peut signifier qui a le coeur d^une lamproye. Elle mange les corps morts. Les Romains donnaient des esclaves vivants aux lamproyes qu'ils nourrissaient.

Cordelier. — Les cordeliers fondés par saint François-d^Assises, dans le XIII* siècle , faisaient vœu de pauvreté et d^humilité : aussi les nommait-on les pauvres mineurs de saint François. Saint Bernard de Sienne réforma leur ordre en 1478. Les religieux qui n'acceptèrent pas la réforme , se nommèrent dès-lors les cordeliers de la grande observance , ou cordeliers conventuels : les autres furent les cordeliers de Tobservance comme avant la réforme , ou de rétroite observance , ou cordeliers observantins. Les cordeliers s^établirent à Reims dès le XIW siècle ; ils se montrèrent dévoués à servir les pauvres gens : aussi * furent-ils assez populaires : Coquillart dit souvent le bon cordelier. Cependant il maltraite Tordre et lui reproche son inconduite. Dans les C. N. N., les cordeliers sont les héros d^un bon nombre d^avenlures scandaleuses. Mart. d'Auv. a chanté les cordeliers de Tobservance dWour. — Le mot cordelier se prêtait aux équivoques : il pouvait au besoin signifier corde liée , corps délié. On disait dans ce sens d*un jeune homme telle et gaillard c^est un cordelier. Anne de Bretagne , veuve de Charles YIII , portait autour de la taille une ceinture en forme de cordelière : au bas était un gland sur lequel était écrit cette devise : j'ay le corps délié, c.-à-d. affk-anchi des obligations de mariage. — Du temps de Coquillart, deux cordeliers firent grand bruit en France comme prédicateurs. L'un était le frère Olivier Maillard, cinq fois provincial, et trois fois vicaire-général de son ordre. L'autre se nommait Antoine Fradin. Il prêchait à Paris en 1478 ; il eut les succès les plus brillants et sa parole opéra nonU)re de conversions. Il ne craignit pas en chaire d'attaquer les abus du temps , et Tinconduite des seigneurs et des hauts fonctionnaires. Il fut arrêté : la foule le considéra comme un martyr. C'est sans doute à Tun de ces deux hommes que Coquillart pense quand il parle des sermons du bon cordelier et de ses conseils.

Cordouen. — Cuir de Cordoue; peau fine et délicate. De Cordouen vient cordonnier.

Cornet. — Coin , angle d'un lit.

tomelic. — Dans la première partie du XV* siècle les domeê portèrent des coiffures haute? et larges , assez semblables à une paire de cornes. Plus tard cette coiffUre diminua de volume et se nomma cornette. La pièce d'étoffe qui la composait était longue , et de ses extrémités on entourait le col. Aussi dit Goquillart ^ si demoiselle a gorge laide, elle porte cornette de velours. La corde de la potence se nommait la cornette de chanvre.

Cùmu. — Ridicule , fou.

Corporellement. — Au moyen-Âge, on cherchait par des actes matériels, et des formalités pour ainsi dire corporelles, à perpé-* tuer la mémoire des actes sérieux. Ainsi on fouettait vigoureusement les enfonts des parties contractantes , pour qu'ils se souvinssent tocgours des circonstances qui leur valaient cette bonne fortune : on annexait aux actes un brin de paille, un menu fragment de bois. Les parties prêtaient serment sur une hostie , sur le corps du Christ, et on engageait son corps et son âme à le tenir. On disait alors que le serment était prêté corporaliter. Depuis on employa le mot corporellement toutes les fois qu'on jurait en étendant la main sur Tévangile.

Cotherès. — Gotterets, fagots. Les porteurs de cotterets, comme tout les journaliers de ce temps, affectaient de se mettre avec plus d'élégance que leur position ne le permettait. Les portefiiix foisaient comme eux : aussi facquin vient-il de faix.

Cotte. — (V. Robe.) — Cotte verte : une femme qui se laisse coucher sur le gazon , se relève avec des taches vertes à sa robe : c'est ce qu'on appelait avoir la cotte verte. Bailler la cotte verte, c'était jeter une femme sur l'herbe. Pour éviter des taches accusatrices , les femmes galantes portaient dans la belle saison , au printemps surtout , des cottes vertes. Aussi Goquillart dit-il qu'à son parlement d'amour, les corseillères ont des cottes verteé. Mart. d'Auv. donne le même costume aux dames qui viennent assister aux arrêts d'amour. — Au surplus , au printemps, tous ceux qui se piquaient de galanterie , portaient des vêtements ou des rubans verts : on attachait à son chapeau une branche de verdure.

Couar, couard. ■— Poltron , sans énergie. Ce mot vient dit-on de cauda : couard signifiait qui a la queue entre les jambes.

Coucher, couscher de quelqu'un. — Parler de quelqu'un, le mettre sur le tapis. Couché : étendre sur le papier. Doivent être posés, articuliez et couchiez en bon stile et langage, les pos-

Besskms prétendues par le complaigoant. Art. 2. chap. XII. 2" partie. Coût* de B.

Couleur. — Prétexte » apparence , forme. — Quelle couleur aurai-je de donner sentence ? dans quel sens donnerai-je sentence. — Couleur de rhétorique : figure de rhétorique : moyens oratoires.

Coup à. — Tout-à-coup , de suite, k votre tour , pour le coup. *— A deux coups : en deux bonds. -- Acoup que : aussitôt que — chacun coup : k chaque mot , à chaque pas. — Frapper à coup, à coup : coup sur coup.

Courage. — Volonté : intention. — Mauvais courage : méchanceté. —Bon courage : bon vouloir : probité : fermeté dans le bien.

Courmtier. — Courtier : entremetteur.

Cours. — Mode : ton : préséance.

Courser. — Courroucer.

Court, bref. —Faites le court : parlez en peu de mots, a Pour ce que les advocats de nostre dicte court , en plaidant leurs causes^ souventes fois sont trop longs et prolixes en préfaces^ réitérations de langage , accumulations de &its et de raisons sans cause, et aussi en transcendant souventes fois les mètes de répliquer et de dupliquer, et en trop s^arrester en plusieurs menues fins de petit effect et valeur , autres, que fin principale voulons et ordonnons par nostre dicte court , leur estre epjoint sur leur serment , que doresenavant ils soient briefs le plus que faire ce pourra , et qu^en ce , ils se gouvernent selon Tancienne ordonnance de feu nostre bisayeul le roy Jehan (1363); car s^ils y font faulte , oultre Toffence de parjure qu^ils encourrent, sitost que Dostre dicte court appercevra ladicte faulte , le président et conseillers d^icelle, sur le champ ou le lendemain, délibéreront sur ce, et puniront ceux qu'ils trouveront estre trop longs , d^amende arbitraire , selon Texigence du cas , tellement que ce soit exemple à tous autres. — Art. 25. Ord. octobre 1446. Régi. 1453. »

Court. — Enceinte, clos : du gaulois cort , cortum , cortis. — Cour de roi , cour de justice : ce mot peut venir aussi de curia. — « Court ouverte : cette locution rappelle le temps où le parlement allait ouvrir ses assises au lieu que lui indiquait le roi. Quand il fut fixé à Paris , on disait qu'il ouvrait quand il reprenait les

séances , ou quand le roi lui donnait h Juger une affaire spéciale $ Goquillart, en disant que les dames ont court ouverte, fait une mauvaise plaisanterie.

Courtage j couriaiges. —Négociation, entremise.

Courtines, — Tentures. Rideaux qui entouraient les lits à colonne.

Courtoisie. — Faveurs d'une femme. — Demander la courtoisie : prier d'amour , présenter la requête d'amour. — Courtoise : courtisane , femme galante.

Cousin. -^ Galant , bon ami. On disait nepveu dans la même sens. ^>— Cousin était aussi un titre d'amitié usité en style Camilier. Yela mon cousin le guet : voilà mon ami le guet^ mon camarade le guet. — Cousine : amie, maltresse : Tiennon la cousine Yoland , c.-à-d. la maîtresse d'YoIand. — Dans les C. N. N. on dit qu'une femme galante finit par aller aux rangs de nos cousines à Avignon; c.-à-d. qu'elle se Cait fille publique à Avignon.

Coustre.-^De custos. Gardien des églises. Officier qui veillait sur le trésor et le mobilier des églises.

Coutte. — Cotte : robe. (V. Cotte.)

Comerceau. — Couvercle de vases employés par les apothicaires. On disait aussi à Reims couvercle et couvert.

Couvert. — Couvercle. Pot à couvert : pot de grès avec un couvercle. — Adj. : couvert, dissimulé, menteur, hypocrite.

Couvrechief. — Coiffure : voile , plaque de métal qui faisait partie de la coiffure. Bonnet de nuit. Coiffure de femme, haute et pointue. Voile qui pendait de son sommet.

Couvrir (Se). — Mettre sa toque. Les avocats se couvraient devant les tribunaux en signe d'indépendance. Les magistrats se hâtaient d'en donner }a permission pour prévenir toute bravade de la part du barreau. Les avocats, par déférence pour les magistrats , ne se couvraient pas toujours. De là les combats de politesse que Coquillart place dans son plaidoyer. Rabelais et Racine ont reproduit tour à-tour la pensée et même les expressions de Coquillart.

Vfamoyst — Etoffe précieuse. Nuance de roage. Etoflè rouge.

Créature CEntretenir la). — Saiisfoire les besoins de l'amour : entretenir une femme.

Cnnnequin, Pied de biche qui serrait h bander la corde d'une espèce d'arbalète. Les mots crennequins à nerf présentent une équivoque qu'il suffit de signaler..

Criens (Je)^ •— Je crains , ou je crois.

Crochets de la boucherie. — Les bouchers suspendaient les viandes à des crochets de fer placés dans leurs boutiques ou dans les caves où ils tuaient les bestiaux. — Goquillart joue sur le mot boucherie : il lui donne le sens de propos venant de la bouche.

Croissant. — En 1475, Louis XI fit frapper des écus d'or, qu'il fît recevoir pour 26 s. 6 d. t. , valeur que n'avaient pas avant les pièces de même aloi. A la couronne royale que portaient les anciens écus d'or, il substitua un croissant. Goquillart fait allusion à cet édit arbitraire , et sentant la fausse monnoye : il dit que ceux qui passent leur temps à teindre leurs cheveux sont des fous> qu'ils tiennent de la lune , et qu'ils valent bien un demi croissant, c.-à-d. peu de chose, autant que la moitié d'une monnaie décriée et dont l'empreinte est celle de la lune, patronne des fols.

Croix. — Ne savoir ni croix ni pile : ne pas se connaître en monnaie. Pour que le sens soit complet, il fout lire ne savoir prendre, montrer ou distinguer ni croix ni pile, parce qu'on n'a pas de monnaie. Au moyen-âge les monnaies sur un de leur revers portaient une croix : aussi le mot croix à lui seul signifiaitil monnaie :

Car oncques il n'en reçut croix. Test, de Path.

On nommait croisette une pièce de menue monnaie. — k Ulinami Domini ecclesiasiici , tantUmdiligeretisChristumcrucifixum guam diligilis crucem, Dimittitis in ecclesià Christum crucifixum , dummodo habealis crucem et bursam ferralam, » Menot^ sum. Post. 11. Dom. quad. — Le mot pile signifiait aussi argent. Il doit être le nom d'un signe monétaire. Sur quelques monnaies du moyen-âge on voit un temple dont la voûte est soutenue par des colonnes : Peut-être les nommait- on piliers ou piles.

Cueur. — Chœur : enfant de cueur : enfant de chœur. — Cœur : Uonneste cueur ; cœur d'honneur.

Cuider^ cuyder. — Croire, présumer, douter, ne pas savoir si. — Cuyder sans s'espargner : s^estimer outre mesure. — Oultre cuydé : fat , présomptueux.

Cuirasse (GuillemeUe Porte). — Guillemette à la poitrine carrée, solide, couverte d'une peau dure et épaisse. Les cuirasses étaient parfois faites en cuir.

Cul. — Ce mot faisait partie de la langue ordinaire : on ne craignait pas de le prononcer. Il se trouve dans le Blason des Armes et des Dames récité devant Charles YIII et toute sa cour. A Reims se trouvait alors la rue du Trou-du-Gul, et un autre passage nommé via culorum. Les auteurs contemporains de Goquillart, et ceux qui Tout suivi depuis, ont tous usé sans scrupule d'un terme que l'usage admettait. — Cul troussé de Paris : cette expression était proverbiale au moyen^ge. Les parisiennes passaient pour galantes et douées d'un tempérament des plus amoureux. Les ribaudes de tous les pays se rendaient à Paris , et procuraient ainsi aux femmes indigènes un renom qu'elles n'auraient pas conquis à elles seules. Quoi qu'il en soit, on disait dès le XIV« siècle :

Qni veut belle femme querre

Preigne visage d'Angleterre ^

Qoi n*aye mamelles normandes *

Mais bien nn beaa corps de Flandres

Enté s|ir nn cal de Paris,

Il anra femme à son devis.

— Je n'y connais ni cul ni pointe : littéralement, je n'entends rien à la couture , au savoir-faire des aiguilles. On nommait cul et pointe les deux extrémités dé Taiguille. Ces deux noms se prêtaient à de nombreuses équivoques. Rabelais a dit : quand les petites ouvrières eurent perdu la pointe de leurs aiguilles , elles commencèrent à besongner du cul. — Travailler à cul contre pointe avait le même sens. Au pluriel on écrivait culz , culx.

Culier. — Cuiller: à l'aide de l'orthographe qu'il adopte, Coquillart fait une mauvaise plaisanterie.

Culière. — Croupière : dans un mystère publié par M. Jubinal , le diable se plaint de ce que les nonnes se battent de verges les épaules et la culière, quand elles sentent les aiguillons de la chair. Le titre d'abbesse de haute culière n'a pas besoin de commentaire.

CurialiêU. — Membre du tribunal de rofficialité. — Goortisaa. — Curé : solliciteur de cure. On donnait des cures aus jeunes gens nobles et ricbes, après trois ans d'étude seulement. En 1469 f à Reims, le cbanoine Bobille , pensionnaire de Rome, obtint du pape^ malgré le chapitre , la réunion d'une Cure à sa prébende. Les mignons curialistes sont ou les curés de foreur ou les élégants de la cour.

Curialilé. — Tribunal de TofiBcialité. Cour du roi. Egards, politesse.

Custode. — Paravent , pavillon , tenture formant un abri. Coiffure couvrant le front.

Dada jennin. — Mari trompé. •— Dadais signiâait sot , ridicule. Molière a dit dans le même sens Georges Dandin.

DaguetU, —Petit poignard. Baguette troussée, c.4-d. la pointe en l'air, la poignée en bas, suivant la mode du temps. En 1470, une ord. de police défendit , à Reims , de porter espées, dagues ou autres armes. Les nobles et notables étaient seuls exceptés de la prohibition. Une ord. royale du 12 mars 1478, avait dit la même défense, et n'avait donné droit de port-d'armes qu'aux nobles et aux gens de guerre. Les délinquants étaient punis de prise de corps et de confiscation : en cas de récidive, ils devaient être fustigés dans les carrefours et bannis de la ville. Tout individu arrêté la nuit porteur d'armes, était condamné à perdre les oreilles. Par bravade et par vanité , les élégants affectaient de porter la dague pendue à la ceinture. Ils se' donnaient ainsi des airs de gentilshommes et de gens d'annes. La dague , la pointe en Tair, était portée par les amoureux et les verts galants : c'était un emblème facile à comprendre.

Damoyselle.^liiTe relevé aux dames nobles, de domina, dominella. — C'était une inconvenance que de dire madame à une damoyselle. La vanité des bourgeoises enviait le titre de damoyselle, et toute femme tant soit peu noble y prétendait. De là l'incident du Monologue du Puys. On disait aussi damoyseau pour seigneur. — Damoiseller : faire sa fille damoyselle; la marier à un noble.

Dance. — Les danses se divisaient en hautes et en basses. On laissait la haute danse aux saltimbanques : c'était aussi un des

noms donnés à la potence. — La basse danse était la danse ordi' naire. La basse danse était aussi le Jeu d'amourette, ce qu'on nommait ailleurs la danse du loup. Goquillart n'est pas homme à négliger cette équivoque. —Etre mené au-dessus de la danse, c.-à-d. être à la tête des danseurs. — Danseresse : femme qui aime la danse et le plaisir.

Dando. — Ce mot se troute deux fois dans le même passage : Roquefort lui donne le sens de dandin, mari trompé. — Le Dando tranche des lardons quand on ya sa chair embrocher : c.-à-d. le mari prépare le souper pendant qu'on va embrocher la chair de sa femme > ou bien il est le premier à plaisanter des infidélités de sa femme. — Le Dando fait bouillir le pot, c-à.-d. le mari fait la cuisine pendant que sa femme fait l'amour. — Dando peut signifier celui qui donne, l'amant libéral. Dans ce sens, les vers ci- dessus voudraient dire l'un : le galant qui a payé^ fait des phiisanteries et se moque du mari, au moment où il va satisfaire sa passion adultère. — L'autre : il donne ce qu'il.faut pour faire bouillir la marmite et entretenir le ménage.

Han^ier.— Mari jaloux : tuteur, père qui veille sur sa fille. Palatin du dangier et faulx danger : espions du père et du mari.

J. MOLINBT. MART D'AUV.

Dat — Date : ce passage est une parodie de la formule qui dot les ord. royales. On nommait dataire, l'officier de Ui chancellerie romaine qui mettait sur la requête Ui date de leur présentation. Date vient du mot data mh à la fin des bulles ponti^ ficales. En France], les lettres royales finissent par exemple ainsi - Donné à Amboise le.... par le roi, les sires de Lau^ de Baugy et autres présents. Signé Louis Daniel.

Dea. — Affirmation : de Dia, par Jupiter. On dit encore oui da.

Déclairer. — Montrer, faire connaître, mettre en lumière.

Dééliqueur. — Bavard. fV. Cliquette.J

Décrotter ses crotiès.—ÏA mode était alors de porter des robes longues qui balayiâent les rues et se crottaient facilement. Hommes et femmes en usaient. Menot, dans ses sermons^ leur reproche d'être toujours crottés, et d'être obligés d'avoir une servante uniquement occupée à décrotter leurs robes : Serm. IV, Dom. quad.

Dédicace. — Le jour où l'on célébrait la dédicace d'une église

était une fête des plus solennelles. Les cloches sonnaient da matin au soir. L'office durait toute la Journée. Au dehors, les cabarets étaient pleins; on dansait partout. La dédicace de N.-D. de Reims se célébrait atec pompe et fracas. £n 1451, à cette occasion, on compta dans Reims plus de 100,000 personnes.— G'esttoujours la dédicace, c.-à-d. un bruit sans fin.

Déduit^ déduyt , desduyt. — Plaisir, distraction, amourette. Le bas déduit : plaisir d'amour. — Bailler le déduit : même sens.

Deffault. — Gain de cause adjugé à Tune des parties en Tabsence deTautre. — Defbultà la Simple, c.-à-d. prononcez- le au profit de la Simple ; maistre Simon ne voyant pas comparaître la Rusée, demande deflauU ; maistre Olivier s'y oppose, parce qu'il a procuration. Jusqu'en 1484 on put rigoureusement donner défault contre le plaideur absent de sa personne. Ce ne fut qu'à cette époque qu'on abrogea ce vieil axiome : En France on ne plaide pas par procureur. Il faut dire qu'en usage il était depuis longtemps aboli à Reims. La co^utume rédigée en 1481 admettait la comparution par procureur : elle voulait aussi qu'en matière de complainte, la possession ne fût adjugée qu'après deui défaulls devant le sergent commis par le juge à l'examen des lieux, et au troisième défaut devant le juge. Art. 7, 8, 9, 10, 11, 12» Chap. XII , 2e partie.

Defferre, — Mise à bas, pillage , butin. Georges d'Amboise, mort en 1510, légua à son neveu toute sa déferre > qui valait phis de 2,000,000 de francs. — On lit dans J. Marot :

Je abandonne Rivolte,les biens et la defferre

A tons bons compaignons qni la yondrent oonqoerre*

On disait dans le même sens : gaignerla defferre , c.-à-d. le droit de piller.

Dehaiï, dehet. — De hait. (V. Bail.)

Deisse (Je) je disse. — Je dirais bien : faut-il que je dise

Délayer. — Retarder, apporter des délais. Les ord. de 1453 et 1493 défendent qu'on délaye les procès.

Delitter (SeJ. — Se délecter.

Démancher (Se). — Équivoque. (V. Emmancher)

Démener, demainer. — Conduire, se démener^ s'agiter. — Démener du bruit : faire du bruit.

Demounr. — S'arrêter : être en retard, s'absenter. — Demoa^ rant : restant. Au demeurant, au reste. — Demoura : demeurera. — Démourée : retard, absence.

Demy-lourd. — A moitié dégrossi : il y a peut-être ici un jeu de mots , et il faudrait lire dans ce cas comme s'il y avait : de Mylourd ou demy-Lord /T. Jl!fi7oMry.;

Denier. — Ancienne monnaie ; argent. — Denier à Dieu : pièce de monnaie qu'on échangeait en prenant Dieu à témoin, quand on venait d'arrêter une convention.

Denis fMaistre). — Denis Lemercier, chancelier du duc d'Orléans (depuis Louis XII) : c'était un orateur distingué. 11 joua un grand rôle aux états généraux, ouverts au commencement du règne de Charles VIII.

Denrée. — Ce qu'on pouvait avoir pour un denier. — Marchandise à vendre. — Vendre sa denrée en gros : vendre toutes ses faveurs d'un coup. — Denrée signifiait aussi parties sexuelles :

20« des C. N. N.

Départir. — Distinguer, diviser, discuter. — Départi: mis de côté. — Laisser à départis : laisser de côté.

Députer. — Disputer , examiner, discuter.

Dérober -^ Voler, on disait aussi rober. Comme il s'agit de robe soustraite , Coquillart dit dérober pour faire un jeu de mots.

Derrière (EnJ. — En arriére, en cachette. Porte de derrière, porte dérobée. Dans le XV» siècle, le chapitre de Reims fit fermer la porte de derrière des maisons habitées par les chanoines, pour mettre un terme à de mauvaises plaisanteries sans cesse renaissantes. Venir veoir sa dame par derrière : par une porte dérobée. Equivoque grossière.

Débaucher (Se). ■— Sortir de la bonne voie, des rangs. Se permettre des violences. — Devant que nul ne se débauche : c.-à-d. que devant moi, qu'en ce moment personne ne s'avise de faire la mauvaise tête et de vouloir frapper les gentilshommes de mon espèce.

Descharger d'une massue. — La massue était un maillet, une masse d'armes. Il y a ici une équivoque brutale.

Descocher. — Décocher, lancer des traits. (V* Coche)

Descorder, — Rompre rhannoDîc, détacher. En matière d'enquéte, accorder et discorder était se trouver ou ne pas se trouver d'accord sur les bits qu'on avait plaides et qu'on devait prouver. Coût, de B. 1481.

D sduin, ^ Distraire. Amuser.

DesgueuUer. — Parler, crier, lire haut.

Deslasié. — Délacé : ouvert, large.

DesmeuH. ^ De desmouvoir, écarter.

Desmite. ^ Mise à has, repoussée.

Desnaturé. — Dépourvu de bonnes qualités, contre nature, hors la loi commune, méprisable. Bien nature : d'un caractère beareux, honorable.

Despéche. — Débit , emploi. Faire la dépêche d'une affiiire, l'expédier. — Despécher : expédier. Despécher une cause : c'est la Juger.

Despendn. — Dépenser.

Despens. — Dépenses , dépens , frais de justice. — Dépens réservés en sentence définitive : c'était un des abus de la procédure suivie du temps de Goquillart. Les jugements sur incident ne statuaient pas sur les frais; aussi les plaideurs ne reculaient devant aucune chicane, et à leur insu les frais se multipliaient ; celui qui perdait son procès en sentence définitive était écrasé. Gbarle&VIII mit fin à cet état de choses. (V. ord. de Juillet 1493.;

Despiter. — De despicere : mépriser, injurier , se fâcher. — La Rusée l'en despitait, c.-à-d. se fâchait contre lui. Peut-être faut- il lire : s'en dépitait.

Desroy. — Déroute, défaite, désordre.

Desserre. — Mise hors des serres d'un oiseau de proie, délivrance, soulagement. Il faut peut-être lire deGTerre. fV. ce mot.)

Dessiré. — Déchiré : de dilacerare.

Desservir. — Servir : être agréable , gagner , mériter. On disait desservir un office , une chapelle : desservir d'être décapité (Ph. de Gom.), mériter d'être décapité. — La grAce sa mye desservir? gagner les bonnes grâces de sa belle amie.

lOS Deslourber, — Interrompre, Iroubler.

Deslroit. — Détresse : obstacle : deffilé , pas difficile , champ €los. Passer les détroits : traverser un défilé, triompher d^une difficulté. En style graveleux, cette locution a un autre sens.

Desvoyer. — Sortir de la bonne route, perdre le bon sens.

Détmclion. — Calomnie, médisanee , détournement, soustraction. CoquiUart accuse- t-il les libraires de débiter des calomnies, de vendre des libelles , ou d^abuser de la confiance des professeurs, en détournant les cahiers qu'on leur donnait à vendre, ou de celle des acheteurs, en leur soutirant plus d'argent que ne valaient les objets vendus ?

Deult. — Il se plaint : de douloir : dôlere.

Deux. — Lisez : deuils : d*eux , par eux.

Devant — Pour vous va cen devant derrière : ce qui était en devant va en arrière. — Devant : parties sexuelles. Mari bas devant : froid et impuissant. Rabelais dit mari prosterné.

Deviner. — Inventer, forger.

Dctjw. — Fantaisie, goûL A son devis : à son gré. Etre à devis : vivre à sa guise^

Devise. — Sentence pieuse, poétique ou galante, adoptée par les nobles^ les dames et les amants. Les dames portaient la devise de leur bel ami , et les amants celles de leur maîtresse. On la cachait sous des noeuds ; on la mettait aussi en évidence brodée sur les vêtements, écrite en lettres d'émail sur les byoux. — CoquiUart, en parlant d'une femme galante , dit qu'elle porte devises à tas , c.-à-d. en grand nombre, parce qu'elle a de nombreux amis.

Deviser, desviser. — Causer. Deviser cottes et pourpoints : parler vêtements d'homme et de femme, y songer.

Dez. — Jeu de dés : perdre à trois beauh dés. Le Jeu des trois dés est indiqué dans Rabelais. Ces mots à trois beaulœ dez forment un calembour (à trois baudets). — Ne toucher d'autre dez : ne parler d'autre chose. On dit tenir le dez de la conversation.

Diable. — La loi punissait de peine sévère ceux qui juraient ^

par le diable : c'est ce qu'on appelait faire le vilain serinent. Aa XV* siècle , à Reims , ceux qui s'en rendaient coupables , étaient attachés à une échelle et exposés aux regards du peuple. Le poète, en jurant par le diable, fronde une mauvaise halfitude de son temps. (V. Yawùtn et Benedicite.J

Diel (Le dict du préteur}. — Lisez : Tédict du préteur. En entrant en fonction , le préteur annonçait qu'il maintiendrait les actes faits avant soa arrivée au pouvoir ; par le même édit il faisait connaître les lois qu'il appliquerait.

Dieu. — Dieu que : Dieu sait que. Dieu ! que. — Voire à Dieu : vraiment; peut-être avec l'aide de Dieu^ certes s'il platt à Dieu. — Voiseà Dieu : qu'il aille à la grâce de Dieu; si Dieu veut, qu'il le fasse. — Tout est en Dieu : tout est au pouvoir de Dieu ; que Dieu fasse comme il l'entendra. Dans la 34e des G. N. N. un mari trompé querelle sa femme qui lui tient tête. « Il ne sçavoit que dire , ajoute le narrateur ; il print le procès tout en Dieu , qui est juste et droicturier, » c.-à-d. qu'il s'en remit à la justice de Dieu.

Deffinir. — Déûnir, exposer. —Finir, mettre à fin , trancher une difficulté.

Dt7a(ton. — Délai.

Dispence. — Dispense : permission d'agir contre le droit commun. Dans Torigine les évêques avaient le pouvoir d'accorder les dispenses. Plus tard la cour de Rome , pour augmenter l'autorité du Saint-Siège , leut enleva le privilège ou le restreignit. Quelques évêques tinrent bon , mais en général on se soumit. Aussi Goquillart envoie-t-il à Rome ceux qui ont besoin de dispenses.

Distraire (Se). — S'écarter, se débaucher , se divertir. — Sans en distraire , sans soy distraire : sans interruption. La possesion, pour avoir force en justice , devait avoir duré sans interruption plus d'un an et jour.

Divers. — Contraire au bon sens , ridicule , plaisant. — Guillemette dit au drapier qui réclame son drap : vous êtes un bien divers homme. Path.

Docteur (Trahison en est un). — Au XV» siècle , au milieu de nos troubles politiques, les docteurs de l'université soutinrent plus d'une thèse contraire aux lois de TEtat et de l'équité.

JTelle fut la harangue de Jehan Petit, docteur en théologie, prononcée publiquement devant le recteur, pour justifier l'assassinat conamis par Jean-sans-Peur sur la personne du duc d'Orléans.

Don, donc, dont. — Ces trois mots sont employés l'un pour l'autre , et même pour d'où : undè. Dans ce dernier sens Rab. écrit dond.

Dorelot. — Ruban , chiffon de femme. — Elégant qui porte des rubans, des ichiffons : homme à bonne fortune, fat, enfant gâté. Dorelottier : marchand de mercerie , de fantaisies. Dorelotter un enfant : le caresser , le gâter.

Dos f Avoir V entendement au). — Les bossus ont toiyours passé pour gens d'esprit : de là peut-être cette expression qui signifierait être bossu.

Douaire. — Avantages dont jouissait la femme au décès du mari ; elle les perdait quand elle était condamnée pour adultère.

Double. — Monnaie valant deux deniers , double denier.

Douàtance, double. — Doute : hésitation, crainte , soupçon , inquiétude, question à examiner. — Doubté : redouté.

Doudne. -^ Doulcine : flûte dont les sons étaient doux.

Douleetle, — Complaisante , amoureuse , galante.

Dragme. — La dragme valait un gros ou la cent-vingt-huitième partie de la livre. Une dragme d'amour : un peu d'amour accordé par la femme qu'on préfère , en vaut bien livre et demie que donnerait une autre.

Drap. — La bourgeoisie et les gens de guerre ne devaient porter que du drap de laine. En 1473 , une ord. déclara que les marchands qui vendraient du drap de soie aux gens de guerre , ne pourraient réclamer leur paiement en justice. — Le concile de Reims tenu en 1455 , défendait aux* évêques de porter du drap de soie figuré. On nommait ainsi une étoffe brochée , ornée de dessins et de figures. Les draps figurés , les draps de damas , c.-à-d. en soie, le camelot de soie, étaient réservés pour les nobles. Ces lois somptuaires manquaient leur but. On affecta de porter des étoffes coûteuses pour paraître au-dessus de sa position. Coquillart reproche aux journaliers , au| gens gênés , les sacrifices qu'ils font à leur vanité.

Drapier, — Les drapiers du temps de Goquillart se permeftaieot des fraudes de tout genre. Avant de mesurer les draps pour les vendre , ils les allongeaient à Taide de poulies. On ne les mouillait pas avant de les mettre en vente, de peur de les rétrécir j une fois vendues , ces étoffes déteignaient et se rétrécissaient quand la pluie les trempait. Menot, dans son 34« sermon , reproche aux drapiers de vendre du drap de Beauvais pour du drap de Rouen , de vendre deux aunes de drap et de n^en livrer qu'une à l'acheteur, de mouiller les étoffes pour leur donner du poids. Le drapier Guillaume trompe Pathelin, et dit :

Ce ti*ompeiir-Ià est bien becjaane, Quant pour vingt-quatre aok Fanlne, A prins drap qui n*en Tant pas riiigt.

En 1407, 1460, 1490, des ord. tentèrent de réprimer toutes ces fraudes. En 1498 , une autre ord. défendit de vendre les draps plus chers qu'ils ne valaient : elle en fixa le prix. La satyre de Goquillart portait ses fruits. Le 15 Avril 1500 , à Reims, le corps des drapiers recevait un règlement. /T Premier.)

Dmppeaulx. — Chiffons, étoffes, langes, vêtements de femme. — Vieux drappeaux : vieux chiffons.

Drille. — Gland de chêne. Trait, rayon : Ronsard a dit astre drillant.— Dille, cheville, fausset. Dandrille (peut-être dame drille) est un des noms donnés au membre viril. — On comprend ce que peuvent vouloir dire les mots : doyen de par la belle drille. — Drille signiGait aussi vert galant. (F* Beauvais.J

Droict' — Vrai , fixe , certain , direct. -—Une droicte frénésie : une vraie folie. — Interrogué la droicte voie, c.-à-d. directement^ avec précision sur les feits de Tenquéte. — En droict soy: à part soi, dans la direction de ses idées.

l>roit. — Loi, science des lois , justice , redevance, impôt. ^^Mes bons droits : ma bonne cause, terme de procédure. Ord. d'avril 1455. — Droit naturel : plaisanterie de Goquillart : elle roule sur le mot naturel. On nonmiait alors nature les parties sexuelles , et leurs besoins amoureux. Menot fait une équivoque du même genre dans un argument qu'il place dans la bouche des amoureux : dicunt simplicem fornicationem non esse deo dûplicentem, quod est peccatum naturule. Serm. 111, Dam, quad. '— Droits nouveaulx : droits à la mode : allusion à la rédaction des coutumes , commencée à la fin du régne de Louis XL C'est en 1481 que Goquillart fut commis , avec d'autres , à ré^ diger la Coutume de Reims. *- Droits fériaux : Goquillart tait

allusion ici aux droits prélevés par les seigneurs sur les champs de foire. Lés foires royales étaient franches de tout droit ; nutis celles dont Torigine était féodale , étaient soumises à diverses contributions. A Reims il n'y eut de foires royales que dans le XVI" siècle. Les droits fériaulx étaient peu populaires , aussi Fauteur dit-il qu'il n'en veut pas parler. Le mot férié ou féeris ne signifiait pas seulement fête et foire , il avait aussi le sens qu'on lui donne de nos jours. Dans cette hypothèse, les droits fériaulx sont des droits fantastiques , des lois imaginaires , et Goquillart prévient le lecteur que ce qu'il va dire n'a rien de frivole, et qu'il ne s'agit pas de conter en Tair. — Droits de la porte Baudets ou Baudais. fV. Bandais). Goquillart fait peut- être encore ici une allusion aux redevances féodales perçues dans Reims. En 1358^ l'enceinte de la ville fut augmentée, et on y comprit une porte nommée dans l'origine Basilicaris , et depuis par corruption Basée et Basai. Les archevêques percevaient des droits d'entrée sur toutes les marchandises amenées à Reims. Ils continuèrent à les exiger à la porte Basai, quoiqu'elle ne fût plus une porte de la ville. Cette perception était érigée en fief, elle se faisait au profit de la famille qui possédait ce droit seigneurial. Elle payait une rente à Tarchevéché : on comprend combien cet impôt était vexatoire. A Paris, la position de la porte Baudais était la même ; auprès d'elle se tenait un marché considérable , et l'on prélevait aussi sur ce point des droits de différents genres. Goquillart joue sans doute aussi sur le mot Baudais : les droits de la porte Baudetz sont les droits de la porte aux Anes. Il respecte trop son auditoire pour lui conter des Aneries , des balivernes ; son cours de droit est des plus sérieux. — Droits de maintenir : on nommait maintenue la sentence définitive qui maintenait en possession celui qui était troublé dans sa jouissance : Goquillart parle des droits dans lesquels les gens à la mode , les jeunes gens , doivent se maintenir sans hésiter. — Droits de vente dus de rigueur : il s'agit ici des droits de quint et de rcquint dus au seigneur par le vassal qui vendait son fief. Le quint était la cinquième partie du prix de la cession ; le requint était le cinquième du quint. Ges droits étaient rigoureusement dus ; si on ne les payait pas , le seigneur s'emparait du fief vendu. — Coût, de B>

Dru, drup, drups, druz, drue, drupe. — Ami, amoureux, gaillard , bien constitué , de haut rang. — Fille drue : bonne à marier. Druerie signifiait amour , fidélité.

Drupe. — Lisez dupe.

Dueil — Dol, deuil.

Duirc. — Plaire, sourire. Duisant : qui platt , aimable.— DuiC, duyt : conduit, élevé , accoutumé.

Dymancherès. — Endimanchés : journaliers, valets qui mettent le dimanche des costumes élégants. Mart. d'Auvergne se mocque aussi des varlets dimancherets qui font de folles dépenses, et ne peuvent jamais avoir Tair de gentilshommes.

Eaue, — Eau. Eaux : eaux de senteur. Eau rose : eau de rose.

Echantillon. — On nommait chanteau ou chantel un pain entamé. L'échantillon était un morceau de chantel , un morceau de pain. Echantillon de cuisine : os à ronger , reste d'un met , morceau de pain. — Femme prête à donner l'eschantillon , c -à-d. à foire voir une partie de ses appas ^ pour inspirer le désir de posséder le surplus. Donner Téchantillon peut avoir un autre sens , et signifier être facile, charitable en amour, donner le pain qu'amour envie.

Ecrévisse de velours. — Locution incomplète. Il fallait dire barbe d'écrevisse de velours : on nommait ainsi du velours coupé en bandes, en franges semblables aux antennes de l'écrevisse. On en faisait des ornements pour les robes et les coiffures.

Edifice (Labourer V). — Caresser du haut en bas. Satisfaire les désirs d'amour. — Edifier : même sens.

EffernuefS'J, s'effemne, s'effernue, s'ejferve. — Tous ces mots ont le même sens. S'cfferver signifiait s'emporter , se troubler. On dit encore effervescence.

Effort. — Violences, entreprises coupables, trouble. — Exercices d'équitation , manœuvres, tours : peut-être faut-il lire essor, terme de fauconnerie qui voulait ^ire départ de l'oiseau lancé sur sa proie. — Les galants écuyers avaient soin de passer à cheval sous les fenêtres de leur belle , et de faire eo leur honneur des manœuvres difficiles et périlleuses.

Elacion. — Hauteur , orgueil , amour-propre.

Embler. — Voler : de involare, mettre dans sa main. Vola :

creux de la main. — Emblcr un coup : faire un larcin d'amour , s'aimer en cachette. — A Pemblée , furtivement.

Embouclure. —^mhoixcler signifiait attacher avec une boucle; rembouclure, c'est Taction d'attacher la boucle, ou le lien luimême , et au figuré , tout ce qui lie Thomme à la vie, tout ce qui entrave sa liberté.

Embourrer. — Garnir de bourre , fourrer de la bourre. Faire embourrer son bas, équivoque grossière. Bas signifie selle des bêtes de somme, et parties naturelles.

Emmancher. — (V. ÂmmancherJ. Rabelais dit dans le même sens :

S*il est ainsi que coignée sans manche Ne sert à rien, ne houstil sans poingniée.

Afin qne l'ung dedans Tanltre s'emmancbe, Prends que soys manche, et tu seras coignée.

Emmieuslure. — Emmiellure : remède pour les chevaux où il entre du miel. !

Empescher. — Troubler, inquiéter un possesseur. Empesche- j

ment : trouble de possession.

Empoigne cliquaille. — fV. TvonnetJ

Empùint. — En point. ('V. Poim.J

Empraint. — De : empreindre, comprendre. Imprimer^ féconder, concevoir, entreprendre. — En ung coup tout n'est pas empraint: on ne peut à la fois tout entreprendre, tout concevoir, tout créer.

En, l'en. — On, l'on.

Enbouché fÊtre.J — Avoir une nouvelle en bouche, être prêt à la raconter.

Endosse. — Ce qu'on met au dos d'un acte : quel décharger sur leur endosse : quelle quittance au dos de leur billet. Mauvais jeu de mots. — Endosse signifiait aussi coups sur le dos, .

fardeau mis sur le dos, paquet à porter, responsabilité, suite d'une sottise. — « Elle s'apperçut qu'elle en avait dedans le dos, dis-je dedans le ventre. » fNouv. V. Bonàv. Despériers^. On disait se mettre sur le dos, faire la bête à deux dos.

Endossé. — Vêtu : povre endossé, vêtu de pauvres habits.

Bnfùulure, — Foulare : coups.

Engin. — De ingenium : esprit , ressource, machine. Outil : les instruments d'amour, les outils par excellence.

Ennement, — En ce moment : certainement.

Ennuit. — La nuit, cette nuit. — Ou pour en buy, aujourdaf.

Enorme (Fait). — Hors des prévisions de la loi et frappé de peines arbitraires.

Ensaincle. ~ Enceinte : entaillé. — Fendu , bien ouvert : taillé, ciselé. Œil entaillé, bien fendu ou brillant comme un diamant à facettes.

Enlan — Avec, ensemble, tous. L'année dernière : antè hune nnnum.

Ente. — Pour : ante : tante.

Entendis que. — Attendu que : il est entendu que.

Enterver. — Terme d'argot employé par Villon dans ses ballades adressées à ses confrères en filouterie : il les excite à ruer et enterver^ et ailleurs à Joncher et enterver. Enterver signifie sans doute entraver, lié, mettre une entrave. L'entrave était un verrou dont chaque bout s'introduisait dans des anneaux attachés aux pieds d'un captif ou d'un animal. On conçoit dès-lors que le mot entraver ait pu se prêter à des équivoques. Goquillart veut dire : tenir ferme la cheville pour enterver le trou, ou tenir ferme le trou pour enterver hi cheville.

Entier, entière. — A qui rien ne manque : irréprochable. Valide.

Enlouillé. — Souillé , sali , compromis. Touiller signifiait souiller. — On disait à Reims touillon pour torchon.

Entravé. — Attaché avec des entraves. Seigneur sur poulain entravé : maître d'un jeune cheval qui ne peut sauter ni galopper. Cavalier sans force, inhabile, ridicule.

Entre (ff). — Contre.

Entreêains (Faulx). — Pièce d'étoffe mise sur la poitrine pour lui donner une apparence factice d'embonpoint. Faulx veut dire ici trompeurs.

Enlretmeresse. — Causeuse , bavarde, femme galante : femme entretenue ou qui entretient un galant. — Interlemre a ce sens dans les sermons de Menot.

Equiparer. — Comparer.

Erre. — Traces du cerf, sa marche : pas, allure.

Escarrir. — Aller à l'escart, se sauver.

Eschelatrerycschelatler. — Mettre les échalas à la vigne.

Eschelitre. — Ce mot peut avoir plusieurs sens; il peut être un substantif ou un verbe. Souvent on disait bénistre pour bénir, istre pour issir, aller. Escbelitre est peut-être là pour escheliter ; ce mot signifiait escheler, escbelier, monter à l'échelle, donner Fassault. A la guerre on trouve les ennemis , sans avoir besoin d'échelle pour aller les chercher. — Eschelitre peut signifier aussi agiter Teschelette. On nommait eschalette, escalette, eschelette, la sonnette du crieur public , celle que dans la confrérie on agitait pour réunir les confrères. Eschelitre peut être le nom donné au sonneur. Eschelette vient de squilla, cloche. De squillator on a pu faire eschelitre. Dans ce sens, Coquillart veut dire qu'à la guerre, on n^a pas besoin de sonner la cloche pour remontrer les ennemis.

Escheeq à Vhuys. — Terme d'argot employé par Villon ; choc à U porte : enfonçons la porte. — Il faut peut-être lire eschec à luy. Allusion à la locution eschec au roy. — Forçons-le de battre en retraite.

Eschope, — Boutique , barraque. — Il n'y pert à Teschope : c.-à-d. , quand une f^mme succombe dans la lutte d'amour, elle pleure, puis tout est fini ; il n'y parait plus. Le poète fait encore une équivoque sur le mot eschope.

Escolle, — Classe de l'université. Aller aux escoUes : recevoir une leçon. — Femme qui hante les escoUes : femme qui aimé les novices en amour : femme galante qui se tient à la porte des classes de l'université. Menot , dans son 42<' sermon , se plaint de ce qu'on laisse les maisons de prostitution s'établir à l'entrée des classes publiques. — Touchant Testât de l'escoUe , avocat de causes perdues : allusion aux nombreux procès soulevés par les privilèges réels et les prétentions exagérées de l'université. Elle citait devant elle une foule de gens qu'elle déclarait écoliers ou professeurs^ et dont elle voula t faire ses justiciables. D'un autre

cMé , comme les écoliers étaient exempts d'impôts , beaucoup d'individus se disaient écoliers^ ou attachés à l'université à un t tre quelconque. Les parents plaçaient leurs biens sous le nom de leurs enfants qu'ils envoyaient aux classes , et prétendaient ainsi éviter Timpôt. De nombreuses ord., pendant le XV« siècle , tentèrent de mettre un terme à tous ces abus. L^estat de l'escollei c. -à-d. la position des écoliers : leurs droits étaient le sujet de maints procès souvent mauvais , entachés de fraudes et perdus à l'avance.

Escom^r. — Mépriser , déshonorer , injurier. — Escomé : bafoué, deshonoré.

Escossais, — Charles VII fut le premier de nos rois qui eût une garde écossaise. Les règnes de Jacques II et de Jacques III (1437 - 1488) ne furent qu'une longue lutte entre la couronne et la noblesse. Aussi, dit Goquîllart, les Escossois font les répliques.

Escot fParlons par). — Chacun à notre tour. En amenant chacun des témoins quç nous paierons. — > On disait payer son escot , sa part dans une dépense commune.

Escourjon. — Escourgeon : fouet long et fleiible.

Escouvillon. — Ecouvillon : bAton garni de linge à son extré- Alité et servant à nettoyer le four.

Escripture. — La Sainte-Ecriture, la Bible, les Evangiles. Le droit écrit. Pratiquer Tescripture : lire les textes sacrés , les ouvrages de droit ; les mettre en pratique.

Escroue. — Procès-verbal par lequel le geôlier reconnaissait avoir reçu un prisonnier. Quand celui-ci demandait sa mise en liberté , il devait joindre à la requête copie de Técrou. Depuis on nomma écrou Tordonnance d^élargissement.

Escuelle (Dame quand elle a son). — Fière quand elle a de quoi vivre. Servir par escuelles, c'était servir avec abondance, sans y regarder. C^est dans ce sens que Menot dit : tout va par escuelle^ tout est prodigué. Avoir son escuelle: ne manquer de rien.

Escumcr. — Ecumer, rejeter, cracher, faire jaillir. -^ Escumer le latin : expression railleuse pour dire parler latin, comme

les lettrés du XV* siècle. Ils 7 mettaient un pédantisffle dont .se moquent les auteurs contemporains. On disait de même cracher du latin. — G^est trop le latin escumé, j'ai dit trop de Utin, trop de choses sérieuses , passons à des sujets plus légers. — Malheureux, qui quiert escumer sans chaleur : malheur à qui yeut faire le yert galant quand il est froid et impuissant.

Escuyer. ^ Servant d'amour. — Escuyer à la vieille mode : galant suranné, voltigeur. — On disait en sens inverse : gracieux comme un escuyer.

Esque comme une hotte. — Bossu, aigu.

Esguillon^ esquillon. — Aiguillon. Avoir l'aiguillon : sentir l'éperon. Être excité, séduit, brûlant d'amour.

Èsguillette. — (V. Aiguilletle.J

Esleu, — Elu : on nommait ainsi des citoyens dans Torigine choisis par le peuple et chargés de diviser l'impôt. Ce nom date du règne du roi Jean, mais celte institution remonte plus haut. . On en trouve des traces dès le XII* siècle. L'impôt n'était pas permanent, et chaque fois qu'il était voté , la nation nommait des élus. Quand la taille fut payée tous les ans , la nécessité maintint les élus en fonctions. (1435). Ils devinrent des magistrats, et le roi les nomma. Ils étaient Juges des difficultés qui s'élevaient au sujet de l'impôt entre les percepteurs et les citoyens. Louis XI dans SCS ord. dit sans cesse : les clercs ordonnés par nous sur le faict de nos aydes. Le greffier sur le faict des élus était le greffier de leur tribunal. — Ces magistrats se montrèrent peu dignes de la mission qui leur était confiée. Leurs jugements étaient entachés de partialité. On les accusa de vendre la justice, soit aux agens du fisc, soit aux sujets du prince, et on fut obligé de les destituer tous en 1463. — Goquillart ne les épargne pas, et laisse percer le peu d'estime qu'ils lui inspirent : voici au surplus ce que disent à cet égard les doléances des états de 1484 : item, les offices des esleuz qui requièrent gens de littérature, expérience, prudence, conscience et grande circonspection pour sans faveur et équité faire justice aux parties contendans sur le fait des aydes , ont été donnés à gens de guerre, à veneurs et à gens estrangiers, incongneus et autres gens non lettrés ni expers, qui par autres les ont fait exercer et en prenant proffît outre leurs gaiges, en quoi le Roy a souffert de grans pertes et dommages^ et aucunes fois paroisse, foullées et les autres supportées par faveurs désordonnées. Les états réclamèrent pour le peuple le droit d'élire les élus.

Eslievir. — Élever, aUéger, soulager.

EêliU. — Choix, préférences, amitié^ amoor.

Esmaillé fOn gn>bitj. — Un élégant couvert de bijoux, de nibans de mille couleon. fV- Grobit.J

£«me.— 'Estime, valeur, âme, cœur. — Bien aymé : doué d'une belle âme.

Esmérillon. — Oiseau de proie au vol rapide. Rabelais a dit : Joyeux comme un esmérillon. Gontrefiiire l'esmérillon : aller et venir : marcher lestement, affecter une tournure dégagée. — Esmérillon : adj., vif, réveillé, jeune, brillant. Mart. d'Auv. donue cette épithéte aux beaux yeux des dames.

Esmoucher. — Chasser les mouches : chasser et frapper quelqu'un. — Moucher : faire bien esmoucher. Equivoque grossière que Je ne commenterai pas. — Esmouché : éveillé , émoustillé.

Espéciaux. (DroilsJ. — ^Droits spéciaux, lois faites exprès pour les auditeurs de Coquillart, c. -à-dire les mignons^ les gens de cour, les femmes coquettes.

Espiees.-^Épices : on nommait ainsi les indemnités dues aux magistrats chargés d'un travail extraordinaire. Leur usage remonte au XIV» siècle; c'est surtout dans les affaires à appointement qu'elles étaient dues. Souvent les magistrats exigeaient leur consignation avant de commencer l'enquête. M. Jehan TEstofféles réclame avant même d'ordonner l'appointement. C'est une satyre contre la cupidité des magistrats. Menot les accuse aussi de spéculer sur les procès qu'on leur soumet , et de vendre la justice pour de l'argent, et de se laisser corrompre par les femmes. — « Et pour ce que plusieurs y ont esté préposez (aux offices de magistrature) à grands frais et dépens, pour avoir acheté leurs offices, eux cuydanssoy récompenser, ont exigé grands espices trop excessives, » doléances des états de 1484.

Espinelle. — Petite épine. Marcher sur espinette : marcher légèrement, sur la pointe du pied, comme quand on passe sur des épines et qu'on craint de se piquer.

Doulx ycnx.

Qui font marcher sur espinèttes .

Et gallant aller a œiissettes (cachette)

Doit y geller à pierre fendre. Mart. D^Avt.

On nommait marchettes d'une espinette, le clavier d'un orgue

portatif: des pointes pareilles à des épines, allaient frapper les cordes et les faisaient yibrer. Marcher sur espinette peut vouloir dire aussi marcher délicatement comme la main qui se promène sur le clavier , ou avec précaution » de manière à ne pas faire même résonner un clavier sur lequel on passerait.

Espinglier, esplinglierj esplinguier. — Botte, pelotte à mettre des épingles. «

Espinoche. — Epinard.

Espirituel — Spirituel : ce qui tient à Tesprit de la religion — Du temps de Goquillart^ il était fort question du temporel et du spirituel. L'Église cherchait à étendre autant que possible le cadre du spirituel : aussi le poète dit-il en plaisantant que les phiisirs d'amour sont bénéfices espirituels. C'est dans le môme sens que Mart. d'Auv. dit que vendre bénéfices d'amour c'est simonie. Dans la 32» des G. N. N. on voit les cordeliers de Catalogne se faire payer par les jeunes femmes du pays U dixme des caresses conjugales. Ils ne pourraient, dit le narrateur, recevoir la dixme temporelle , parce qu'ils ont fait vœu de pauvreté : mais les jouissances conjugales sont biens spirituels, parce qu'elles naissent du sacrement de mariage.

Esplagant. — Les anciens éditeurs de Coquillart ont écrit tantôt esclagant, tantdt eisplagant, tantôt esphigant. Ce mot désignait sans doute un personnage. On disait escalavorgant pour débauché. Mart. d'Auv. dit estringant pour petit maître.— Peutêtre fiiut-il lire élégant, ou le galant.

Bipris. — Épris : attentif, exicité, éveillé, de expergeseere , ou de ipiritus. Nu et espris pour tout comprendre : la pauvreté donne de l'industrie et de l'intelligence.

Esquart, — Ecart : séparation ; vu ce qu'ils disent à lesquart , c.-à-d. chacun de leur côté.

Essoine. -* Exoine : droit dû en Champagne par les héritiers du vassal qui venait de mourir , pour tenir compte au seigneur du tort que lui causaient l'absence et le trépas de son homme. En style de procédure, l'excuse présentée par celui qui avait fait défout, la permission de s'absenter que donnait le juge à l'une des parties. Dans Coquillart , essoine signifie conseil , excuse , moyen de se sauver.

Estaller^ Etaller ses marchandises : montrer ses appas , de stallum, étal y boutique.

Estampie^ eslampU. — Ce mot parait ici signifier fenêtre. Peut-être fiiut-il lire escampie, fuite, échappée. — Estampie se trouve dans le mystère de la passion publié par M. Jubinal : Riflarty un des bergers qui Tont adorer reniant Jésus, dit à Gobelin soncommarade:

Veoir rallant, et je t'en prie

Et sy ditons une estampie

De nos deux boiu instroments.

Les deux bergers partent en Jouant du chalumeau. Une estampie veut dire ici air, chanson. Dans ce sens, saillir en bas par Testampie voudrait dire sauter en bas en chantant, ou comme le dit la chanson.

Estendart à la blanche eroix^ — Tel était au XV« siècle rétendard national. Les Anglais et les Bourguignons mettaient une croix rouge sur leur bannière. Les Génois , dans leur guerre contre Charles YIII et Louis XU , mirent aussi une croix rouge sur leurs drapeaux. Les gendarmes de France et les milices bourgeoises portaient une croix blanche sur le hocqueton. L^ord. de 1467, qui organise les métiers en corporation, leur impose Tobligation de mettre la croix blanche sur leurs bannières. L'étendard de France était bleu , semé de fleurs de lys d'or et sans nombre ; au centre, était la blanche croix.

Estang dérivé. — Débordé, dont le poisson a pu se sauver : la pêche des étangs royaux et communaux se louait à des fermiers. Fermier d'un estang dérivé est un titre dérisoire. — En tousestans on pesche tanche : la tanche était alors estimée. Goquillart veut dire que dans tous les états on demande ce qu'il y a de plus recherché.

Eslarder. — S'attarder : rentrer tard. — Estrader : escalader, battre le chemin.

Estât. — Position : rang, manière d'être , toilette, dépense de maison — Ph. de Commines fait aussi lasatyre du luxe et des vanités de son temps (Ch. VU). Estât neuf: mode , nouveauté. Estât nouveau : même sens.

Estais fLesJ. ^EidXs généraux. — Les grands estats. Goquillart donne ce nom à l'assemblée des trois états tenue k Tours après la mort de Louis XI ^ peut-être parce qu'ils montrèrent plus d'indépendance que les précédents. — Les trois estats. fV. trois estats.)

Esleuf. — Balle qui servait à jouer à la paume.

Esloffé f Maître Jehan l'J. — Coquillart veut dire sans doute que le juge se carre dans sa large robe et fait Timportant.

Estouppé (Passage), — Défilé garni de filasse, équivoque facile à comprendre.

Estourbe. — Trouble, obstacle.

Eslourion, e«(ot«rjon.— Esturgeon: poisson de mer. Coquillart sans doute n'a pas employé dans deux vers consécutifs le même mot dans le même sens. Il faut lire souple comme un bel escourjon. On nommait ainsi une sorte de fouet long et flexible. Les éditeurs de Villon avaient fait la même faute : le poète lègue à un nommé Montonnier trois coups d'un escourgeon. Vérard et J. Dupré avaient mis esturgeon. Marot, dans son édition des œuvres de Villon, a rétabli escourgeon.

Estoumer, — Etourdir : étonner. Estournement : stupéfaction, trouble.

Estragaveur. — Superlatif d'égaveur : trompeur , conteur de fleurettes. Peut-être faut-il lire extravagueur ou extravagant : mignon d'une élégance folle, un voltigeur en amour.

Estravagant. — Vagabond , débauché , insensé qui sort des habitudes ordinaires. Original.

Estrille. — Brosse , peigne, liïembrum virile.

Eslriver, cslrivière. — Strier, fouet. Injure.

Estriver. — Quereller : chercher noise. — 11 ne sert plus que d'estriver : un vieux mari n'est plus bon qu'à quereller sa femme.

Esvanler, • — Divulguer : mettre une nouvelle au vent.

Evader, — Sortir , se sauver. — Evader un point difficile : sortir d'une difficulté.

EvangélUie. — Evangile signifiait bonne nouvelle , vérité. On nommait évangéliste le citoyen qui, dans les élections,'dépouillait le scrutin et en proclamait le résultat. On donnait aussi ce nom à un magistrat qui, à l'audience, tenait sur un registre note de tout ce dont le rapporteur faisait lecture. L'art. 98 de l'ord.

de mars J498 , yeut qu'en cas d'appel , les sacs des procès soient clos par les évangélistes. Ils devaient aussi évangéliser les pièces, c.-à-d. les examiner et les coter. — Un registre à évangéliste était un cahier où toutes les pièces d'un procès étaient inscrites et détaillées , où Ton tenait note des moyens plaides par les parties. — Femmes qui sont registres à évangélistes sont celles dont l'inventaire est fait, dont les appas sont connus en détail

£oan^i/e. — Rapport, bonne nouveUe, relaUoo, mémoires. Anecdotes données comme vraies.

Evoiée (Femme). — Coquette qui montre largement ses appas. — Femme galante qui est loin d'avoir les insignes de fat virginité.

Excéder, — Dépasser , surpasser.

Exécution. — Droit de faire exécuter un jugement : sa mise à exécution.

ExpédUion. — Fin d'une affaire , son résultat. Jugement qui la termine, copie d'un jugement i exécuter.

Exquis. — Examiné^ analysé, étudié.

Extra. — Extravagantes : décisions impériales ou bulles pontificales non contenues dans les recueils officiels.

Fado ut des. — (V. ConductionJ. « D'auUnt que cette manière de plaisirs estoient anciennement appelez contracts innominez (aussi ne se nomment telz déduictz que par paroUes couvertes) de quelle façon sont : do ut des ^ facio ut fadas; qui vanlt autant à dire , comme en donnant donner , ou bien fais-le moi et je te le ferai. » Arrêt de l'abbé des Gonnards.

Faérie, fairie. — Fête : jour de prières ou de repos. Foire. Les foires se tenaient aux époques des grandes fêtes. Sur un champ de foire le bruit est grand j chacun crie et parle , on ne peut s'entendre. On disait aussi faerie, feérie, férié pour chose merveilleuse , pompe extraordinaire. Dans ce sens faerie viendrait comme fée de fatidica»

Faffèe. — Coquette , aimable. Ce mot vient peut-être comme rafellu, conteur, beau parleur , du verbe /aôttten* VF. Sa/^e.;

Fagot. — Les feux allumés par les hommes d^armes pour se chauffer étaient ruineux. Ils brûlaient les récoltes, les meubles et même les maisons. fV. Ord, de Nov. 1439.;

Faict, faictSj fais, —Acte, opération. — Point de feit. Apporter ses faicts : présenter le mémoire contenant les faits que Ton veut prouver. Quand on avait obtenu un appointements il fallait apporter ses faicts au jour fixé par le Juge. Art. 4, Ghap. V, 2« partie. Coût, de Jt. — - Faict apensé : guet-à-pens, action préméditée. — Fàict de marchandise : opération de commerce, ou faix : chargement de marchandises.

Faict. — Achevé, parfait, expérimenté, accoutumé. — Femme toute faicte : qui n'a plus rien à apprendre. — Pour la ravoir toute si faicte : pour la reprendre telle qu'elle est , quoi qu'elle ait fait.

Faictif. — On disait faictis, faictice, faicti^^ fectis, fetis, iaictif. Ce mot veut dire factice, fait à plaisir, fait au tour. — Je ray foit faire tout faictis. Path.

Faille, faillie. — Faute, défaut.

Faillir. —Se tromper, manquer, foire une faute. —Sans faillir, ni sans repentir : sans se tromper, et sans rien oublier, sans rien avoir i regretter. — Question qui ne fault : qui ne manque pas d'intérêt , qui prête à la discussion.

Faillait. — Lisez : fallait.

Faincte, fainte. — Feinte , artifice , déguisement , moralité , farce théâtrale. — Fainctif : fictif. Trompeur, rusé.

Faindre. — Feindre : se déguiser , Jouer la comédie , fiiire des mines. — Faignez , pour feignez.

Faintiêe. — Dissimulation. Sans faintise : franchement , sans taire ce qu'on sait.

Faire. — Faire de rembarras , de la dépense : être un faiseur. — Le fklre : vieille locution toujours comprise. — Faire folie de son corps : se livrer à son amant, ou courir les femmes. CV. Folie). — Faire la raison : tenir tête , répondre à chacun. — Faire largement : faire grande figure, tenir un grand état de maison.

Falcèn. — Faussaire.

Farcer^ faner. —Plaisanter, railler. — Farcer au vif : mordre au vif, piquer de lardons.

Fatras. — Paquet, fardeau, bruit, caquet, folie, éclats de rire, fredaine, fêtes, danses, amourette.

Fatrouillerj fatrouller, — Faire du bruit. S'amuser. Frétiller : dans le sens grayeleux du mot.

Fauke , fauîx. — Faux à faucher. Faulx et manches d'estrlUes : injures dont on étrille et fauche le prochain.

Fauveau. — Fauve : jaune. C'était une des couleurs adoptées par les élégants et les amoureux au XV*: siècle.

Faveur. — Egard , partialité. — Enqueste faite sans quelque faveur , c-à-d. impartialement — En ceste matière il y a faveur : dans les afbires de ce genre , on laisse de côté le droit , et on se laisse aller à de bienveillantes inspirations. — Chose favorable : fait qu'on juge avec bienveillance , et sans égard à la rigueur du droit.

FectUj fetis , felisse. — fV. faictif.J - '

Fendez vos têtes. — Cassez vous la tète à force d'attention. Peut-être pour : tendez vos tètes , prêtez l'oreille.

Feriaux , ferial — De feriatm , ferialis : fêté , célébré. |

Sans travail : relatif aux jours de fête , au temps de foire. — Jours fériaux : jours de fète^ congé, temps de foire. — Droits i

fériaux : impôts perçus sur les champs de foire -, législation relative aux foires. — Mots fériaux : propos de foire , échange de quo- i libets , d'injures , de questions , de réponses et de propositions : I propos sans valeur perdus au milieu du bruit : pasquinades. — Marchés fériaulx : marchés faits sur un champ de foire , ou conclus un jour de fête , un jour où on ne pouvait pas passer d'actes valides. — Férial signifiait aussi féerique , c.-à-d. merveilleux , , fantastique , insaisissable. Dans ce sens des marchés et des mots I fériaux seraient des négociations et des paroles fantastiques > | faites seulement pour amuser , et qui n'ont rien de sérieux. |

Ferme de discrétion. — D'une discrétion à toute épreuve. 1

Fermer. — Terminer , décéder. — Se louer , prendre ou donner à ferme.

Ferrant. — Ce nom est l'abrégé de Ferdinand : il s'agit dans la citation de Goquillart , de Ferrand , comte de Flandres , battu et fait prisonnier à Bouvines : il fut enfermé dans une cage de fer et ramené à Paris. Peut-être ce nom de Ferrant est-il une allusion hostile h Ferdinand , roi de Naples. Les historiens du temps le nomment parfois Ferrant.

Ferrer les juments. —Ferrer signifiait caresser: femme facile à ferrer. 67«, 68« des C. N. N.

Festc, festier. — Faîte , sommet.

Feste de noslre paroisse. — L'enquête s'achève un jour de fête : satyre contre le grand nombre des jours chômés , qui retardaient la marche des affaires. Gilles d'Aurigny fait une plaisanterie du même genre dans son arrêt sur le fait des masques : il défend aui marchands et gens de basse condition de se masquer , si ce n'est les veilles et jours des festes de leur paroisse.

Feu. — Faire feu dessus les pavés : faire jaillir l'étincelle du pavé en le frappant, ou de la botte ou du pied du cheval : ou marcher sur le pavé avec feu, avec ardeur. — Ghascun fit feu de frapper de la botte. Banquet du bois.

Feuchière. — Fougère : les cendres de cette plante servaient à faire du verre.

Feutré. — Foulé , rembourré. — Feutré sur le dos : c.-à-d. garni de laine sur une épaule pour dissimuler la saillie de l'autre.

Fiat. — Que cela soit fait : fiât volunlas tua. Les magistrats mettaient peut-être le mot fiât au bas des requêtes dont ils accueillaient les conclusions.

Fiction. — Déguisement, mascarade, mystère.

Fiesart , fiesne. — Ges mots ne se trouvent que dans les éditions T. et y T. : les éditeurs plus modernes leur ont substitué le mot jeune. — Fiesart et fiesne paraissent avoir la même origine que fieux , féal , fidèle, et signifier vassal , sujet , soldat, domestique. On disait fy pour foi , fié et fîeu pour fief. — A Reims on nommait fiévé celui qui tenait un fief

Fièvre. —On désignait toutes les maladies sous ce nom ; pour les distinguer on y joignait une épithète empruntée aux signes

eitérieurs du mal. Vos fièvres quartaines ! Il faat sous-enteDdre Je vous souhaite. — Vos sanglantes fièvres quartaines : dyssenterie. Cette maladie épidémique régna plusieurs fois avec lîiieur dans le XY* siècle , notamment sous Louis XI. On disait sanglant pour cruel, méchant, mortel. « Quant la sanglante mort vous saisira à la gorge. » Menot , Dom. in Eamit,

Figuré, -^ A dessin , i relief, broché , damassé. -^ Bien bit: dessiné avec grâce.

Fille, — Filet fait de fil.

Filles à marier. — Premier vers ou refrain d^une ballade chantée et dansée dans les XY« et XYP siècles. J. Sfarot la dte aussi.

Findre. — Feindre ,- tromper , imiter. Se donner pour ce qu'on n'est pas.

Finer, — Obtenir, gagner , trouver, terminer , finir. —Finer d'une femme : la posséder.

Fins. — Frontières.

Flamans. — Goquillart fait allusion aui guerres soutenues par » communes ( de Bourgogne.

les communes de Flandres, contre les rois de France et les ducs

Florence Vescomée. — Les courtisanes dltalie avaient au XV« siècle d^à, un grand renom dans le monde galant. Les poètes français les tournaient en ridicule pour plaire à leurs dames. Les belles de Florence surtout éclipsaient les autres. Leur instruction, leur esprit naturel, leurs talents et leurs grâces leur donnaient de grands avantages que la jalousie féminine refusait de reconnaître.

Florenlin. — Goquillart fait allusion aux troubles qui divisèrent la Toscane dans le XY* siècle. A cette époque la France intervint dans les affaires d'Italie. En 1478 , quand les querelles des Pazzis et des Médicis eurent divisé Florence, Louis XI envoya Ph. de Gommines en ambassade. Julien de Médicis venait d'être assassiné aux pieds des autels. Aussi, dit Goquillart, à la guerre on trouve Florentins sans eschelitre, c.-à-d. sans sonnette qui les annonce : ils frappent à la sourdine.

Flouet, flouette. *-* Diminutif de flou : mignon, délicat, faible.

Folie. — Amour, débauche. Daus la farce de la Pipée, la jeune fille qui sert de glue se nomme Plaisant-FoUie. — On nommait les filles publiques, les femmes folles de leur corps. On comprend ce qu^entend Goquillart par fiiire folie de son corps.

Folle enchère. — Enchère que Ton met sur un bien rendu publiquement ^ sans être en mesure de payer le prix de Tadjudication. Dans le Midi , le fol enchérisseur en était quitte pour solder le montant de Tenchère mise par lui. A Reims , à Paris , Timmeuble était revendu à ses risques et périls. Il deyait, de plus, réparer le tort qu'il avait causé. Payer la folle enchère c'était donner des indemnités.

Foncer. —Fondre sur quelqu'un. —Donner des fonds , payer. On disait foncé , foncier pour riche. — Foncer le salaire : payer le salaire, Taugmenter.

Foncière. — Qui tient au fond. — Justice foncière, c.-à-d. rendue par les officiers du seigneur du lieu, du fond : leur tribunal ne connaissait que des menues contrayentions , et des affaires d'une petite importance. Goquillart veut dire que remettre la vanité ridicule à sa place, est un châtiment qui serait prononcé partout , même par les moindres tribunaux , ou bien que cela est juste au fond.

Fondement. — Fondation. Equivoque grossière.

Fondé. — Riche, qui a du fonds, solide. Gascon bien fondé , c.-à-d. ferme sur ses jambes, vigoureux.

Fonder (Se). — S'attacher, s'arrêter. — Se fonder trop i raison : se trop attacher à ce qui est raisonnable.

Fondoye. — Je fondoye carreaux à merveille : j'allais vite sur le pavé ', le chemin fondait sous mes pas : briser les pavés sous les pieds de son cheval. Rabelais dit dans le même sens : fendre les carreaux.

Fons. — Fond : fonts baptismaux. Tenir quelqu'un sur les fonts : le serrer de près, l'examiner avec soin des pieds à la tête, le presser de questions , comme le prêtre qui interroge celui qui demande le baptême. Quand c'est un enfant qu'on baptise , on le tourne en tous sens , suivant le cérémonial.

ForcellCj fourcelle. — Estomac , sein , poitrine.

Forfaire. — Manquer à ses devoirs , à sa promesse. — Se

forfairc : se débaucher, se distraire. — Forfaict : débauché; femme forducte, adultère. Style de procédure. — Forfaicture : délit, crime, infidélité, débauche.

Forge latin, — Allusion au pédantismé des clercs et des gens de loi qui citaient du latin à tort et à travers , et torturaient une langue qu'ils savaient à peine.

Forger. —Faire, préparer. — Forger grands débats ; fomenter des troubles , susciter des difficultés. — Forger un nouveau bien public : organiser une ligue semblable à celle du bien public.

Forme (Lettres dej. — L'écriture , au XV* siècle , variait avec les pays et les professions. Ainsi en Italie on usait de caractères aigus et allongés , qu'on appelait lettres de forme boulenoise : on les avait inventées à Bologne. Les lettres de forme, c.-à-d. de forme française, étaient au contraire courtes, larges et arrondies : on les employait en France pour les actes officiels et authentiques. L'écriture serrée, fine et compacte , adoptée par les écoliers de l'université , portait aussi le nom de lettres de forme. On nommait aussi lettres de forme , les grosses et expéditions délivrées par les notaires ; parce qu'ils leur donnaient la forme qui les rendaient exécutoires. fV. Ord. du 1«' Dec. 1437.^

Fortf fort. — Hors , excepté. — Au fors : en dehors , en public, au fond, en résumé, en fait.

Forte monnaie. — L'altération des monnaies en France remonte au berceau de notre histoire. On distinguait, dès la seconde race , les monnaies en fortes et en faibles. On nommait fortes celles qui n'étaient ni altérées ni rognées. Cette désignation était encore en usage du temps de Coquillart , et le poète nomme forte monnaie celle qui est assez solide et assez épaisse pour résister à l'action d'un double balancier. Il y a ici une équivoque. (V. Coing et monnaie J

Fortfuisans. — Ce mot a sans doute été mal lu dans le manuscrit ; il n'a pas de sens , mais on peut lui substituer : 1° forhuisans : forhuir c'était un terme de vénerie, sonner de la trompe au loin. Le mignon entend de loin dans le foin le cri des souris. — 2« fortnuisans, c.-à-d. que le cri des souris lui blesse les oreilles. — 3<> fortfuyans , c.-à-d. se sauvant autour de lui. On nommait fortfuyant le serf qui allait s'établir loin des terres de son seigneur. Celui-ci pouvait mettre la main sur les biens du fugitif : c'est ce qu'on appelait le droit de fortfuyancc. Je pense qu'il faut lire forhuisans.

Fortune. - Teraps , loisir , chandes de la vie, bonnes ou mauvaises. ÀYenture galante.

Fotttr.-En style de procédure , fuir c'était reculer devant la discussion d'une aflfaire, ord. de 1441. ~ Fouir de bic et de bec : les belles ne cherchent qu'à retarder le moment décisif l'heure du combat. fV. BicJ '

Fouller. — Fouler, presser , maltraiter, écraser. — Foulure • blessure , oppression , mauvais traitement.

Fourbie.-^ De fourbir .trotter, polir, brosser. AuXV«et au XVI- siècles, le mot fourbir avait un autre sens, on disait • fourbir le harnoys d'une femme , 90» des C. N. N. « On lui offrit le clerc qui estoitung fort et roide galant, et homme pour la très-bien fourbir. 92» des C. N. N. »

Fourrier. - Les fourriers marquaient à la craie les maisons qm devaient loger les hommes d'armes. Ils écrivaient sur la porte le nom du soldat qu'on devait recevoir.

Fournir rhoslel - Fournir à la dépense d'une maison , d'une femme. — Il y a de plus ici encore une équivoque. Fournir l'hostel, c'était satisfaire les désirs d'une femme. Dans ce sens on écrivait aussi autel , et même autel de Vénus.

Poumm«mcnr. —Fourniture, remise, don. — En style de procédure : séquestre, mise à exécution d'un jugement. —Remise d'un objet litigieux : mise en possession de cet objet, ord. de 1493. Coût, de R., 1481. — Femmes qui sont fournissements à soupirs, sont celles qui se livrent aux soupirants qui les entourent.

Fourreau d'un organiste. — Coffre qui renfermait l'instrument d'un organiste , l'orgue qu'il portait.

Fourvoyer. — Mettre hors de route , débaucher. Ce mot avait un sens plus énergique : il le devait à la syllabe four. Coquillart l'adopte.

Fraitz, frès. — Frais de justice , dépenses.

Franc. —Libre, indépendant, gaillard. —Sans crainte, à l'abri de toute poursuite. —Noble qui ne paie pas d'impôt. — Franc : adv. fV. Franchement.)

Franchement* — Sans hésiter, sans se gêner, sans payer.

Franâé, — Je n'ai pas trouvé le sens de ce mot. Les cheyeui devaient être longs , plats , frisés du bout et blonds. Peut-être le manuscrit portait-il frangé , rangé , froncé , frisé.

Fmppart fFrère). — On donnait ce sobriquet , et celui de frère Frappe-cul aux moines obligés de se donner la discipline. Rabelais place dans la bibliothèque de Saint-Victor le trictrac des frères Frapparts. 11 exclut de Pabbaye de Thélème lescagots, les capharts, les Frapparts' escorniflei. — Le frère Frappart peut bien être ici la verge virile.

Frasé j frasé. — Couleur de fraise, rose. Fait comme une fraise , terminé par une fk-aise. Dans le XIIP siècle on nommait frezelle et frazette tout ce qui ressemblait à une fraise. — Frasé comme un oignon : rose comme un oignon. — Gorge frasée. Marot a commenté cette expression :

Tetin qai foys honte à la rose

An milieu duqnel est assise Une fireze ou one cerise, Qae nol ne yeoid ni touche aussi Mais je gage qn*il est ainsi.

Fredaine. — Diminutif de firedon : chant , musique. Fredaine signifiait chanson ; fioriture, roulades» On lui donne le sens de plaisanteries , fleurettes , galanteries. — Ce mot veut dire aussi mauvais tour, malice, libertinage. — Faire sa fredaine, c^est faire le fat, le beau parleur, s'amuser. — Dire des fredaines, c'est conter fleurettes, des plaisanteries. — Faire valoir sa fredaine , c'est se &ire valoir , faire de rembarras.

Freluque. — Frelu signifiait gueux , misérable. Freluque voulait dire guenille , houppe , effilé. On disait aussi freloque et freluche. — Une freluque de cheveux , c'est une mèche de cheveuxi une houppe de cheveux. — Freluquet : mignon , valet endimanché.

Fréquentation, — Visite, intimité. Commerce amoureux. — Femme de fréquentation : femme du monde qui reçoit des amants.

Frévaulx. — Coquillart désigne peut-être ici Tabbaye de Fontevraud. Plus d'une fois la débauche s'y introduisit , et la réforme dut réparer le mal qu'elle avait foit. Rabelais , dans un de ses contes (Liv. 3, Chap. 34), attaque aussi les religieuses de Fontevraud.

FHcquelet, fricquet. — Diminutif de frisque. Muscadin, mignon , gaillard , élégant, vert galant. Fricquette et friquenelle f Jeune fille coquette et galante , fille publique. A la suite de la cour il y avait des friquenelles ; elles faisaient , pour ainsi dire , partie de la maison du roi : XVI*' siècle.

Fringans, fringant^ ftingantis, fringart, fringeur, fringuereauj fringueur. — Vert galant, beau fils, élégant , bomme à bonnes fortunes. De fringutire : frétiller. — Fringante journée : jeune bomme qui passe la journée à s'amuser. On nommait examinateur à journée le juge qui travaillait à une enquête depuis le matin jusqu'au soleil coucbant : ord. de 1425. — Fringans de bois levez : gaillards qui sortent des bois, c.-à-d. maraudeurs, hommes d'armes déserteurs, voleurs. Fringueur à buitaine : élégant qui se ruine en huit jours, valet endimanché. — Fringans à Tamy : élégant comme un amoureux , un bel ami.

Fringuelolté. — Diminutif ironique de fringue : habits fringuelottés : vêtements à la mode déchirés , réduits en lambeaux.

Fringuer. — Frétiller. S'amuser, être hardi près des dames. Faire de la toilette. Faire Tamour. — Fringuer à huitaine : faire l'élégant tous les huit jours , comme les ouvriers ; manger en une semaine ce qu'on a, être à la mode pendant une huitaine. — Fringue : habillé en élégant, hardi, bien couvert, gaillard.

Froid. — FUBiis. Poitrines froides : gorge fraîche et jeune.

Frustratoire. — Inutile. Invoqué en vain devant la justice.

Feuilleté. — Mis en feuilles , en lambeaux. Habits feuilletés parjolliveté. Goquillart raille les élégants ruinés par leur luxe^ et réduits à porter des guenilles comme si c'était la mode.

Fumer. — Bouder : faire du mauvais sang , se fâcher. Fumées de la tête : vapeurs , la chaleur de la tête, colère , passion. Se fumer : se lâcher , se contrarier. Faictes toujours que l'on se fume , etc. Goquillart s'adresse à ses jeunes auditeurs , il leur dit ne parlons plus de choses sérieuses. : buvez si vous n'avez pas encore bu, riez comme à votre ordinaire, contrariez les gens comme vous en avez Thabitude. — Fumeux : maussade , en colère.

Furon. — Furet : les mots furet en garenne avaient au XV' siècle un double sens. En style graveleux on leur donnait une signification que le lecteur devinera sans peine. La 25« des

€. N. N. roule sur cette équivoque. Les mots de terrier, coniD| museau du furon y Jouent leur rôle.

Fusil, » Briquet pour allumer le feu. Pierre h fusil : cailloux qui jette Fétincelle si on le heurte ayec le fer. Goquillart bit, à Taide de ces mots, une équivoque facile à comprendre.

Fustigé, demi veslu , demi nu, — Le coupable qui subissait la peine de la fustigation était mis à nu des épaules à la ceinture.

Fusse. (En effeci, quej. — Que vouliez- vous que ce fût en eiïet ? Que serait-ce , si ce n^était cela.

Gaber. — Railler, se moquer.

Gaige. — Gage , enjeu : prêt et emprunt sur gage , solde. — Gaige d'un archer cassé , c.-à-d. zéro.

Gaignant (Je m'en allay tout enj. ^C-h-d. en allongeant le pas : gaigncr pays signifie gagner du terrain, fuir.

Gaignart. — Sobriquet injurieux .* fuyard, un homme de peine qui travaille pour gagner son pain. — Dans le Mystère de la Passion publié par M. Jubinal, les juif qui dénoncent le Ghrist disent :

Avec loi va douze gaigoons Qu'il tient pour ses compaignoDS.

On nommait gaignons les chiens de basse-cour.

Gallej galles. — Noces, fôte, joie. — Faire la gale : s'amuser, mener joyeuse vie. — Galler a le même sens : galler le jambon : se régaler de jambon. — Galleur, Galleuse : viveur, gaillard, gallant, ami de la joie. — Galoisc^ jeune et jolie fille, femme galante, fillepubliquc.— Gelures portent escrevisses de velours. Les élégants portent sur leur vêtements des franges de velours pour ressembler aux hommes d'armes.

Galvardine. — Vêtement de dessus à larges manches.

Gambade. >~ De gambe , jambe. Faire la gambade : sauter, danser, jouer des Jambes. Menot, dans ses sermons, et Goquillart

donnent à cette locution un sens erotique. ^ On disait dans la même sens gambaier et Jambaier.

Game. — Suite des sept tons de la musique, marquée jadis par des lettres : le septième se nottait arec un gamma h indè notnen. — Game et gamme voulaient dire aussi lettre, note, signe caractéristique. — Savoir sa game : son rôle, sa leçon. — Prouver par haute game : c.-à-d. par des arguments clairs et nets, où paissants et élevés. —Rabelais nomme Triboulet un fol de haulte game, c.-àd. de premier ordre. —On me mit en telle game que.... : on me mit sur un pied tel que.... on le prit avec moi sur un ton tel que.... — Apercevoir les démonstrations et les games des armes et des daines : c.-à-d. voir leur représentants , Télite des dames et la fleur des chevaliers qui entouraient- le roi ; ou bien les reconnaître à leurs insignes, à leurs costumes, à leur langage.

Carrfer. — Empêcher, prendre garde. Se garder : se défendre.

érctnltanne. — Bans quelques communautés religieuses, on nommait gardien et gardienne certains dignitaires ; aussi Goquillart donne-t-il au témoin dont il fait une religieuse , le titre de gardianne de vieux drapaulx^ c.-à-d. de vieilles guenilles^ de vieux habits. Les ordres mendiants faisaient vœu de pauvreté et d^humilité , et leur costume révélait souvent la rigueur avec laquelle Us soumettaient leur toilette à la règle.

Ganon (Mauvais). — Tapageur, mauvais sujet. Il y avait à Reims une famille Bongarson ; du temps de Goquillart elle a fourni des échevins et des chanoines. Il y a peut-être ici une malice du poète.

Garsonner. — Faire le garçon , faire des folies, gaspiller, prodiguer. « Pour ce, disent les maistres que de tels biens (les baisers) ne sont à donner ne à garsonner; ains ilfault qu^un homme ait bien servi, avant qu'il soit digne d'avoir un baiser. » 10» arrêt d'amour. Mart. d'âuv.

Gascons. — G'était principalement en Picardie et en Gascogne que se recrutaient les compagnies d'aventuriers. Dans toutes les armées on trouvait des bandes de gascons. J. Marot a dit :

Cadet Duras amena de ses pars Blille gascons humains comme lyepars.

Gascons trappes et bien fondés : c-à-d. carrés des épaules, portant bien la cuirasse et solides sur leurs jambes.

Gaudeamui. — R^ouissoDs-nous. Faire ses gaudeamui , se réjouir, jouir de la vie. On disait de même faire gaudion fGaudiumj. Gode signifiait verre i boire. Gandeamus était un calembour de cabaret.

Gaudir, tsgaudir, resgaudir. — Se réjouir , jouir de la vie.

— Gaudisseur : bon vivant, joyeux compère, aimable cavalier.

Gauffre, — Gâteau de miel : pâtisserie formant des cellules comme le gâteau de miel. — Gaulfre fourrée : gauffire cuite au four, dans le moule. B. Despériers, dans sa 62" nouvelle, emploie dans un sens graveleux les mots donner dans le gaulfiier. Le Gendarme cassé , en souhaitant faire une gauCTre fourrée, fait une équivoque de même genre. Goquillart emploie volontiers les mots où se trouve la syllabe fbur, pour fiûre des phrases à deux sens. fV, Fourbir J

Gaullhier.—Ce nom, dans les XI V«, XY* et Xyi« siècles, était synonime de joyeux , bon compagnon. Il paraissait venir de gau, coq ', de gaudere , sej réjouir^ ou de galle, plaisir. — On disait de même gaud , gaudin , gautheron pour Joyeux. On donnait à une jeune fille joyeuse le nom de Galathée. — ce A moy n^estque honneur et gloyre d^estre dict et réputé bon gauthier et bon compagnon : Rab. Il dit ailleurs dans le même sens un franc gauthier. »

— Gauthier fouet; ami de la joie bruyante : qui fait claquer son fouet : on a pu donner ce nom aux valets de charrue , aux charretiers : sans doute ici Goquillart fiiit allusion à un jeu oublié de nos jours. — On apporte à gauthier : on se livre à la joie. — On a poste i gauthier. (V. Poste.J

Gayer. — Nettoyer, rendre brillant. Gayer le linge : le tremper dans la rivière après ravoir retiré de la lessive. Gai voulait dire brillant, net. — Gayer les chevaux : les laver, leur faire le poil gai et brillant.

Gendarme. ~ L'institution des gens d'armes remonte à 1439. Son but était de réprimer les excès commis par les gens de guerre. Chaque homme d'armes avait sous ses ordres un page, trois archers et un coustillier. Le corps se composait de quinze compagnies dispersées dans le royaume. Les compagnies étaient de cent hommes. Les gens d'armes allaient aussi à la guerre , et la France dut plus d'une victoire à leur vaillante impétuosité ; mais ils oubliaient trop souvent qu'on les avait créés pour donner l'exemple de la discipline et défendre le faible contre le fort. On dut les réformer une première fois vers 1445. Depuis, et en maintes occasions, le roi fut forcé de prendre contre eux

des mesures sévères. On les mettait à pied , on en faisait des mortes paies , on les cassait, c.-à-d. qu'on les chassait de leur compagnie. On fut obligé d^en faire pendre quelques-uns^ exempli causât Rien ne pouvait contenir leur licence, et nos chroniques sont remplies des accusations <}ue le peuple élevait contre eux. « Encore ne donnent les chefs aucun ordre sur la forme de vivre de leurs gendarmes, lesquels sans cesse sont par le pays sans riens payer , faisans les autres maui et excès infinis que chacun de nous sçait : car ils ne se contentent pas de la vie ordinaire , et de ee qu'ils trouvent chez le laboureur dont ils sont payés : ains au contraire battent les pauvres gens et les outraigent et contraignent d'aller chercher pain , vin et vivre du dehors : et si le bonhomme a femme ou fille qui soit belle , il ne fera que sagement de les bien garder. » 1477. Ph. de GomboNes , Ghap. 18. Llv. V. En 1468, les gens d'armes en garnison à Reims, se partatagèrent les villages des environs : ils contraignaient leurs habitants à leur amener vin, blé, paille, bois et leurs autres vivres, et en si grande quantité, qu'ils en revendaient pour une grande somme d'argent. Ils allaient eux-mêmes prendre les vivres du laboureur sans rien payer; ils volaient les bestiaux , les vendaient, et après en avoir touché le prix, ils s'en emparaient de nouveau et les mangeaient. Pour couvrir leurs exactions, ils extorquaient des quittances. Quand la justice voulait mettre un terme à toutes ces violences, ils s'insurgeaient, et les habitants priaient les magistrats de fermer les yeux de crainte de plus grands malheurs que personne n'aurait pu prévenir : Bemontrances adressées au fviparles gens de Reims, octobre 1468. Ces citations expliquent la première partie du Monologue du Gendarme cassé.

Généraulx. — On donnait ce titre à de hauts fonctionnaires chargés de surveiller la perception des impôts. Leur institution date du XIV« siècle. 11 n'y eut d'abord qu'un général des finances, bientôt on en vit deux, trois, six et un plus grand nombre. On nommait généralité la portion du royaume sur laquelle s'étendait la surveillance de chacun d'eux. En 1634 ils furent remplacés par les intendants. Dans l'origine, les généraux n'étaient pas en assez grand nombre pour inspecter seuls tous les percepteurs de France : ils se faisaient aider par des fonctionnaires qui prirent le nom de conseillers des généraulx. Geuxci firent bientôt toute la besogne. €oquil]art tourne ce titre en dérision, parce qu'il était peu populaire, comme tout ce qui tient au fisc. D'ailleurs, les conseillers des généraux ne furent pas toujours d'une probité à toute épreuve, et souvent ils favorisèrent les exactions des fermiers de l'impôt.

Genel. — Homme d^armes à cheval : cheval de guerre , cheval d'origine espagnole.

Gettoire. — Jetons : on s^en servait pour compter en les jetant sur une table. Des chiffres étaient écrits dessus : il parait qu'on les fUsait en métal.

^eU. — Gestes, port, tenue. — Faits et gestes : actions.

Creux. — Juif : ce mot s'écrivait aussi gieux, geus, juez, juiz. Au XV* siècle les juiis étaient peu protégés. Les gens d'armes ne se faisaient pas de scrupule de les mettre i rançon et de les pendre au besoin. Cependant, dans le passage où le Gendarme souhaite mettre le geux à quelque branche, il n'est question que de plaisirs et de débauches, et peut-être foudrait-il lire le geux sous quelque branche; c.-À-d. le Jeu ou Ton montre la feuille à l'envers. fV. Gueux et Bains J

Gibader, gibecière. — Sac : poche, bourse. ■— Gibacier plein de rouelles de léton : bourse pleine de menues monnaies de bâlon ou de morceaux de cuivre , qu'on faisait résonner pour faire croire qu'on offlrait une somme d'argent.

Gibier. — Mauvais suyet : fille de joie. Lieu de gibier : maison de débauche. — Hanter le gibier : courir les filles, chercher des aventures galantes.

GiganU — Participe présent de giguer. Allonger le pas„ sauter, jouer des jambes. Gigue signifiait jambe , parties sexuelles^ danse.

Giroflier — Arbre qui donne l'éplce connu sous le nom de Clous de girofle. — Giroflée : fleur odorante et printanière, et par suite symbole d'amour. Au mois de mai on portait des bouquets de giroflée, on en jetait dans les salles de bal. Les jeunes filles et les jeunes dames en cultivaient dans des vases placés sur le bord des fenêtres. Quand leur bel ami passait, elles avaient soin d'ouvrir la fenêtre et d'arroser la giroflée : c'était un prétexte pour se faire voir : elles en profitaient pour laisser tomber une fleur, une feuille, une goutte d'eau.

Glic. — Jeu de hasard. MaUlard reproche aux parisiens de s'f Hvrer avec excès.

Gloee, — Commentaires , explications : on disait glose d'Orléans, plus obscure que le texte On s'aperçut que tout ce ^î était glose n'était pas paroles d'évangiles, et dès-lors ce mot vonhit

ISS

aussi dire bevardage, paroles inutiles, cootes en l'air. — Gloser : commenter, bavarder, supposer, deviner. •— Gloser le psaultier de fraude : professer la fraude. •— Gloser sur Tévangile : parler sérieusement de manière à se foire écouter.

Gobineltes, •— Les lèvres : de gober, gobiner , avaler. Gobet voulait dire gosier.

Gode, — Verre, gobelet.

Godegmn f Saint J.—Gode%nu^ Goderan ou Cbrodegand fut évéque et fondateur d'ordre dans le YIII" siècle. Goquillart^ et après lui Rabelais , jouent sur les syllabes du mot Godegran. Un gode grand est un grand verre à boire. La fête de saint Godegran est celle des grands verres, c-^-d. des buveurs : le mot gode devint la racine de plusieurs mots analogues, tels que godailler, faire bonne chère; godailleur bon vivant : foire ses gauéûamtu. Aire gaudion , boire et vivre gatment. Menot nomme maistres godons les heureux du siècle.

Godinette, — Joliette,' gentillette : femme galante. On disait godin, godinot pour poupard, mignon. — Coquillart donne ce nom aui lèvres d'une bouche mignonne et gracieuse.

GoguêlUt guoguelu.—De gog, gogue : satyre, plaisanterie. Goguelu signifie tantôt goguenard, plaisant, railleur; tantôt mystifié, mari trompé, dupe.

Gorgée comme un oiseau de ptxne. — En style de fauconnerie on nommait gorge chaude, la chair palpitante qu'on donnait aux oiseaux de proie. — Gorgé signifiait repu de viandes, rassasié.

Gorgias. — Elégant qui^e rengorge, fat qui se pavane, dont la poitrine est couverte d'étoffes précieuses et de riches buoux. — Vêtement qui rerouvrait le col et la poitrine des hommes ou le sein des femmes. G. ]!iIarot a dit :

Tetin qai t*enfles et repousses Ton gorgUs de deulx boas ponlces.

Gorgias à pointe usée : c.-à-d. placé sur des seins fermes ilont la pointe fait saillie et plus usé sur ce point-là qu'ailleurs. Le gorgias était up fichu en fine toile, blanc , empesé k petits ou à gros plis. -- La gorgiasse : sorte de danse.— Gorgiaasté : coquetterie, vanité, affectation de montrer sa gorge. Rabelais a dit : Gorgiatilas muliercularum.

Gorgon — Gaqaet, iNivardage : gorgoyer signifiait plaisanter, railler. Peutrétre faudrait-il lire jargon. ("V. ce moi.J

Gorrier. — Élégant, homme k la mode .* ce mot vient de gorre, luxe, élégance, coquetterie. — Domini, ecce vultis habere gorrts et deliciat pro parte veslra : Menot. J. Marot raille les vieiHes ouvrières qui veulent faire les gorrières et les poupines.

Gouge. — Servante^ fille de joie , maîtresse.

Goulée. — Gueulée. Clameur, caquet.

Goupé, gouppé. — Mystifié , dupé. Ce mot vient de goupilrenard. — Goulpette , goupette , goupillage signifiaient ruse et tromperie.

Gourd , court. — Lourd , sot. Rabelais dit degourt pour leste : de gourd on a fait engourdi et dégourdi. — Gourd signifiait aussi solide, gaillard, homme à la mode. Trancher du gourt : faire le vert galant, le fat. Estre vestu sur le gourt : se mettre à la mode. Cette locution pouvait avoir un sens ironique.

Goute-prenant. — Coquillart tourne en ridicule les jeunes gens qui portent des coiffures fourrées , comme les vieillards qui ont la goutte. ^

Grâces, — Il est probable qu'il fgiut lire garces. Les éditions L., GD. et C, sont les seules qi;^ aient imprimé grâces.

Gratieulx. — Reçu en grflce. — Favori. On donnait aussi ce nom au bouffon des troupes d'acteurs. C'était en général celui que le public voyait de meilleur œil.

Grave. — Sérieux, lourd. — Fenmie grave : femme enceinte.

Gré. —Consentement, agrément, faveur. — Avoir à gré : agréer, avoir pour agréable. — Ron gré saint Paul : par la grâce de saint Paul. — Ron gré ma voys. (V. Vois.J

Gref. — Grief : grave ^ dommageable.

Greffier. — Officier attaché à un tribunal ou à un corps constitué, et chargé de constater par écrit les Jugements rendus ou les décisions prises. — Les greffiers étaient peu populaires; ils exigeaient des parties des droits supérieurs à ceux qui leur étaient dûs. Une ord. dut^ en 1453 , réprimer leurs exactions. Les greffiers de Tuniversité rançonnaient les écoliers , et ne leur déli-

vraient de diplômes qu'après mille diflBcultés levées à prix d'argent. — Le registre aux mauvais greffiers : les greffiers à Faudience écrivaient sur un registre tout ce qui était dit et fait par les magistrats. Les uns faisaient mal leur besogne par incapacité ; les autres modifiaient, fiilsifiaient frauduleusement les arrêts de la justice ; ils supposaient même Texistence de jugements qu'on n'avait jamais rendus. — Greffier sur le faict des élus. (V, ElusJ. Les greffiers de ce tribunal partageaient son impopularité : aux termes de Tord, du 20 mai 1451 , on plaidait devant les élus sans avocat ni écriture ; les parties étaient à la merci du rapporteur et du greffier. Celui-ci abusait de cette position , et vendait sa plume , soit aux parties imposées , soit aux fermiers de Timpôt. ( V. Vofd. d^août 1452;. Ce sont tous ces abus que Coquillart flétrit ; ils furent réformés en partie par Pord. de nov. 1506. — Les Etats de 1484 signalèrent aussi les friponneries des greffiers et réclamèrent leur répression.

Greigneur, grigneur. — De grandior : seigneur, prince. On disait la greigneure partie, pour la msôeure partie. Juveigneur, au contraire, voulait dire inférieur, cadet sans fief.

Greslure, — Grêle.

Grimmarré. — Ce mot doit venir de grime : mine, grimace. On en a foit aussi grimaud , grimacier. — Grimoire venait de grammaj lettre, et signifiait grammaire , livre où on s'instruit. Grimarré , avec cette étymologie , signifierait qui sait lire , instruit, sorcier.

Gringenault'Chevillelte. ^ Il y avait à Reims, dans le XV« siècle , une famille Gringault que Coquillart veut peut-être ridiculiser. Dans Guillaume Crétin, Gringuenault est un nom de berger. Gringuenotter signifiait crier , chanter, grogner. — Gringuenaude était le nom donné aux crottes pendues au derrière des bestiaux. (V. Cheville.J

Gris. — Fourrure de Técureuil du Nord. — Gris changeant : fourrure de petit-gris, à reflets bruns et argentés.

Grohis. — Fourbis gros, deux fois gros. Important, élégant , qui fait de l'étalage. André de la Vigne et J. Marot disent trancher du gros bis. — Faire son pain de gros bis : jeu de mots ; faire son pain bis , de gros qu'il était. Manger du pain noir après avoir mangé du pain blanc , comme les élégants ruinés. *

GromeUe* — Gourmette, partie du frein.

GfonneL — Gros net : très-net, très-propre. Sous François I" vifait un poète nommé Pierre Grosnet. Nous citons ce nom pour r»dre à notre adjectif son ancienne ortliographe.

^Tftif. —Epais, grossier, important, riche. —L'une a les graas, Taotre a les gros : Coquillart sous-enleod ici le mot amant pour ne pas en dire un autre. —Gros grain : personne d'importance. GrosUs. fK Grobis.J

Groselk, groyselU, — Groseille. Refiaicte comme une groselle : rouge et rondelette.

Grue, — Oiseau , GUe publique : roué , rusé. — Voiler au grues : chasser aux grues avec des oiseaux de proie, ou courir les filles.

Grumeler. — Grogner, murmurer.

Gruppé. — Mot d'argot employé par Villon. Grupper youlait dire accrocher , saisir. Une gruppée était une portion , une prise. On disait gripper , agripper , pour prendre , saisir. Gruppé signifiait attrapé, dupé.

Guerdonner. — Récompenser.

Guermenter — Gourmandcr , gronder. — Se guermenter : s'impatienter, s'informer, soutenir que.

GuemetUr. — Grénetier : on donnait ce titre aux ofiBciers qui vendaient le sel au nom de TEtat ou des seigneurs. Leur nom vient de ce que le sel , pour être à Tabri de Thumidité , se renfermait dans des greniers. Au commencement du XV* siècle chacun pouvait vendre du sel , pourvu qu'on payât les droits dûs aux officiers du roi. On comprend que la fraude et la contrebande abusèrent de cet état de choses. Dès-lors il ne fut plus permis à chacun d'être grénetier : ce titre n'appartint plus qu'à ceux qui furent désignés par le roi. C'est à cette réforme que Coquillart fait allusion, en disant guernetier sur tous approuvé. Les mots du sel qui croit dans la mer Rouge , donne à cette locution un sens ironique : c^est un titre imaginaire, et une satyre contre les oflSciers du roi , qui vendaient ce que la nature donne. En 1462 eut lieu i Reims , à cause de la gabelle dont le peuple demandait la suppression , une émeute suivie de nombreuses exécutions.

Gueule. — Rouche , langue , caquet , cri.

Gueux. — Mendiant , vagabond , bohémien. Ce mot vient de

golhus. Le village de Gueax , prés de Reluis , se nommait eo la^ tin du moyen-âge villa de GoihU, — Louis XI faisait pendre ceux dont il voulait se débarrasser : ses gens d'armes faisaient comme lui , et plus d'un voleur fut mis à mort sans enquête ni jugement. Les arbres de la route servaient de potence. (V, G9ux et Rains,) ^

Guigner, guygner. — Regarder du coin de rœil , cligner des yeux. — Bonnet guignant : c.-à-d. penchant de côté, de manière à cacher Tun des deux yeux. Dans un autre passage , Goquillart dit dans le même sens : le bonnet dessus l'œil tiré.

Guillemin. — Dans les ]eux cités par Rabelais on trouve celuici : Guillemin , baille my ma lance. Le joueur qui prononçait cette phrase avait les yeux bandés ; celui qui jouait le rôle de frère d'armes ou d'écuyer, lui présentait un bâton souillé décrotte. C'est à cette grossière plaisanterie que Goquillart parait foire allusion. Les jeunes gens de son temps, au lieu de travailler, passalent leur vie à jouer et plaisanter. Le mot guillemin formait un calembour. Ouille signiQait tromperie. Dans les poésies allégoriques du Xlll" siècle^ la fraude est désignée sous le nom de dame Guille. Guillaume (guille homme) signifiait trompeur et trompé. Dans la farce de Pathelin, le drapier qui croit voler Tavocat, et qui finit par être sa dupe , a nom Guillaume. Guillemin signifiait guille main , qui trompe la main.

Guinguanl. — Lisez : guignant. /T. Guigner). En Bourgogne et en Champagne on disait de guinguoi pour de travers ; guinguoi vient dit- on de guingnoi , et par suite de guigner. Doulx yeux pétillans et gingans. Mart. d'âuy. Gingans veut dire jouant de la prunelle , clignant , et par suite guignant.

HahandonnéfA toulj. —Abandonné par tous; dont persooM ne se soucie. — Libéral , qui donne tout. — Débauché , se livrant à tous les excès.

Habiter. — Cohabiter : vivre avec une femme. De li le calembour de habitavit , sobriquet donné aux filles de joie. — Habitation : intimité, commerce amoureux.

Habondance* — Facilité d'entrer dans une maison , intimité.

Hat, hay (Je), — J'ai. Je hai tels fais : Je sais de tels ilûfs, ie les possède , ne m^ea pariez pas. — Ou Je haïs : je déteste les bits de ce genre. (V, Cloez.J

HaiL — Bonheur , gatté. — Haiter signifiait plaire, rqouir. — On disait bonbait pour bonheur ; desbait pour malheur , chagrin. — De hait veut dire avec Joie, de bon cœur, gatment, ou Jofeux et gaillard. — Déhait voulait dire tristesse, malheur ou malheureux, affligé.

Happarl. — Voleur, pillard. Happer voulait dire piller, prendre, saisir. — Le nom de Happart donné à un juge est une satyre contre la rapacité des gens de lois. — M^ Happart est de la même famille que feue Bobinette femme Dandin.

Happe la lune. ~ Happer signifie prendre. Happer la lune, et la garder des loups , sont des métiers*de fols.

Haquei. — Diminutif de haquenet, hacpienée. On nommait i

haques les chevaux hongres. I

Harangière, — A Reims la halle aux poissons se nommait :

la harengerie. Les harangières étaient déjà célèbres par leur verve infatigable en fait d'injures. Y. 65» nouv. de B. Despéribbs.

Haras. — Autrefois dans les haras on entretenait des troupeaux de juments : aussi nommait-on haras les maisons de prostitution.

Harceler. — Agacer , provoquer. — Se faire harceler, se faire courtiser , provoquer les requêtes d^amour.

Hardement. — Hardiesse, audace, adv. Hardiment .-avec bravoure.

Hariaquaria. — Querelle, bruit , tumulte, embarras. — On dit encore à Reims haria et hariet dans le même sens \ harier veut dire attaquer , contrarier , embarrasser.

Hamois. — Armure , armes. — Harnois esmoulus : armes nouvellement effilées , bien tranchantes. — Hamois des jambes d'en bas : Rabelais donne au membre viril le nom de jambe du milieu. Goquillart a la même idée, quand il donne aux jambes d'en bas des culs troussés pour hamois.

Harpe lombarde. — Jeu de mots. Harpe signifiait instru>

ment de musique , et yol^ rapine, usure. Les Lombards furent longtemps les banquiers de TEurope ; ils allaient faire la banque et l'usure de ville en Tille. — On disait d'un voleur habile qu'il Jouait bien de la harpe. Les usuriers jouaient de la harpe lombarde.

Haubervillien. — Commune située près de Paris. Son église fut détruite en 1470. Le pape accorda des indulgences à ceux qui iraient prier sur ses ruines , et qui contribueraient à sa reconstruction. Ce pèlerinage devint à la mode , chacun allait à Haubervilliers : Louis XI s'y rendit pour remercier Dieu , après la mort de Gharles-le-Téméraire. Quelques guérirons récompensèrent la foi des visiteurs , et Péglise prit le nom de Notre-Damedes-Miracles et des Vertus. Ces pèlerinages furent souvent des parties de plaisirs franches et avouées, et des prétextes pour dissimuler des démarches coupables. De là Tallusion de Goquillart.

Haulberjon. —Haubert : cotte de mailles, chemise de fer.

HaukeTy hauUer — Hausser, élever. — Haulcer sans s'espargner : se faire valoir outre mesure. — Hausser l'état : augmenter la dépense de sa maison. Juvénal des Ursins, Monstrelet, Menot, et Maillard reprochent tous à leurs contemporains leur luxe désordonné.

Eault. — Colline , sommet d'un rempart. — Flanmie^ sommet d'une chandelle ; peut-être fiiut-il lire chaud dans ce cas.

Haulle pièce. — Partie de l'armure qui protégeai^ la gorge. On disait dans le même sens haut appareil, gorgerin.

Haulœ. — Haults : fiers, emportés. — Haulx habis : vêtements de luxe, chapeaux élevés, robes à queue.

Belle. — Allé.

Héraulx. — Les héraults d'armes avaient un costume qui les faisait connaître et respecter: entre autres insignes, ils portaient un bâton armorié aux armes de leur souverain. Coquillart fait des yeux les héraults du cœur : de peur qu'on ne les prenne , Il leur donne un bâton ; et pour faire une équivoque graveleuse j il Ajoute que ce bâton est royde et chaulx.

Hérité. — Héritier, investi par succession. Possesseur qui a Acquis^ qui est en possession.

liO

Het. — fV, Hait)

Hoche-prune, —Qui secoue les pruniers; maraudeur, voleur. Tout ce passage est une satyre contre la ùtcilité avec laquelle on donnait les places les plus importantes. On oubliait qu'en 144i , la noblesse avait prié le roi de pourvoir aux offices , et «on aux personnes. Quand le drapier croit qu'il va trouver chez Pathelin une oie à manger et de Targent à recevoir , il dit :

Je bapperay Ik une prone

A tout le moins sans rien despendre.

Martial d'Auvergne dit en sens inverse : avaler une prune, pour être trompé dans ses espérances.

Hochet. — Jouet d'enfent. Membrum virile, Goquillart foit une plaisanterie grossière à Taide de ce double sens.

HocquetOHj hoqueton. — Casaque qu'on mettait par-dessus l'armure ou l'habit de ville. Ce mot vient de houque , huque , cotte-d'armes. La garde bourgeoise portait le hoqueton rouge avec une croix blanche sur la poitrine. Les gens d'armes , qui affectaient un luxe désordonné, avaient des hocquetons de velours. Celui des suisses était tantôt mi -partie, e.-à-d. d'une couleur a droite et d'une autre couleur i gauche, tantôt bigarré de larges raies de deux couleurs , allant de haut en bas. C'était pour ressembler aux hommes d'armes que les élégants s'habillaient de velours. A Reims les sergents de ville portaient également des hoquetons, aussi les nommait-on les becquetons.

Holandroys. — La Hollande, tombée, en 1434, sous la domination de la maison de Bourgogne, prit part à toutes les guerres de Flandres. Elle était d'ailleurs déchirée par des querelles intestines. La haine héréditaire de deux familles puissantes et belliqueuses , les Uoecks et les KabelUauws , alluma plus d'une fois dans son sein la guerre civile , notamment en 1481.

Homalre. — Hommasse^ femme qui ressemble i un homme.

Homme d'armes. — (V, Gens d'armes). Homme d'armes par toute voje : soldat déserteur, vagabond.

Hon, hon, dire. — Tousser pour réveiller l'attention. Goquillart a recours à ce singulier moyen au cinquième vers du titre de Statu hominum. Cette espèce d'interjection se retrouve dans les sermons de Menot , de Maillard et autres auteurs des XV» et XVP siècles. Rabelais en use.

Bùngre. — Hongrois : Mathias Gorvin^ roi de Hongrie (1408- 1490), assura Tindépendance de son royaume. H créa une armée célèbre sous le nom de bandes noires ; ses victoires sur les Turcs et les Allemands , firent aux Hongrois une juste réputation de valeur et de mérite militaire.

H&nnesteté. — Honneur , amour du beau et du bien. — Honnesteté m^a pris : j'ai servi la cause de l'honneur.

Honneur (Un homme d*J, — Jeu de mots. Un homme qui donne.

ffon. .^ Frontières. Dehors avait le même sens.

Hospitalier de mainte fille. — Les chanoines de Saint-Denis de Reims étaient tenus de donner l'hospitalité aui femmes et filles sans asile. Ils accomplissaient ce devoir dans une maison voisine de leur abbaye , et placée sous Tin vocation de sainte Catherine. Coquillart fait peut-être une malicieuse allusion à cette institution charitable. 11 est possible que de son temps quelque scandale ait eu lieu.

Hoste, *- Hotte. — Hôte : maître d'un logis , bourgeois obligé de loger un homme d'armes. — Faire du merveilleux hôte : faire le maître de maison^ troublé, colère , soupçonneux^ regardant de tous côtés. fV, Merveilleux J

Hostel — Hôtel , maison , logis. — Hostel de chanoine : le clottre des chanoines de Reims renfermait un grand nombre d*hôtets qui leur étaient destinés. Ces maisons avaient des tou relies, des cours d'honneur et des jardins. L'ensemble de ces bâtiments était un lieu de franchise ; les sergents de Tarchevéque , ceux de la ville , les ofiBciers du roi ne pouvaient y pénétrer. Aussi notre poète satyrique conseille-t-il à la femme maltraitée par son mari , de se réfugier dans Thôtel d'un chanoine.

Bouppegay. —- On dit encore à Reims : en faisant sauter tes enfsints : houppez-là , sautez gai.

Home, houzé. — Botté pour aller à cheval.

Houêsel (Chapeau de fleun de), — Je ne sais de quelle fleur il s'agit ici. La fleur de houx est petite et sans éclat. La feuille de cet arlMrisseau est piquante et se prête peu à faire des courmines ; cependant comme elle reste verte, même pendant Thlver, elle pouvait être un emblème de valeur et de fidélité en amour. On nommait houssaye un lieu planté de houx. (V* Huissier.)

Bouzeau. — Houseau : botte de cavalier. — fiouzeaa de hiâ* caïen : brodequin fendu par-dessus du baut en bas ; il s'attachait et se fermait avec un lacet on des courroies garnies de boucles^

Huche, huchié. —Appelé.

Hueque, huque, — On disait aussi hugue , bûche et houeque. Ce mot signifiait robe^ cotte-d^'armes, capuchon qui tombait sur les épaules, bonnet, coiffure. Les grands clercs à rouges hucques sont messieurs du parlement , qu'on envoyait dans les provinces remplir des missions politiques ou Judiciaires , et présider la rédaction des C<nUumes, — Chariot aune vente hueque : le vert était la couleur des amoureux.

Huissier. —On nommait ainsi les officiers qui gardaient les portes des salles d'audience et des appartements royaux. — Aux termes du règlement de 1454, les huissiers du parlement devaient, pendant Taudlence, se tenir la verge à la main entre lesdeux'portes qui précédaient chaque salle ; avant Paudience , ils se tenaient en dehors des deux portes et introduisaient les magistrats. — Ils n'avaient la tète couverte qu'avec la permission de la cour. Coquillart, dans sa cour d'amour, leur donne des chapeaux de fleurs de housset, peut-être i cause des épines qui garnissent les feuilles du houx. Les huissiers faisaient la police dans la salle et hors de son enceinte. De là peut-être cette plaisanterie.

Humanité. — Faiblesses humaines. Repaistre l'humanité : satisfaire les désirs d'amour. En 1793 on vendait à Reims des bonnets à l'humanité, ouverts par-devant et retroussés parderrière.

Humer, — Boire, avaler. — On humera de toutes eaux : on emploiera toutes sortes d'eaux de senteur. — Aussi on hume à grant monceau l'honneur, comme raison l'ordonne : au milieu de tous ces bavardages on détruit la réputation d'autrui , conune le bon sens indique que cela doit arriver ; ou bien , on s'instruit & l'école de l'honneur^ on aspire de bons principes : ceci serait une ironie. — Si bonne est pour luy , si la hume : si cette doctrine lui parait bonne, qu'il la garde pour lui. Maillard a dit dans le même sens : si tu as fait folie, si la prens.

Btinm. — Sauvage, bête sauvage. On donna ce nom aux rébelles insurgés en 1352. On dit encore hure de sanglier.

Huiin, — Querelleur, bruyant, vert galant. — Marteau,

maillet, arme, membrum virile, butin d'amour. — Entreprise, combat d'amour. Rabelais dit dans ce sens butiner : on disait aussi marteler sur enclume féminine. (V. Avitaillé )

Huys, huiSj uys, — Porte : en 1478, il y eut à Angers des troubles assez graves : le peuple enfonça les portes d'un grand nombre de maisons et viola le domicile des citoyens. Louis XI ordonna à cette occasion que quiconque romprait un huis serait fustigé par les carrefours, qu'on lui couperait les oreilles, et que suivant la gravité du cas, on pourrait le feire pendre. C'est sans doute à cette ord. que Goquillart fait allusion dans le Monologue du Pays : de nombreuses violences du même genre eurent lieu à Reims de son temps. — Ung buys où il y avait mar« chandise : il s*agit ici d'un lieu de débauche \ marchandise signifiait amour vénal et fille publique : d'ailleurs, comme dit le poète, les coupables se sauvaient tout fin nuz en belle chemise. — Huys avait un sens graveleux facile à comprendre. Mart. d'Auvergne en use en disant : abattre à terre un huys ouvert.

Image. — Figure, dehors, apparence. — Peuple tout confit en Image : gens parfaits en apparence , coquet^ dans leur toilette, qui cherchent à représenter, à se poser.

Impenses. — Dépenses , frais de maison , dons d'amour.*

Impelrer. — Solliciter, obtenir. — Impétrant : solliciteur de bénéfice d'église, amant qui présente sa requête.

Imposer. — Mentir, supposer. — Imposer une coutume : dire mensongèrement qu'elle eiiste. Imposer un crime à quelqu'un, c'était l'accuser calomnieusement. Coût, de R.

Incongnu. — Inconnu : vagabond , individu suspect , qui se déguise ou qu'on affecte de ne pas connaître. L'ord. du 6 juillet 1493 met de niveau les incongnus et les mauvais garçons.

Indennilé. — Indemnité, dommages et intérêts dus à la femme par le mari négligent, redevance d'amour.

Infinés. — Confinés, enfermés.— Aux huit infinés : retenus à la porte, attendant leur tour.

inhiMion. —Défense : eommandement de cesser le trouble •tt toat afite préjudiciable à autrui.

j,ijii,^.— .Injustice, tort, abus, acte illicite. — Outrage, calomuie, médisance. — Injures sont ci interdites : les ayocats étaient Tbabitude de s'injurier pour la plus grande satisfaction de leurs clients ; aussi, dit Menot : « hti advocati sunt ut vulr pet qui videntur se coVMdere, tt tamen non se ledunt : videnturse invicem amfundere verbU i la barre^ et posleâ optimè

ad invicem eonveniunt hli mali advocati, serà^ post-

quam ceperint gallinas pauperum et bona per deceptoria verba, epulabuntur. » Serm., feria 111 y Post. Dam. in Pasiiane. — Les ord. d'atril 1453 , et de novembre 1507 , défendent aux avocats d'ii^urier leurs adversaires, attendu que cela ne sert à rien. — « Item. Convient expressément quérir, trouver et nourrir tuule manière d'avoir paix, amour, et bonne union ensemble ; et pour y advenir , deffendons i tous que Ton ne face ne dye à aultnij injure , et que toute rancune et division du temps passé , s'aucun ca j a , cessent et soient oubliées, liéglement de police, Reims, 1470. »

Inquisition. — Recherche. En 1441 , les jacobins avaient tenté d'élever à Reims le tribunal de l'inquisition. L'archevêque les en empêcha : ce n'est pas sans malice que Coquillart emploie le mot inquisition.

Insipience. — Ignorance, incapacité. C'était le contraire de sapience.

Imtrument — Acte authentique ou judiciaire , arme , outil, parties sexuelles. « Ecce non erubescitis ostendere instrumenta luxuriœ membra provocativa ad luxuriam. »

Menot, Fer. IV, Post. IL IXm. quad. — On disait les bas et hauts instruments : les hauts instruments étaient les seins. — Instrument compassé : le bas instrument delà femme ; compassé veut dire juste , étroit.

intendit. — Terme de procédure : intenter Vintendil, c'était faire savoir à son adversaire sur quels moyens de droit on entendait appuyer sa demande : intendit parait venir de intendere. Rabelais écrit intendict : ce mot viendrait alors de inumio dicta.

Intention. —En style de procédure, ce mot voulait dire : ce qu'on entend soutenir et éprouver.

Intériner. — Inticr ou intérin signifiait complet, parfait : in-

tériaer : rendre complet. En style de parlement, c'était ordonner la mise i exécution des lettres et ordonnances émanées de la chancellerie. Sans cette formalité , les actes de Tadministration n'étaient pas exécutoires.

Interpeller deuai causés en un tibelU, — C'était deuiander deux jugements par un seul exploif, faire juger de\ix questions sur une seule re()Uéte.

imenUrire^ — Intèntaire, inveniloo , caprice.

Itmeîks. —Pour sonnettes oajonettes. Peut-être ce dernier mot était-il le nom de petites fleurs jaunes.

IrréquUer (Apostat), -^ Moine ou chanoine qui se soustrait à la règle qu'il doit suivre.

JJQEeoptm -^ Jacobin , Domfnicain , Frère prêcheur. Cet ordre de' moines mendiants s'établit à Reimsr dans le XHI* siècle. Il tenta inutilement, en 1441^ d'élever le tribunal de l'inquisition j aussi du temps de Goquillart étaient-ils peu populaires. Plus tard Hs se firent une réputation de gens instruits.

Jacques. *— Vêtement court, qui ne dépassait pas la ceinture : on leplaçait sous la cuirasse ; il était doublé d'étoâîes épaisses, et garni de bourre. On nonmiait Jacques ou jacquette une espèce de veste ou de pourpoint portée par les gens de journée et les bourgeois. Goquillart donne pour vêtement à un mari trompé, un grant villain Jacques d'Angloys qui lui tombait jusqu'au genoulx. Sans doute les Anglais avaient fait du Jacques un pourpoint, et lui avalent donné des dimensions plus longues. Le mot anglais n'est peutrêtre là que pour ridiculiser le pourpoint. Au XV« siècle on disait anglais pour usurier , ennemi , voleur.

Jambes d'en bas. — Parties sexuelles de Thomme. Rabelais a dit jambe du milieu.

JTOî^oîi.— €ri der l'oie' (jai^). Cattuét, câUserîtf, pàtelë', àrgbt. -^Ori disait jârgouiller, gergonner, jarfeonnef, poto causer, caqueter, chanter.

Jaulne par les cheveux, ^Dont les cheveux sont teints en

lia

]àune. On employait pour donner aux cheveux cette couleur i la mode , une décoction de pellicules d'oignons.

Jehan, — Ce nom alors commun était devenu un sobriquet qu'on donnait aux hommes du peuple , aux membres du clergé inférieur, aux écoliers et aux gens sans importance. — Maistre Jehan était au contraire un surnom réservé aux personnages imporunts. (V. la 79» des C. N. N., et le Procès-verbal des Etats de 1484^. — La propre veille de saint Jehan : c'était un jour de fête ; il y a ici une allusion au grand nombre de fêtes chômées , qui étaient autant de jours perdus pour les affaires. La veille de la saint Jean^ les gens de justice ne siégeaient pas. La chancellerie fermait ses bureaux. Quand un tribunal voulait retarder le jugement d'une affaire , il la renvoyait à la saint Jean en suivant.

Jennin. — Diminutif de Jean, synonime de niais, crédule, mari trompé à son insu , ou complaisant. Jennin Dada et Jennin Turlurette sont des surnoms analogues. Rabelais , Bonaventure Despériers les emploient dans ce sens. — Jennin espluche les chardons : c.-à-d. qu'il va pattre. — Faire son compagnon Jennin : c^est fiiire le bon camarade, le complaisant , se prêter aux plaisanteries.

Joannes. — Pour se moquer des écoliers et des clercs qui affectaient de parler latin, on les nommait Joannes. Aussi lisonsnous dans Coquillart : adieu JoanneSy n'oublie pas ton escriptoire. — On parodiait le nom de Joannes en disant Jean niais. 11 était d'ailleurs synonime de Jennin. fV. ce mol.)

Joannes, — Nom de plusieurs jurisconsultes du moyen-ége. Comme il est mis à côté de celui A* Accursius , l'épithéte de Glossalorjuris civilis parait s'appliquer à l'un comme à l'autre. Le nom de Joannes peut désigner Joannes Bassianus , jurisconsulte de la fin du XII* siècle; ou Joannes Andrée , docteur du XIY* siècle , tous deux auteurs de gloses souvent citées.

Jobelin. — Diminutif du nom de Job, ce type des gens malheureux et contrariés. On disait jober pour railler , et jobeUn pour dupe, bafoué, ridicule. Le mot jobard a le même sens. Jobelin était aussi substantif, et signifiait argot des voleurs, ruse, fourberie , rouerie.

Fa maistre Pierre Pathclin

Le droict joueor du jobelin. Test, de Path,

Jotnc(. — Mis sous le même joug, serré, uni, lisse. Guil-^ laume Crétin yante le pennaige net, acoustré , joinct , poUy et iuysant des oiseaux de chasse. -- Tétins joincts : seins à la peau polie et douce, fermes et serrés Tung contre l'autre. Pendant une partie du XV« siècle, les dames portèrent des vêtements étroits qui leur serraient la taille , relevaient les seins et les rapprochaient. Eust. Desch. a fait une complainte sur le supplice que leur infligeait cette mode.

Joncher. — Jouer , plaisanter , jongler r éejoeuê ou àejuncas. Gargantua jouait aux junchées : c'est ce que nous nommons les onchels ; on les faisait avec des joncs. On nommait aussi jonchées une espèce de pâtisserie sucrée*

Jonchemse. — Femme de plaisir, fille de joie. — Joncherie, juncerie : jeu, badinage, plaisir.

Joquesus. — Le jeu du Tonton nécessitait l'emploi de quatre mots : pille , c.-à-d. prends ; nade , c.-à-d. rien; jocque , c.-à-d. jeu ou joues; fors, c.-à-d. au dehors. Rab. Jocque vient de jocus. -^ Un joque-stts, est un homme dont on se joue, un plastron.

Josse (Par saint). — Ce nom se traduisait en latin par Jodocu^, Jodius et Jocus, et signifiait aussi mocqueur , trompeur.

Cest nn Gnillanme (gnille-faomme)

Qui a surnom Joceaume (joce-homme). Patb.

Quille veut dire fourbe, trompeur; et joce signifiait attrapeur : mystificateur , plaisant. Peut-être faisait-on de saint Josse le patron des mauvais plaisants , ou celui de leurs victimes.

Jouste. — Lutte d'amour. — Jouster : jouter , combattre en

un tournois , livrer le combat d'amour Jouster au crocq ,

combattre avec une lance garni d'un crocq.

Juché. — Perché, monté. Se jucher : il y a ici une équivoque intelligible sans commentaires.

Judas (Maris innocents comme.) — Maris qui livrent leurs femmes pour de l'argent.

Juge. — Bailli président un tribunal , ou son lieutenant. Il avait des assesseurs , c.-à-d. des conseillers qui venaient s'asseoir près de lui. On disait le juge pour le tribunal. G. Crétin a fait un plaidoyer d'amour devant le juge et ses conseillers. — Les procès

en saisine et nouvelleUs pouvaient être perlés devant le juge royal et cour royale, e.-à-d. devant te beilli de yermandoîs, ou de> vant le Juge ordinaire , c.-A-d. devant le baitli seigneurial. €mU^ de IL, art 1 , cbap. 12, 2* partie. — Juge de grasses matinées ; magistrat paresseux, qui dort le matin au lieu d'aller à TaudieDce. — Juge et partie : lea épiées dues aui magistrats leur donoaieDt un grand intérêt k multiplier et prolonger les procès. Maillard et Menot tonnent contre leur cupidité ; ils leur reprochent de vendre leur conscience pour deTargent, pour obtenir les faveurs de la cour, oueellea des dames. Les offices royaulx dejudicature étaient affermés par les titulaires; et souvent ils les louaient h des gens dissolus , trompeurs et affamés ; ceux-ci , pour recouvrer les deniers de leurs fermes et gagner de l'argent , vexaient le pauvre peuple et le pillaient de mille manières. fV. Doléances dêâEUU9d»UB4.J

Juments f Ainsi que on ferre lesj, --Les maréchaux ont à ferrer des juments tantM douces, tantM diffieiles. (V, Ferrer), L'amour et ses récoltes ont leurs chances, tantôt bennes , tantôt mauvaises.

Juré, — Assermenté. On disait procéder à la jurée des témoins pour recevoir leur serment. — Les maistres d'un métier, élus par leurs confrères pour gérer les aSiûreB de leur corporation , prêtaient serment avant d'entrer en fonctions; aussi les nommait- on jurés. Juré sans règle ni sans norme : juré qui se moque des règlements de la corporation.

Jurisdiction, ^ Tribunal. Ressort d'un tribunal. Goquillart reproche au& gens des trois états de tenir jnrisdiction, et de condamner gens à l'amende. Les uns se feisaient donner des places de baillis royaux , ou de conseillers au parlement ; et par reconnaissance ils condamnaient les prévenus à remplir les coffres du rfMÎ : les suites, veaapfissdent tes fonctions de juges féodaux ; et au liende tranraiUe» et ramener l\inité judiciaire , ils perpétuaient la division de juridictions. Tons Ihisalent leurs affaires et se souciaient peu de celles du pays.

Jus. — En bas. Mettre jus : mettre à terre.

kuiifillt» ^ I>e Kyrie eleïson. Cette prière précède les litanies des saints. ^ Etre mis à la kyrielle , c'est être mis à la suite d- une foule d'autres , en nombreuse compagnie.

Labeurer, labourer, — Travailler, promener la charrue, caresser. fV, Edifier;

Lacez. — Lacet , rubans. Les estomachs plains de lacets bigarrés : reproche que V Avare de Molière fait à son fils.

Langaige , lengaige. — Mot d'ordre , avis , promesse vvitale, négociation , fleurette , causerie.

Lasnier, — Oiseau de proie facile à dresser pour la chasse. On en trouvait dans les tours de Notre-Dame de Reims , et les Rémois en offrirent à Louis XII.

Lniin. —Langue des clercs, des écoliers et des gens de droit. — Escumer le latin : parler latin à tort et à travers, cracher du latin. — Entendre son latin : être instruit, intelligent j comprendre à demi-mot.

LatZj laz. — Lacs , filet, de laqueus, — Latz caillé : filets à prendre les cailles.

Lay, lays. — LaTc^ laïcs. G«ns du peuple , ignorants.

Leç(m. — Lecïure, passage d'un livre , cours d'un professeur^ principes ou matières qu'il traite. Psaumes récités aux offices divins. Causerie sans fin , longue comme la suite des Psaumes. Récit sans interruption.

Légende dorée. — Vie des Saints composée par Jacques de Voragine , mort en 1298. Ce livre , rempli de faits merveilleux et peu certains , eut un succès immense quand Timprimerie le livra au public. Il parut en latin à Paris en 1475 , et en firançais à Lyon en 1476. C'était un livre nouveau quand Coquillart en parlait. On remarquera que déjà la critique savait apprécier le livre à sa juste valeur , car c'est avec ironie que le poète en parle. Les C. N. N. donnent aussi aux mot9 Légende dorée, le sens de récits, médisances, injures, bavardage.

Légier, — Facile , coulant en affaire.

Lanterne de liseur. — Quand les cathédrales étaient garnies du haut en bas de vitraux de couleur, on ne voyait pas clair

dans le cbœur et dans les Defe. Prêtres et laïcs récitaient les offices de mémoire ; il fallait une lanterne au prêtre qui dirigeait l'office. Lorsque l'écriture et rimprimerie eurent multiplié les llTres d'heures, l'office fut lu et chacun dut ayoir près de soi sa lanterne. II en fallait une au moine qui taisait la lecture pendant le repas. Les salles où la Jeunesse s'instruisait, étaient éclairées par des carreaux petits et épais , et le professeur avait aussi parfois besoin de sa lanterne. C'est ce que Goquillart appelle la lanterne du liseur.

Lettret. — Caractères de récriture. Actes, expéditions d'actes. Ordonnance du roi. — Lettres d'Etat : on donnait ce nom en général à toutes les ordonnances du roi. Mais il appartenait spécialement h celles qui suspendait l'exécution d'un jugement ou d'un acte authentique. Un édit de 1455 les déclara de nul effet , comme surprises à la bonne foi du prince , et défendit aux tribunaux d'y avoir égard. Mais cet abus se perpétua , et les faveurs de la cour ne cessèrent de venir entraver la marche de la justice. — Lettres cornues : actes qui n'ont pas le sens commun. Goquillart dit aussi notaire en parchemin à corne , pour notaire incapable. Les Etats de 1484 se plaignirent de ce qu'on donnait les offices de secrétaires à gens non experts ; « et pour ce , ont esté signées plusieurs lettres en mauvais stille et forme , contenant plusieurs causes de injustices. »

Leu (Le mal sainij. — Epilepsie , vertige , folie. Bréviter c'est le mal saint Leu, il est heureux qui en échappe : bref, c'est un torrent d'injures , de médisances , de folles paroles : heureux qui n'en est pas l'objet.

Libelle, — Requête judiciaire , présentée jadis sur de petits cahiers. Assignation , exposé d'une demande.

Libraire, — Bibliothécaire, marchand délivres. Les libraires de l'université vendaient les ouvrages des professeurs : ils étaient exempts d'imp6ts, et profitaient de ce privilège pour exercer d'autres industries. Coquiilart les accuse de détraction , c.-à-d. de fraude ou de médisance.

Licencié sous la cheminée. — C.-à-d. reçu licencié sans examen, en famille , au coin du feu. Les cheminées étaient largts et hautes; on s'asseyait réellement dessous. On nommait chevaliers de cheminée , les nobles qui restaient chez eux au lieu d'aller en guerre.

Liever. — Lever , soulever.

Linceaulx. — Draps de lit , garniture de lit. Daines visitent les linceaulx : les conseillers au parlement devaient visiter les procès, c.-à-d. examiner si les procédures étaient en état. Coquillart plaisante sur cette expression, et dit qu'à la cour d'amour les dames voient si les lits sont prêts , et s'ils ont des draps blancs.

Lingeret. — Petit-mattre, élégant qui porte de la toile de lin. Diminutif de linge, toile de lin , fine et délicate. Linge signifiait alors délicat : on disait des draps linges pour draps fins ; toile Blingée pour toile usée, devenu» mince à force de servir. —

Combien que sa personne estoit et fut toujours linge et menue

Chro. de J. de Sainiré, chap. 1. — Un lingeret tendre du bout, est un mignon qui a le cœur tendre et chaud.

LUiêconteslation. — Terme de procédure. Il y avait litiscontestation ou contestation en cause , lorsque les parties avaient chacune posé leurs conclusions , exposé leur aflbire , et mis le tribunal à même de juger le fond du procès. Coût de R. — Le mignon sollicite de si près , que litiscontestation se fait , c.-è-d. qu'il a obtenu audience et plaidé sa cause : il attend son arrêt. — Litiscontester : conclure, plaider, et demander jugement.

Livrée. — Vêtements que les seigneurs devaient tous les ans donner à leurs vassaux. Rubans qu'on distribuait aux invités les Jours de noces. Galons armoriés dont les nobles couvraient les habits de leurs gens. Couleurs adoptées par les dames et portées par leurs amants.

Livrer la pièce hault et bas. — Livrer sa personne toute entière.

Lùcu (Haislre). — Surnom donné aux gens d'église , aux moines. Dans les poésies du prieur de St-Michel, composées vers 1330 , nous trouvons cette expression : un jeune baron ne veut rien apprendre , ses compagnons l'encouragent à la paresse, et lui disent quand tu sauras lire et chanter , tu te seras donné beaucoup de mal , et pourquoi ?

Pais sera un prestre cognen.

Voire par Dieu, moine locu.

Locu vient peut-être de loqui, loquax. Moine locu, maistre locu, sont peut-être des sobriquets donnés aux prédicateurs.

Loist (llj, — Il est permis, de licet

Lopin* — Lambeau de chair. Le membre viril.

Lorgne. —Lorgner signifiait frapper. A «rands cospa depoiofs iorgnoK deesits. B. MfliAMBBS, 90* 9f. Oo aonmaic kxfsae «o coup reçu en se henitanl. — Torobe, lorgne zees deux ao^ étaient des erie de guerre. Rabelais les place pami «eux ^ dégèlent sur un champ 4e bataiHe. Ut. iV, cfaap. Yi. -r- U Ait aussi frapper torche lorgne, c. -à -d. à droite et à gauebe , d'estoc et de taille, sans y regarder. Il donne aussi aux mots torche lorgne le sens de buées poputaices, clameurB dHme assemblée.

LorUd. — Oiseau au plumage Jaune. liss iwves en ont-eHe^ tenu sur la main , pour imiter les châtelaines ^ portayient ainsi répenrier ou le milan ? Ou bien nomm^itron ioriot des cheveux teints en Jaune , ou une coiffure ornée de rubans Jaunes ?

Loup-garoU' — En style de vénerie 09 nommait ai^ei les loups furieux, enragés, qui attaqiiaicsit eltaMingcwentles bommes. On en fit des animaux fantastiques , dont /ou effraya les Jeunes filles et les bonnes gens. Ce nom se donnaiit aussi au» maraudeurs de nuit et à ceux qui cherchaient ta fiuit 4es evfsptures d'amour.

Lourd. — Pesant, sans esprit. —Grave, sérieux. — Elégant, è la mode. Eustacbe I^escbamps donne à des cavalcades d'élégants le nom de chevaulchiers lours. On disait d^un bomme malin qu'il avait du poil de lourd (rours). fV. Dêmy.J

Loysible. — Permis. — Loysir : licence , permission.

Luicle. — liHte , combat d'amour. Coquillart dit qi^e les dames n'ont pas toujours le pied ferme quand on leur offre la lutte. U fait ici la satyre d'un usage de son temps. Les femmes s'amusaient à lutter contre les hommes : pour se donner des forces dans ce combat inégal, ^les commençaient par prendre du vin , et pour s'animer elles donnaient et recevaient des baisers. Le prédicateur Maillard leur reproche sévèrement ce plaisir dangereux.

Luitter. - Lutter. fV. LukfeJ

Maeé, Massé. — Nom ridicule au moyen-Age. Sot, plastron,

fnari tr4)i9pé. tM>ekM Vmvs/^it dans ce dernier aens. VHiiloire eu iftfort ffuognelu «e trowre dans ta 71* des €. N. N.

Mi^gdeUime. ^ Ia Madelaine est célébne par la beauté de sa chevelw^* Quiuid <Wi jouait le mrstère de sa vie , Pacteur ^ la représentait devait avoir des cheveux blonds et tombants ; c'est à cette nécessité du rôle que le Gendarme cassé faitalkisiwi.

Maille. — Chacun y fait la maille bonne. — Il s*agit ici des mailles de filet ou de bourse , comme dans ce pr^verbç : bonn^ est la maille qui sauve Targent. La médisance fiiit la maille si ;^rrée , que personne ne lui peut échapper.

Maitlotin. — On nommait ainsi les séditieux qui, en 1413 , commirent à Paris de sanglants désordres. Ils étaient armés de maillets ou marteaux. Les violences de Gharles-le-Téméraire avaient de nouveau rendu ce nom redoutable en Picardie et en Champagne : Blaillotin du Bec, son grand prévôt, épouvanta ces deux provinces par ses actes de barbarie.

Main. — Livrée > cadeau, don manuel. On dit encore en ItaUe ta bonne Qiain. — Et ce fait , tournez votre main : dés que c^est fait, pendant le temps nécessaire pour tourner la main^ tout est changé. — Mettre le gaige avant la main : main mettre, e*était payer. Marchander avant la main, c'était marchander avant de payer. Quiconque veut jouir d'amour, doit bailler Targent devant la main (M. d'Aut. 32<^ arrêt d'amour), c.-à-d. négocier l'argent à la main. Mettre le gaige avant la main, c'est faire une gageure, et montrer son enjeu avant de l'avoir perdu ; faire voir qu'on est prêt à payer, — Main garnie : terme de procédure. Garnir la main, c'était payer le montant de sa dette, avancer les fi-ais d'un procès , solder les honoraires et les épices des magistrats. £q matière d'aides , le roi ne plaidait que la main j^amie, c.-à-d. quand on avait commencé par payer l'impôt, objet du litige. On disait de même que les tribunaux ne jugeaient que la main garnie, c.-à-d. quand on avait payé les épices. M. Oudart de Main-Garnie est un juge qui n'oublie pas ses honoraires et qui fait ses affaires avant de songer à celles du public.

Mains (au). — Au moins : ou aux mains.

Maintenir. — Se tenir tranquille : se bien tenir. Coquiltart dit dans ce dernier. sens tenir manière.

Mais que. «^ Pourvu que. -^ Mais peu quoi : mais tout cela est peu de chose.

Maistre. — Titre donné à des fonctionnaires , aux gens exer> çant un métier , aux gradués de TUniversité. — Il appartenait aux maistres des requêtes de Thôtel du roy , aux maistres des eaux et forêts^ aux maistres des monnaies et à d^autres fonctionnaires. — Maistre de lausses monnaies. ^F. Monnaie. J

Maiilre juré du métier. --fV. Juré.)

Maisirei pensés : G.-à-d. ouvriers admis à la maîtrise, clecs reçus maîtres es-lettres , es-arts etc.

Maistresse, — Femme qui n^a plus rien à apprendre , qui a pris tous ses grades. — Une maistresse : titre d'une ballade et d'une ronde qu'on dansait et chantait : nom d'une basse danse h pas simples. J. Marot la nomme.

Manche. — Coquillart assista à une grande révolution dans la coupe des manches : sous Charles VI et Charles VU on portait les vêtements assez justes et les manches serrées : on voulut faire au corps les manches par compas , dit le poète. Sous Louis XI , on les portait longues , larges , flottantes , faites comme des sacs et ouvrant un passage à Tavant-bras par une fente ouverte au milieu. Cette mode exigeait plus d'étoffe et nécessitait des manches intérieures ; le luxe exploita cette invention, et Menot se crut obligé de signaler dans ses sermons cette coûteuse innovation : il faut, dit-il, faire la manche selon le bras : Feria Vl, post Dom. quad. — Capiet habilum dissolutum magnarum manicarum '-serm. septuag. — Larguœmanicœ, comme bombardes à tuer. Fert'a 111. Post 11. Dom. quad. — Tantôt la manche se terminait par une grande ouverture, u Et se faisaient fendre les manches de leurs robes et de leurs pourpoints pour monstrer leurs chemises : 1467, Monstrelet. Coquillart dit dans le même sens : robe à grant manche descoupée affin que l'on voist le dessoubs. — Tantôt la manche se terminait par un sac pendant et contenant des poches : Coquillart y place le mouchoir , des pommes « le chapelet. Les voleurs mettaient dans leurs manches les objets qu'ils dérobaient : C. N. N. Aussi disait -on avoir la manche large, pour agir, voler sans conscience. Ce sont des vêtements à larges manches que Coquillart donne à ceux qui dansent bien les trois estats. — Sous manche fourrée , longue chappe. (V. Chappe et Ammancher)

ilfani^. —Caressé de la main ou autrement : Y. dans la 41e nouv. de B. Bespérier VBistoire de VEcossois et de sa femm£, qu'il trouvait un peu trop habile au maniement.

MatUère. — Mouvement des mains, gestes, tenue. Tenir manière : avoir un bon maintien, une tenue décente. — Faire manière : faire des gestes , des signes : chercher à se faire remar- 4]uer.

Manne du del. — Revenu des églises, bénéfices. Il s'agit des clercs qui n^ont pas de charge drames, de fonctions à remplir et qui touchent et cumulent néanmoins les revenus des couvents, des prébendes et des évéchés, les prêtres vendus à la cour.

Manteaux vers — ^Â Touverturedes états de 1484, se présenta René II , duc de Lorraine, prince du sang ; il venait réclamer ie duché de Bar et ie comté de Provence. Anne de Beaujeu lui rendit le duché et lui promit la Provence. René devint alors un de ses partisans et Taida à résister aux intrigues des autres princes. Les gens de sa suite avaient une livrée verte, et on désignait sous ie nom de manteaux verts tous les gens de son parti. Telle est TexpUcation qu^à donnée M. L. de Liocy quand il^ publié les ballades de Coquiilart dans son recueil de chansons nationales ; mais il na pas indiqué la source où il a puisé ces renseignements, et j'ai fait de vaines recherches pour savoir si réellement les Lorrains étaient venus avec des verts manteaux. Sous ce nom le poète désigne les adversaires des princes , et il leur oppose Denys Lemercier, chancelier du duc d'Orléans. — Le poète dit que les manteaux verts se plaignent des états ; et le duc de Lorraine n'eut qu'à s'en louer ; sa demande fut bien accueillie ; et les députés, dans le cahier des doléances, Masselin, leur orateur, dans le discours de clôture, recommandèrent au roi les princes dépouillés par Louis XI. D'ailleurs , le duc de Lorraine ne pouvait être dangereux à Tours, loin de ses sujets, à la tête de quelques gentilshommes qui l'avaient suivi. Le roi était Jeune ; sa sœur était spirituelle et gracieuse : le printemps approchait t et il est possible que les gens de la cour aient pris le costume vert, celui de la galanterie. Les verts manteaux seraient donc les partisans de la régente : elle se plaignait des états qui avaient proclamé la souveraineté du peuple et prétendu que le roi devait composer son conseil de gens désignés par les dépûtes de la nation. Au surplus, je ne connais pas d'historien qui ait fiât mention des Verts Manteaux.

Jlfantiin wion.— Affranchissement. Manumis, affranchi : lettre de Louis XI , août 1474.

Maquerelle. — >Gemot se trouve souvent dans lesord. du XV* siècle. Les lois qui punissaient les courtières d'amour étaient mises de côté. « ^onne habetU les maquerelles que ha-

bent les dit ou ëouie garcee : ei êcitù hûCy Dcmini juslUiœ eifacUii ta «ourde oreiUe ! el DmmtU ûffkiaUi, i)mnini epwtapi hoc êâliê ! el non vuUù ponetv remeênam, Mbnot. mm. IV. qucLd, Il donne k tous les diables les propriétaires qui prêtent leurs maisons ad faeiendum lucrum de posterioribus mei^lrieum. Il reproche aux gens de Tours d^accuef lltr les maquerelles dans leurs maisons comme des femmes de bien , et de leur donner la bourgeoisie. — Le prédicateur Otiyier Maillanl accuse aussi les dames de Paris d^avoir chacune leur courtière. Si on Ten croit , les dames les plus haut placées écoutaient sans rougir , et accueillaient les offres des maquerelles. Les exigences du luxe les ruinaient et les entraînaient à vendre leurs foveurs au plus oflhint.

Marchand. ^ Faiseur dVtfhires , intrigant : agent de eor^ ruption en politique ou en amour : galant qui achète les amours des belles. — Place marchande : lieu de débauche : muson où les amapts trouvaient un asUe.

Matthandiee. -— Commerce : chose à vendre. Faire marchandise , faire le commerce. Fait de rnavchandise : affaire commerciale. — Amours vendus , ou à vendre fille : publique, femme galante. —Conscience de courtisans ou d^bomme politique, à vendre ou à louer. État de marchandise, homme prêt à se vendre on à acheter les autres. — Le XV« siècle vit naître les corruptions politiques : Alain Chartier , pour empéâier son frère d'acheter une charge à la cour, lui dépeint la vénalité des âmes de ce pays : « Car entre nous et la court, lui dit-il , nous sommes

marchans affectés qui acheptons les autres gens et autre fois

Nous savons très bien nous vendre nous -même à ceux qui ont de nous à faire. — Sous Louis XI parut une chanson satyrique publiée par M. L. de Lincy. En voici le début :

Je snis farenr, qui tm son de ma trompe Sooffle et prodnit des choses norapareilles : Il n*e8t nul droit qui par moi no corrompe Tant soit-U bon ou loial a merreille.

Marchés fériaulx. — Droits perçus sur les marchés laits en temps de foire : marchés conclus en foire , ou un jour de fête. Ces derniers étaient nuls. fV. FeriaulxJ

Marée (Se prendre à la)— S*embarquer sur la mer d'amour, à la marée montante, dès que la marée le permet.

Marelle. -— On nommait marelle, merelle ou mereau des pièces de cuivre assez grosses, semblables à des jetons -, elle ser-

Taient de palets : de le l'expression jouer à la marelle. Les marelles ou mereaux furent des monnaies qui n^avaient plus cours dé» le XllI" siècle : daD& un des mystères édités par M. Mbinal , il est ^pMstion d'ua vieux merel comme d'une monmie sans rateiir. Hiarel finit par veuloir dire fousse monmite, mauvaise plaisanterie , mysti6cation , coups , violence. Dan» le Mystère du Martir de Saint-Denys , le sergent Humebrouet en covpant la tête atf sahit lui dit : tiens , apostat, ceste merelle. Daiwlft f^artê de la Pipée y Roag&-gorge se vante de séduire h» jewM fille nenmé Plaiseat Follie : on kd dit voi» ne réussirez p8»«ou vous aurez une merelle, ov serez du tout décens» c-à.-d. vous serez payé en fausse monnaie : Plaisant Folle se meqwm de votts% SMa le mémte sen» Coquillart reproche aux coortières d'amoor <|ui dennent peur fille» novices, Ie»prostitoées du plus bas étage , de bailler lourde marelle et de tromper 1* chose pabUqoe.

Marie. — Par la Vierge Marie : une ord. du 12 mars 1478 défendit de jurer par la Vierge Marie. Goquillart met ce serment dans la bouche d^une prostituée en retraite. Il y a ici une intention satyrique. Les filles publiques pratiquaient extérieuremeal la reUgioiè. ( F. Arrérage.)

Marié fTrop tost.) — Mari malheureux , trompé , qui eût mien iUc de rester garçon. On disalt^casst pour se marier : faire du pis qu^on peut.

Jfarmiieujp. —Triste, maussade, hypocrite: faire chère maoniteuse, faire mawrais accueil.

Marmat. — Magot , figure ridicule , masque , poupée.

Jlf armotKcr. — Murmurer, refléchir. Marmousement : murmure , rêverie , mauvaise humeur.

Marpault. — Nom injurieux : gourmand , voleur, frippon , parasite. — Amoureux ridicule : Farce de la Pipée.

Marqwt. — Diminutif de matrc : c'était vm nom de berger et de valet. Dans les guerres de» Français contre Tenise, on donnait par dérision è Saint-Marc le nom de Matou, et celoftde Bfcrquet aux soldats de la république. — Dire pic et pac Marquât : donner une paire die soufiTets à un valet, à un page, à un paysan.

Marri. -^ Blwry : triste. Jeu de mot» et allusioii , an vieux proverbe : aujourd'hui marié , demain marry.

Mars. — Marc , poids.

Marlinus, ^ Nom d'un grand nombre de jarisconsoltes des XIII , XIV et Xy« siècles. Si Goquillart a Youla tourner Van d^cux en ridicule, il eût dû le désigner plus clairement. Le nom de Martin appartient aussi à Tàne.

Martir, mariin, martyr. — Supplice : mort cruelle : tourment d'amour. — Saint mort pour la foi cathoUque : victime, malheureux , qui souffre les peines d'amour. — On n'y chante que des martyrs : tous les jours le chapitre de Reims se faisait lire la vie d'un martyr. La pièce où se faisait cette lecture se nommait la salle du martyrologe ; on l'appelait aussi pretiosa , parce qu'on y chantait un psaume dont le premier verset commence ainsi : Preliosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus. Coquillart fait allusion à cet usage : il veut dire qu'à la guerre il n'est question que de violences et de massacres. Charles-le-Téméraire se battit en barbare; ses rigueurs amenèrent des représailles sanglantes, et de son temps, Tart des combats devint une école de cruauté.

Matière f Tenir J. — Soutenir une discussion , traiter une matière è fond.

Mascher du sans. — Sans est là pour sens : réfléchir , méditer. — Maschesens : gens réfléchis. Rabelais parodie ces locutions en disant maschefoin , mascher du foin. Dans la Farce de VArbalesle la femme engage son mari à s'instruire et à vivre sagement': il faut , lui dit-elle , mascher l'écriture et goûter le sens. Le mari prend du parchemin , le met dans sa bouche , le mftche et dit : « Par ma foy ! s'^y je n'ay à boire , jamais le sens n'avaleray. »

Ma^sej ma^jue. — Marteau : maillet, masse d'armes: marotte de fol. Membrum virile.

Mathussalé. — Mathusalem, huitième des patriarches , célèbre par sa longévité. Coquillart supprime la lettre M qui se trouve'^à la fin du mot, soit pour le besoin de la rime, soit pour faire un jeu de mots : m^as tu salé *, maton salé.

Matinw. — Parodie de Martinus, comme Antitus d'Accursius, (V. MartinusJ

Matois. — Pour matinois , matin. On disait aussi main , manois. Parth. deBlois.

Mauchoisy. — Mal choisi : sobriquet donné à un notaire pour le ridiculiser. On se plaignait de la légèreté ayec laquelle le gouTernement choisissait les officiers publics.

iKfaudm'r— Goquillart désigne le môme juge sous le nom de Massé-Mauduit^ et de Massé-Maudit : c'est une double plaisaote^ rie faite aux dépens de la magistrature. ( V. Macé.)

Médecine pour plus emplement pasturer. — Remède propre à réyeiller Tappétit : philtre d'amour, f F. Poêlurer.J

Mets. — Mis : participe de mettre.

Mémoire, — Souvenir : liste , inventaire : exposé d'une affaire par écrit. — Bailler tout par mémoire : en matière de possessoire et de pétitoire on devait déposer son mémoire, c.-à-d. Sa requête en triple expédition : Tune était pour le juge , la seconde pour le défendeur ; la troisième revenait au demandeur. — Faire grand mémoire d'un saint : célébrer sa fête avec vénération , conserver pieusement la mémoire de ses mérites. On nommait mémoire d'un saint , et la chapelle élevée en son honneur , et Toffîce dit annuellement le jour de sa fête.

Mènes trier, — A Reims, en 1485, on accorda aux ménestriers le droit de porter au col un émail représentant les armes de la ville : sans doute cet écusson était suspendu à la chaîne d'argent dont parle Goquillart.

Mengeuerj menguer. — Manger , dévorer , mordre. Menguer le povre commun : se moquer de la foule, des pauvres diables, les déchirer de plaisanteries mordantes. Menguer peut venir aussi de mingcre , pisser. Ce mot, dans ce cas, voudrait toi^ours dire insulter : mais Tinjure prendrait un caractère de grossièreté et d'impertinence plus grave.

Menne. — Manne, f V. ce mot )

Mente, — Mantes la jolie .* pendant le règne de Louis XI , le» armées françaises occupaient souvent la Normandie, et les hommes d'armes y commirent des excès en tout genre. Le monarque s'y prit de passion pour une jeune et jolie fille qu^il maria à un nommé Jean Bon , auquel il faisait une assez belle pension. Il la maintint au profit de sa maîtresse après la condamnation que Jean Bon encourut à la fin comme conspirateur. Les gens de guerre imitèrent sa majesté, et comme nousl'apprend

le Gendarme caui, taat à Meotes qu'à YeraoD, ils troublèrent plus ë'uB ménage.

Ili Tiengaeikt, pargrast^ftdflrye^ Demander ce qui ii*aToi» mye :

Ut nova donnent maint horion.

Kttcore Crat-il que Ton leur dyê ; Blet bont teignenrt» je vont en pr^e»

Prenez tout ce que nous arons....

le n*t7 plat ami ne amye Ib France ne en Normandie.

f^au de vire publié par MM» L. Dubois et Jubinal

Il en était ainsi partout où venaient les gens d'armes. « Les gens de guerre de Tordonnance du roy estans logés à Paris, y firent de grandes et bonnes cbièrfes ; et en lieu de passetemps y séduisaient plusieurs fenuneset filles qui par leur moyen en débaussèrent et déguerpirent leurs ménaiges et enfants pour suiyre iceuïx gens de guerre : et entre aultres y eut une Jeune fille d^utt procureur du cbatellet de Paris , laquelle se accointa d'un aTcber de Tord, du roy qui avecque lui l'emmena : et accordèrent leurs vielles ensemble. Le père et la mère allèrent faire grants plaintes par devers le roy : mais ils n'en eurent aultre cbose. » 1465. Ghro. du temps de Louis Xl.

Mentonnière. — Partie inférieure du casque.

Mmirh. — ' Bfarcbiiidise : mcÉues marcbandistt.

MerveiUes. — Gbose surprenante : excès. Tours habiles, grandes aflûres.

Merveilleux. — Bizarre : emporté , mécbant. « Qu'il vous voye ! dit une femme à son amant en parlant de son mari , non sera, si Dieu plaist: car vous seriez mort et moy aussi} car 11 est trop merveilleux. » 34» des G. N. N.

Mes (Je). — Je mets. (V. Mettre.)

Meschant, — Misérable , malbeureux. — Meschanceté : malheur , misère. SAulees de mesehaneeté : suites de la misère.

Mfesehief, -^ Malheur, aeeidenc, faute» ^ Meseheoir vmiddt direidaltouriMr, èfre malheureux. Si meschief vient de mescheoiî, 0» eùtdit mesebiet, mesehet, comme <m a dit deschet dedécheoir. Mcsehief peut venir de ftialiif*cO|Hifi

Meskmten. — Demain , plus tard j dans le cours de l'année ,

dorés et en avÀnt. Rabelais écrit mesouan. On fait venir ce mot de in medio anni.

Meskuy, — Aigourd'hui , à présent. — In medio hujus diei, magis hodiè.

Meslée , meslure. ^ Quenelle , combat. Rapprochement des deux sexes. Obstacle , trouble , mauvaises allures.

Mesprendre. — Mépriser, blâmer, condamner. Faire une fiiute, une méprise.

JUJessager. — L'Université avait le droit d'envoy«r des messagers dans tout le royaume. EUe eut jusqu'en 1719, un 4service de voitures monté pour son usage sur toutes les routes. Ses messagers refusait de fayer rjump^, et dans le XV* siècle Hs eurent è Reims des difficultés à cet égard. En disant rudesse est un messager, Coquillart songe aussi à rimpertkience de PUniversité , et à la rigueur des messages qu'elle envoyait.

Mestier. — Profession. — Etre du métier : c. à-d. être de la profession qu'on ne nomme pas -, être femme galante. — Piège , tromperie^ trame. Dresser un mestier : broder une histoire, forger un conte. — Mécanique , madiine à faire les étoffes. Mettre une fille sur le mestier : la dresser, réparer sa toilette^ lui donner ce qui lui manque.

Mettre. — Payer , donner , avancer des fonds. Je mets , je donne , le lui fois des cadeaux. —Mettre assez : mettre bea^icoup de temps à une chose, n'y rien manager. — Mettre au sainct : littéralement allumer un cierge devant la statue ou les retiques d'un saint ; mais celte locution forme une équivoque expliquée par cette autre phrase de GoquiUart : tel saint ne demande que roydè chandelle. — Mettre en jeu son plus beau : jouer ce qu'on a de mieux I raconter ce qu'on sait de plus piquant, de plus nouveau.

MichauU. — Ce nom, au XV« siècle, était synonyme de vert galant, bon ami j Villon l'emploie dans ce sens. Peut^tre y voyaiton un jeu de mots (ami chaud , ou my chault, c.-à-d. ce qui m'importe , ce que j'aime.) On donnait aux plaisirs d'amour le nom de passe-temps Michaut. En argot à Reims on nommait miche un homme qui court les filles. Coquillart donne aux femmes galantes, iM)ur chiffre, la lettre M, qui est la première du nom Michault.

' Miche. — Gros pain , rond, commun , et fait pour les moines.

En plaisantant, on nommait les pierres et les cailloai miches de saint Etienne. Attendu que de micbe à Michel il n^y a pas loin , les boulangers , en certains pays , avaient pris saint Michel pour patron.

Michelet. — Diminutif de Michault. fV. ce moi). Galant qui court les femmes. Sault de Michelet : jeu d^amour. Michelet Mauchoisy : ce nom ridiculise doublement les hommes auxquels la cour confiait les charges de notaire. (V, Notaire. J

Jlft^non. — Petit-maitre, galant.— Mignon du commun cours : élégant de bas étage. — Mignonne : fillette, élégante , maîtresse. Mignonne de haulte entreprise : grande coquette , beauté de renom dont la conquête n^appartient qu'aux gens de haute volée. Mignonne , mignonnette : friandises , menues monnaies.

Mignot. — Mignon , délicat , élégant , gracieux.

Migraine. -— On nommait graine ou migraine une nuance de rouge tirée de la cochenille. L'origine de ces mots est obscure. Graine paraît venir de granum : la cochenille desséchée ressemble à de petites graines. On fait venir migraine de micans granum ou de malo granatum, médium granatum : l'intérieur de la grenade est rouge. Au XV» siècle on nommait migraine une étoffe de luxe teinte en rouge. '

Jlf tfoMW. — Milords. Titre porté par les seigneurs d'Angleterre. Le long séjour que les Anglais avaient fiiit en France , avait rendu ce terme populaire , et on en usait pour désigner un haut personnage , un homme riche. Cependant il est probable que Coquillart veut parler des lords Anglais. G. Crétin parle aussi des godons d'Angleterre : godon était synonyme de riche, bon vivant. La noblesse Anglaise s'était enrichie des dépouilles de la France; Ph. de Commines parle souvent de son luxe et de sa richesse. Quand une ambassade Anglaise passait la Manche, elle, vivait avec splendeur et largesse. Louis XI faisait au roi Edouard une pension de 50,000 écus , et comblait de faveurs et de présents, ses ministres et les officiers de sa cour. Il donnait à lord Hastings une pension de 2,000 écus, et des présents qui montaient parfois à 1,000 marcs d'argent; lord Howard, en moins de deux ans , reçut 24,000 écus; le comte de Warvick' touchait en pension et appointements 80,000 écus par an. Personne en France n'avait de revenus aussi considérables; aussi les milords étaient- ils en grande estime près des marchands et des femmes galantes.

Minée, — Pauvre , chétif. On disait mins pour moins , peu. -« Mincerie : misère , gène.

Mine, minette, — Visage, air, minauderies^ propos gaUmts. — Taire la mine : feindre, se costumer avec soin, faire des minauderies. Faire au cas bonne mine : fiUre contre fortune bon cœur, savoir se plier aux circonstances. — Mine : minerai, drogue minérale. Le mot mine venait de passer dans la langue officielle. G^est en 1471 que Louis XI régla Texploitation des mines. — Mine : cavité , conduit souterrain. Mine à tétins descouvers : Goquillart joue ici sur les mots, il pense aux mines à cbemins couverts , creusées pour prendre les places d^assaut.

Mirouer. — Le miroir était fait alors d'une lame de métal polie, richement encadrée; les dames le portaient pendu à leur ceinture ou caché dans leur aumosnière. — Mirouer à mondains plaisirs : jolie figure, image du plaisir, scintillantes prunelles qui jouent comme le nliroir à prendre les allouettes : beaux yeux brillant des feux d'amour , où chacun veut se mirer.

Mise. — Dépense , don , avance de fonds. Prendre ou faire la mise : avancer des capitaux ou en recevoir , foire la banque. — Faire mise signifiait aussi tenir compte , attacher de Timportance.

Miste. — Doux , agréable, de milis.

Mitaine. — Gant de peau de chat. Doux au toucher .* on ne prend pas chat sans mitaine, c.-à-d. sans les caresser, sans leur donner de douceurs.

Mixte. — De mixtus. Mélange , varié , agréable. Peut-être faut-il lire miste. (V. ce mot )

Moette. — Diminutif de moë, moue, mine, minauderie.

Moite. '^- Humide, frais, doux au toucher.

Moitié. — Milieu. — On doit laisser un plus grant homme la moitié : c.-à-d. on doit laisser là le grand personnage au milieu de la visite , pour aller voir celui qu'on aime.

Mon. — Donc , alors. Assavoir mon : assavoir donc. — C'est mon : c'est donc cela , ce n'est que cela. — G'est-il ? G'est mon : est-ce là ce que vous voulez ? G'est donc cela. Ou bien : est-ce cela ? Oui , c'est cela. — Mon signale une affirmation ou une interrogation. On fait venir ce mot du latin num.

Htandain, — Homme du monde, à la mode j ami du plaisir. Chose mondaine : à la mode , ordinaire dans la vie y chose de ce monde. — Mondanité : le monde , ses pompes et ses œuvres-, l'espèce humaine et ses passions -, la mode , la loi de nature.

Monitiôn. — Assignation k comparaître devant les tribunaux ecclésiastiques. — Monitoire : iiqonction faite par TEglise aux fidèles y de révéler à la Justice ce qu'ils savaient sur les crimes mis en instruction. Les monitoires étaient lus en chaire , ils étaient rédigés par les officiaux et expédiés par leur notaire.

Monnaie, — Mabtre des fiiosses monnaies : on nommait généraulx-maistres des monnaies des fonctionnaires chargés de surveiller la fabrication des monnaies, d'inspecter les ateliers des bQoutiers et des orfèvres, et d'empêcher toutes les fraudes qui pouvaient tromper le public. Jusqu'en 1380 ils ne furent que trois : alors on en créa cinq ; plus tard il y en eut onze. Ils formaient un tribunal qui relevait du parlement : les délits relatif^ à la fabrication des bijoux et des monnaies étaient d€ leur compétence. Les maistres des monnaies ne Grent pas toujours leur devoir. Le roi lui-même donnait aux monnaies (1473, 1475) une valeur qu'elles n'avaient pas. Les maistres des monnaies fermèrent les yeux au lieu de protester : ils finirent par avoir à se reprocher plus que de la négligence , et on les accusa hautement de participer aux fraudes qu'ils ne poursuivaient pas. Le gouvernement, en 1475, fut contraint de les destituer; de là le nom de maistre des fausses monnaies Joint par Coquillart à tant d'autres titres satyriques. — Maistre des fausses monnaies qui sont forgées à double coing : cette phrase a deux sens : le poète désigne probablement une monnaie dont on refit l'empreinte au moment où on augmentait sa valeur nominale sans rien ajouter à sa valeur réelle, f V. Croissant J. Monnaie forgée à double coing signifie femme à deux amants ; monnaie forgée à double coing doit être forte, c.-à-d., que femme qui a deux amants doit être bien constituée, riche d'appas et d'esprit. On nommait forte monnaie celle qui n'était ni altérée ni rognée. fV. Coïng et Forte monnaie, J

Monopolk. — Manœuvres pour accaparer des marchandises : conspiration , intrigues d'amour.

Monseigîheur du mat planté. — Amourent de vifiage qui, au premier mai, lAait planter, sous les fenêtres de sa belle, un Jeune arbre couronné de fleurs. L'amant aimé avait seul ce privilège : il en résulta que l'expression de planter le mai finit par avoir

un sens beaucoup moins naïf, et Rabelais put en enrichir son vocabulaire erotique.

Monsieur du prunier fleuri. — Coquillart ridiculise ici les hobereaux de YîUage, les parvenus qui se donnent pour gentilshommes, les francs-archers qui, dans chaque commune, faisaient les nobles, parce qu'ils ne payaient pas dMmpdt. N'ayant ni châteaux ni domaines, ils prenaient le nom d'un coin de terre, d'une chaumière, d'une haye. « Tels seigneurs y a , qui n'ont que 13 livres de rente eu argent , qui se glorifient de dire : parlez à mes gens ; cuidant par ceste parole contrefaire les très-grands seigneurs. » Ph. de Com., liv. I, cb. X.

Monstier. — De monasterium : couvent. A cette époque où Ton alliait aux pratiques de la Religion les habitudes de la galanterie et même la débauche , les amants se donnaient rendezvous dans les églises ; le bel ami se tenait près du bénitier pour offrir de Teau bénite à la dame : il se hâtait d'aller baiser la paix après elle, tous deux causaient derrière les épais piliers du temple ; il s'ensuivit qu'aller aux monstier et aller à un rendez-vous devinrent des expressions de même valeur; on finit même par donner aux mauvais lieux le nom de monstier et autres du même genre. Deux fréquentent en un g monstier : deux galants fréquentent la même femme.

Mont CÂJ. ^ En haut : ad monlem,

Montoir. — Banc de pîerre qui servait aux cavalier à mettre le pied pour monter à cheval : c6té du cheval par lequel le cavalier devait s'élancer sur la selle. — Tost au montoir : vite, à cheval. — Montoir signifiait aussi monter : dans ce sens, tost au montoir voudrait dire tost à l'assault.

Monture. — Rapprochement des deux sexes, couple d'amants qui s'embrassent.

Mor-deS'Fossés (Sainte). — L'abbaye de SaintMaur-des- Fossés était bâtie sur la presqu'île que forme la Marne. Sans doute ces fossés avaient fait une île de la presqu'île. Les reliques deSaint-Maur conservées dans l'église, avaient grand renom: elles passaient pour guérir nombre de maladies, et les gens de Paris y allaient en pèlerinage ; sous ce prétexte, les femmes galantes s'absentaient de leur maison : l'auteur de Matheolus envoie aussi les femmes adultères à Saint-Mor-des-Fossés ; c'est dans cette abbaye que s'organisa, sous Charles VI, la confrérie de la Passion , c.-à'd. la société des acteurs qui jouèrent ce mystère.

Mordans. — Morsures, méchancetés, pointe d'une boude oa d'une agraire.

Morillon, tnorUm. — Casque : Temme qui sent la graine dé morillon : qui se livre aux gens de guerre. — On nommait morillon une sorte de raisin noir : dans ce sens, femme qui sent la graine de morillon est une amie de la dive bouteille.

Morisque. — Danse mauresque.

Morre. —Jeu dé bazard , nommé aussi mourre.

Moneauœ. — Friandises, fins morceaux.

Morte paye. — Soldat invalide ou en retraite qu'on envoyait dans les couvents vivre aux dépens des moines. — Vétérans auxquels on confiait la garde des forteresses etdescbâteaux. Leur solde était réduite à ce qu'on nommait la petite paye. — Morte paye : bomme d^armes en activité de service , mais ainsi nommé en plaisantant, parce qu'on ne lui payait pas sa solde. — Couvent ou forteresse qui recevait les vétérans.

Mortier. — Toque semblable à un mortier à pilon : coiffure^es présidents au parlement. Au •XV» siècle, les femmes adoptèrent une coiffure analogue qui prit ce nom.

Mosle. — Meule de grains : de moles, t- Livrer le mosle à la |

pasture : livrer la meule à qui veut pattre .* donner à Tamour tout '

ce qu'il désire. — Mosle pour moule. fV. MoulleJ. '

Mostif, motif. — Ce qui émeut : désir d'amour : sentir le motif : sentir les aiguillons de la chair.

Motes. — Motets , chansonnettes : motes argenteuses : chansons dites par des voix argentines. Chansons, motets, hymnes, louanges divines en voix argentines : J. Marot. — Quelques éditeurs ont mis motz argentés au lieu de motes argenteuses. La mesure des vers exige cette substitution. ( V. Motz).

Molz argentés. — Propos échangés entre deux voix jeunes et argentines : fleurettes dont le son est doux à Toreille comme celui de l'argent : propos d'amour joints à des dons; — Motz dorés : belles paroles. On dit encore parler d'or , langue dorée. i

Mouche, mousche. — Connaître mouche en lait : être fin con- j

naisseur^ expérimenté , sorcier. Savoir les choseis les plus difficiles à deviner. — Maître mouche : nom donné dans les W et

XVI* siècles aux escamoteurs, aux faiseurs de tours, et par suite aux escrocs, aux gens adroits. On dit encore c^est une fine mouche. Pathelin dit à sa renune, en parlant du drapier qu^il a mystifié : comme il a esté mouschié. A la même époque la mouche était un jeu à la mode. Rab.

Moulle. — Matrice qui sert à reproduire un corps, une figure : matrice de la femme : ses parties sexuelles. Femme qui prête le moule, c.-à-d. qui donne toutes ses faveurs. Marchand de moulles à culs : proxénète, courtier de Cythère. — Moules à hotte : la bosse sur le dos ressemble à une hotte : un dos de bossu ressemble donc à un moule à faire des hottes.

Moullu. — De molerey moudre. — J'avais tout cuyt et moullu : fêlais résolu à tout.

Moussu. — Mousseux , gonflé \ rendre moussu : faire mousser, enrichir, élever.

Jlfoycn. — Façon, habitude. — Manœuvres, chicane, mouvais tour. — Mesure, ressources, transaction : ce qui arrive ordinairement ; en moyenne : milieu.

Moyeux d'oaufs. — Jaune d'œufs, de médium,

Muable. — Changeant, mobile, étourdi. Rabelais ditmouent dans le même sens : ce mot peut venir de movere aussi bien que de mutare.

Mue (Tenir en). — Termes de fauconnerie : quand les oiseaux de chasse étaient en mue, c.-à-d. quand ils changeaient de plumes, on les tenait en cage. Par analogie on disait tenir des volailles en mue quand on les renfermait dans une cage obscure et étroite pour les engraisser. Eustache Deschamps dit se tenir en mue pour rester chez soi.— Tenir des garces en mue, c'est avoir un harem.

J|fii«r. — De muiare : changer. — De movere : mouvoir.

Muglias, mugueliet. —fiLugnei : fleur parfumée, parfum, essence pour la toilette : Mart. n'Acv. Le muguet fleurit au printemps, aussi était-ce une fleur galante; les amoureux en portaient des bouquets; on en semait dans les salles de bal. Muguetter ou conter fleurette, c'était tout un : on nommait mug^uet un homme à bonne fortune, un amoureux.

JlfMte. — Chaussure d'intérieur; avoir deux mules à chaque

talon , c-à-d. deui pantoufles à cbaque pied : luie des gens frileux.

Muicannoyi. — Alors on donnait une terminaison en om au nom de ebaque contrée : ainsi on disait le Bourddois, rAuxerrois, le Barrois , le Laonois, le Tardenois. A Braine, on disait aui maris qui se plaignaient d'être pères trop tAt après leurs noces : k Braine en Brainois, femmes gisent à cinq mois pour la première fois. — Il y avait k Paris un bdtel et une rue connus sous le nom du Petit-Musc ; des filles publiques les babitaient : aussi les avaiton appelés d'abord bdtel et rue de Pute-y-Muce (putain s'y cacbe, s*y loge). Goquillart fait peut-être allusion au nouveau nom d'un lieu qui n'avait que cbangé d'enseigne.

JIftMegutn. — Petit museau, tête de poupard, de poupine : terme d'amitié. J. Mabot., Rab.

Muser. — Rêver y perdre son temps , ne rien faire : musard signifiait fainéant, songe creux. — Muser à part soi : réflécbir. Muser vient dit-on de musa ; les muses ne travaillent pas des mains.

MusseTj mucer. — Gacber , se cacber. — Mussette : cacbette.

My. — Moi : tel ty, tel my : toi comme moi.

Nacquet. — Valel du jeu de paume : joueur qui faisait le second au jeu de paume et n'avait à jouer que quand la balle échappait au premier joueur : c'est ce qu'on nommait naqueter. CV. Bailleur et RachasserJ.

Naissance, -^lA Coût, de R. nommait naissant ce qu'on recueillait en succession par droit de naissance.

Natté. -— Garni de nattes et de tapis. L'évesque de Maulx avait un bostel où il y avait belles chambres, bien nattées, voire bien garnies de licts, tapisseries et autres choses. (Ghron. du TEMPS DE Louis XI).

Nature. — Désirs d'amour : parties sexuelles. Les latins disaient naturdj et les grecs phusis, Naturel : vert galant, d'un tempérament amoureux.

iVarcawa?.-- Navets. ("V. iàMWomére*;. — Soupplcs comme

queues de naveaulx. Le navet se termine par une racine longue, menue et flexible.

iVi». — Neg : non, ni.— Conj. : et, disj. : ou. — Interrog. : du latin, ne : qui se enqnierent quel robe elle a, ne quel corset, selle a ne mortiers, ne pillectes.

Négoces. — Marcbés, affaires, marchandises.

Nesung. — Pas un : nec unus.

Niaes, niais. — En style de fauconnerie on nommait ainsi les oiseaux de proie à peine couverts de plumes et pris dans le nid : nidariœaves : de ces deux mots on a lait ni-aes. — Gomme ces jeunes oiseaux ne savaient rien : niaes et niais étaient synonymes de simple, ignorant, novice. On disait niée, nyée pour nichée.

Nicques. — On nommait nicque ou niquet une menue monnaie valant trois mailles , fabriquée à Paris par Henri Y. Ce mot avait fini par être synonyme de néant. Je ne vous crains de cela un nicquet , 91« des C. N. N. —Nicque peut venir de nihil, qu'on écrivait niehil. — On a fait aussi dériver nicque de nugœ. Ce mot signifiait niche, babiole, caquets, bagatelle. Faire la nicque c'était se moquer. Rabelais donne aux chiquenaudes le nom de nicque- nocque.

Tfisi. — Acte dans lequel il y avait une condition sine quà non. Comme dans toute convention il y a de pareilles conditions écrites ou sous-entendues, on nommait nisi tous les actes authentiques. On appelait lettres de nisi visis, des ordonnances rendues par les tribunaux supérieurs , pour défendre aux magistrats d'un rang inférieur de connaître de telle affaire , ou de poursuivre tel délit : ces lettres étaient concédées à la faveur. Les Etats de Languedoc signalèrent cet abus en 1456. Le roi défendit aux notaires et aux greffiers d'expédier de pareils ordres.

Noble. — Monnaie d'or pur , fabriquée par les Anglais. On disait noble à la rose , parce qu'il y avait une rose sur Tun des deux revers. Cette fleur ornait Técusson des maisons rivales d'York et de Lancastre. — Le noble lui pend au sain : il faut lui donner un noble pour obtenir ses faveurs. Il y a ici un Jeu de mots.

Noiser. — Quereller. Chercher noise : faire un procès. Nommer. — Citer quelqu'un , lui faire sa réputation.

Nonehalùir^fV* Chaloir.J

Nopces. — Noces. Nopces frataches : au moyen-âge les noces se faisaient avec grande pompe ; pour faire lace aux dépenses qu'elles entraînaient , on demandait à chaque convié son écot. Les noces franches sont celles qui se font aux frais des mariés et de leurs familles, sans faire payer les invités. Les franches repues de Villon sont des repas pris aux dépens d'autrui. Les nopces franches étaient celles des gens nobles et riches. — Pour estre plus jolie aux nopces , la robe fourrée de putois : aux noces les femmes rivalisaient de luxe et de toilette. Pour récompenser la valeur déployée contre Charies-le-Téméraire , par les femmes et les jeunes filles de Beauvais , Louis XI leur permit, en dépit des lois somptuaires, de porter les jours de noces tels vêtements et tels joyaux qu'elles voudraient.

Norme. — Loi , règle.

Notable. — Proverbe , sentence à conserver dans sa mémoire Brocard de droit.

Notaire. — Ce titre appartenait à des officiers de différents ordres. Les secrétaires de l'Université, les greffiers des officialités, des parlements et des bailliages , les secrétaires du roi , les officiers qui recevaient au nom du pape , du roi ou des seigneurs , les actes émanés d'une seule personne , ou les conventions arrêtées entre plusieurs individus , s'appelaient tous notaires ; mais ils étaient loin d'avoir tous droit à la considération publique. Leur nombre était trop grand , et aucun d'eux ne pouvait vivre avec les bénéfices légitimes de sa charge -, ils étaient réduits à exercer d'autres professions , ou à commettre des friponneries indignes; ils abusaient de leur caractère et de la confiance publique pour fabriquer des faux. Maillard , dans ses Sermons , les nomme : Falsificatores notarii. — Domini de parlemento habentes unum falsarium notarium. Menot , I. Dom. post. Pas$. — FaUarii notarii ^ faulseurs de vostre serment. Le même. Fer. j 3. Dom. in Pass. — Louis XI avait tenté, en 1463 , de réformer

ce corps dégénéré : il ne put y réussir. Coquillart fait du notaire entendu comme témoin , un personnage plus que ridicule. fV. Pauquaire.J — Notaire en parchemin de corne : notaire qui rédige des actes cornus, qui n'ont pas le sens commun. — Notaire en parchemin double : écrire et doubler un parchemin , c'était rédiger un acte sur parchemin et en faire ensuite une expédition. Notaire en parchemin double peut-être un homme bon simplement à copier un acte ; ou bien Coquillart fait allusion ici à une friponnerie commune à cette époque. Les notaires, d'accord

avec Tune des parties, délivraient des expéditions différentes de la minute. Menot^ dans ses Sermons j signale au public ce genre de fraude : et notarittSj traistre Tabellion, dedil liUems in oppositum venditionis : sed de omnibus hisjudex eiit allissimus. Dom, 11, quad.

Noie. — Âir de musique. Note à danser : air de danse. Sonner la note : Jouer un air.

Nourrisse. — Jusqu'au règne de Louis XI, les femmes se firent un devoir impérieux de nourrir leurs enfants. Du temps de Goquillart les mœurs changèrent. La coquetterie amena la mode d-avoir des nourrices. C^est cet oubli du plus doux des devoirs, que le poète attaque avec une mordante ironie , à la fin de son chapitre de Jure nalurali.

Nourriture. — Satisfaction donnée aux appétits de Tamour.

Nouveau. — A la mode. Monde nouveau : jeunes gens , gens à la mode; homme nouveau , même sens. — Droits nouveaux : droits du jour , nouvellement rédigés « faits pour la mode et les mœurs du moment. Les G. N. N. se terminent ainsi : cy finissent les cent nouveaulx comptes des cent nouvelles nouvelles , composées et récitées par nouvelles gens despuis naguières, et nouvellement imprimées à Paris.

Nouvelleté. — Nouvel œuvre. Entreprise nouvellement faite contre les droits d'autrui. Rébellion. Nouvelles du jour : objets à la mode , chose nouvelle.

Noyé. — En Suisse et ailleurs les femmes adultères étaient noyées. — Jusqu'au règne de Gharles VII, ce supplice fut inusité à Reims ; alors on noya les voleurs. Depuis , Louis XI usa de ce châtiment comme d'un moyen gouvernemental.

Noyse. — Querelle , procès.

Nyets. — fV. NiaesJ. Gela s'est affaire aux nyets : c'est un point à faire juger même par les novices.

Obice. — Du verbe obieier , ou obicer : objecter. Rabelais dit obicier^ et object pour objection.

Oblalion. — Offirandes faites à Fautel. Goquillart accuse les élus du peuple de s'en emparer. Louis XI avait mis la main sur les oblations , et les avait prises pour lui , ou données à ses favoris , aui gens qu^il achetait. — Par cf devant le temporel de la dicte église , plusieurs fois sans cause et raison et par fauli rappors, a esté empesché et mis en la main du roy, et soubz umbre de la dicte main mise , ont esté prinses les diimes y oblations et autres droitz espirituels de la dicte église. Doléances des Etats-Généraux. 1484. — On nommait oblationnaires les clercs qui avaient droits aux oblations : on donna par ironie le même nom à ceux qui s'en emparaient. On les appelait aussi oblats.

Offence ville fSansJ. — Sans blesser personne , sans violer la loi. Locution alors de style dans les ord. qui contenaient dérogation à une loi antérieure.

Ofjice. — Devoir , obligations attachées à certaines fonctions. — De son ofiBce : d'office, par devoir. — Fonctions, charges : on désignait sous ce nom presque toutes les fonctions publiques. L'ord. d'avril 1453 , art. 82 et 83 , traitait de la manière dont il serait pourvu aux offices vacants ; elle disait , art. 82 : Voulons et ordonnons que doresenavant quand aucun bailliage ou séneschaussée , ou autres de nos offices de judicature vaqueront, qu'à iceulx offices soit pourvu de prudhommes sages, prudens et suffisans à iceulx gouverner. Art. 83. Et pour ce que souventes

fois advient que nous ne pouvons avoir entière congnoissance

des personnes demourans en noz bailliages et séneschaussées , ne de ridoineté, prudhommie et suffisance d'icelles, nous ordonnons que quand aucun office de judicature vaquera que

noz officiers et gens de nostre conseil en iceulx bailliages ou séneschaussées, en leurs consciences regardent et advisent ceux qtii seront les plus propices idoines et suffisans à iceulx offices

obtenir, et nous en nomment jusquesàdeux ou trois afin

que par délibération des gens de nostre conseil , puissions mieux pourveoir à iceluy office : et voulons et ordonnons que nos dictz

officiers et conseillers avant qu'ilz procèdent à dire leurs ad vis

de ceulx qui sembleront idoines et suffisans aux dicts offices vacans , qu'ilz jurent sur le livre des sainctes Evangiles de Dieu touchées , que bien et loyaument ilz nous conseilleront ceulx qui en leurs consciences leur sembleront estre les plus propices , etc. » — Voilà ce qu'on aurait dû faire ; mais il n'en était rien : la faveur, le caprice, disposaient arbitrairement des places; on les vendait au plus offrant. Aussi disait Eust. Deschamps :

Mais aujourdhuy voy maint bommc incliné Pourveoir aux gens et non pas aux offices.

Dans une chanson satyrique publiée sous la date de 1464, par M. Leroux de Lincy , un Ane prend la parole et dit :

Fayenr m'a fait avoir de grans offices :

Asoea ont brait , selon le temps qui court , En haulx estais sans y être propices.

« Car souyent aux ditz offices a esté pourreu de gens non expers, qui ont acheté, et encore s'efforcent avoir et acheter icelles offices : il est advenu aulcunes fois quant aulcune office vaquoit , on baillait la lettre de don en blanc à facteurs, pour y mettre le nom de celuy qui le plus en offroit , jasoit ce qu'il fust le moins suffisant, par quoy n^a esté duement administrée justice, et en sont ensuys plusieurs inconvénients , oppressions et injustices. — Plusieurs inconvénients sont advenuz au roy et à la chose publique à Toccasion de ce que plusieurs ont tenu et occupé deux ou trois à quatre offices royaulx , tant de judicature que autre- Bient,et ont pris les gaiges et prouffitz^ sans desservir ne exercer les d« offices , et ont commit pour Texercite d'iceux gens non sachans, etc. » Doléances des Etats-Généraux de 1484. — Yoâii pourquoi Goquillart respecte peu les titulaires des offices publics.

Officiers de pardons. — Surnom donné à ceux qui distribuaient les indulgences. Le passage où se trouve cette locution est peu clair : il signifie messire Jehan , maistre locu , ces prêtres qui donnent des indulgences , ne craignent pas de faire cocus les trop tost mariés, en offrant des dons à leurs femmes. 11 y a peutêtre ici un calemJ[)our : les mots de pardons signifieraient de par leurs dons. Alors le passage voudrait dire messire Jehan , maistre locu , qui ont eu leurs offices, leurs prébendes , par suite de dons qu'ils ont faits. Goquillart dit peut-être aussi que ceux que messire Jean lait cocus , ont acheté leurs offices. Enfin il y a une autre variante qui substitue aux mots officiers de pardons ceux de offrandes et pardons. (V. Offrandes et Pardons.)

Offrande. — Don fait à Téglise. De ces offrandes et pardons : c.-à-d. que messire Jean, pour séduire la femme du trop tost marié , lui donne des indulgences, des cadeaux, les offîrandes qu'il a reçues à l'église. fV. Officier et Pardons.J

Olivier f Ayant leurs oliviers coumntsj. — Je n'ai pu découvrir ce que signifiait cette locution. Les oliviers sont l'emblème de la paix ; les laisser courir , c'est peut-être chasser toute idée pacifique. Dans la Chro. de Saint-Denis on trouve sur le nom d'Olivier un commentaire analogue : « Olivier si vaut autant dire comme terme de miséricorde , car il fut roiséricors sur

tous autres , débonnaire en paroles et en fez, et pasciens entente manière de martire. » — Plusieurs personnages illustrèrent le nom d'OllYier du temps de Coquillart. Nous citerons le prédicateur Olivier Maillard , qu'on nommait firère Olivier ; Olivier le Dain ou le Diable , le confident de Louis XI. Parmi les agents de Gocbinart figure Hugues Olivier. C'est lui qui rançonna le clergé de campagne, sous prétexte de Fobliger k réparer les murs de Reims. Olivier est un nom de chevalerie , et peut avoir le sens de galant^ amoureux. Les femmes accompagnent la Rusée, parce que leurs galants courent d'un autre côté. On nommait aussi Olivier, un homme qu'une femme pressuroit ^ c.-À-d. ruinoit, etc.

Oison (Plumer V). — Gouverner, lever Timpât, mettre les gens à la raison , les ruiner.

Ombre de trois (SenUr V), — Sentir le cabaret, j passer sa vie. Femme galante qui vit dans les tavernes. Les cabarets étaient alors des lieux de prostitution : « Ponis filiam in tabemâ ad serviendum : melius esset mellere eam ad elemosynam .* quia efflcietur ibi meratriœ. Elle est baisée^ tatée, etc. Au bout de Tan redditur libi souple comme un gan. » Menot.

On. — Hom , homme. Eust. Deschamps écrit om. — Tels mots qu'on dict une chanson : qu'en dict. — On ils : ont-ils.

Ont, d'ont. — Dont, de qui. Où, d'où , de undè.

Or. — De Hora. Alors, à cette heure, maintenant. — Or ça, or sca : les' avocats et les orateurs des XV« et XVI« siècles abusaient de cette locution. Rabelais comme Coquillart la met dans la bouche des orateurs qu'il veut ridiculiser. Le discours de Grippeminaud, archiduc des chats-fourrés , renferme ce mot 45 fois en 42 lignes j Panurge lui répond en multipliant le mot or , et à la fin de sa réplique il lui jette un sac plein d'or. Comme si en disant sans cesse or et or ça , il eût demandé de Tor. Tout ceci n'est que satyre contre la cupidité des gens de lois.

Ordinaire (Lire V). — L'ordinaire de la messe : office et prières de chaque jour. — Caquet quotidien.

Ordre. — Economie, défaut de générosité. — Règle religieuse , ordination , sacrement. — Rang , rangée. — Commandement. — Costume, arrangement.

OreilU. — On condamnait les blasphémateurs, les ivrognes, les vagabonds et autres déliquants à perdre les oreilles : on les

leur coupait avec des couteaux faits exprès et nommés coupau^* reilles : quelquefois on condamnait le coupable à perdre une oreille dans un lieu, la seconde dans une autre ville. Les ord. de police mettent les essorillés, c.-àd. ceux qui ont perdu leurs oreilles , parmi les gens sans aveu : on dit encore à un mauvais sujet : prends garde à tes oreilles. — Cette législation barbare n'en était pas moins un texte de plaisanterie. Dans sa pronostication, Rabelais dit : ceste année, les aureilles seront courtes et rares en Gascongne plus que de coutume. Jean Marot décrit une armée ou il y a :

De pionniers cinq cents, tant malotros Quels ne sçaoraient finer trois cens oreilles,

c.-à-d. réunir à eux tous. — Goquillart, qui n'aime pas les cheveux longs ^ prétend que ceux qui les portent ainsi, n'ont nulle oreille, et qu'ils veulent cacher leur absence : avoir bonnes oreilles, c'est avoir les oreilles au complet.

Oreiller. — Tendre l'oreille, écouter avec attention : on disait dans le même sens écouter pousser les avoines.

Organiste. — Joueur d'orgue : musicien. Fourreau d'un organiste : étui ou boite où l'on enfermait un orgue portatif j les galants envoyaient les organistes faire de la musique sous les fenêtres de leurs belles.

Orra, orrez. — Ouira, ouirez : de ouïr.

Os. — Bondir comme les os d'un esturgeon. — Pierre de Bourbon-Gareney avait pour devise la lettre O et pour emblème un os desséché. En 1474, il comparut au tournois donné à Bruges; lors des noces de Gharles-le-Téméraire , sa devise et son emblème étaient brodés sur sa bannière et sur sa livrée : peutêtre Goquillart fait-il allusion à cette singularité. L'esturgeon est un poisson vigoureux qui peut sauter dans la mer : mais en plaine champaigne on voit peu d'esturgeon bondir. Ge mot a peutêtre un sens que je n'ai pu découvrir.

Oste. — Hôte : les gens d'armes se faisaient peu de scrupule de tromper, vexer et yoler celui qui les logeait : de là l'expression de tromper son oste ; elle signiGe se moquer de quelqu'un, du public, se jouer des électeurs.

Oton. — Othon IV, empereur d'Allemagne, défait à Bouvines en 1214. Après sa déroute, il se retira dans le duché de Brunswick, où 11 se cacha : aussi, dit Goquillart, Oton, empereur, chassa errant.

Ou. — On : au , à là : comment : de quelle manière.

Oiië. — Oie : patte d'otie : patte d'oie.

OuHrageux. — De ultra. — Gascon : qui se vante outre mesure : messire Enguerrant Toutnigeux se donne une foule de titres imaginaires : sa déposition est un tissu de fanfaronnades d'amour. — Oultrageux signiflait aussi violent , excessif, supérieur.

OuUmige. — Excès, yiolences, actes contraires aux droits > injure, mensonges.

OuUre. — Outre les bornes , avec excès. — Oultre cuydé : présomptueux.

Ourdir. —Faire la chaîne d'une étoile. —Etre ourdi sans tiltre : c'est être mis en chaîne. Tiltre vmdait dire tisser. 11 y a ici un jeu de mots qui sent la ville de fabrique. — Sans ourdir on ne peut tiltre : c.-è-d. on ne peut feire la trame d'une étoffe que quand on a fait la cbatne : pour finir, il faut commencer : qui veut la fin veut les moyens.

Ouslil. — L'outil par excellence : celui qui sert au jeu d'amour.

Ouvrage , ouvraige. — Besogne , ce qu'on fait , ce qu'on invente , occupation. On disait l'ouvrage de la guerre, l'ouvrage des lettres. — Ouvrer : — travailler. — Ouvroir : lieu de travail, laboratoire.

Ouvrier. — Travailleur : auteur, inventeur. On nommait ainsi quiconque savait faire quelque chose. Menot appelle Dieu magtius operatorXe grand ouvrier. On nommait les chevalieis ouvriers de ^erre , les docteurs les ouvriers de clergie. Ouvrier signifiait aussi laborieux, actif, intelligent, savant, habile : on disait grands ouvriers pour gens capables ou faisant les habiles : parfaits ouvriers : c'est une locution du même genre. — Dicts d'ouvriers : bons mots : mots à la mode : réparties spirituelles, plaisanteries. — Ouvrier pour enfourner pain ouyt : paresseux, prêt h faire une besogne terminée par d'autres.

Oys (y ai). —J'ai ouï. — Oyes : ouies , entendues.

Pactypaclionj paclis. — Facte, convention, tniité.

Paige, page. — Jeune laquais : Jeune paysan , enfant. -^ Paige bec à brouet : enfont qui mange de la bcruillie , gourmand, friand. Ph. de Commines se plaint comme Goquillart de Téducation friyole qu'on donnait à la jeunesse : « Car ilz ne se nourrissent seulement qu'à faire les fols en habillements et en paroles : de nulles lettres ils n'ont connaissance : un seul sage homme on ne leur met à Tentour. » Liv. I. Ghap. X.

Paigner. -r Peigner : donner un coup de peigne , frapper.

Paillard, —Lâche, paresseux, qui reste au Ht volontiers. On disait paillade pour lit de paille ou paillasse. Paillarder, c'était rester au lit par paresse. Gomme dans les mauvais lieux de bas étages , on fournissait pour tout lit quelques bottes de paille , on finit par dira paillard pour débauché , paillarde , paillasse pour fille publique. Au XV« siècle on employait le mot paillard dans les deux sens.

Paindre. —Peindre. — Pains, paint : peints, peint. — Paindre et avoir couleur : travailler du pinceau et avoir les couleurs nécessaires pour peindre. Entreprendre et avoir ce qu'il faut pour réussir.

Painture fUng sourcilz de vive). — On ajoutait avec pinceau ce qui manquait aux sourcils pour être dessinés purement.

Paissage. — Passage , pâturage.

Paix (Bailler la). —Dire le pax vobiscum. Donner à baiser la plaque de métal qu'on nomme paix.

Palays. — Palais de Saint-Louis , à Paris : la justice s'y rendait. Il y avait des boutiques dans les galeries. — Résidence des archevêques de Reims. Dans une de ses salles siégeoit le tribunal de l'officialité.

Pancher devant (Se). — Marcher en s'inclinant en avant. Etre froid , impuissant en amour. Avoir de la pance. Panchure : la partie de Tarmurc qui couvrait le ventre. (V. Pansu J

Panneaux (Trousser ses). — Releyer ses filets, lever le camp, pirtir.

Pansu^ ^ Veotni. Parmi les modes do XV* «èeley il y en eut ooe singulière ipii consistait à mettre la ceinture au bas du Tcntre , ce <iui en fusait sortir la rotondité. Pour être à la mode» U Mlait aroir la taille fine et le ventre saillant. Ce costume, sans grftce ni décence , Ait en honneur jusi|u'à la fin du règne de Charles VII : hommes et femmes Padoptèrent.

Panloufie. — Chaussure qu'on mettait alors pour sortir. On dit venir ce mot du Grec pas, pan, pantàs : tout; et de phellos liège j ou de TAllemand bein pied et toffel : table, tablette. Les pantoufles avaient des semelles épaisses et hautes du talon. Rabelais dit que « les bornes de boyre sont quand la personne beuvant, le liège de ses pantophles enfle en hault d'ung demy pied. » Pantoufle haulte qu'on ne grille - : posée sur une semelle si épaisse, et sur un talon si haut, que le feu ne peut griller la plante des pieds. — Pantoufles à vingt-quatre semelles : les élégantes de petite taille les portaient pour se grandir. Menot reproche aussi aux dames les hautes pantoufles qui leur font tourner le pied, et les font tomber dans la boue. Feria V, post. cineres. -— La forme des chaussures changea , et Coquillart constate cette révolution de la mode. Demy pantoufles besquues, rondes par-devant comme un oeur, etc. Les souliers à la poulaine , c.-à-d. à longues pointes plates ou recourbées, furent remplacés par des chaussures d'abord moins aiguës , puis arrondies comme les raquettes du jeu de paume. Cette mode se prolongea jusqu'à la fin du règne de François V^. Les souliers étaient à Pextrémité bouflants , et ornés de crevés de diverses couleurs.

Paour. — De pavor : peur.

Par. — Pour. Par six ou sept nuys : pour six ou sept nuits de négligence. — Par pour leurs vieulx houscaulx reraire : ils n'ont pas d'argent pour, par son moyen , remettre à neufleurs chaussures.

Paraphe. — Paragraphe. Rab.

Parc, ^- Enceinte. Salle de réunion.

Parchemin- — Ce mot se prétait aux équivoques. Forcer un laboureur à faire des charrois au profit de son seigneur , c'était lui faire mascher le parchemin cum (I6n(t6u«,c.-à-d. le faire marcher par chemin tout en murmurant entre ses dents. Menot.

«^^F. Èrouilleret Notainj. Notaire en parchemin double : qui suit deux voies, Tune apparente^ l'autre cachée et frauduleuse i qui délivre frauduleusement des copies non conformes aux minutes. fV. Blanc scellé J

Pardotiê. — Indulgences. Pâtisseries communes (Jui se ven->^ daient à la porte des lieux où Ton allait gaigner des pardons. — On disait dans un sens graveleux : aller aux Gordeliers gaigner des pardons. 38« des C. N. N. -— Ce mot signifiait aussi encouragement, récompenses. Après la défaite de Gharles-le-Téméraire, chacun Tabandonnatc il semblait, dit Pb. de Gom., qu'il y eût trés-grant pardon à luy mal faire. » Goquillart emploie le mot pardon dans Ce sens , quand le Gendarme cassé nous montre un curé débauchant une femme mariée. Pardon se prête d'ailleurs à une équivoque : on peut le prononcer comme s'il formait deux mots, par don. (V. Officier et Offrandes J

Parenté^. — Parenthèse : Phrase introduite dans une autre , et renfermée entre deux signes curvilignes : introduction de cette phrase. — On disait ouvrir , fermer , introduire la parenthèse. De là des équivoques graveleuses.

Paré. — Prêt, préparé, présenté. Mis au pair, accouplé. Décoré, orné.

Pareil fNonJ. — Sans pareil , excessif, original : nompareilles. Nœuds de rubans.

Parfaici. — Achevé, habile, rusé, expérimenté. — Ouvrier parfaict : homme bon à tout, faiseur, se donnant pour habile.

Paris, parisienne. — Paris, résidence royale , siège du parlement , centre des affaires et des plaisirs. On y voyait arriver gens de lettres et gens d'armes, princes et capitaines; là se rendaient les femmes galantes de toutes les provinces. Le sort de la grande ville fut plus d'une fois envié par d'autres cités alors ses égales , mais qui voyaient dans l'avenir : on aimait à rire aux dépens des parisiens ; d'ailleurs n'avaient-ils pas aussi leurs ridicules et leurs vices. Paris était le pays des plaisirs et des débauches , et les parisiennes avaient grand renom de gaillardise en amour et d'esprit en conversation. — Si elle n'eust été de Paris , et plus subtille que foyson d^autres , son gracieux langaige et ses promesses l'eussent tout en haste abbattue. 18«desG. N. N. — Il n'est bon bec que de Paris : chanson de Villon. — Les

Nonchahîr. — ff. Chaloir,)

Nùpces. ^ Xoccs. Nopccs franches : au mojen-âge les noces scraisaft-nt avec grande pompe; pour feire face aux dépenses flu^IlL'sentraJnaieoi, on demandaii à chaque convié son écot. tes noces franches sont celles qui se foui mx frais des mariés et de leurs faraillcs, sans faire payer les invites. Les franches repues de Villon sont des repas pris m\ dépens d^autrtii. I^es nopccs franches élaient ceUes ties gens nobïcs et riebes. — Four estre plus jolie aui nopces, la rohc fourrée de puloîs : aux noces les femmes rivalisaient de luie et de toilette. Pour récompenser ta valeur déployée contre Charlcs^le-Témérairc , par les feninies et es jeunes tilles de Béarnais , Louis XI leur permît, en dépit des lois somptttaîres, de porter les jours de noces tels viHefnent^ et tels jojaui qu^elles voudraient.

Norme. -^ toi , règle.

Notahle, — Proverbe , sentence à conserver dans sa mémoire Brocard de droit.

Nolaire. —Ce titre appartenail à des officiers ûe dilTérenls ordres. Les secrétaires de IX'nîversilé,les greffiers des oûicialiié^^ <Jes parlements et des bailliages , les Secrétaires du rot , les officiers qui recevaient au nom du pape, du roi ou des seigneurs, les actes émanés d'une seule pereonne , ou les conventions arrêtées entre plusieurs individus, s'appelaient tous noiaires ; m^^^ «^s étaierït loin d'avoir luus droit à la considération publique. Leur Muibre était trop grand , et aucun û'mx ne pouvait vivre avec les béDéfices légitimts de sa charge ; ils étaient réduits à e^^rce^ d^autres professions , ou à commettre des friponnerî|^**'^"''^'j, »'s abus^j^nt de leur caracièrc cl de la cooO— ^^^" ** fthnfjuer des faui^afllard , dans ses S|

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^Orlmrii ^- fJom. i'i ce corpt emendu

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— Dondm Hum. Menw{| eurs de \

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avec Tune des parties , délivraient des expéditioiis différentes de la minute. Menot, dans ses Sermons, signale an public ce genre de fraude : et notarins, traistre Tabellion , dedil lilUras in oppositum venditionis : sed de omnibus hisjudex erit allissimus. Dom, 11, quad.

Note. — Air de musique. Note à danser : air de danse. Sonner la note : Jouer un air.

Nourrisse. — Jusqu'au règne de Louis XI, les femmes se firent un devoir impérieux de nourrir leurs enfants. Du temps de Coquillart les mœurs changèrent. La coquetterie amena la mode d'avoir des nourrices. C^est cet oubli du plus doux des devoirs, que le poète attaque avec une mordante ironie, à la fin de son chapitre de Jure nalurali.

Nourriture. — Satisfaction donnée aux appétits de Tamour.

Nouveau. — A la mode. Monde nouveau : jeunes gens , gens à la mode; homme nouveau , même sens. — Droits nouveaux : droits du jour , nouvellement rédigés , faits pour la mode et les moeurs du moment. Les G. N. N. se terminent ainsi : cy finissent les cent nouveaulx comptes des cent nouvelles nouvelles , composées et récitées par nouvelles gens despuis naguières, et nouvellement imprimées à Paris.

Nouvelleté. — Nouvel œuvre. Entreprise nouvellement faite contre les droits d'autrui. Rébellion. Nouvelles du jour : objets à la mode , chose nouvelle.

Noyé. — En Suisse et ailleurs les femmes adultères étaient noyées. — Jusqu'au règne de Charles VII, ce supplice fut inusité à Reims ; alors on noya les voleurs. Depuis , Louis XI usa de ce châtiment comme d'un moyen gouvernemental.

Noyse. ^ Quereïle , procès,

Myeu^ — fV. NiacsJ. Çi'lû s'est affaire aux nyels : c'est un point à fain! jugfir même par les novices.

DU oblcer : objecter. Rabelais dit

la dernière fols avec rassentiment du clergé. Les scandales qui en furent la suite , motivèrent l'interdiction de Téglise. — Passion d'Antiocbe : Goquillart fait ici un Jeu de mots : Ignace , 3« évéque d^Antioche après saint Pierre, fût livré aux bétessous Trajan. Goquillart, qui déclare la guerre aux longues chevelures , fait un sobriquet injurieux du nom de saint Ignace (saint Tignace) ; du moins c'est ainsi que peut s^expliquer Papostropbe de passion d'Antioche. Passion était le nom donné au supplice du martyr et au saint qui Tavait souffert.

Paslé. -^ De paslus : nourriture. Pâté , pâtisserie. Pasté de coings : coings conflts , élément digestif et stimulant. Goquillart feit peut-être ici un Jeu de mots. fV. Coing). Pasté de veau : le veau était la viande délicate réservée aux gens riches. Allusion aux habitudes gourmandes des hommes d'armes. (V- Gens d'armes.)

Pasiure. — Aliments : repas. Pain quotidien de Tamour. — Prester lecioulle à la pasture : livrer la meule à Tappétit de la béte , ne rien refuser aux désirs de l'amour. Pasture voulait dire aussi entrave mise dans des anneaux passés aux pieds des bestiaux pour les empêcher de fuir. Dans ce sens prester le moule à la pasture , serait présenter Tanneau à la barre de l'entrave : l'équivoque serait la même au fond.

Paslurer, -^ Satisfaire les appétits amoureux.

Pathelin. — Avocat fourbe et voleur, héros d'une des farces les plus célèbres du moyen-âge. Son nom devint synonyme de fripon ; on en ût un substantif qui siguiûa fraude , vol , mensonge, perfidie. Menot dit ludere du patelin^ pour tromper. Le pathelin d'un cedo bonis : ruse perfide d'un débiteur , qui, pour se libérer légalement , livre à ses créanciers ses biens qui souvent sont sans valeur réelle. — Patbeliner : tromper , mystifier , séduire , conter fleurettes , plaisanter.

Patte patac. — Bruit de gens qui caquettent.

Patience, — Ge mot se prêtait aux calembours. On disait patience, passe science.

Patin. — Soulier mince , au talon élevé , à la pointe aiguë. Les élégants avaient soin en marchant de faire résonner sur les pavés ou sur les parquets, le talon de leurs patins : cela s'appelait traîner, traignasser, faire claquer le patin. — Villon donne aux jeunes élégants de son temps les sobriquets de Musars et

avec Tune des parties, délivraient des expéditions différentes de la minute. Menot, dans ses Sermons, signale au public ce genre de fraude : et notantes , traistre Tabellion , dédit lUteras in oppositum venditionis : sed de omnibus hisjudex erit altissimus. Dom. 11, quad.

Note. — Air de musique. Note à danser : air de danse. Sonner la note : Jouer un air.

Nourrisse. — Jusqu'au règne de Louis XI, les femmes se firent un devoir impérieux de nourrir leurs enfants. Du temps de Goquillart les mœurs changèrent. La coquetterie amena la mode d'avoir des nourrices. C^est cet oubli du plus doux des devoirs, que le poète attaque avec une mordante ironie , à la fin de son chapitre de Jure nalurali.

Nourriture. — Satisfaction donnée aux appétits de Tamour.

Nouveau. — A la mode. Monde nouveau : jeunes gens , gens à la mode; homme nouveau , même sens. — Droits nouveaux : droits du jour , nouvellement rédigés , faits pour la mode et les mœurs du moment. Les G. N. N. se terminent ainsi : cy finissent les cent nouveaulx comptes des cent nouvelles nouvelles , composées et récitées par nouvelles gens despuis naguières, et nouvellement imprimées à Paris.

Nouvelleté. — Nouvel œuvre. Entreprise nouvellement faite contre les droits d'autrui. Rébellion. Nouvelles du jour : objets à la mode , chose nouvelle.

Noyé. — En Suisse et ailleurs les femmes adultères étaient noyées. — Jusqu^au régne de Charles VII, ce supplice fut inusité à Reims ; alors on noya les voleurs. Depuis , Louis XI usa de ce châtiment comme d'un moyen gouvernemental. .

Noyse. — Querelle , procès.

Nyets. — fV. NiaesJ. Gela s*est affaire aux nyets : c'est un point à faire juger même par les novices.

Obice. — Du verbe obieier^ ou obicer : objecter. Rabelais dit obicier^ et object pour objection.

Nonehalùir. — fV> Chaloir.J

Nopces. — Noces. Nopces frahcbes : au moyen-àge les noces se faisaient ayec grande pompe ; pour faire lace aux dépenses qu'elles entraînaient, on iiemandait à chaque convié son écot. Les noces franches sont celles qui se font aux frais des mariés et de leurs familles, sans foire payer les invités. Les franches repues de Villon sont des repas pris aux dépens d'autrui. Les nopces franches étaient celles des gens nobles et riches. — Pour estre plus jolie aux nopces , la robe fourrée de putois : aux noces les femmes rivalisaient de luxe et de toilette. Pour récompenser la valeur déployée contre Charles-le-Téméraire , par les femmes et les jeiines filles de Beauvais, Louis XI leur permit, en dépit des lois soraptuaires, de portgr les jours de noces tels vêtements et tels joyaux qu'elles voudraient.

Norme. — Loi , règle.

Notable. — Proverbe , sentence à conserver dans sa mémoire Brocard de droit.

Notaire. — Ce titre appartenait à des officiers de différents ordres. Les secrétaires de TUniversité, les greffiers des officialités, des parlements et des bailliages, les secrétaires du roi , les officiers qui recevaient au nom du pape , du roi ou des seigneurs , les actes émanés d'une seule personne , ou les conventions arrê— tées entre plusieurs individus , s'appelaient tous notaires ; mais ils étaient loin d'avoir tous droit à la considération publique. Leur nombre était trop grand , et aucun d'eux ne pouvait vivre avec les bénéfices légitimes de sa charge ; ils étaient réduits à exercer d'autres professions « ou à commettre des friponneries indignes; ils abusaient de leur caractère et de la confiance publique pour fabriquer des faux. Maillard , dans ses Sermons , les nomme : Falsificalores nolarii. — Domini de parlemenlo habentes unum falsarium notarium. Menot , L Dom. post. Pass. — FaUarii nolarii , faulseurs de vostre serment. Le même. Fer. 3. Dom. in Pass. — Louis XI avait tenté, en 1463 , de réformer ce corps dégénéré : il ne put y réussir. Coquillart fait du notaire entendu comme témoin , un personnage plus que ridicule, fy. Pauquaire.J — Notaire en parchemin de corne : notaire qui rédige des actes cornus , qui n'ont pas le sens commun. — Notaire en parchemin double : écrire et doubler un parchemin , c'était rédiger un acte sur parchemin et en faire ensuite une expédition. Notaire en parchemin double peut-être un homme bon simplement à copier un acte ; ou bien Coquillart fait allusion ici à une friponnerie commune à cette époque. Les notaires, d'accord

Pener, peiner. — Se donner du mal , se chagriner , se fatiguer. — Cabrioler, sauter, parader ; on disait dans le même sens faire pennade.— Penard signifiait aussi débauché, coureur de filles : pener, dans ce sens, vient du latin pénis ; membrùm virile, et signifierait foire l'amour fV. Peiner.)

Peneuœ. — Penaud , piteux , confus. Rabelais écrit Pesneux.

Pensées .menues. — - Tendres réYeries , pensées d'amour. Byoux, cordons, brodures que les amants échangeaient. La pensée était une fleur chère aux amoureux : les Jeunes filles les cultivaient sur leurs fenêtres, les arosaient quand leur bel ami passait, et avaient soin d'en foire tomber une fleur.

Pension. — Le roi donnait à ses favoris , aux gens complaisants et dociles à sa volonté , des pensions prises sur les revenus des bénéfices et sur les impôts. Aussi fallait-il augmenter les aides d'autant ; voici ce que dirent à cet égard les états généraux de 1484 : « Aussi qu'il plaise à messeigneurs qui prennent les pensions , culx contenter de la revenue de leur seigneurie , sans prendre aucune pensions ne deniers extraordinaires : au moins si aucuns en ont, qu'elles soient raisonnables, modérées et supportables , eu regard aux affections et misères du povre peuple. Car icelles pensions et deniers ne se prennent pas sur les deniers du roy, aussi n'y pourroit-il fournir; mais se prennent toutes sur le tiers état. Il n'y a si povre laboureur qui ne contribue à payer les dictes pensions , dont est advenu souvent que le povre laboureur est mort de faim et ses enfants, car la subsistance de laquelle il devait vivre est prise pour les dictes pensions. Il n'est pas à doubler que au payement d'icelles , il a aucune fois telle pièce de monnoye qui est partie de la bourse d'un laboureur , duquel les povres enfants mendient aux huys de ceulx qui ont les dictes pensions , et souvent les chiens sont nourris du pain acheté des deniers du povre laboureur, dont il devoit vivre. »

Pensu. — Pendu , pendant, de pendere. Rab. dit pensile pour pendant. — Qui a de la pance, gonflé.

Penthoufle, peniaufle (V. Pantoufle.)

Perdre les pieds. •— Tomber à la renverse. Cette locution en style graveleux a un sens facile à saisir.

Péremptoires. — Terme de procédure. Moyens qui renversent en la forme et au fond la demande d'un adversaire. La Coût.

de R. (i481 - 1S07 , art. 1 et 2, chap. V, 2« partie] Yoalait qu'on les proposât avec les exceptions déclinatoires et délatoires, afin d'accélérer la marche des procès. Aussi ^ dit le juge rapporteur, avant de discuter la régularité de la procédure : du surplus , vecy peremptoires.

Perruque. — Coquillart est le premier auteur qui ait feit usage de ce mot On nommait bucque une casaque et une coiffure qui tenait du capuchon et de la calotte. Les perruques couvraieiit la tète comme les bucques, aussi disait-on qu^elles étaient pareilles aui bucques , et qu^on pouvait les porter pour des bucques. Perruque Tiendrait donc éepro huques^ pour bucque, pair à bucque. On nommait perruque les longs cheveux, naturels ou empruntés : Coquillart leur a déclaré la guerre. Eustache Deschamps a fait aussi une ballade contre les dames qui portent de fiiui cheveux , elle a pour titre : De VEstrangeté de VÀiour et du Chief que plusieurs dames font à présent,

Atoomez vous d'ane atonrnnre plaine

De Yostre poil : d*autre ne tous sonviegne.

Ostez da toat ces grands hares de leax

Qui TOUS deffont. Nulle plus ne les preigne;

Rendez Temprunt des étranges cheveux.

Le mot perruque ne se trouve pas une fois dans la pièce. Monstrelet n'en use pas non plus quand il décrit la coiffure des élégants de 1467 : portaient aussi leurs cheveux si longs , qu'ils leur empeschèrent leurs visages, mesmement leurs yeux. Le mot perruque n'existe pas non plus dans le Règlement des Barbiers de Reims, rédigé en 1473. Coquillart est donc le premier qui lui ait donné les entrées dans le monde littéraire , mais il lui vend cher son passeport. La perruque, pour être à la mode, devait tomber jusqu'aux yeux, cacher les oreilles et tomber sur les épaules ; les cheveux devaient être frisés à l'extrémité , il fallait les porter blonds ou d'un jaune ardent. On les teignait avec une infusion de pelure d'oignon. fV. Bacin.J Le règne des cheveux longs finit avec celui de Louis XIL Melin de Saint-Gelais , comme Coquillart^ ennemi des têtes chevelues, fit l'éloge des courts tondus sous le titre de : Le Blason des cheveux coupés.

Perruquiet , perruquien , perruquiant. — Elégant aux longs cheveux. Coquillart donne aux Suisses le sobriquet de perruquien. L'Helvétie brillait alors d*un vif éclat; ses hommes d'armes étaient les héros du siècle ; ils dirigèrent un montent la mode. Rabelais dit esperruquets (éperruqués) pour tonsurés.

Pers. — Bleu , bleu de mer, bleu verdâtrc.

Persévérance. — Fermeté avec laquelle les préyenus supportaient la torture. Constance d'un religieux à suivre la règle de son ordre. Goquillart plaisante en appliquant cette expression au mari trompé^ qu'il engage ironiquement à la patience.

Persuasion. — Arguments présentés pour convaincre le juge, moyens persuasife , séduction.

Pert. — Il n'y pert. Il n'y paraît pas.

Peson. — Bouton de fer ou de pierre percé , mis au bout du fuseau pour lui donner du poids et le faire mieux tourner. C'est mal filer prendre fuseau sans peson , c.-à-d. , j'ai mal réussi dans le monde, parce que je n'avais pas la souplesse nécessaire pour tourner à tout vent.

Pet (Pas un).— Pas un soufle, pas un murmure. Ou : pas un pas ; ne bougez pas. Pet, viendrait alors de ped, pied, pas.

Petitoire. — Terme de procédure. Action qui a pour but de faire juger à qui appartient la propriété d'un objet en litige. Au possessoire on tendait seulement à faire juger la question de possession, irétait défendu de cumuler les deux actions. C'est cependant ce qui arrivait sans cesse ; ce genre de procès était devenu fréquent en matière de bénéfices, depuis la révocation de la pragmatique : une prébende se voulait souvent à la fois accordée à un individu par le collateur ordinaire , et à un autre par la cour de Rome. L'un des deux entrait en possession et l'autre Itittaquait ; le possesseur voulait faire juger l'affaire au possessoire , son adversaire tendait au petitoire^ et demandait à cumuler les deux actions { la chancellerie accordait à ses protégés des lettres au termes desquelles les tribunaux devaient juger à la fois la question de possession et celle de propriété. L'ord. de novembre 1507 défend aux magistrats d'accueillir de pareilles demandes, et de tenir compte des ordres surpris à la religion du roi et à la faiblesses de ses ministres. On conçoit ce qu'avaient de triste de pareils procès, combien de révélations honteuses ils provoquaient, que d'intrigues coupables , de simonies , de marches ignobles ils dévoilaient. Coquillart, témoin de tous ces scandales, y a fait plus d'une allusion mordante -, le procès d'entre la Simple et la Rusée, l'enqueste qui en est la suite, sont la parodie des procès plaides en matière de bénéfices. fV. Possessoire.)

Peuli '- qui peuU , il veult. — Tout ce qu'on peut , on le veut. Proverbe applicable aux abus et aux excès. Menot dit en sens inverso : qui peut, il ne veut ; qui veut souvent, il ne peut;

il signale ainsi les caprices de Tespèce humaine , les regrets tar dife qui suivent ses actions.

Philippe-le-Conquérant — PhiUppe- Auguste fit la guerre à trois rois d'Angleterre : Henri II , Richard €œur-de-Lion et Jean -sans-Terre. Il leur enleva la Normandie, TAnjou, le Maine, le Poitou et la Touraine. Le 27 Juillet 1214^ il battit à Bouvioes Temperaur Othon, et Ferrand , comte de Flandres.

Picotin. ^ Redevance conjugale. Impôt périodique demandé et payé par Tamour. Rabelais dit dans le même sens : Bailler Tavoine au point du Jour.

Pieque. — Fer de lance, lance de fantassin , pointe, coup de pointe. Embarras, dUBculté» querelle, émeute, insurrection.

Pie (Faire la queue dej. —littéralement avoir la queue en rair comme les pies. Il y a ici une équivoque graveleuse. On disait dans le même sens fiiire pierrot belle queue , faire le hochequeue; ce nom est celui d'un oiseau qui remue sans cesse la queue. — Goquillart songe peut-être aussi à ridiculiser les casseurs d^assiettes , les matamores qui affectent de relever en Tair et par-derrière la pointe de leur épée. — Pie signifiait aussi boisson, action de boire, crocquer pie, c'était boire d'autant. (V. Pier.J Faire la queue de pie, dans ce sens, c^est lever le coude et renverser en Tair le pied du verre. Du temps de Goquillart, le célèbre Sylvius Œneas parvint à la chaire de saint Pierre , il prit le nom de Pie IL Gomme ecclésiastique, il avait défendu au concile de Bâle la pragmatique sanction; comifie pape il obtint de Louis XI sa révocation. Sa popularité dut en souffrir, et plus d'une plaisanterie dut être faite à Taide de son nom pontifical.

Pieça. — Depuis ce temps-là , après ^ depuis longtemps , après cela. ^ Ge mot parait venir de pièce de temps il y a.

Pièce haulle. — Vêtement ou partie de Tarmure couvrant la gorge, corset. (V. GorgiasJ.

Pier. — Boire. On fait venir ce mot du latin potare ou du grec pinein, piein, Pyer un coup de quelque bon vin vieulx. Path. On nommait les buveurs pions, ou crocquepies. Le piot était le vase contenant le vin.

Pierre à fusil — Pierre qui lance rétincelle sous le briquet qui la bat ; toucher la pierre à fusil, c'est allumer le feu d'amour.

Pigner. — Peigner , frapper. Rab. dit dans ce même sens donner un tour de pigne. ^ Se pigner ; se coiffer, se peigner, s'arranger , se teindre les cheveux.

' 189 ^*W'- — R^TCfs (Tuiie pièce de monnaie. Monnoie. (V. Cmix.J

PUleries. — La toiflore qu'on nommait mortier était garnie de deux budcs d'étoÊks qui ressemblaient à des pilons quand elles pcndakat: on les nommait piUettes ou petits pilons.

Pipée œkautrà laj. — fF. Chasser,) Provoquer les galants par des oeillades et de doux propos.

Pipi- — Cri des souris et des oiseaui. Les'auteurs d^ouvrages relatif à l'art de la Ténerie disent le pipi, les pippis des oiseaux. Pipcor signifiait oiseleur. Les pipeurs employaient pour inuter léchant des oiseaux, de petits tuyaux qu'on nommait pipes.

P^nctdadier, — A celte époque , plusieurs grands dignitaires de rÉglise tenaient une conduite scandaleuse. Menot et Maillard accusent aussi les chefe du clergé de luxure et de débauches. — Dadier signifiait dattier. Peut-ôtre le nom de Pincedadier ne désigne-t-Q personne particulièrement. Les vers qui raccompagnent expliquent ce que pinçait M. de Pincedadier.

Pique. — Lance de piéton , fantassin. fV. PicqueJ

Piteux. — Pieux , accessible à la piété, pitoyable. -*• Piteux comme un beau crucifix : humble , patient, faisant pitié comme le Christ sur la croix. On disait pour un Christ en croix, un Dieu de pitié. — Piteusement, de manière à faire pitié.

Placet. — Requête présentée au juge , pour obtenir audience : elle commençait par le mot placeat. Si la réponse du juge était fayorable^ il commençait son ordonnance par le mot placet. On finit par nommer placet la permission d'assigner et l'assignation. On fait aussi venir placet de placitum , plaid.

Plaisance. — Plaisir, gatment. — Enfants de plaisance, enfants de la joie. — Plaisant, qui plaît.

Plail.ploit, plet. — Plaid, plaidoyer, procès, querelle, do placitum.

Piastre. — Terrain battu , mur, maison. L'ung à la boue , l'autre au piastre. L'un est jeté dans la boue, l'autre sur le mur, ou sur la chaussée, le payé.

Plat. — Vil flatteur, bon valet, courtisan. Bien jouer du plat, faire le plat, le flatteur servilc.— Plat signifiait aussi écrasé, refuser tout plat, c.-à-d. nettement, avec rigueur.

Playdier, plaidoyer, — Plaider, dire en plaidant, en parlant haut. ^

Playe surplaye^ traces sur traces, font une probation certaine. — Brocard de droit criminel. Les empreintes d^un pas laissées sur le théâtre d^un crime, quand elles ont la même forme que celles produites par la chaussure du prévenu , forment contre lui une preuve certaine. De même des blessures comparées entre elles et trouvées semblables , sont nécessairement faites avec la même arme. Si des entailles faites avec une arme saisie entre les mains du prévenu , sont pareilles à ses blessures , la Justice peut se croire en possession du coupable.

Plomb. — Sceau de plomb mis au bas des lettres de la cour de Rome , quand elles sont expédiées. Il fallait payer des droits très- forts pour obtenir son apposition ; les scelleurs élevaient difficultés sur difficultés, pour avoir occasion de rançonner les impétrants. Aussi, dit Goquillart, peine est au plomb : en matière de bénéûce d'amour, Texpédition coûte peines et larmes. « Au service d'amour, n'y a jamais une joie qui ne coûte cent douleurs. » Mart. d'Acv.

Plume. — Chose légère. Mes mignons escoutez la plume; nous avons trop parlé latin , écoutez des propos joyeux.

jPoac. — Exclamation. Goquillart s'en sert pour exprimer tantôt Tadmiration , tanlAt le dégoût et le mépris. Dans ce dernier sens , on disait aussi poua , pouas ou pouah.

De court, poac! ce n'est qae blason.

€e vers fut prononcé devant Charles VIII el toute sa cour ; c'était une hardiesse.

Poetras (Marion de traîne). — A la gorge pendante , aux seins traînants. Poetras vient A^pectus : on nommait poetrat ou poitras , la partie du harnais qui couvrait le poitrail du cheval. Dans les XlV^^et XV« siècles, les femmes à Reims étaient désignées par des sobriquets. Les bourgeoises et les damoyselles n'avaient pu se soustraire à ce baptême populaire.

Poignant. —Participe présent de poindre, piquer, faire pointe, percer. Sein poignant , naissant , terminé par une petite firaise ferme et rose.

Poincts. — Faits articulés et qu'on doit prouver.

Point. — Négation : ne point. — En poûit : cri de guerre ;

en pointe , en ayant , au but. — • Point signifiait auSBi éUt , posillon , fortune, toilette. Etre en point comme un brigand de bois : être babillé comme un brigand. Etre bien en point , être en bon point : en bonne tenue. — Etre en point fost pour aller yeoir son grant père: être babillé assez bien, même pour aller voir son grand père; c.-à-d. être yêtu avec décence. — Mettre en point: babiller, mettre quelqu'un sur un bon pied, en bonne tenue.

Poireau , poUeau , poriaulx. — Pendants d'oreilles en forme de poire. — Légume dont la racine ressemble à une barbe blanche : emblème des yieux galants , tête blancbe et la queue verte. ^

Pol : bon gré saint Pol. — Que saint Pol me Tienne en aide : qu^il veuille bien me défendre ; cette exclamation est poussée au moment où un chien saute au col d'un mignon qui vient à un rendez-vous. N'y a-t-il pas là une allusion à la mort du connétable Louis de Luxembourg , comte de Saint-Pol , capitaine de Reims en 1471, décapité à Paris. Il y fut conduit par le sieur de Saint-Pierre. Jehan Molinet plaisante aussi sur ces deux noms.

Pollir son collet. — Ajuster sa collerette , en faire disparaître les plis. On nommait collet le haut de la robe qui s'ouvrait et découvrait les épaules et les seins. Dans ce sens , pollir son collet c'est se laver les épaules et la poitrine, pour rendre la peau blanche et plus douce.

Pomper. — Faire toilette , s'habiller avec luxe. Rabelais dit dans le même sens se pomper. Pomper signifiait aussi faire de la dépense, mener grand train. Pompans : élégants, gens à la mode , faiseurs d'embarras. Pompans légistes : princes du barreau, oracles du droit, avocats qui gagnent.de l'argent et qui en dépensent.

Ponce arrache-boyaulx. — Parmi les agents de Gochinart ijgure un nommé Poncelet : c'est peut-être à lui que pense le poète. fV. Arrache-boy aulx J

Ponts (De là les) — Goquillart place à Paris le tbéêtre de ses aventures galantes. Cependant cette expression peut-être une allusion à certains faits arrivés à Reims. A l'entrée de la ville , il y avait deux ponts sur la Yesle , et de nombreuses habitations se trouvaient de ce cêté.

Popin. ( V' Abreuvoir.)

Port. — But auquel on tend , arilc, protection , bonnes grâces . L'ord. sur le faict des masques veut qu'on leur donne confort, ayde , port et fiiTeur. G. d^Aurignt.

Porte-colle, — Porte-copie , porte-ràle. Personnage qui, dans la représentation des mystères , tenait en main le manuscrit et aidait la mémoire des auteurs. — Clercs , quand ils ont leur porte-colle : docti cum libro, savants quand on leur souffle ce qu'il tout dire. — Rabelais emploie aussi le terme de portecolle. (Y, Protocole.)

Porter. — Supporter, soulager, venir en aide. — Mettre en avant, porter aux nues.

Posé. — Supposé. Posé que : quoique, supposons que , quand même, il est posé en principe que.

Position. — Faits allégués , exposés au juge chargé de les examiner.

Possession, — Faits articulés pour prouver qu'on est possesseur; on disait poser ses possessions, avancer possessions contraires. Coût, de R.

Possessoire. — Action tendant à faire juger à qui appartient, la possession d'un objet en litige. Voici ce que dit la Coût, de R. (1481 - 1507), des conditions qu'il tollait réunir pour plaider au possessoire, et la forme de procédure qu'on devait suivre : « Quiconque a joy et possède ail et jour, paisiblement et publiquement d'aucun héritage , et d'aucune chose dont l'on se peuU dire possesseur, par luy ou par autre dont il a le droit; et de-. puis, il est troublé ou empesché dans sa possession et saisine par voie de fait , il peut dedans l'an et jour du trouble à luy fait, et non depuis , ne après l'an passé , intenter et mouvoir contre le perturbateur çt empescheur, son procès et sa poursuite en cas de saisine et de nouvelleté , par devant le juge royal, soubsle ressort duquel la chose est assise , se b.on semble à tel intenteur , le intenter en cour royale ; ou se bon semble le pourra intenter par devant le juge ordinaire, soubz lequel la dicte chose est assise : art. 1^ chap. II, 2P partie. Goquillart fait plus d'une allusion h ce texte. (V. PétitoirCj Saisine, Nouvelleté et Relation.) — Possessoire signiûait aussi possession, entrée en possession, jouissance d'un bénéfice et de ses privilèges et revenus. Pour obtenir le possessoire d'un bénéfice, il fallait payer la taxé fixée par la cour de Rome. {V. Taxe.) Le poète , qui compare l'amour aux bénéfices d'église , dit que le, possessoire d'amour ne s'ob-

lient qu'en payant la taxe , c.-à-d. en achetant les (ayears des belles. Toutes ces plaisanteries sont des traits lancés contre Rome.

Poste. — Ce mot avait alors deux sens, et on lui donnait deux racines. — On le fiiisait venir de potestas , et alors il signifiait pouvoir, caprice. Mart. d^Auv. écrit dans ce sens : fiiire tourner le vent à sa poste. On disait au XIII« siècle : il post pour il peust , Il peut. On nommait gens de poste , les serfs y les vassaux sur lesquels le seigneur avait plein pouvoir. —Le 19 juin 1464, Louis XI créa rinstituUon des courriers royaux ; il fit placer de distance en distance des hommes et des chevaux prêts h porter ses ordres : le mot poste ne se trouve pas dans Tord., mais on dit bientôt un poste pour un postillon , un courrier; ce terme se trouve dans les Doléances des Étals généraux de 1484 , dans les dépenses de la ville de Reims, 1485. Ce mot venait-il de potestas j et disait-on que le roi avait des chevaux de poste, c-â-d. à ses ordres ? ou poste vient-il de ponere , positum ? Les coureurs et les chevaux étaient placés d'avance en certains lieux : dans ce sens on disait poste militaire, être à son poste , soldats apostés, c.-à-d. posés en embuscade. — Le mot poste se trouve deux fois dans Goquillart : j^en cuydois jouir à ma poste, c.-&-d. à ma fantaisie. — On fume, on a poste à Gauthier : fumer veut dire faire du mauvais sang, se chagriner, avoir des vapeurs : Gauthier était synonyme de vert galant Joyeux compère. Avoir poste à gauthier, c^est avoir des plaisirs en réserve, des bons mots h sa disposition, des idées riantes sous la main, c^est courir poste joyeuse, la poste d^amour.

Pou. — Peu : pou h pou , peu à peu.

Poullet. — Les soldats maraudeurs prétendaient n'aller dans les fermes que pour prendre des œuiis , mais on leur reprochait de prendre aussi les poules et les poulets :

Je laisse aux joyeuses fillettes

Soyvans armées, fort inclines

De humer les oeufs des poullettes.

Et de rôtir grasses gellines, etc. J. Molinet.

Avoir eu poullets et oeu&, c'est avoir dérobé tout ce qu'on avait pu prendre.

Poulain. — Jeune cheval. fV> Entravé.J

Poulaine f Souliers à). — Chaussure terminée par une pointe longue , aiguë , tantôt recourbée , tantôt s'appuyant à plat

sur le sol. On prétend que cette mode doit son origine et son nom à la Pologne. Elle sMntroduisit en France sous Charles V, et finit avec le XV* siècle. Menot nomme ces chaussures solu lares à pointe. Un règlement fixa la longueur de ces pointes , et la proportionna au rang de chacun. Les poulaines démesurées lurent réservées aux princes et aux grands : cet édit fut peu respecté, et chacun se prit h porter poulaines'de plus en plus longues. Mart. d'Auyergne peint les valets occupés h redresser chaque matin les poulaines de leurs maîtres ; dans le 42" arrêt d^amour il fait plaider les cordonnierSiContre les galants qui ne veulent pas augmenter le prix de leurs chaussures, et qui les exigent énormes et garnies de hourre.

Poupées. —Jouet d^eniiuit : de puppttf petite fille, ou de Poppéa* Néron fit multiplier les statuettes de rimpératrice Poppée. On en trouve quelquefois à Reims. Dans cette ville , on appelle bobbée, une petite fille mutine et capricieuse.

Pourypaure. — Pauvre.

Pour. — Au lieu de ; par le moyen , pour servir aubade : parce qu'on aura servi aubade , au moyen d^aulMide. — Pour ce : pour ce que : parce que ; — pour ce moyen : par ce moyen ; — pour vous : par vous , à cause de vous.

PourceUtte. — Petite truie : enseigne d'un hfttel célèbre à Reims, dans les XIV« et X V« siècles. Elle appartenait à l'abbaye des Trois-Fontaines ; lebailly de Yermandois y descendait, quand il venait de Laon tenir ses assises.

PoufrAcM. —Chasse, recherche, désir, demande, poursuite, conduite d^un procès.

Pwkfreux. —Peureux.

Pourq^)! , pourUmi. -^ Pour cela, pour laquelle chose, malgré cela , néanmoins.

Poussière. — Poudre à canon.

Practicien. — Homme de loi , savant en procédure.

Pmcliquej pralicque. — Science des lois , des formes judiciaires. Procès, intrigue, habitude, conspiration. Moyen, ressources. — Chalant , client , homme qui fréquente habituellement une maison , une boutique , une femme galante. Practique est rabrégéde pragmatique. Pmgmaticum signifiait acte public.

constitution , loi. Pmgmalicus voulait dire praticien , homme d'aflàires.

Pragmatique. — La pragmatique sanction fut rédigée à Bourges , en 1438. Elle avait resserré dans des limites étroites les prétentions de la cour de Rome au droit de conférer les dignités ecclésiastiques. Cependant on avait laissé à sa disposition un certain nombre de bénéfices par diocèse. fV. Collation j Patron). Charles VU avait approuvé la pragmatique \ c'était déjà un motif pour qu'elle déplût à Louis XL Pour se concilier le souverain pontife , il consentit à la révoquer, et les lettres de révocation , en date du 27 novembre 1461 , furent déposées au trésor des chartes , comme ayant force de loi. Si la consternation fut grande dans TËglise de France , la joie fut vive à Rome. Le pape se remit en possession du droit de prévention , que la pragmatique lui avait refusé. fV. Prévention.J Le clergé gallican combattit pour la défense de ses droits , les parlements prirent sa défense , et Louis XI , à la fin de son règne, fut contraint par les plaintes unanimes de la nation , de revenir sur la révocation qu'il avait consentie. Coquillart fait plus d'une allusion satyrique aux abus qui suivirent la révocation de la pragmatique. — En matière de bénéfice d'amour, chacun veut avoir la prévention (V^ ce mot) yC.-k-d. chacun veut, par ses intrigues et ses présents, prévenir ses rivaux. Le poète se demandes! ce n'est pas là le cas d'invoquer la pragmatique , et il répond que non , parce que les bénéfices d'amour^ comme ceux de l'Eglise , ne se donnent qu'aux gens riches et nobles : on les préfère aux pauvres écoliers. La pragmatique défendait de conférer les bénéfices aux étudiants , elle abrégeait le temps des études en faveur des jeunes gens de bonne famille. Ainsi , en amour , comme à Rome , comme partout, puissance et richesse régnent et écrasent faiblesse et pauvreté.

Pragoyg. — Jean Huss mourut en 1415. Ses partisans prirent les armes, et pendant longues années ils ravagèrent la Bohème, pillant les églises et massacrant prêtres et moine^. Ils étaient partis de Prague , aussi les appelait-on Pragois ou Hussites. Leurs excès les firent connaître au loin. On nomma couteaux pragois i^ne espèce de poignard. La guerre impie que Louis XI fit à son père , reçut le nom de praguerie. Le 14 1464 , la France fit traité d'alliance avec la Bohème. Tous ces faits expliquent pourquoi Coquillart parle des Pragoys et célèbre leur humeur guerrière.

Préau. — Petit pré. Gazon placé dans une cour , dans un cloître.

Prébende. — Quand les membres des chapitres cessèrent de vivre en communauté , chacun reçut sa part dans les revenus communs. Cette part reçut le nom de prébende. Les chanoines devaient s'en contenter, ils ne pouvaient y réunir ni bénéfices, ni chapeltenie ; d'un autre c6té , on ne pouvait obtenir de prébende si on n'était chanoine. Voilà ce qui devait-ètre ; mais les choses sous Louis XI se passaient autrement: les laïcs, les abbés , les évéques s'emparaient des prébendes , les chanoines usurpaient bénéfices , chapellenies et oblations ; les fevoris de la cour, les députés complaisants profitaient de ces abus. « VidetU prolimolaries, et abbates^ et cawmieos habentes M b<ma ecelesiœ qu'ils en crèvent. » Menot, fer, IIP, pasL i, Dam. quad. Une bulle entérinée au parlement en 1489, autorisa les chanoines de Reims à cumuler bénéfices et prébendes, et les dispensa de résider dans Vabbeye ou dans le prieuré dont ils touchaient les revenus.

Préface. •— On nomme ainsi une prière dite sur un ton grève par Toflleiant, précédée de leçous qu'il récite, el de répons chantés par les fidèles. En la messe il y a pré&ce : c.-è-d. on parie à haute voii , et les propos s'échangent sur ce ton sans interruption.

Prélat. — De prmtatus , préféré , élu parmi les antres. Titre d'honneur donné aux évéques , aux abbés , aux dépositaires ecclésiastiques ayant droit de Justice, et aux officiers clercs de la cour de Rome qui portaient le costume des évéques. — Prélat d'honneur : Goquillart désigne sans doute ainsi les fils de Cbimille destinés aux grandes dignités ecclésiastiques , et souvent appelés à des fonctions dont leur jeunesse leur interdisait l'accès. Ils n'avaient ni le savoir , ni l'expérience nécessaires pour les remplir avec convenance ; aussi le poète les introduit-il dans une assemblée de femmes bavardes et médisantes ; il ajoute qu'ils tâchent d'y avoir une place d'enfant de chœur : c'est encore un trait de satyre. Lorsqu'un jeune homme obtenait avant l'âge un rang dans le haut clergé , une place de chanoine par exemple , À Reims , on le faisait asseoir à c(^té des enfants de chœur : Canonicus recipiendus, si puer est , id est non in sacris ordinatus, débet esse tonsus ut pueri chori. . . . insiallatio prepositi, si non est in sacris j cum pueris ckori primo loco etû. Ordo receptionum. G. Fiuastre. C'est ainsi que du temps deCoquillart, J. Juvenal, fils du chancelier G. Juvenal , nommé chanoine de Reims en 1457, pendant qu'il était écolier à Orléans, s'asseyait parmi les enfants de chœur. Eustachc Juvenal, nommé vidame lorsqu'il n'avait pas vingt ans, avait une place du môme

genre. — Coquillart confle à un prélat le soin de dégrader la dame qui donne à un second amant Tétoffe qu^cllc a reçue d^un premier. C'est une allusion à la dégradation ecclésiastique. L'é- ▼èque, revêtu de ses habits pontificaux , prononçait la sentence qui dégradait le clerc coupable de sa dignité , ou dépouillait le condamné de son costume , et on le livrait aux Juges séculiers : ordinairement c'était Tofficial qui lisait Tarrét au nom de Tévéque et de son chapitre. Dans le XV« siècle, quelques prélats méritèrent répithète de mauvais garçon , et auraient pu subir justement la dégradation qu'ils avaient peut-être prononcée contre d'autres.

Prendre. — Apprendre. Prenez Part de je m'en esbas : apprenez à dire de bonne grâce : je m'en réjouis.

Préparatoire. — Jugement ou acte de procédure qui tond à éclairer le fond d'une aCTaire , et à en préparer la solution.

Prescher son osl. — Haranguer ses soldats. Il est curieux de rapprocher de la harangue militaire prononcée par Coquillart , celle que donne comme modèle le Rosier des guerres , traité de politique qu'on suppose rédigé par Louis XI pour l'éducation do son fils (( le prince doit altraire autour de luy gens saiges et vaillants en guerre. . . et eulx venus devers luy. . . les doit mercier et louer de leur bon vouloir et diligence » et leur promettre des biens : et de grant courage et fier, et par parolles et contenance de guerre , leur remonstrer les torts et oultrages des mauvais ennemis , et les bons droitz du royaulmc , réciter les prouesses de leurs antécesseurs , et les vertueuses batailles , les' biens et honneurs qui leur peuvent avenir par subjugant les ennemis. . . et soit la chère des princes de courroux et de ire sur les ennemis, son semblant terrible , sa voix menassablc ; et que son cheval hénisse et frappe le pied contre terre , et Tace tant que maintes fois, ains qu'il ait fini ses exorcitations , la noyse lève et les cris entre ses gens, comme s'ils fussent à la mesléc. »

Présenter. — Représenter.

Présens (Je). — Je pressens , je devine.

Présomption. — On jugeait alors par présomption, et les aflàires étaient- livrées à la sagacité du juge et à sa conscience.

Presser un drap. — Les drapiers , pour allonger les draps , les foulaient et les passaient en un cylindre chaud : pour empêcher l'acheteur de voir combien celte opération les rendait clairs et

légers, on ne les tondait pas. Aussi, Louis XI ne pennit-il la vente des draps pressés , que quand ils étaient tondus avant d'être mis en presse : 22 mai 1473. — Louis XII défendit de presser les draps avec un cylindre chaud et de métal, à peine d'amende et de confiscation : mars 1498.

IHtst se doit faire gratis. — L'Église condanmait les prêts à intérêts comme usuraires.

Prester. — Prêter , livrer , satisfiiire , donner, payer Timpêt. — Prester Tapétit sensitif, satisfaire au désir d'amour. /T. Instrument, Moulle, MosU.)

Presteur, — Prêteur. (V, DictJ

Preslre Martin. — Le nom de Martin était porté par le bas peuple : on le donnait comme sobriquet aux gens inférieurs , aux clercs du bas étage , à ceux qui assistaient le prêtre à la messe. Mart. d'Auvergne décrit le chagrin d'un amant qui se fSut cordelier par désespoir, il luy fait dire :

J'estuye le prêtre et Martin , Car, je respondoye en chantant Et parloye françois et latin.

Il dictait seul les leçons et les respons : il parlait et chantait seul. On nommait prestre Martin les prestres qui n'étaient pas embarrassés pour dire la messe quand ils étaient seuls. Depuis, ce surnom devint celui des gens à expédients , qui ont plus d'un tour dans leur sac. C'est dans ce sens que Goquillart l'emploie.

Prud'hon. — Prud'homme , homme âgé , réservé. Les tribunaux de prud'hommes sont antérieurs à Louis XI. Cependant il rendit la première ord. qui régularisa cette institution paternelle : elle est datée du 5 mars 1463, et fut laite pour les foires d'Orléans.

Preux. — De probus ou de prudens. Prud'homme , probe , prudent, homme de bravoure et démérite. Combattre les neuf preux : c'est une gasconnade militaire , être prêt à tout entreprendre , braver en paroles les plus terribles adversaires.

Prévention. — Le patron et le coUateur ordinaire donnaient les bénéfices vacants : c'étaient leur privilège; mais le pape en disposait souvent sans les consulter , et prétendait agir régulièrement, pourvu qu'il ait eu la prévention, c.-à-d. que sa décision fût antérieure à la présentation du patron et à la collation de l'ordinaire. Louis XI s'était soumis à cette prétention du

souverain pontife. Aussi, dès qu'un bénéfice vacquait , les intrigants se hâtaient d'envoyer h Rome un émissaire chargé de leur requête, pendant que le patron et le collateur délibéraient. Ceuxci cherchaient à empêcher le départ des courrier» pour le Vatican, et quand ils pouvaient, faisaient visiter leurs dépêches et supprimer les lettres qui priaient le saint Père d'user du droit de prévention. C'était une source de scandale et d'abus. Le pape allait plus loin : pour annuler les précautions prises en France, il donnait des lettres de grâces espeetatives , c.-à-d. qu'il disposait des bénéfices avant leur vacance : dès qu'ils vacquaient, celui qui avait obtenu de pareilles lettres , les exhibait et se mettait en possession. Coquault constate que le pape donnait jusqu'à 150 grÂces espeetatives en même temps , sur les 70 prébendes de Reims. Ces luttes et ces intrigues nuisaient au respect dû à l'Eglise. Coquillart, dans sa satyrique Comparaison des bénéfices d'Église et des faveurs d'amour, dit qu'en amour chacun veut avoir les préventions , chacun veut prévenir ses rivaux.

Prime (A). — Au commencement, au début.

Prince. — La dernière strophe des ballades commençait presque toujours par ce mot. « Ceux qui avoient et ont accoutumé de faire en cette musique naturelle , serventois de notre dame, chan çons royaulx , pastourelles, ballades et rondeaulx, portoient chas- €un ce que fait avoit , devant le prince du puys, et le reoordoit par cuer. » Eust. Deschamps. Le puy d'amour était une sorte d'académie galante, qui se tenait dans chaque province : son président portoit le nom de prince. Les quatre derniers vers des ballades lui étaient adressés : aussi cette strophe se nommait-elle l'envoy ou le prince. G. Crétin et J. Marot commencent souvent l'envoy par les mots prince du puy. Plus tard , la poésie adressa ses hommages aux puissances temporelles , et le mot prince désigna le roi et les princes du sang.

Princesse de basse contrée. — Fille publique. Les mauvais lieux étaient relégués dans les lieux écartés, au bas des remparts. Par opposition , on donnait aux dames nobles et riches le titre de femme de haut lieu , de haut estât, de haute volée.

Prindre. — Prendre: il print, il prit. — Prins : pris. Corset bien prins : qui prend bien le corps et le maintient avec grâce.

Prinse de corps. — Prise de corps, arrestation. Voie de fait qui vicie la possession.

Pris. -— Prix , estime. — On disait en sens inverse : despris , mesprls. — Prisé : précieux , aimé , préféré. — Priser : estimer, apprécier, goûter.

PiivauUé. —-Familiarité , intimité. Grand privaulté engendre Tilité : qui se familiarise trop, s^expose à se foire mépriser. — Privement : fomitièrement^ avec la confiance qui naît de Pintimité.

i'n>cé«. — Instance judiciaire. Dossier. Marche, intrigue, prière, projet.

Procuration. -* En France on ne plaide pas par procureur ; ce brocard de droit fut en vigueur jusqu'en 1484. Alors les Etats- Généraux proclamèrent le droit qu^avaient les parties de se faire représenter en justice. Depuis longtemps en pratique il en était ainsi ; seulement II fallait obtenir Tagrément du tribunal. La Coût, de A. avait, en 1481, posé en principe qu^on pouvait plaider par procureur. Les offices de procureur ne datent que du XVI« siècle ; cependant le titre existait antérieurement , et il y avait des avocats qui en remplissaient les fonctions. Menot leur reproche des turpitudes et des actes de cupidité de tout genre.

Production. — Produire ou faire la production c'était remettre les pièces d'un procès entre les mains du juge : il fallait y joindre les épices. Goquillart nomme production au procès d'amour, et la requête présentée et les dons à y joindre , en guise de preuves et d'argument. — On disait : amour de femme et ris de chien , tout n'en vault rien à qui ne dit : tiens.

Pn)/}li. — Progrès, bénéfice. —Faire prolfit de troubler: réussir à troubler , spéculer sur le trouble.

Promoteur. — Officier des tribunaux ecclésiastiques, qui remplissaient près d'eux les fonctions du ministère public.

Propice. — Propre , favorable , commode , prêt , proche , présent, spécial, facile à comprendre.

Proposer. — Délibérer , soutenir une proposition.

Propre. — Habile , prompt , spécial. Possédé par quelqu'un. Elles ont toutes propres leur maquerelle : c.-à-d. à leurs ordres, travaillant pour elles seules. — Propre ; ce que chaque époux apporte en mariage , ce qu'il recueille en succession pendant sa durée.

Prose. — Cantique chanté à la messe.

/>n)lAÔco<(e.— Protocolle, de protas premier et de kola feoilley page , parchemin. Protocolle signifiait brouillon à recopier , minute à expédier. Premier feuillet d'un volume, intitulé, préambule d'un acte , d'une loi , d'un traité. — Les ord. de 1433 et 1437 , nomment protocolle le registre où les notaires inscrivaient les minutes dont ils donnaient copie. On appelait de même le recueil des formules que consultaient les secrétaires du roi , quand ils avaient à expédier des lettres patentes , et le registre où ils copiaient les projets de lettres et d'ordonnances à expédier. — Femme qui est prothocole a bons copistes , c'est celle qui se laisse feuilleter , compulser par ceux qui le désirent : on peut y avoir recours au besoin.

Prou. — Bien , avantage , de providere. Un grand prou face : grand bien lui fasse. — Prouende^ provende : provision, pâture, ce qui satisfiiit les besoins de l'homme.

Provision. — Vivres, munitions. Précaution, prévoyance, prévision. Ce qu'on obtient en justice avant la ûo du procès ; ce qu'on prend en attendant mieux. — En matière de bénéfice ou d'ofDce, la provision était la nomination.

Psaullier. — Recueil des psaumes. — Livre qu'on feuilleté souvent : on donnait ce nom aux appas d'une femme. Dans la farce de la Pipée un des personnages nommé Guyder, prétend qu'il lui faut une jeune fille de quinze ans , qui ait beaux yeux et soit bien charnue ; on lui répond : quel psaultier pour moyne à dire matines ! — Gloser sur le gros psaultier, est une plaisanterie du même genre. Cette locution peut signifier aussi causer sans fin. Les psaumes ont eu de nombreux et d'intarissables commentateurs. — On écrivait alors indistinctement psaultier ou saultier. Ce dernier mot se prétait encore mieux aux équivoques; il rappelle le sault de Michelel. fV. Michelet.J

Ihi^illre. — Lutrin , chaire à prêcher , chaire de prédicateur- Meuble destiné à recevoir les massifs in-folios d'église. Les gens de lettres, les professeurs s'en servaient pour poser les gros manuscrits qu'ils étudiaient ou expliquaient : il y en avait à plusieurs faces , et à plusieurs étages. — Mon pupiltre pour plus haut luire : le pupitre devait faire partie de la chaire des professeurs ; on y montait à l'aide de quelques marches, et le professeur assis brillait au-dessus de la foule. Peut-être le poète avait-il mis lire au lieu de luire : alors il demande un pupitre pour lire plus à son aise.

Purée. — A telle purée , tels pois : dis-moi qui tu hantes , je te dirai qui tu es.

PuUer. — Vert galant, homme qui court les ûlles. Pute sigcffiait d'abord fille, femme. Ce mot finît par être pris en mauvaise part. Il signifiait aussi simplement amoureuse :

Tontes estes, serez, oa fustes •

De fait ou de Tolonté putes. Rom. de la Rose,

Putois. — Chat sauvage : sa fourrure , de couleur foncé, servait à garnir les rohes des bourgeoises. Les nobles dames et les parvenues affectaient de porter Thermine , et de dire : hermine est netle , mais putois put et est bon pour pute. Monstrelet fait remonter & Tan 1467 l'époque à laquelle les dames mirent à leurs robes des garnitures de velours , de gris et de fourrures. fV. Nopcesj

Quant. — • Tant de que de lorsque. —-Quant et moi :

avec moi ; locution encore usitée à Reims. — Quant et quant : avec , en même temps , aussitôt. — Quantz : combien. Quanlz années : combien d'années.

Quaras. — Karatz. Quarats : proportion dans laquelle Tor entre dans les monnaies. En 1447 les monnaies d'or étaient à 23 karats 3/4 : elles ne contenaient que 1/24» d'alliage. L'or à 24 karats était absolument pur : c'était le type de ce qui était précieux , beau et difficile à obtenir.

Qmrré. —Carré. Equarri , façonné, taillé avec soin. Elégant, fat qui se carre.

Quarte. — Carte. Carton : les dames portaient des tournures de carton pour se donner par-derrière un embonpoint postiche.

Que. — - Qui. Pour que, puisque, de peur que, tellement que.

QuenoillCj quenoulle. — Quenouille. Les quenouilles jouaient alors un grand rôle dans le monde industriel : toutes les femmes filaient , et le soir elles se réunissaient pour travailler ensemble ; c'était alors un feu roulant de caquets , de plaisanteries , de nouvelles et de propos malins. On disait en avoir des nouvelles en sa qucnoille. 9* des C. N. N. — Les quenouilles fournirent matière à

plus d'uD livre. Citons le livre des Gonnoilles faites à rhonneur et eiaulsement des dames , lesquelles traitent de plusieurs choses joyeuses racontées par plusieurs dames assemblées pour filer durant six journées. Lyon. J. Marbschal , 1493. — Les quenouilles ne riaient pas toujours ; et parfois , comme dit le poète , elles tençaient, c.-à-d. qu'elles médisaient et se querellaient. En revanche, elles savaient aussi parler amour. On y attachait des noeuds , des devises galantes , ou des fleurs données par une main amie, et tout ce qui sert au langage du cœur.

Querelle. — Plainte^ dispute, projets, requête d'amour, intrigues.

Queue de panhemin. — Equivoque grossière. fV. Blancscelléj. On disait aussi sceller un passeport sur la bouche d'une femme.

Quibtis. — Ecus. Il faut sous-entendre : nummi cum quitus omnia emunlur.

Quiers fJeJ. — Je cherche : de quérir.

Quillart. — Jeu de quilles.

Quille. — Sorte de jeu. Pièce du jeu : morceau de bois droit , allongé , arrondi, terminé par une boule , souvent peint en rouge. Avec cette tournure , la quille inspira plus d'une mauvaise plaisanterie à la grossière imagination de nos devanciers, Rabelais donne aux gaillards en amour le nom de bon joueur de quille là t ou de quille da. Quiller sa femme , c'était payer la dette conjugale. Goquîllart dit dans un sens analogue, archidiacre de troussequille. — Dans la farce de Pathelin , quand le drapier , devant le tribunal , perd la tète et mêle Thistoire de ses moutons à celle de son drap , le juge dit :

U brouille le drap , il babille Pais de brebis, an coup la quille.

Chose qu'il dit ne s'entretient.

La quille tombe dès qu^elle est touchée. Au coup la quille peut signifier de suite , coup sur coup. Répondre au coup la quille , c'est répondre de suite aux provocations amoureuses. Il y a de plus ici un jeu de mots grossier.

QuinquenelU , quinquemelle. —De quinque anni : délai de cinq ans accordé par la justice au débiteur pour se délibérer ; ceux qui , au bout de cinq ans , n'avaient pu payer leur dettes » étaient eiposés le cul nu sur une pierre.

Quinlaine. —Poteau de bois portant casque et bouclier contre lequel on s'exerçait : jouter à la lance. Cet exercice était connu sous le même nom du temps de Justinien : nos pères y virent une image des luttes d'amour. Goquillart, à Taide de cette expression , foit une de ces équivoques que le public aimait. Dans quelques pays ^ on forçait les nouveaux mariés à venir le lendemain de leurs noces jouter à la quintaine sur une place publique, c.-â-d. de briser, en courant, une perche contre un bouclier cloué sur une pièce. Cette lance, d'abord en arrêt, touchant le but , puis à la fin brisée divertissait les spectateurs.

Quis (Je). — De quérir. Je quis mon avantage , je cherchai à prendre la meilleure position possible.

Quoy. —-Pourquoi, comment. Exclamation , interrogation.

Quoy. — De quietus : tranquille, immobile.

Babas. —Mur placé au bout du jeu de paume : au centre^ était un toit incliné , la balle arrêtée par le mur tombait sur ce toit et revenait vers les joueurs. Rabas , signifiait aussi abbaissement : venir au rabas, c'est baisser la voix , rabattre ses prétentions. '

Raehasser. — Terme du jeu de paume : relancer la balle qui a été trop en arrière : au figuré , remettre quelqu'un à sa place.

Racketeur de rentes fondues, — L'église condamnait comme usuraires les prêts à intérêt : quand on avait besoin d'argent , on devait constituer une rente proportionnée au capital qu'on empruntait, et hypothéquée sur des immeubles. Dans l'origine, on ne pouvait se libérer et racheter la rente sans le consentement du rentier. La loi vint de temps à autres au secours des débiteurs et déclara qu'ils pourraient racheter la rente en rendant au rentier la somme due par eux : ord. 31 mai 1438. -^ Sous Charles yil et sous Louis XI , la misère du temps contraignit beaucoup de nobles et de bourgeois à constituer des rentes foncières ; ils s'étaient réservés le droit de les racheter dans un délai donné : mais ils n'avaient pu rembourser aux échéances les capitaux prêtés. Plus tard , les rentiers avaient refusé de recevoir le prix du rachat , et les rentes grevaient à perpétuité des terres qui au-

raient dû redevenir libres. Sur la demande des Etats de 1484 » le roi accorda, tant aux nobles qu^aui bourgeois, un délai de deux ans, pendant lequel les rentiers n^auraient pas le droit de refuser le remboursement. — Goquillart donne au mot fondu le double sens de foncier et de perdu , anéanti : des rentes fondues sont celles qui, faute d'être rachetées en temps utile, sont devenues foncières à perpétuité, ou celles qui ne sont pas servies et pour lesquelles le fond même manque. L'expression deracheteur de rentes prise en bonne part, signifie débiteur économe, qui se délibère : mais les agents d^affaires se mirent à acheter à vil prix des biens grevés de rentes non payées , ils parvinrent à dépouiller à peu près le débiteur et le rentier avec lequel ils transigèrent : dèslors le nom de racheteur de rentes devint synonyme d^agent d^aibires. Dans ses pronostications pantagruélines , Rabelais met les rachapteurs de rentes à cftté des usuriers.— Cette expression avait encore une autre acception , en disant rachepter, rachapter, pour receler : dans ce cas, un racheteur de rentes est un débiteur de mauvaise foi, qui dissimule les rentes foncières par lui dues , ou un homme d^aSéires qui l'aide à se libérer en trompant le créancier.

Raige. — Rage, passion violente, transport d'amour. Faire raige : s'abandonner à tous les excès de Tamour. — Elle lui dit que c'est raige : c.-k-d. que c'est un galant capable de tout en amour.

Rains. — La ville de Reims porte pour armes , dans la partie inférieure de son écusson , deux branches d'oliviers entrelacées. Au moyen-âge, on disait raims , rains , rainceaux , pour branche : on croyait alors que la ville avait ce qu'on appelait des armes parlantes et que son nom venait de Ramus : on l'écrivait donc Rains. Goquillart adopte cette orthographe et joue sur les mots branche et rains. Ce n'est pas tout , le poète nous montre un gueux ou un Juif pendu comme une indication du chemin de Reims. Que veut-il dire? Il n'est pas probable qu'il ait voulu blesser ses concitoyens dont il avait Testime : il répète plutôt une menace faite aux Rémois par l'insolence des gens d'armes. Il rappelle peut-être aussi les violences qu'ils commirent dans Reims k la suite du micmac. fV. Geux et Gueux).

Raison. — La raison car : la raison en est que : et cela parce que. — Examiné raison moyenne : comme le veut la raison, avec le soin ordinaire.

Ralias. —Raillerie, de radius. On disait de même : rail et raillon, et raillard pour railleur. Rab. — Ralias de gueulle : traits

partis de la bouche , moqueries, injures. Faire ralias : plaisanter, taquiner, railler.

Bancs. — Rangées de pavés : pavés , rang, ligne. Se tenir à part sur les rangs : se mettre à Tabri dans la rue', sous le toit d'une porte.

Randon, — Course rapide , vol. Randir et randonner signi< fiaient mtircher vite, courir.

itamage, ramaige.-^De ramus. C'est ce qu'on appelait le chant du bois , chant des oiseaux dans le bois : on l'opposait au chant des oiseaui privés. L'oiseau ramage, j^ocaige ou branchier, était celui qui vivait dans Aes bois, perché sur les branches, et volait de branche en branche. Nature ramage : nature volage comme celle des oiseaux. Ramage signifiait aussi capricieux, inconstant , indépendant, sauvage , non apprivoisé.

BaoulU, — Rôle : rendre son raouUe, renoncer aux plaisir de son âge.

Bapors. — Rapports fiiits par un magistrat ou un fonctionnaire d'un autre ordre à ceux qui l'en ont chargé.

Itassolé. — Double sot : stupide.

BâteUe. — Ce qu'on ramasse avec un râteau. Dire sa râtelée, c'est dire tout ce qu'on a sur le cœur ou dans la tète.

lîaval^er. —Humilier, dégrader, faire tomber.

Bavault. — Ce mot peut venir de rursus ad vallem , et signifier aval , chute rapide et complette : il peut être l'itératif ou le superlatif des mots aveaux ou aviaux, qui signifient débauches, injures, excès. On disait ravauder pour bavarder, dire des balivernes y importuner. Roquefort donne à faire raviaux le sens de quereller, faire injure. Rien de tout cela n'est satisfaisant : ravault doit être le nom d'un outil ou d'une arme.

Bebec, rebectSj rebelz, — Violon à trois cordes dont le manche était terminé par une figure sculptée. Ce mot paraît venir de Tarabe rabab, qui avait le même sens ; on disait aussi rebebe. fV. Bom. de la Bose : le Banquet du BoisJ.

Becepvables, recevables (Gens). — Qu'eb peut recevoir, recommandables.

Jteceui/. — Recueil : réception. A Reims , on clit recueil pour retour de noces.

Beeherehes sur la famille de G. Coquillart.^G. Coquillart est le premier de ce nom qui se soit illustré : sa famille, de son temps, était déji nombreuse et considérée. En 1468, la yille envoya Denys Coquillart pour aller se plaindre des excès des gens de guerre. En 1470, Denis, Nicolas et Colinet Coquillart prennent part aux délibérations du conseil de yiUe. Nous yoyons, en 1487| Jehannotteau Coquillart figurer dans les assemblées populaires. En 1488, les procès-yerbaux du conseil indiquent parmi ceux qui délibèrent sur les intérêts de la yille deux Guillaume Coquillart : Tun alors était chanoine, c'est notre poète ; Tautre obtint cette dignité le 9 mai 1488 : on le nommait Coquillart le Jeune. Il eut sans doute un concurrent, et il ne fut confirmé dans son titre qu'en 1497v Sénécbal de Téglise yers 1514 , conseiller de yille et nommé chanoine de Ste-Ballamie en 1530, il mourut en 1542 , et fut Inhumé dans le chapitre ayec son frère dont il va être parlé. — En 1491, figure parmi les membres du conseil P. Coquillart. ^ En 1501, Jehan Coquillart était receyeur des comptes de la ville, il était membre du conseil et prit part à la révision de la Coutume de Reims en 1507 : ce fut lui qu'on envoya à Laon , pour soumettre ce travail à Tapprobation du bailli de Vermandois. Nommé chanoine en 1509^ il mourut en 1520 et fut inhumé dans le chapitre : près de lui reposait Guillaume Coquillart son frère. — En 1518, Pierre Coquillart était receveur des deniers de la ville. — ^En 1545, Guillaume Coquillart, 3« du nom, était nommé chanoine do N«-D«, et chanoine de Ste-Ballamie en 1549 ; il mourut en 1575. —En 1556, Jehan Coquillart était député du tiers état de Reims, à rassemblée des Etats de Vermandois tenue au palais archiépiscopal et présidée par le cardinal de Lorraine. — En 1589 , Pierre Coquillart était procureur des habitants. — En 1620, Nicolas Coquillart était lieutenant des habitants : il mourut en 1626. — Coquillart vient de coq , ou plutôt de coquille. Le poète parait ayoir adopté cette étymologie, puisqu'il met trois coquilles de pèlerin sur son écusson. On nommait Coquillart un pèlerin , un yagabond. Ce mot se trouve dans l'argot de Villon : il parait si« gnifier fainéant , homme de plaisir.

Bechignerj redgner. — Faire mauvaise mine , quereller. On disait rech pour mauvaise humeur, et rechin pour maussade, querelleur.

Recoller. ^Terme [de procédure : comparer, relire à un témoin sa déposition. Coquillart donne à ce mot le sens de serrer

de près, renfermer : peut-être en feit-iir itératif de accoUer, tenere ad eollum.

kecounnl. — Recouvrent : de neupemrt. On disait rescouer, recourir pour délivrer, reprendre. Les seigneurs recourent leurs rentes : trait lancé contre les privilèges delà noblesse. Les rentes dues à des vilains étaient prescriptes au bout de cinq ans ; si on les servait à des gentilshommes , la prescription n'était acqu&e qu'au bout de trente ans.

Recréance. — Terme de droit. Un objet litigieux mis sous la main de la Justice^ dépérissait fiiute de soins , ou coûtait aux parties de grands frais d'entretien. L'ord. d'avril 1453 voulut que l'objet en litige lût provisoirement renUs h la partie qui semblait y avoir le plus de droits : c'est ce qu'on appelait accorder la récréance, de runus ctvderv, confier une seconde fois. Recroire signifiait rendre :^on nommait recredentiaire celui qui obtenait la récréance. Le juge , pour Toctroyer, consultait les apparences, les titres, les renseignements, les dispositions de témoins , et prononçait en conscience plus qu'en droit. En matière de bénéfice , chaque prétendant s'efforçait d'obtenir la récréanee ou d'empêcher le juge de raccorder à Tadversaire. — En 1420, les chanoines de Reims voulurent disputer à l'archevêque le droit de conférer les prébendes : les parties furent appointées et la récréance fut accordée à l'archevêque. — L'Ord. de juillet 1493 , voulut qu'elle fût toijûours concédée sur le vu des lettres produites par les parties, par brief délai, et qu'on n'y joignit aucun examen à futur : c'était la seule manière d'en finir avec des procès aussi longs que scandaleux.

Recreu. — Fatigué , épuisé , lâche. De recroire : succomber, se dégoûter.

Recteur. — Faulte de sens est le recteur. —Le poète reproche à l'Université les hérésies politiques soutenues par ses officiers , les interprétations erronées qu'elle donnait à ses privilèges, l'ignorance de ses professeurs, et la frivolité de leurs discussions grammaticales et philosophiques.

Reculer — Repousser, contrarier, choquer.

Réduire. — Ramener^ rédiger , rappeler. — Reduict : réduit , rédigé, constaté.

Refaire. —• Remettre à neuf, restaurer. Refaict : gras, en bon point. Marot a dit : letin refaict , plus blanc qu'un œuf. Re-

laicte comme une groseille : ronde , bouffie , rouge comme une groseille.

Béférendaire. — Officier de la cour de Rome , chargé des rapports k faire sur les demandes de bénéfice. Souspirs sont les référendaires : Us font connaître ce que le cceur demande.

RiformaieuT. — Pendant tout le XV» siècle on parla de réformes ; pour les opérer , la monarchie fut impuissante sous Charles VII. Louis XI réforma ce qui le gênait, mais s'inquiéta peu des plaintes qui ne loi inspiraient pas de terreur. 11 perfectionna Tart d'acheter les hommes les plus ardents k réclamer les réformes, et se joua du peuple qu'il privait Ainsi de ses chefe. Des commissaires payés pour ne rien voir, ne rien dire et ne rien faire, firent tout ce qu'on obtint après la guerre du bien public , la tenue des états généraux de 1468, et l'assemblée des notables en 1470. Aussi Coquillart n'emploie-t-il le mot réformateur que pour en rire. Il parie des réformateurs de Vénus, de ceux qui réforment les cocus, etc.

Regard, — Bienveillance, faveur. — Regarder : avoir des égards^ favoriser, s'inquiéter.

Régmi (Faire du). —Déployer un luxe ruineux, faire de folles dépenses. Cette locution , au XV« siècle, était une satyre : elle rappelait les dilapidations et le faste insolent du duc de Bedfort , régent de France, pour le roi d'Angleterre Henri VI. Il se faisait donner chaque mois l'énorme somme de 20,000 écus : elle ne pouvait suffire à ses dépenses.

Registre. — Règlement , usage. Procès-verbal : suite de paloles, d'injures. —Registres mémoriaux : recueil d'arrêts, de règlements et d'actes publics ; cahiers sur lesquels les greffiers inscrivaient les moyens plaides et les faits articulés par les avocats : ceux-ci avaient le droit de les lire et d'y faire fUre des rectifications. Ce procès-verbal servait de base à l'examen de l'aflTaire; les grefiSers les remettaient , soit au magistrat rapporteur , soit au tribunal. — Registre à évangéliste. fV. EvangélisleJ. — Le registre aux mauvais greffiers : c.-à-d. le volume où les greffiers de la médisance inscrivent tous les propos malins , les histoires scandaleuses qui courent en ville. La chronique scandaleuse du règne de Louis XI fut écrite par un greffier au parlement de Paris.

RegnauU prend tout. —• Regnault Doocet fut chargé de rétablir Cocbinart dans ses pouvoirs , en 1477 : fait qui amena

rarrestation de GoquiUart. 11 y a sans doute ici une Tengence du poète. Regnault Doucet était magistrat et lieutenant du bailli de Vermandois. Sans doute il eut sa part des dépouilles des Rémois.

Kegneile^ régente. — Partie du frein.

Regnon. Renom.

RegreU.—Hs regressus, retour, redite, refrains, propos sans fln.

Reigle. — Règle : tenir la reigle qu^on leur lit. Tous les jours dans les maisons religieuses on lisait un chapitre de la règle à laquelle elles étaient soumises.

Réintégrer. — Remettre an objet entre les mains de son légitime possesseur, rentrer dans sa propriété. On plaidait en réintégrande quand le possesseur s^était vu enlever l'objet en litige. S'il y avait seulement trouble , on plaidait au possessoire.

Relation du sergent. — Rapport de Tofficier de justice. Le juge saisi d^une requête en complainte donnait mission à son sergent de défendre le complaignant contre celui qui le troublait , et de le maintenir dans sa possession : en cas de difficulté, le sergent devait mettre l'objet en litige sous la main de justice , assigner de suite les parties devant le juge, et lui faire un rapport. Coût, de R.

Religieux (Vrai). — Religieux réellement soumis k une règle, sincèrement soumis à sa règle , qui porte scrupuleusement le costume de son ordre

Religion. — Monastère, couvent, règle religieuse. — GoquiUart, dans le passage où il dit que les femmes galantes sont bonnes à recevoir en religion , fait allusion à Tordre des filles pénitentes , alors naissant et institué à Paris , le 14 septembre 1487. Les femmes devaient, pour y être admises , jurer qu'elles avaient mené une vie dissolue. Un règlement de Tan 1500 , exclut de la maison les jeunes filles encore vierges. Dans d'autres monastères on ne recevait que les femmes jeunes , belles et bien faites , parce qu'elles seules, disait-on, faisaient un sacrifice réel à Dieu. Ce passage a fourni à Rabelais le plan de Tabbaye de Thelème.

Reliquaire à hautes veilles, — - La veille de la fête des saints, leurs reliques étaient exposées dans les églises , et on passait la naît en prières autour d'elles. — Des femmes qui sont reliquaires à hautes yeilles ,^sont celles auprès desquelles on passe volontiers la nuit.

Bemis. — Fatigué , abattu , nonchalant.

Renommée. — Elle acquiesta la seigneurie et renommée de cet ami : elle acquit la propriété de cet ami , le droit de s'en dire maîtresse et de passer pour telle.

Rencs. — Rangs. fV- Bancs. J

Répétition, Droit de réclamer ce qu'on a donné de trop, ou de demander le prix d'une chose livrée. — Figure de rhétorique qui consiste k répéter plusieurs fois le même mot. Coquillart veut dire que les femmes galantes donnent un peu pour obtenir beaucoup, et que pour y réussir elles redemandent sans cesse, et redisent toujours donnez -moi.

Reqtiête. — Première pièce de la procédure adressée au Juge, pour obtenir le permis d'assigner et lui faire connaître l'affaire.

Résidant au haut et au loin, — Homme à pendre ou k bannir, ou sans domicile connu.

Responds, — Réponse que font les enfants de chœur et les fidèles au prêtre qui lit les leçons. L'un commence les leçons et l'autre chante le réponds : c.-à-d. que les médisances se suivent sans interruption; dès que l'une s'arrête, l'autre commence.

Ressors. — Étendue de territoire dépendant d'un baillage. Les grands ressorts étaient ceux des baillis royaux : il n'y en eut d'abord que quatre , ils étaient dans les pays qui étaient restés soumis à la monarchie après le démembrement qui précéda et suivit la chute des Garlovingiens. Ils jugèrent en dernier ressort jusqu'à l'institution des parlements.

Restablissement, — Mise de l'objet en litige entre les mains du séquestre ou de la partie qui a obtenu la récréance : Coût, de Reims j 1481 - 1507. Remise en possession définitive de l'objet litigieux , frais nécessaires pour être remis en possession, restitution des frais indûments perçus.

Rétencion. — Retenue des biens d'autrui. Femme qui use

de rétencion : qui refuse de livrer les faveurs dont elle a reçu le prix.

Retrain. — Se retirer. — Joues retraictes : maigres et creuses.

Revenue. — Rente féodale. — Revenue masculine : tribut d^amour payé au beau sexe. — Revenue : lieux auxquels on revient y idée qui revient à Tesprit. Gbose qui revient^ qui plaît.

Révérend père en Dieu. — Titre honorifique donné aux évoques. J. de Rely, orateur des états de 1484 , disait au roi : (c Quant on voit les laïs meilleurs que les gens d^Église , qui doivent être le ferme exemple et le mirouer des autres ; et quant on ne trouve pas au cbief le sens, le régime et conduite qui se trouve en la plante du pié, c'est grand scandale. »

Révoquer procuration. —La procuration donnée à un avocat par la partie qui ne voulait pas comparaître devant la justice , n'était valable que pour un an. fV. Procuration J En 1528 une ord. décida qu'une procuration était valable tant que la partie ne l'avait pas expressément révoquée.

Riaulx. — Réaulx , royaux. Allusion aux amours adultères de Louis XI.

Ribaultf ribaulx. — Au XIII» siècle : crocheteur, journalier, soldat. — Dans le XV* : vert galant , mauvais si^et. Ribler : débaucher, voler, se débaucher. Ribler k plaisance : se livrer à tous les plaisirs.

Rien. — De res, rem : chose, quelque chose. Sur toute rien : sur toute chose. — Rien , riens : négation. Riens du monde : pas le nu)îns du monde.

RifP^ pécune. — Riffler signifiait voler, accrocher. On donnait aux sergents le surnom de riiTlarts. Menot dit rilllandouille pour voleur. RifDe pécune est un sobriquet infligé aux agents du fisc. Rabelais a dit dans le même sens râcledeniers. Les Doléances des États de 1484 commentent ainsi cette expression : R Item , et quant à la charge importable des tailles et subsides que le povre peuple de ce royaume a non pas [porté , car il a été impossible , mais soubz lequel fais est mort et péri de faim et

de povreté Et pour toucher à icelles charges , que nous

pouvons appeler charges mortelles et pestiférés qui eust jamais pencé , ne ymagine veoir ainsi traiter ce povre peuple jadis

(rançoys? Maintenant le povons appeler peuple de pire condition que le serf; car ung serf est nourri , et ce peuple a esté assommé de charges importables, tant gaiges» gabelles »

imposicions et tailles excessives à cause de quoy sont en-

suys plusieurs grands et piteux ioconvéniens : car les aucuns s^en sont fuiz et retraicté en Angleterre , Bretaigne et ailleurs , et les autres mors de foin k grant et inumérable nombre, et autres par désespoir ont tué femmes et enfans et eulx-mémes , voyant qu'ils n'avoient de quoy vivre ; et plusieurs hommes, femmes et enCins , par fiiult de bestes, sont contraints à l bourer k la charrue au col. » Voilà où conduisit la mise des impôts à ferme : les fermiers corrompaient les élus et les sergents » et rien ne pouvait empêcher leurs exactions.

RingueloUé. — Déchiqueté , mis en lambeau. On disait aussi rinsselé pour mis en menues branches ou petits brins. Rains signifiait branches.

Riote, Hotte. — Débat , prétention , effort , plaisir bruyant. -~ Rioteux, riouteux : querelleur, remuant.

Rire des grosses dents» — Crier en ouvrant la bouche de manière k montrer les dents du fond. J. Molinet dit : risée du bout des dents, pour cris de douleur.

Risée. — Sourire bienveillant, moquerie.

River. — Suivre le bord d'une rivière. Dériver, s'en écarter ; arriver , y aborder. Hiver serait se tenir près d'une femme. River un clou , c'était limer la tète et la pointe d'un clou introduit dans un corps quelconque : de là peut-être une allusion graveleuse.

Robbe. — Vêtement long , porté alors par les hommes et par les femmes. Charles VII, qui était mal fait des Jambes, l'avait adopté. La robe se mettait par-dessus le pourpoint ; souvent elle cachait une cotte de mailles; elle était si longue , qu'elle balayait le sol. fV. Décrotter et Mamhe.) — Les robes des femmes étaient encore plus longues que celles des hommes; quand on n'avait pas de page pour en soutenir la queue, il fallait la plier et la porter sur le bras. Cette mode augmentait la dépense de la toilette ; aussi Menot dit-il maintes fois dans ses sermons : 5ctndatis caudam. Domine. Jbitis ne in paridisum cum talibus pompis portare tunicas cum talibus caudis .^— Robe d'ung gris bienfaite : robe fourrée de petit-gris ; mode qui date de 1467. — Robe à quinze tuyaux : robe qui foisait autour de la taille de gros plis semblables à des tuyaux d'orgue.— Robe fendue à chevaucher :

eheyaucher forme ici une équivoque; les dames portaient pour aller à cbeyal, des vêlements moins longs que d'habitude, c'est ce que Mart. d'Auvergne nomme robe courte à chevaucher, 43« arrêt d'amour. On donna bientAt ce nom à la robe des femmes galantes. Elles avaient des robes qui s'ouvraient à volonté devant, derrière, sur la poitrine Jusqu'il la ceinture, et sur les côtés, de manière à laisser voir les hanches. OpoHebU merelriceni habere lunicam aperiam antè et relro. Mbnot.

Rocquei. — Chemise. Goquillart nomme le contenant pour le contenu.

Rognée ou rongée par le talon. — Femme galante, qui tombe volontiers à la renverse.

Roi fJe ne crains que Dieu et le). — L'insolence des gens de guerre, même en temps de paix , était sans borne. Voici quelques-uns des propos que leur prête la Chronique du temps de- Louis XI : « Je regny Dieu ! Les biens qui sont à Paris , ne aussi la ville , ne sont point et ne appartiennent à ceulx qui y sont demourans^ mais à nous gens de guerre qui y sommes, et voulons bien que vous sachiez, que malgré vos visaiges , nous porterons les clefs de vos maisons^ et vous en bouterons dehors « vous et les vôtres : et ce vous en caquetez , nous sommes assez pour estre maistre de vous. 1465. » — Cette bravade se lançait aussi contre l'autorité des seigneurs. Les communes cherchaient k lui échapper pour frapper sur le gouvernement royal. On disait dans le même sens : qui sert le roy, il a bon maître.

Romarin. — Arbuste odoriférant. On semait les feuilles sur le sol des salles de bal.

Rome, Romme. — Depuis la révocation de la pragmatique sanction , on ne pouvait plus obtenir de bénéfices qu'à Rome. Le pape avait aussi dépouillé les évêques du privilège d'accorder des dispenses. Il fallait donc sans cesse foire le voyage de la ville éternelle , et recourir au Saint-Siège. Il vendait ses foveurs : les taxes qu'il imposait sur chacune d'elles étaient une véritable mise à prix. fV* Taxe et Vacquant.J Tels sont les abus auxquels Coquillart fait allusion quand il dit : ils vont à Rome pour ac> querre dispense ou charge d'Église. — La cour de Rome ne s'en tint pas là : elle citait par devers elle une foule de gens qu'elle prétendait ses justiciables : il fallait obéir à l'assignation, consentir à ce qu'elle demandait, ou se voir condamner. — Moines, curés , évêques, clercs de tous rangs , laïcs étaient donc obligés d'aller à Rome , et par suite, d'y porter de l'argent. Les états de

1484 éTahiérent à plus de 2,000^000 de libres les sommes qui s^en allèrent aiosi de Frauee en moins de quatre ans , et protestèrent avec énergie contre les concessions qui faisaient sortir tant de numéraire du royaume. André de la Vigne écrivit un poème contre la révocation de la pragmatique. Rabelais se mocque des romicoles, des romipetes , des romivaiges. Goquillart Tavait fait avant eux. — Les enfants jouaient à picquarome : un d'eux, monté sur le dos d'un de ces camarades, le forçait k coup de talon k courir aussi vite que possible. — De là les locutions : qui langue a, à Rome va : — tout chemin mène à Rome, etc.

Rompre sa tète. — Se casser la tète à faire une chose, y perdre son temps.

Rond. — Facile , qui roule bien. fV. Chose.) Voye ronde : chemin facile , manière commode.

Rongeant les crucifix. — Les baiser avec affectation. Invenilis in una parochiâ tnagis meritricem osculari palenam quàm alias. Meisot. Serm. sept.

Rosier. — Roseau. Arbrisseau qui donne la rose. Planter un beau rosier chez l'hète , c.-à-d. débaucher sa femme. Planter avait un sens graveleux , on disait planter le mai : bâton de quoi on plante les hommes. Bocàce. G. N. N.

Rouelle. — Jeton de cuivre percé au milieu. Menue monnaie.

Rouen (Le petit.) » Nom d'une espèce de danse. Ce mot peut venir de rotare^ il devait être aussi le nom d'une ronde. Rouen signifiait aussi rouge , roux. On appelait rouen un cheval au poil rouge.

Roulle. — Rôle d*un acteur. Liste , copie.

Jtoujppte au bout du nez. — Ce souhait du gendarme parait singulier. Le héros de ce monologue se nomme le gendarme fu^ meux : les tètes chaudes ont plus de vapeur à perdre que les autres -, peut-être la roupie au nez était-elle un signe de gaillardise en amour. Peut-être les gendarmes , dont les habitudes n'étaient pas toutes décentes , affectaient-ils de se peu moucher, soit pour imiter le laisser aller et la fatuité négligente des petitsmattres , soit pour provoquer des plaisanteries inconvenantes et des équivoques grossières. Peut-être aussi y avait-il là seulement une habitude imposée par la gêne qui résultait de Tarmure.— Dans une chanson publiée par M. L. de Lincy , sous la date de 1562 ,

on cherche à ridiculiser les milices bourgeoises ; il s^agit «Tnii bourgeois qui a eu grand peine à entrer dans son armure; enfin il part:

Qaand il eut marché pins arant, II seutit siffler un grand went Qai loi mit an nez la roupie ; Lors il s'efforce de Tavoir.

Mais ne ponyant se remonTeoir, Clacqnetant des dents il s'écrie :

Hél mon compère Corporeau, Le rentre me conlle comme ean , Et le nez comme la ririère, Monche-moi, je te moncheray.

Je sols armé ; on bien j*irai Appeler nostre ménagère.

Roynetle, — Rainette, regnette : jeu de hasard.

Ruberu, — Rubans. Les aiguillettes étaient portées par les filles publiques, les autres femmes se paraient avec des rubans.

Mubriche, — Rubrique. On écrivait en lettres rouges les titres des ouvrages , ceux des chapitres , le premier mot de chaque division importante d'un volume, la table d'un livre. Savoir ses rubriques , c^était connaître à fond les livres qu'on étudiait. Plus tard, cette locution signifiait être habile, instruit, délié en afiTaires.

Rue. — De ruer , se précipiter.

Rustarin. — Homme de campagne, gaillard vigoureux , vert galant. — Rabelais dit boire rustrement pour boire beaucoup. Dans la 50« nouv. de B. Despériers , faire la rustrerie signifie mener Joyeuse vie.

Ruyt. — Rut. Etre en ruyt : être échauffé par Tamour. De ruere ou de rugitus.

Sac, — Chaque procédure était renfermée dans un sac. On pendait ces sacs à des clous fixés aux murs des cabinets des gens de loi. On disait d'un jugement qu'on ne rendait pas, qu'il était pendu à un clou. Dans le même sens; Menot reproche aux pré-

1res délaisser pendre au croc les messes dont ils ont reçu le prix, c.-i-d. de ne pas les célébrer. — J'eus mieux aimé être dans un sac à la rivière. Allusion à la manière dont Louis XI se débarrassait des gens qui le gênaient ou dont il avait à se plaindre.

Sachée. Contenu d'un sac. A la sacbée : comme on vide un sac , en le renversant, ou bien en le secouant. Dans ce sens, sacbée viendrait de sacher, sacquer , secouer, bocber.

Sacher, sacquer. — Secouer, arracber. On dit encore saccade, mettre à sac, saccager.

Sacrement. — Serment. Sacramenlum.

Sade. — Gentil, mignon , aimable. On disait en sens inverse : maussade. — Sadin, sadinet : diminutif de sade.

Saffée. — Lisez faffée fV. ce moi), ou saflTrée. (V. Saffre.)

Saffre. — Frétillant, gai, coquet, élégant, de bon appétit, ardent en amour. — SaflTre de cbière : ou visage gai , à la mine agaçante. — Saffres c^uraiges : esprits actifs, ingénieux.

Saige. — De saigir : être saige. — Saige : adj. sage, savant, connaisseur, sagace. — Ne faire que sage : ne faire que ce que font les gens prudents. — Saigesse ; sagesse, science, habileté, prévoyance.

Saignez ("VousJ. — Vous ceignez.

Saillir. — Sauter, s*élancer. Saillir de buissons : sortir d'une embuscade. — Saillie, saut, sortie faite par des assiégés ou des gens embusqués.

Sain, saincl. — Sein. Les 16« et 18« des'C. N. N. parlent des galants qui ont dévotion aux sains de leur dame. — Saincts ouverts : les robes des femmes galantes étaient souvent plus que décolletées; on leur voyait, dit Menot, pectus discoopertum

usque ad ventrem dorsum aperlum usqm ad zonam.

Serm. septuag. Les filles publiques allaient plus loin et se montraient à leur fenêtres entièrement nues jusqu'à la ceinture.

Saincture, sainture. — Ceinture. Les femmes portaient des ceintures tissues d'argent et de soie, garnies de clous d'argent ou de lames d'argent ciselées. Cet ornement était interdit aux filles publiques j aussi avaient-elles soin de s'en parer. De là lo proverbe : bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.

Saint, sainct (Tel ou UlU en est le mieux.J — Sainct paratt être ici pourceiocti cincttUf assiégé, pris, lié.

Saisine, —Entrée en possession. Possession : droit de jouir, investiture de la possession. — Saisine et nouvelleté : trouble apporté à la possession , enlèyement de Tobjet possédé par autrui.

Saison. — Temps. Perdre sa saison , perdre son temps. — A saison : k temps ^ k propos — Avoir toujours saison : avoir la répartie prompte, à propos^ être prêt à tout événement.

Sallade, — Casque des francs archers, 1435.

Saliez. — Saillez : sortez. — Saliez à cop : sortez prompte ment.

Salver. — Sauver. S^en salvent Dieu et les saints : que Dieu et les saints se tirent de là avec honneur, s'ils le peuvent.

Samye. — Son amye, sa mye. On disait same pour son âme.

Sangbieu. — Persanguinem Dei. Le 12 mai 1478, Louis XI renouvela la sévère ord. de saint Louis et de Charles VII contre les blasphémateurs : « Qui regnyent , despitent et maugréent le très-saint nom de nostre sauveur et rédempteur J.-C, et jurent par dérision , de sa très benoiste humanité, comme par le précieux sang , la chière , le ventre , les yeux , la tête , lés vertus et autres exécrables et inhumains serments. » fV. Dieu.)

Satme, — Assemblée qui se réunit au son de la cloche -, prière annoncée de la même manière. Couvrefeu. f Y. Senne. J Ce mot est encore usité en Champagne.

Sans (Mascker duj. (V. l^ascher.J

Sans plus. — Non pas, pas encore. Sans hésiter davantage , sans plus de questions.

Saoul. — Aussitôt que la beste est saoule, on y perd la paille : dès que l'amour est satisfait , rien ne le tente plus.

Satin. — Les lois somptuaires du Xy« siècle, notamment Tord, du 17 décembre 1485 , défendait à chacun , excepté à la haute noblesse, de porter du drap d'or, d'argent et de soyet en robe ou en doublure , à peine d'amende et de conGscation. Les chevaliers ayant 2,000 livres de rente , pouvaient porter du drap

de soye ; les écuyers ayant le néme revenu , pouvaient s'habiller de drap de damas et de satin figuré ; le velours leur était interdit. Coquillart fiût maintes allusions k cette législation ; chacun affectait de la braver et voulait passer pour ce quil n'était pas; on se ruinait en toilette pour satisfeire la plus ridicules des vanités , celle du costume

SaufconduU, — Feuille de route , passeport, porte- respect. Coquillart veut dire que les prestres courent les femmes galantes, sans crainte d'être bafoués par les Jeunes gens, parce que leur costume les protège.

Saulee. — Drogue. Accompagnement culinaire ou médicinal. — Au figuré : suite , conséquence, précaution oratoire, prétexle, pilule dorée.

SauU de Michelei. — Jeu d'amour. — Faire le sault cop à cop : même sens.

SauUier, — Psaultier. fV, PsauUier.J

Saulver les témoins. — Terme de procédure. Répondre aui reproches élevés contre les témoins. On nommait salvation la défense et les répliques des avocats. Ord. d'août 1455 et de juiUet 1493.

SatUx. — Sauts. — Les jeunes sauli : les jeui du bel Age ; les années où on se platt à folâtrer, à aimer.

Saupiquet. — Sauce piquante.

Sceau, seau. — Les officiers de la chancellerie chargés d'apposer le sceau sur les lettres du roi , commettaient les exactions les plus scandaleuses ; l&issons parler les étais généraui de 1484 : (c Et semble ausdiz estatz, que l'on doit mettre ordre et punition à la grant exaction qui est au sceau. Car plusieurs sont impétrans, supposé qu'ils soient consors en leur fait , souventes fois leur fauU payer plusieurs sceaulx , qui n'est de raison. Et quant est communité , Ton leur fait payer somme excessive j et est advenu que puis naguères pour le sceau de la conflrmacion d'un privilège de ville, a esté exigé la somme de 400 escus d'or , à cause de ce que les secrétaires qui prennent profit audit sceau , en sont juges et tauxeurs. . . et pour ce , plusieurs povres habitants délaissèrent à poursuivre leurs droiz , et aimèrent mieux laisser prendre le leur que payer la grant somme d'argent du dit sceau. » *- Du temps de Coquillart, la ville de Reims dut en-

Toyer à Paris des commissaires chargés de composer sur le prix du sceau de lettres royales qu'elle avait obtenues. — Homme n'est exempt du sceau : il faut que tout le monde paye ; personne n'est épargné par la médisance.

SceUeur. — Officier qui appose le sceau.

Seet , 8ceu , seeusL — De scavoir, savoir.

Scienlique. — Contraction du scientiflque. Rabelais dit scient pour savant.

Scis. — Sis, assis.

Se. — Si , ainsi , ce , celi , cet , celui.

Sibille. — Sibille. Sorcière , vieille femme. Femme d'eipérience, de bon conseil. — Dire à Gaulthier et à Sibille : dire aux vieux et aux Jeunes.

SecoL •— Sercot , surcot : vêtement de dessus ou chemise.

Secourra. — Secouer. G. Crétin dit aussi escourre les jarrets pour courir. Sonpple jarret secourre : faire belle jambe, sauter, danser.

Secousse. — Combat amoureux.

Secrétaire, — Dans les XIII* et XI V« siècles , on nommait clercs du secret les officiers chargés d'écrire les ordres du roi , les arrêts du conseil , les lettres de la chancellerie eu celles de rUniversité. Plus tard ils s'appelèrent secrétaire. Coquillart se souvient de leur ancien nom , et il accuse ceux de rUniversité de dire tout. Les états de 1484 se plaignirent aussi de ce que les secrets du parlement étaient révélés par les secrétaires. On nommait secrétaires du roi , les officiers délégués par la chancellerie pour expédier les lettres royales. Ils formaient un collège qui contenait soixante offices. Le roi était titulaire de la première charge. Ces fonctions exemptaient d'impôts , et particulièrement de la taille personnelle , aussi les secrétaires du roi avaient-ils des t>rétentions à la noblesse : Coquillart se moque de ces savonnettes à vilain , le nom de M« Hervé de Croquepoue , secrétaire de basse taille , rappelle à la fois la basse origine de ces parvenus, et les exemptions dont ils jouissaient, au grand mécontentement du public. Louis XI, en 1482 , et Chartes, en 1484 , n'en confirmèrent pas moins tous leurs privilèges. Ces officiers

abusaient de la protection que leur donnait la cour, pour coid-

meitre les exactions les plus coupables. Voici ce que dit le cahier

des Doléances des EtaU génémux de 1483 : « Au regard des

secrétaires y semble auxdiz estats que l'on doit pourvoir aux

exactions qu'ils font sur cculx qui impètrent lettres du Roy, ou

de luy don d'office, ou quelque expédicion. . . à l'occasion de ce

qu'ils se constituent Juges de leurs saliaires , en prennent exces-

siTement si grands sommes , qu'il ne serait possible de y fournir.

... Et puis naguères ont prins et exigé d'aucune villes sept

vingt escuz d'or pQur le secrétaire. Et pour ce semble aux dix

estatz que ceulx qui ont lait telles exactions soient pugnis et con-

traincts k restituer comme il appartiendra. » On comprend dés

lors tout ce qu'avaient de populaire les traits lancés par Coquil-

lart contre les secrétaires.

Sédition. — Querelle , mutinerie, malice.

Scèlleur. — Sceelleur. Officier qui met le sceau k un acte. fV. Sceau.) — Scèlleur de bamoys esmoulus : il me semble qu'il s'agit d'un officier chargé de mettre une empreinte , un sceau sur les armes affilées, en bon état, bonnes à vendre, ou à livrer aux gens d'armes. Puisque Coquillart ridiculise ce titre, c'est que ceux qui le portaient s'étaient rendus impopulaires par des fraudes ou des exactions.

Seigneurie (Et n'est pour grande) — Et ce n'est pas pour chose sérieuse, la moindre bagatelle devient sujet de conversation.

Seindre, — Ceindre.

Séjourner. — S'arrêter, se mettre en retard. — Séjour : résidence, retard.

Semer. — Travailler à la procréation de l'espèce humaine.

Semist Dieu. ^ Se m'aist Dieu , si Dieu m'aide. Il y a ici un jeu de mots en vogue à cette époque : on disait semidieu pour demi dieu. Menot et Rabelais écrivent semidieu et semisdieux ; on faisait de ce mot un serment déguisé , sentant le paganisme.

Sénescbaux d^Auxerre. — Uimpertinence des magistrats d'Auxerre était Jadis proverbiale. Henri IV disait, si J'avais trois fils, l'un serait roi de France , le second Kan des Tartares , et le troisième conseiller au bailliage d'Auxerre^ et ce serait le plus insolent.

Senestre. —Gauche, à gaacbe, bôté du cœur.

Senne. — Ce mot vient de iignum , seing , cloche. On nom- Riait senne ou sanne toute réunion convoquée au son de la cloche : rassemblée populaire, les synodes, l'ouverture des marchés, la réunion des fidèles pour*prier dans une église. On disait sénéfier pour signifier; seuner, sener, pour sonner, publier à son de cloche. Goquillart veut dire que les gens des trois états sont prêts à aller partout où Ton veut : au sermon , au marché , h la guerre.

Sentir. — Deviner, éprouver. — Sentir son bas percé : voir venir sa fin comme un tonneau presqu'épuisé qu'il faut percer au bas.

Séparé. — Ecarté : d'un autre côté. Adversaire.

Séquelle. — Suite, train , équipage. — Sans séquelle : seul, sans domestiques.

Séguin. — Monnaie frappée à Venise. — Payer la gouge tout contant sequin sequet : le gendarme fait le geste de compter des sequins , mais il les compte sur une grille, il laisse entendre qu'il reprend aussitôt hi monnaie qui ne fait que passer devant les yeux de la fille qui doit les recevoir. fV. ContantJ. — Est-il possible la grâce s'amye desservir, sequin sequet, sans mal sentir ? Est-il possible d'obtenir les bonnes grâces de sa belle amie, en achetant ses faveurs à beaux deniers comptants, sans se donner de mal ?

Sercher. — Chercher.

Sercot. — Chemise , corset, basquin ; vêtement de dessus. — Par-devant le sercot ouvert : « Les gaudisseuses apertœ usquè €Ld zonam. Quid restât ad ostendendum ? » Menot.

Seraient. — De serviens : officier d'un ordre Inférieur. A Reims les sergents de la forteresse faisaient la police : les mauvais lieux étaient soumis à leur surveillance, ils exécutaient des arrêts rendus contre les filles de joie , et les fouettaient publiquement quand il y avait lieu. — On nommait aussi sergents , les officiers attachés aux tribunaux civils et ecclésiastiques , et exécutant leurs ordres.

Serre, ^ Griffe d'oiseau. Tenu en serre : captif, serré de près, écrasé.

2-2Î Serrer Vkwys. — Fmncr ta porte. Dcsscfnr Ftays : rouvrir.

Serrage. — Sorke » serriUide, obUgttioo.

Seiir, séeur. — De seemrus^ sur. Pour tout seur : d^une Buûère certaine, firanchemeiit, sans bésiter. — Seurenent : à eoop sàr, certainement, arec assurance, sans danger.

Si,sif. — Affiimatîon. Si est : cela est. — Aussi , ainsi. Par tel si : de telle manière. — H y a toujours syou mes. fV. MaisJ. — Sy,icy.

Steii fNmmrir U). — Nourrir son enbnt.

Signe, — Enseiginey insigne, types, image, signes de croit, bénédictions.

Simplesse. — NaîTeté, douceur, llMilité de mœurs. Folie, lublesse d'esprit. — Simple : sot, naïf, sans volonté.

Sineope. — Syncope. Impuissance , défaillance , manque do force. Aussi en amour amène-t-cUe le malheur. (V, Paitnthèse)

Singulier. — Unique.

Sobre. — De sobrius. Je croy qu'il ne fallut rien do sobre : c.-à-d. que la mignonne ne fut pas obligée d'être sobre : on no hii donne que le strict nécessaire. — On fait aussi venir sobre de super et suprâ. Dans nos vieui auteurs on trouve sobre , soproi pour trop, excédant : dans ce sens notre vers peut signifier : il no fallut pas dire c'est trop ; rien ne dut rester en excédant.

5o(ter. — Etage, grenier, parquet^ dallage.

Sollu^ solu, — Résolu, décidé. — Solutoire : ce qui donne la solution d^une affaire , ce qui éclaircit le fond d^un procès.

Somme (A), en sormiMs. — En grand nombre , à un haut degré. — Briefves sommes : en somme , en un mot.

Sommé. — Mis en demeure de remplir ses obligations. Kn* dormi , écrasé par le sommeil.

Son. — Bruit , opinion. Le commun son : le bruit public , l'opinion générale. — Son, sont : s'on, si on, ils sont.

Songer. — Inventer. Voir en songe. Songer quelqu^uii : le

voir en rêve, y penser nait et Jour. — Songeart : distrait, rêveur.

Sonnette {Publier d laj. — Les crieurs pubUcs réunissaient la foule en agitant une sonnette. A Reims c'était aussi avec une sonnette qu'on annonçait le trépas et renterrement des membres des confréries.

Sophistiquée f Paroles,) — Sentences , proverbes , sopbismes, paradoxes. — Sophistiqueur , sophiste , logicien, philosophe, trompeur^ charlatan. Les états de Languedoc, en 1456, signalent au roi les larrons qui vendent aux bonnes gens des lingots sophistiqués de ftiux or et de féxa, argent.

Sordre. — De sordere. Etre chicbe , économiser, mettre de cAté. Je crois qu'il ne fiillut rien sordre : je crois qu^il n'y eut rien de trop^ rien h mettre de côté.

Somer. — Dire des sornettes , des bagatelles.

Souche. — Grosse bûche. On nommait souche de Noël la bûche qui devait durer toute la nuit de Noël.

Soûlas. — De solatium. Consolation , plaisir, distraction. Solacicr : soulager, consoler, faire plaisir.

Soulq^ brusle. — Avant d'attacher le sceau de plomb porté par les bulles, il fallait le couler : quand le sceau était de cire, il fallait de même faire chauflTer la cire pour hi rendre molle; un des officiers de la chancellerie se nommait le chauffe-cire. — Goquillart veut dire que quand on a obtenu un bénéfice ecclésiastique , il faut encore acheter les bonnes grAces des scelleurs : de même quand on a obtenu les bénéfices d'amour , il est encore pour le cœur de lourds chagrins et des soucis cuisants. Le soud, cette fleur aux pétales d'or, était alors en amour l'emblème de hi tristesse. Les galants se bivalent la figure avec de l'eau de solcie, pour se donner un air intéressant : cette essence faisait pAlir le visage , et rougissait les yeux comme s'ils avaient pleuré.

Souldre. — De solvere. Eclater, jaillir. On disait dans le même sens sourdre. — Faire souldre maint reproche : faire éclater les iqjures, les réprimandes.

Soûl. — Saoul , rassasié.

Soûle, » On nommait ainsi un ballon gonflé d^air. Lasche

comme soûle : si tel est le sens du mot seule daos cette phrase, il faut y ajouter Téplthète crevée, vidée, ou à remplir d'air. — ' Peut-être faut-il lire foule : dans le Rosier des Guerres j le mot foui est synonyme de paresseux ^ sans cœur, bAh\e^

Soulfre. -* Poudre à canon.

Souloir. — De solere. Avoir coutume : comme vous sooliec : comme vous en avez Thabitude.

Source comble à désir. — Femme riche d'appas et qui les prodigue.

Sourd. — De sourdre : jaillir. Ce mot paraît venir de solvere.

Souppé. — Qui a soupe, rassasié. On imprimait h Rouen en 1604, le Dessert des mal souppés, contenant un plat d'histoires, de douze services au plat , etc.

Soye. — 11 y avait à Reims des fabricants de soieries dès le XIV* siècle ; mais il paraît qu^iis étaient peu scupuleui dans leurs procédés : ils introduisaient de la laine et du fil dans les étoCTes qu'ils vendaient pour être de soie pure, et se servaient de soies mal teintes. On disait proverbialement à Reims et ailleurs : mensonge de teinturier. Pour Goquillart , travailler en soie c'est tromper : les couleurs sont des prétextes, des apparences perfides.

SUlle , style, — Formule du droit, jurisprudence : ce qu'il faut penser^ dire et foire. On nommait style du parlement, sa jurisprudence au fond, et sa forme.— Savoir son stille, c'était être instruit, expérimenté, homme de pratique.

Sucre ou forte épice. — Caractère doux ou emporté.

Stter. — Transpirer, couler goutte à goutte : être ému , brûler d'amour. Mart. d'Auvergne dit tressuer de joie pour éprouver une grande joie.— Faire suer grosses souches d'or à vingt-quatre quaras. Allusion au grand œuvre : son but était de faire sortir de l'or pur de différents corps. La locution de Coquillart signifie faire foire à quelqu'un ce qu'on désire le plus, une chQse difficile, tirer de quelqu'un do beaux cadeaux, de l'or.

Sueltes, — Chouettes. J. Molinet écrit chueltes. On éisak : malin comme une chouette.

Suffmgei. — Services. Mcdus suffrages : services de toileUe, complaissnces , missions délicates.

SuMr. — Suivre, s'attacher à quelqu'un, k sa fortune, le servir.

Supporter. — Protéger, soulager , vouloir et faire du bien. Une ord. de juin 14£i6, veut que les officiers des finances supportent le pauvre peuple.

Surcerra. -— Liseï surseoira : sera remis à un autre jour.

Surpftiulrp.— Tromper, desservir.— Surprins : surpris, séduit.

Sus, — En haut, debout, allons, tôt.— Sus ou jus : en haut ou en bas , partout. — Sus , sus : allons vite.

Susse, Suysse. — Cest en 1453 que fut signé le premier traité entre la France et la Suisse. A cette époque ils portaient, comme les Allemands , de longs cheveux. Mart. d'Auvergne donne aux longues chevelures Tépithète d'allemandes. Les premiers Suisses qu'on vit en France furent ceux que Charles -le-Téméraire amena en 1465 , sous les murs de Paris : « Et ont esté ceux qui ont donné le bruyt à ceux qui sont venus depuis ; car ils se gouvernèrent vaillamment en tous les lieux où ils se trouvèrent. » Ph. DE Cou. — En 1474, ils conclurent un traité avec Louis XI, et en 1477, ils passèrent à sa solde. Leurs victoires sur le duc de Bourgogne, et la paie que la France leur donnait, avaient changé leurs mœurs régulières et leurs habitudes d'économies. Ils se permirent toutes les violences et 'toutes les débauches reprochées . aux hommes d'armes. En 1484, Charles VIII fut obligé de les licencier, pour satisfaire la jalousie de l'armée et la haine des populations contre les étrangers. La garde des cent suisses date de 1496. — Les hommes d'armes suisses portaient un collet plat et rabattu sur les épaules, et des vêtements mi-partis, c -à-d. de deux couleurs.

Sy bille. "-(Y. Sebille.J

Taille. -— Coup du tranchant d'une épée. Imp&t mis sur les roturiers. Stature.

TallenL — Désir, intention , volonté , mérite. — Mal tallent : mauvais vouloir, méchanceté.

tanné, — Couleur de tan. Vexé, malbeureux , écraié eomm« le tan.

Tant. — Autant , plus , tellement. — Tant que, ai bien que , tant il est vrai que, jusqu'à ce que. — Si tant : tant. On dit encore à Reims si tellement pour tellement. — Tenir à tout : tenir pour certain, se tenir à une chose. — Tant ne quant : jamais, nullement, quelquefois.

Tapis sont vies à povres amoureux. -^C.-à-d. que la Tie des amoureux est le sujet de la conversation. On dit encore mettre un su^et sur le tapis.

Tapisé. — Tendu de tapis. Cet usage était à la mode h Reims. Il y avait dans cette ville, dès le XiV* siècle, une célèbre fabrique de tapis.

Tarinlara. — Parler, gazouiller comme un tarin , caqueter.

Tas. — Quantité. — Croire un tas : croire fermement pour une foule de raisons. — A tas : en grand nombre.

Tasle mistre. — Cette plaisanterie a deux sens. Elle peut être un trait lancé contre les clercs qui voulaient devenir évéques , et contre les abbés qui sollicitaient le droit de porter en cette qualité la mitre et la crosse. Ce privilège fut conféré en 1455 , à Tabbé de Saint-Thierry, près Reims. — Le sobriquet de taste mistre peut ^'appliquer aussi aux mauvais sujets. Certains coupables , les bigames par exemple, 'étaient exposés aux regards du peuple avec une mitre sur la tète : tester la mitre est une expression qui peut revenir k friser la potence.

Tatin. — Diminutif de tantum. On disait aussi un tantinet : un peu, si peu que rien. Dire un tatin, c'est dire un mot ^ une baliverne.

Taxation. — Taxe mise sur les revenus d'un bénéfice conféré. Taxe des frais d'un procès. Les juges abusaient de leur position pour augmenter arbitrairement le chiflire de leurs honoraires : « Ecce taxationes, quos taxatisy erunt sal et esp'ces pour pouldrer cames vestfns in inferno. » Menot adresse cette rude allocution aux magistrats. Serm. post. IV. Dom. quad.

Taxe d'un bénéfice. — Somme exigée par la cour de Rome , quand elle conférait un bénéfice. Coquillart n'ose pas dire que la pape vend les bénéfices ; mais il nomme taxe le prix auquel se vendent les bénéfices d'amour.

Tenir» » Soutenir, maintenir, prétendre, posséder, saYoïf, pratiquer, fournir. — Tenir de la lune : être bizarre , ridicule. G. Crétin dit dans le même sens : ayoir cerreau pour tenir de la lune. — Tenir court : tenir courte la corde qui lie les cbiens du chasseur pour les empêcher de remuer. — Tenir manière : se maintenir, avoir bon maintien. ~ Tenir pied k boule : chercher à se maintenir debout sur une boule; on a beau ressayer, on finit par tomber. — Des robes chez le drapier qui ne tiennent que pour de l'argent : c.-à-d. qu'elles sont retenues par le drapier, attendu qu'elles ne sont pas payées. -* Tenu : obligé, lié, intime, pris d'amour, contraint par suite d'engagement ou par devoir.

Tenné. — ^F. Tanné J

Tenser. — Tancer, gronder, parler haut.

Terme. —Mots. Termes nouveaulx:. locutions à la mode. — Position , habitudes, manière d'être.

Terrien. —Terrain. Possesseur de terre. On disait sei^eur terrien ou terrier.

Teste. — Tête. Teste molle .- complaisant, facile , prêt à faire ce qu'on veut. — Teste painte : dont les cheveux sont teint» de la couleur à la mode.

Tétin à oreilles. —Réveillé, qui dresseou fait dresser Toreille. — Douli yeulx jeclans fermes oreilles : Mart. d'Auv. — Dans le sermon de la Patience des femmes, les dames se plaignent de ce que leurs maris les négligent :

Du premier il» en font «Mes :

Mab «a bost de Tan c'est merTeille,

Comme leur pendent les oreilles.

Teulx, tez, tieuls. — Tels.

Thème, — Sujet, matière d'un discours, d'un sermon. —Ung commun thème à tous prescheurs : sujet qui appartient à tout le monde. Au figuré, femme dont chacun peut parler savamment, qui se prête à tout. .

Tiltre- — Tisser, faire la trame d'une étoffe. On disait lissier, tissir, tistre. fV. Ourdir.)

Tirelambeau ^ JWP» Adam de). — Surnom injurieux donné aux agents du fisc. — Parmi les agens de Cochinart figure un nommé

Pferre ou Pirson Tiret , voleur et pillard de premier ordre : il fat arrêté en 1484.

Tirer. — Faire feu , laneer des traits. Tirer en avant : Passer 6on chemin , fuir.

Titsi , tisiu. — Etoffe. Tissu cramoisi : étoffe de soie de première qualité. Vêtement fait de cette étoffe.

Toison fOster la). — Tondre, despouiller, exploiter, réduire à robéissance passive.

ToUu. -* Enlevé. De touidre : tollen.

Topicquer. — Du grec topos , lien. Présenter des arguments pertinents , bien placés dans une cause. G. Crétin dit se topiquer pour se battre à coup d'arguments. — Topiqueur : avocat , sophiste, raisonneur.

Torche. — A Reims, une ord. de police de 1470, défendait de sortir sans lumière quand neuf heures du soir étaient passée».

Torche. —De torcher, frapper. ("V. Lorgne), bans la 66« des G. N. N., un enfant tient un propos qui compromet sa mère, « et (ajoute le narrateur). Je croy bien qu'il en fût depuis trop bien torché. »

Tordre (Se). — Se faire du tort, se blesser, s'endommager.

Torsionnaire , torsonnière, — Dommageable, qui fait du tort, injuste. LVd. de février 1443 impose une amende au Juge dont la sentence est cassée comme tortionnaire et déraisonnable.

Touillon, toullon , touçiillon. — Toile commune , torchon , habit vieux , dégoûtant \ de touaille , toile , ou de touiller , souiller.

Tour. — Plaisanterie, malices, moyens, ressources, tour d'adresse. Service. Bailler deux fins tours > faire deux fois plaisir. — Faire ses tours, ses manœuvres à cheval.

Tourdion. — Basse danse.

Tourct. — Coussin que les femmes mettaient sous la robe et sur les hanches , pour faire paraître la taille plus fine ou dissimuler un défaut de conformation. On nommait touret de nez, un masque de velours qui couvrait le haut du visage.

Taurin fie grand), — Sorte de danse.

Tùurmeni. — Tort causé , violence , méchanceté.

Toume-moUtU, — Ce surnom iojurieux peut avoir pour origine la bataille d'Aiincourt surnommée la Journée des éperons. Molette signifiait éperon ou petite meule à écraser le grain. Dans le premier cas , notre épitbète signifie fuyard , lâche ; dans le second elle veut dire âne qui tourne la meule. En temps de guerre (1423), on usait dans les villes de petits moulins que faisaient mouvoir des manœuvres ou des quadrupèdes. Dans tous les sens , tourne-molette est une injure.

Toumelle. — Tour du palais de justice h Paris , où siégeait Tune des chambres du parlement. On nommait aussi tournelle une petite tour ou tourelle. Ce genre de construction distinguait les maison des nobles. On y établissait ou des escaliers, ou des cbambrettes semblables à nos boudoirs. Goquillart joue sur ce double sens du mot tournelle , quand il envoie les dames qui tiennent \a cour du parlement d'amour, visiter les draps du lit en chaDQbre ou en tournelle.

Tout, — Rendre tout ou tel ; rendre la pareille. — Du tout au tout : en tout point , tout-à-lait. — A tout , avec. -^ Tout est en Dieu. (V. Dieu)

Trac, — Allure, marche, chemin. —^Tracasser : Aller et venir, se donner du mal, faire du bruit pour se faire remarquer.

Traâitive, — Leçon transmise. Traduction. Eiplication livrée, donnée à un auditoire.

Traduction de Flavius Joseph. — On trouve à la bibliothèque royale, sous les N<» 7015 et 7016 , deui vol. in f°, reliés en maroquin rouge , avec les armes de France sur les plats. Ils viennent de la bib. du card. Mazarin, N° 2004, et renferment la 7mduction de la guerre des Juifs par Goquillart^ elle est écrite sur vélin en lignes longues. Ce manuscrit, qui date du XV^ siècle, est orné de vignettes et d'initiales , il y a des mignatures à chaque chapitre. Leur style est celui de Jean Fouquet, peintre de Louis XL En tète est un prologue que voici :

« La louange de Dieu tout-puissant, notre créateur et rédempteur^ qui , par sa sainte miséricorde, volt en ce mortel monde naistre home de mère vierge et souffrir mort et passion par les mains des Juifs , pour nous tous racheter d'enfer, duquel par le péchiédu premier homme, nous feusmes soubzmis et obligiez. Et

pour aYoîr entendement par langaige (iraâcoi8,de Tistoire de la destruction des Juidset delà cité deJerusaleniyensenible.de toute la terre d'iceuli Juids, ce que plusieurs appellent la Tengence de la mort et passion de notre dit rédempteur. S'ensuit d'icelle histoire une translation de latin en françois, prise sur Tistoire de Josepbus^ fils de Nathathie, hébrieu de lignée , l*un des prebtres de Ghrem. Laquelle histoire Ten trouve translatée par monseigneur saint Ambroise , jadis arcevesque de Milan , combien que Cassiodorus foce doubte duquel des trois , soit la translacion , c'est k savoir ou de saint Ambroise, ou de saint Jbérosme, ou de saint Ruffin , prebtre ! Comme il est escript au premier prologue d'icelle translacion ou coropilacioUy laquelle contient cinq livres , dont le premier commence : Bello parlhico , etc. — Jasoit ceque selon Pistoire que Josepbus escripvit en grec , il y ait sept livres. Autres aussi cuidans mieulx dire sont d'opplnion que la dite translacion ou compilacion, contenant cinq livres fut faite par Egesippus. Et l'autre compilacion ou translacion , en laquelle le nom du compilateur ou translateur est ignoré , contient sept livres ; et combien que la compilacion ou translacion qui contient cinq livres, soit qu'elle procède de la fasson monseigneur saint Ambroise ou d'aucuns des autres dessus nommés, soit irès-élégante et compendieuse , et que tous leurs ftiis soient créables et de l'esglise approuvés , toutefois pourceque l'autre compilacion contient sept livres est un petit plus ample et déclarative , aussi que lesdits deux compilacions ne sont pas opposites ou répugnantes, ains conviennent en ung roesme sens , du moins en la pluspart , celui qui a faitle ceste présente translacion de latin en françois , s'est arresté principalement k poursuivre le stlUe et le cours d'icelle translacion contenant sept livres, en prenant k la fois ce qu'il a trouvé en Tautre translacion contenant cinq livres, qui n'estoit compris en celle contenant sept livres. Et encore pour donner plus grant entendement et ample déclaracion des Aiis contenus en ces deux premiers livres, qui semblent cstre assez sommiers et récitatifs d'aucunes choses déclairécs en aucuns des livres des anticquités d'icelluy Josepbus, ce présent translateur les reprent selon la déclaration d'iceulx livres des antiquités , k commencer au Vil* chapitre du XII« livre d'icellos antiquités, commençant icellul VII» cbap. : Per idem tempus defunelo , etc. Jusques en la fin des vint livres d'icelles antiquités. — Or, supplie très-humblement ledit translateur à tous ceux qui ceste translacion verront ou orront, que si en aucune manière ils apperçoivent qu'il ait désvié ou délaissié du sens littéral de l'istoire , ils ne l'imputent à malice , mais à la slmplesse de son Imbécille et petit entendement , en suppléant s'il leur plaist aux faultes, et prenant pacicment ce tant peu qu'il a pu comprendre

et mettre en ceste triDslackm : laquelle il commença à Reims, lieu de sa résidence, le douzième jour du mois d'octobre. Tan de grâce mil llUG et soixante , Van troizième du pontificat de notre saint Péra le pape Plus second, Tan XXXVIll" du régne de notre souverain seigneur le roy de France Charles septiesme de ce nom ; Tan unzième de Parcbiépiscopat de très-réYérend père en Dieu monseigneur Jehan Juvenal des Ursins , arcevesque duc de Beins , et premier per de France , et Tan XXXIX« de Péage dMcelui translateur. »

Cette prérace est ornée d^une Tignette : on y a peint le translateur assis dans une grande chaise à ciel sculpté : il est habillé d^une grande robe bleu ciel orée , la tète couverte d^un bonnet à frange tombante. Il tend les deux mains sur un manuscrit ouvert et posé sur un pupitre d^église , à pied et à dos pointu. -^ A côté est un jeune clerc écrivant sous sa dictée , son papier repose sur son genou droit , qu'il appuie sur le pied du pupitre. L^appartemcnt est riche et orné de sculptures représentant des chevaliers et autres personnages.

Le second volume est ainsi terminé .* « Icy nous est la fin de ceste hystoire que nous avions promis baillier en toute vérité à ceulx qui désireroient cognoistre par quelle manière ceste guerre et bataille a esté faicte et conduite des Rommains contre les Juids. Mais comment elle est composée , nous le délaissons à dire aux lisans. Hs n'auront Ja desplaisance ne peinne d'en dire confidemmenl la vérité, pour ce seulement qu'ils Client eu conjecture par toutes les choses que j'en ay escriptes. -r-. Cette translacion fut parfoictele sabmedy veille de Pasqqes flories, vint quatriesme jour de mars , l'an mil quatre cent soixante-trois , entre six et sept heures du matin , à Reims. »

Ici se trouvaient quelques vers que nous avons placés à la fin du volume des poésies de Coquillart.

La bibliothèque royale possède un second exemplaire de cette traduction. Il est aussi in-folio , mais plus grand. Le texte est écrit sur deux colonnes. Les vignettes sont ornées d'armoiries. Ce manuscrit parait plus moderne que celui dont il est question ci-dessus. Les vignettes sont bien moins nombreuses et ne sont pas si Gnement exécutées. — La mention suivante se trouve à la fin de l'oeuvre : « Cette présente translacion fut faite l'an de l'incarnation Jhesucrist mil seze soixante et quatre cens scelon le conte. Le premier jour d'octobre courant. Yueillez Dieu prier pour l'escripvant. » — Nous devons cette note entière k Tobligeance de M. Louis Paris , ancien bibliothécaire de la ville de Reims.

fraicl, tmicte. — Tiré, retiré, rendu, transporté.

TraieUr par honneur. — Traiter une question avec le soin qu'elle mérite , ou pour Tbonneur et gratis.

Ttaiciée, — Traité , transaction , accommodement.

Draignêr, — Traîner. Traigner le patin : les élégants afltectaient de Mre du bruit ayec les énormes chaussures de ce temi» : cette mode était ridicule et inconvenante quand on la suivait dans les églises. — Quod nullus , cwn ealepadiis êtrepitum facientibu» ^ per ecclesiam incedal. Statuts du chapitre de Reims» 1435. fV. Patin et TrainacerJ

Train. — Mode, goût général, bruit , mouvement, état de maison, dépense. — Entretenir grand train : faire du bruit, poursuivre une afTaire avec éclat et rigueur. -* Train court : misère, gêné. — Train d'estat : peine, charges, travaux attachés à un état, à une position. — Tous les auteurs contemporains flétrissent avec Coquillart le luxe effiréné du XV* siècle. Voici ce que dit Menot : fc OSuper&ta.' facis mulieres concubinas , ut domicellas et filUu et mulveres de bas état non habentes^panem ad comedendum. Ducunt slalum mimbilem, et tôt luxufiœ indè sequilur! — Quare ? Quod non oportet inclinare suum slatum. Et quum pauper vir (le mari) non poleH, plus fournir à Tappointement (à la dépense) oporiet lucrari h la peine de son corps. » Serm. fer. VI, post. cineres. — Citons encore quelques mots du discours adressé k Charles VIll par Jehan de Rely, député et orateur des États de 1481 : « Le tiers désordre qui est en Testât des nobles. . . . C'est pour leur excessive despense en bastimens, vaisselle d'or, d'argent, habits etsaintures à hommes et à femmes, trop grant famille, et trop somptueux banquets et convives ; car après prodigalité va rapine

sa nourrice , et la suyt partout pié à pié Je diz à propos

que chacun est maintenant vestu de velours et de drap de soye : qui est chose dommageable fort à la richesse et aux meurs de ce royaume; car il n'y a maintenant ménétrier, varlet de chambre, ne gens d'armes (Je ne parle pas des nobles ), qui ne soit vestu de velours , que n^ait collier et signet d'or es doiz comme les t)rinces, etc. »

Trainacer le patin. — Porter des souliers k haut talon et à grandes pointes, et les faire sonner sur le pavé , sur les dalles des maisons, pour se faire remarquer. Mart. d'Auv. fait plus d'une alhision à cette mode. fV. Patin et Traigner. J

Tiaine gainant. — Aller en traînant sa gaine, c.-à-d. son

corps : marcher avec moUesse et nonehiUiDCe. -Rabelais noinin* trajsne guaisnes les Uches y les laioéants.

Trainée. — Marche , promenade habituel^ , iotrigue amoureuse. — Faire de maulvaises traînées : suivre de mauvaises habitudes, avoir de coupables intrigues. — Laissons toutes ces traînées : laissons-là ces siUets rebattus. — Faire sa trainée : faire sa promenade habituelle , satisfaire ses habitudes amoureuses.

Traire. — Tirer , enlever. Tirer de l'argent de sa poche,, ou du Uiit du pis de la vache. — N'avoir que traire : n'avoir rien à donner. — Se traire : se retirer.

Traison. — Trahison. — Traistre : Kvrcr, abandonner; de tradere.

Traits j trels. — Dards, aiguillons. — Amoureux traits : coquetteries , œillades. Martial d'Auvergne dit de même :

Ooulx yeux empenex de sagettes (Flecbes) .

Trappe. — Trappu .* gros et court , solide des épaules. Dans la ISO* nouv. de B. Despériers, on lit : « car il étoit homme trapé, bien amassé , et ménté qui savait bien jouer des couteaux. »

Trasser, — Marcher, laisser des traces, suivre des^ traces, chercher.

Traverseur de chemin. — Vagabond , fainéant qui passe sa vie à voyager et à chercher les aventures. Ghevah'er errant : flâneur, galant qui use sa vie à passer et repasser sous la fenêtre de sa dame. Traverseur signifiait voyageur , et se prenait aussi en bonne part. — Jehan Bouchet, poète français, né dans le XV« siècle , mort vers le milieu du siècle suivant , se donnait en tête de ses ouvrages le titre de Traverseur des voies périlleuses.

Trancher de l'espousée. » Faire de l'embarras. Avoir la place d'honneur comme une jeune mariée. Cette plaisanterie s'applique à M. Jehan L'Estoffé qui préside le tribunal.

Trésorier, — Officier chargé de veiller sur les recettes et les dépenses du trésor royal. Ces fonctions étaient importantes et bien rétribuées : aussi Goquillart dit-il gros trésoriers. — Jehan Bureau, trésorier de France, fût chargé, en 1461, de réprimer les désordres qui éclatèrent à Reims au commencement du règne de

Louis XI. Il se signala par ses cruautés : peut-être le poète veutil venger ici par une innocente plaisanterie les flots de sang Tersés quelques années avant.

TriedondaiMe. — Rabelais écrit triquedondaine. Dondaine était le nom d'une pièce d'artillerie : trique parait venir de triplex. Tricdondaine signifierait donc triple dondaine ; c.-è-d. dansTespècCy triple bordée de sottises, d'injures. Eustache Descfaamps nomme ainsi les hautes coiflùres à cornes portées de son temps :

JeoBcs dames tels triquedondùnet

Ne portei pins ; aux Tieilles en convieogne.

Trieoys. — Tricot , broderies , Jarretières.

Triolaine, — Allées et venues, démarches, intrigues. — Trioler signifiait aller et venir. On nommait triolet un couplet de huit Ters , dont le premier se répétait aux quatrième et septième lignes. — A Taide de la triolaine : c.-à-d. k force de démarches et de redites.

Tripot. — Complot, intrigues honteuses « mauvais lieu. Amourettes. Moyens de chicane.

Triumphant. — Homme k la mode , à bonne fortune. Héros du jour.

Trois estats (Ballade des). — De tout temps , les eoflints des Gaules se sont consolés de leurs misères sociales en répétant de joyeux refrains. Que d'entreprises sur les droits de la nation inspirèrent la verve de nos poêles populaires ! Que d'émeutes commencèrent et finirent par des chansons I Avant do méditor des constitutions impérissables, l'opposition enfonta dos couplets frivoles. Le mordant vaudeville précéda les adresses au peuple français et mille autres chefs-d'œuvre politiques sous lesquels le siècle des lumières crut avoir enterré les virelais dos Trouvères, la ballade des Malcontents, les maiarinados dos frondeurs et les rondes gaillardes et railleuses de nos devanciers. Mais , Dieu merci, la tradition les a mis sous son égide : les bibliophiles , les archéologues et tous les monomanes de la mémo famille, dont rit sans pitié le monde positif, se sont acharnés à sauver les reliques de notre vieille littérature , et plus d'une chansonnette écrite en quelques minutes, faite pour une existence éphémère , survit a nos chartes immortelles. La fleur qui » jadis, naissait au pied du Capitole , s'épanouit de nos Jours sur

ses ruines. Dans nos forêts on n'entend plus mugir Tunis indompté; le merle y siffle encore galment. Virelais et chansons , YiYex donc pour flageller d'âge en Age la mémoire des rois corrupteurs , et poursulTei de vos justes sifflets les ombres de tous ces hommes politiques » de tous ces entrepreneurs de réforme, qui ne furent que marchands , courtiers , ou denrées à vendre. Dès que Louis XI Ait roi , il devint un tyran , et , ce qui est pis^ un fourbe hypocrite. La pragmatique sanction révoquée livra les bénéfices et les hautes dignités de Téglise de France à la Cour de Rome. Les vieux serviteurs de Charles VII, ces guerriers qui avaient chassé l'Anglais du sol national , furent jetés en prison, bannis et dépouillés de leurs biens. Les communes furent écrasées d'impôts; dans plus d'une cité le sang ruissela par ordre de Sa Majesté : l'échafoud, ta potence et la rivière débarrassèrent le monarque des gens qui osaient murmurer. La corruption et la terreur continrent le mécontentement général , et Louis avait , sinon des amis , au moins des sujets. Cependant l'irritation des grands et des petits ne pouvait pas toujours rester assoupie : une explosion devait avoir lieu , et en 1465 , Charlesle-Téméraire parvint 'à organiser la célèbre ligue du bien public. Les princes du sang, les gentilshommes, des aventuriers cupides s'unissent sous prétexte de venger la nation opprimée. L'armée qu'ils ont créée marche sur Paris ; elle va passer le pont de St- Cloud , quand arrivent au camp deux ballades. L'une rappelle la plus importante des promesses faites et violées parle Roi, la convocation des États généraux ; l'autre résume tous les griefs, causes apparentes de la guerre civile. Nobles , prêtres , gens du peuple y magistrats , tous y murmurent ; tous ils accusent la cour, tous tiennent contre elle des cris de colère et des menaces énergiques. Avant d'aller plus loin, donnons le texte de ces couplets : nous dirons tout-à-rheure ce qui advint, quand on les eut bien chantés.

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