SECONDE BALLADE
Quand TOUS verrez le» princes recoUéa, Et enU-mesmea mens en diseention.
Quand tous Terres les sages aveuglés Pour soutenir police et union , Quand les flatteurs par leur séduction Informeront les seigneurs au contraire, Quand on croira de» fols Topinion , Soyez asseurs qu*aurez beaucoup à faire.
Qnand vous verrez les nobles désolés Pour supporter la basse condition, Qnand vous verrez méchans gens appelés En haut estât et domination; Qnand le meffaict n*aura pugnition , Quand vous verrez plaindre le populaire De mangerie et d^impositions.
Soyez aaaeurs qu'aufe» beaucoup à fa»r«.
Quand vous verrez le clergié rataller , Oster aux Juge» leur juriadiction.
Quand vous verrez vieux aervans désolés Et dépourvu» tle leur provision;
Quand tous Terrei an peaple émotion , Quand le petit TonMra le grand deffaire, Et en réglise noiae et destruction , Seyes asteurs qu'aurez beaucoup à faire.
Prince, pour Dieu , ayex affection 0*entretenir la justice ordinaire :
On autrement , et ponr concInsMn , Soyez asseurs qn'anrex beaucoup à faire.
Ces deux ballades eurent un immense succès. Partout elles furent chantées et dansées. Cependant, Reims avait fermé ses portes à la ligue. Le clergé conduisait des processions, en priant pour le roij les chanoines Tidaient leurs celliers et en distribuaient le contenu aux milices bourgeoises , aux ouvriers qui réparaient les fortiâcations. Mais qu^on ne se fasse pas illusion sur les motife de ce dévoûment : Reims savait comment Louis punissait les rebelles et tremblait au souvenir du micmac (1). On tenait donc pour le roi en la forme ; au fond on ne se plaignait pas moins de ses parjures et de ses cruautés. Les échevins penchaient pour le drapeau des princes ; l'opposition chantait et dansait la ballade des trois Etats ; les conservateurs montaient la garde et gagnaient des rhumes de cerveau à faire des patrouilles. Le 27 juillet eut lieu la bataille de Montlbéry , journée sans vaincus ni vainqueurs; néanmoins elle mit fin à la lutte. Le roi , par le traité de Conflans (1466), promit tout ce qu'on exigea de lui, satisfit les chei^ de la ligue , mais refusa de convoquer les Etats généraux ; cependant il finit par transiger sur ce point et nomma trente-six commissaires chargés de faire droit aux griefe, prétextes de la guerre. On les appelait les commissaires du bien public. Le roi s^était engagé à ratifier et rendre exécutoire dans les quinze jours tout ce que la commission arrêterait. Or , elle trouva que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles , et la nation sut à quoi s'en tenir sur la ligue du bien public. Le. peuple n'en chanta que plus haut la ballade des trois Etats de France ; et dans cette grave circonstance , les vrais patriotes multiplièrent les ronds de jambe et les entrechats. Le succès finit par être complet, et en 1468, sa Majesté très-chrétienne convoqua les Etats généraux. Le 6 avril , ils ouvrirent leurs séances dans la grande salle de Tarchevéché de Tours. Elles étaient terminées le 14 du même mois. Soumis aux volontés royales, les élus du peuple s'empressèrent de remettre leurs pouvoirs à des commis-
(i) On nommait ainsi une émente qui eut lieu à Reims, au commencement du règne de Louis XI. Le roi s*en vengea par de san« glantes exécu lions.
i j ceux-ci ne dirent même pas qu'il y avait peut-être c|uel(iut chose à faire : ils ne découvrirent rien à réformer. En 1470 , Louis XI j que toutes ces assemblées effrayait peu , convoqua les notables à Tours, et , suivant Fusage , il eut bon marché de leur indépendance. On dansait toujours à Reims la ballade des trois Etats de France, mais c^était par la force de Tbabitude, et OD n^ayait plus la même foi dans son populaire refrain. Les représentants de la nation rois à l'œuvre, avaient été appréciés à leur juste valeur. On savait ce que chacun d'eux coûtait au rot Ils avaient dit qu'ils feraient les affaires du pays; ils n^a valent fait que les leurs. Tels sont les faits qui mirent le fouet à la main de Coquillart.
Les choses étaient bien changées depuis 146K. Ces trois Etats qui devaient sauver la France, étaient bafoués , et c'était Justice. Indépendance , valeur , patriotisme , les élus de la nation avaient tout vendu. Ces hommes , qui s'étaient dits probes et libres , n'étaient que des traitants. La robe dans laquelle se pavanait leur vanité , dénotait aux yeux de tous Tétat de marchandise. Devant tant de bassesses la France fut contrainte de courber la tête. La foule se soumit, mais en murmurant. C'était un droit qu'ello payait cher. Elle devait en user, et en usa. Coquillart, avec hardiesse, se chargea de flageller l'acheteur et les marchands. Quand le despote ne fut plus de ce monde , un roi mineur lui succéda. Alors les Elats généraux secouèrent le joug , élevèrent la voix et firent oublier leur long silence et leur lAche égoYsme. Revenons à nos ballades : nous en devons le texte aux mémoires de Jacques du Clerq , né vers 1420. Coquillart n^en serait-il pas l'auteur ? Ses œuvres renferment plusieurs ballades politiques , lancées à l'occasion des Etats généraux , tenus à Tours lors de l'avènement de Charles VIII. Nous ne possédons pas toutes les œuvres du poète rémois, peut-être avons-nous mis la main sur deux de ses enfants perdus. Nos deux ballades furent faites en province ; on s'y inquiète de ce que dit Paris , do ce que fait le parlement. Leur auteur et ceux qui les chantent subissent l'influence de la ville capitale. Le mystère des réponses, les encouragements joints aux questions nous montrent dans ceux qui dansaient les trois Etats , des ennemis de Louis XI , mais des ennemis tremblants. Telle était alors la position des gens do Reims. L'amertume avec laquelle Coquillart parle de notre ballade, ne révèle-t-elle pas le dépit de l'auteur honteux de voir son œuvre devenue ridicule. Dans tous les cas , elle nous montre la généreuse colère du citoyen de cœur et de génie, joué par les intrigants et trompé dans ses plus nobles espérances. De tout cela résulte-t-il que le mordant chanoine soit le père de nos couplets satyriques ? — non , certainement ; mais cela n'est pas impos-
sible. De plus savanU éclairctront ce proUème litténare. Quant au problème politique soulevé par la ballade et réscdu par le poète rémois, nous n^en dirons rien. Rêveries de bibliophile sont choses légères ; feuilles vertes au matin » mortes le soir , jouets du vent le lendemain , elles s'en vont comme elles sont venues, sans que personne s'en doute.
Trousser. — Relever. Troussé : mis à nu ^ relevé, ferme, qui se tient bien.
Ttxntssoire, -* Robe longue dont il (allait porter la queue. On donnait aui vêtements en général les noms de troussoir^ troussel, troussai! , trousseau , trousses.
Trouvé — Inventé , controuvé , forgé à plaisir.
TuUion. -" Défense. De îuêri , tuitio.
7u{fo. ^TulItusGIcéron.
Turbe. — Foule. Ensemble de témoignages sur un fait. Les enquêtes par turbe étaient destinées surtout à fixer les peints douteux du droit eoutumier , et les usages locaux. Les tribunaux supérieurs pouvaient seuls les ordonner : ils envoyaient un commissaire entendre les témoins sur les lieux. Au lieu de les interroger isolément , on recevait en même temps la déposition de plusieurs témoins; Ita témoins ainsi présentés collectivement formaient une turbe. On ne pouvait comprendre que dix personnes par tgrbe, mais on avait le droit de produire jusques a dix turbes. Chaque turbe ne valait qu*un témoignage, et il fallait en produire au moins deux , à cause du vieux brocard teslis unus j tesiis nullus. Ce mode de procéder était hérissé de dîiBcultés et ruinait les plaideurs. En 1498 , Louis XII essaya de le réformer. Ce fut Louis XIV qui déracina cet abus en 1667. Il remplaça ce mode d'instruction qui ne profitait qu'aux gens do loi , par les actes de notoriété.
Ty. — Toi. Tel ty , tel my : toi comme moi , Fun comme Tautre.
Vmbre. — Ombre, apparence, masque. — Umbre de quelque
touleur : prétexte , tnotif spécieux. — Sous umbre de tén tell dons : en cachant ses intentions sous des largesses.
Ung, une. — Un, quelqu^un. — Ungs,unes : uns, les uneS| les quelques-uns, quelques-unes. — ïoui ung : tout semblable , tout comme si.
Université. — LTniyersité de Reims ne date que de li$47. C'est donc celle de Paris que Coquillart maltraite dans sa satyre. Sous Charles VU : elle avait trahi la cause nationale et soutenu les prétentions de l'Anglais. Elle sacrifiait sans scrupule aux intérêts privés de ses dignitaires les droits de la Religion, de l'état et de ses lois. Sa cupidité et son orgueil étaient proverbiales. Elle luttait contre le parlement , la cour des aides, et, au besoin, contrôla volonté delà couronne, pour défendre des privilèges qui ne profitaient souvent qu'à ses officiers. Elle leur distribuait les sonmies qui , dans Torigine, étaient affectées à Téducation de la jeunesse. Le prédicateur Maillard « dans ses sermons, Tattaque avec énergie : il tonne contre les privilèges excessifs et ridiculeS/de ses officiers j il leur reproche leurs rapines et leurs débauches. L'Université de Paris prétendait régenter la France. Ses exigences fatiguaient les populations , et Ton comprend les vives attaques dirigées contre elles par Coquillart. Les états de 1484 demandèrent aussi la réforme de tous ces abus. En 1496^ Tarchevèque Robert de Lenoncourt voulut créer à Reims une Université qui eût secoué le joug de celle de Paris. Les rémois aimèrent mieux des institutions commerciales , et le projet du prélat fut ajourné.
Ustensile, — De utilis : outil , ustensile. On nommait ainsi tout ce dont un homme d'armes avait besoin pour son entretien et son équipement.
Utrumque tempus. — Eust. Deschamps , dans une de ses ballades , dit à peu près dans le même sens :
Prince , chascun doist en son josne aé (jeune âge) Prendre le temps qui lui est destiné ; En Faage vieil, tout le contraire face.
Ainsi ara la deux temps en chierté.
Utrumque tempus parait signifier temps de faire Tune et l'autre chose , soit l'une après l'autre, soit en même temps. — L'ung et l'aultre temps : ces mots veulent dire soit en même temps, soit à tout âge.
Vacarme. — Cri de guerre habituel aux Flamands. Ils disaient vacame, wuacarme aussi bien qu'alarme. J. Moiinet , J. Marot. — Mesdames, sans aulcun vacarme, c.-à-d. saos bruit , sans tambour ni trompette.
Vacation. — Vacance, congé, occupation. — Mary en vacation r c.-à-d. en vacances, qui se dispense de ses devoirs conjugaux.
Vacquant. — On nommait ainsi , et le temps pendant lequel un bénéfice était vacant , et les revenus qui s'accumulaient pendant la vacance. Ces revenus originairement appartenaient au coUateur qui devait pourvoir de suite à la collation. Mais les papes s'en emparèrent , et pour en augmenter la somme , ils avaient soin de retarder indéfiniment la nomination aux bénéfices. La pragmatique de 1438 déclara que l'Église de France ne paierait plus le vacant. Louis XI , en révoquant la pragma^ tique f rendit à la cour de Rome toutes ses prétentions. Ecoutons André de la Vigne, écrivain contemporain : « Il est à considérer que combien que les exactions fussent grandes , tant en vacquant qu'autrement, au temps que les dictes constitutions lurent faites (la pragmatique de Bourges) , toutefois depuis la cassation d^icelles au temps du pape Pie, encore présent sont plus excessives de la moytié. Car lors les vacquans ne se payoient qu'à la valeur de la taxe réduite à la moitié, et toutefois depuis' la dicte cassation , communément les vacquans ont esté exigez plus grand que toute la taxe , voire que la valleur d'une année , voire de deux des bénéfices, et tellement que d'aucune, comme l'abbaye de Bernay, furent laissées la bulle, pour ce qu'on demandoit 200 ducats, et l'abbaye n'en vaut pas 200 : saint Pharaon de Meaux a 900. Et aussi des grans expectatives prenoit les deux pars en le tiers et plus que on ne vouloit. » — Louis XI , effrayé des sommes qui sortaient du royaume, décida qu'on ne payerait que la moitié du vacant. Mais Rome exigeait non-seulement le tout, mais souvent les revenus de l'année qui suivait la collation (c'est ce qu'on appelait les annates) et même à toujours une portion du revenu. 11 en résultait que l'individu nommé était obligé d'envoyer à Rome les revenus échus pendant la vacance et ceux qui venaient à échoir après la collation , que de plus , il devait faire face aiix charges et aux dépenses nées
pendant la vacance et à celles qui suivaient la collation. M follaft donc y pour obtenir un bénéfice, être riche ou emprunter : oc, on ne prête guère aux gens gênés. Le parlement de Paris se plaignit de ce que la révocation de la pragmatique excluait des bénéfices les gens instruits et pauvres, les prêtres dignes de ce titre , mais sans fortune ni naissance. Louis XI , à la fin de son règne (1478), voulut réparer le mal qu'il avait fait : il convoqua à Orléans les évêques de France , pour aviser aux moyens de ne plus payer le vacquant. — Goquillart iait plus d'une allusion à ces abus : quand un galant a obtenu le bénéfice d'amour, il doit payer toutes les dépenses feites par la dame pendant la vacance , et lui fournir tout ce dont elle n'a pu jouir.
Vaille que vaille f Monseigneur). — Juge qui trouve moyen de se faire payer tant bien que mal.
Valentine irrégulière. — Le dimanche des Brandons^ chaque jeune fille désignait son valentin, c.-à-d. son bel ami j à partir de ce Jour, tous deux se considéraient comme fiancés. L'amoureux devait faire un cadeau à sa future avant la mi-carême : s'il y manquait , celle-ci redevenait libre. Elle faisait un mannequin de paille , auquel elle donnait le nom de son valentin, et elle le brûlait publiquement. On fait venir valentin de galantin. — Martial d'Auvergne , dans son premier arrêt d'amour , condamne un amant qui a trompé sa dame , à faire un pèlerinage à saint Valentin. *- On nommait valentins les marchands de menus objets de modes , de friandises et de galanteries. Le jour de la saint Valentin , ce n'était qu'aubades et sérénades f chacun envoyait à la dame de ses pensées des fleurs, des oranges, des sucreries et de galants cadaux. — Valentine irrégulière : fille qui ne garde pas son cœur à son fiancé ; femme légère qui donne son cœur à plusieurs amis.
Vaneler. — Cribler du grain : au figuré , médire du prochain , l'éplucher comme le blé qu'on vanne , ou le berner , le feire sauter conrnie le grain dans le van. — Le 51« arrêt d'amour de Mart. d'Auvergne veut qu'un amant brutal qui a battu sa dame , soit remis nud à une vieille chambrière d'estuves , pour le très-bien vanner dedans une vieille couverture remplie de vermine.
Variable. — Irrésolu , inconstant , fol.
Varier. — Etre d'avis contraire, se disputer, contredire j s'écarter de la vérité.
2AA Variet, — Le luxe des valets et des ouvriers était effréné ; tous les historiens le signalent. « Et qui estoit hier court vêtu, et estoit le lendemain long vestu Jusqu'à terre. Et si estoit cette manière si commune, n^avoit si petit compagnon, qui ne se Youlust restir àla mode des grans et des riches, fust long, tasi court, non regardent au coust ni à la dépense, et ne s^l appartenait è leur estât. » 1467. MoNsmEUBT.
Vassaux, •*- Sous Louis XI , les armées se composaient des compagnies soldées pAr le roi. Cependant les noMes qui les commandaientf les recrutaient habitaellêment parmi leurs vassaux : souvent ils amenaient au roi des bandes entières d^bommes , réunis dans leurs domaines.
Vaudelucque. — Dans Téglise de Saint-Michel, à Lucques , on conservait un crucifix qu'on disait fait par un ange , d'après le portrait du Christ attribué à Nicodéme. On le nommait le saint Voult fvuUmJ de Lucques. De ce mot on a fait Vou de lucque et Vau de lucque. Au XV" siècle , il y avait à Paris , rue des Lombards, une maison qui avait pour enseigne le Vaudelucque. Le voult de Lucques était célèbre par ses miracles î
Uns Junglerres chantait peur la gent déporter : (amoser) Ne cortois, ne Tilaint ne li Tant riens donner. Et le saint Von de Lncqnes li dona son soler. (salaire) Jong» et Trouv. pnbl. par M. JubikaIi.
Richard tranche du Vaudelucque : Coquillart veut dire que Richard porte des cheveux long comme ceux du Christ, ou qu'il se fait regarder, admirer comme le saint Voult de Lucques^ — Le Gendarme cassésouhmie que le Vaudelucque donne des étrennes à ceux qui Técoutent et la teigne à ceux qui portent des cheveux longs. Vaudelucques est là pour Dieu.
Vaulsisi. — Vaudrait, valut.
Vauvers (Le diable dej. — Sur le terrain que traverse aujourd'hui le haut de la rue d'Enfer, les rois de la seconde race eurent un palais ; comme il dominait la vallée de Gentilly , on le nommait le palais de Vauvers fvallis viridiej. En 1257, les Chartreux s'établirent à Gentilly. Â la même époque , le chftteau de Vauvers tombait en ruine. Le vent qui s'engouffrait sous les voûteSi produisait des sons étranges et effkrayants. On disait que le diable venait dans le château sous la figure d'une belle fille. Les Chartreux demandèrent à s'installer sur les débris du vieux palais. C'est ce qu'on leur accorda vers 1259. La rue d'Enfer se nommait alors me de Vauyert. Elle doit son nom actuel à la
légende dont nous venons de parler. Le diable recula devant les Chartreux ; mais le souvenir de ses apparitions resta dans la mémoire des gens de Paris. Envoyer au diable au vert , est une expression qui date de cette époque ; alors on disait envoyer au diable de Vauvers. Goquillartuse à diverses reprises des souhaits du même genre.
Veau. — Sot , imbécile. Tout ne pend qu'à la queue d'un veau. Tout dépend du caprice d'un fat. — Aux veaux ! au vaux ! cri injurieux.
Véhément en langaige. — Babillard.
Veloux. — Velours. Les ord. somptuaires défendaient aux bourgeois et même aux écuyers de se vêtir de velours ; ils affectaient d'en porter pour ressembler aux gentilshommes. On faisait des velours de laine qu'on nommait velours de gueux.
Vendeur. — Marchand de paroles. Avocat qui plaide toute cause , bonne ou mauvaise , pour de l'argent. Menot reproche aussi aux avocats de vendre leur silence aux dns et leurs paroles aux autres.
F«w^— Idée, caprice, manie. Vapeurs, mensonges, vent de la chemise :
Or la coastmne à la femme souvent A son raary faire boyre son vent , Que grandisseui'S, sans en faire anltre mise ITomment et disent le vent de la chemise.
Légende de PiEaRs Faxfeu.
Rabelais n'oublie pas cette plaisanterie : dans ce pays où on ne vit que de vent , celui de la chemisa est réservé aux muguets et aux amoureux. Le vent de la chemise est tout ce qu'une femme a d'adresse , de ruse , de caprices.
Ventrebieu. — Per venirem Dei. Menot reproche aussi aux gens de son temps leurs blasphèmes et leurs jurements. « Âlia est blasphéma turpiloqua : velut les ruflSans. Unus capiet Deum par la barbe; alius per guUur. Sunt aliqui hodiè loquentes de sanctâ humanitate Christi redemptoris cum minori reverentia quam Marcellerius (le boucher) in macello. Non est enim nunc turpium et rustriorum negare Deum ; sed nobilium, justitiariorum etecclesiaslicorum,et eorum dénique qui majores in populo sunt Menot, fer. IV, post. Dom, in Passione.
Veoir. — Voir, veoil, voyait, veît. Vit : je YCis, Je vis. — Vcu, TU.
Véreux. — Oo croyait alors que les chiens enragés, les fous 9 les hommes irritables avaient un ver dans la tête. On nommait véreux un homme fou , agacé , irrité ; dire le véreux était s'emporter, devenir fou de colère, enrager de dépit.
Vermeil — Couleur rouge extraite de petits vermisseaux , étoffe précieuse de couleur rouge. La nuance vermeille était, comme le vert, adoptée par les galants.
Ven. — Vair. Bleu gris. Fourrure de petit-gris.
Versé, — Il faut peut-être lire bercé ; au surplus , ces deux mots viennent de veHere, vertus. J'en estoit déjà tout versé : J'étais tout tourné , tout fait, tout habitué à être ainsi coiffé.
Verser, — Se mal conduire, tomber.
Verser fSeJ, — Se diriger, marcher, s'appliquer.
Vert. -* Jeune , actif, gaillard, gallant.
VertilUm , vertinon. — Morceau de grès ou de métal taillé en rond , percé au centre et faisant partie du fuseau : il lui donnedu poids et Taide ainsi à tourner sur lui-même. De vertere.
Verve, verue, veme. — Ardeur, activité de Tesprit, fantaisie, folie. Dans la Farce de Pathelin^ dame Guillemette dit au drapier, qui insiste pour être payé : recommencez-vous votre verve. On fait venir ce mot de verbum, parole *, de vermis, ver; parce qu'on supposait que dans la tête de Thomme il y a des vers qui Texcitent et Tirritent ; enfin , de ver y printemps : en cette saison tout est en mouvement. Aussi disait-on verue et veme.
Vesture — Vêtement. De la mode estroicte vesture : vêtement étroit imposé par la mode. Vesture signifiait aussi investiture , prise de possession. Droit dû au seigneur d'un immeuble qui changeait de propriétaire.
Vice. — Défont. Vice de forme.
Vigmur d'un pacte. — Validité d'un acte, d'une convention. Maintien des conventions y contenues.
Tillain. — Campagnard , rustique , grossier. GhAtelain si^ gniûait noble , poli, élégant.
Violette. — Fleurs d'amour. Les jeunes filles les cultivaient sur leurs fenêtres. Elles en portaient des bouquets à la ceinture^ et en laissait tomber une quand leur bel ami passait, a Eccé veniet le moys de may : oporlet ire renouveller les amourettes ; et aurons (les demoiselles) le sein farcy de violettes de broust (à brouter) : et caprioli venient brouster. » Menot, fer. lll, post. Pascha. — Le prieur des Cordeliers de VObservance d^amouf défend à Tamant qui se fait cordelier de cueillir de fraîches violettes, d'en mettre dans ses livres de prières, etc. Mart. d'Auv.
Virctde. -^ Tour, promenade , exercice. Faire virade ou sa virade , c'était littéralement faire sa promenade; mais cette locution avait aussi un sens graveleux. — La carte virade était un jeu du XV^' siècle qui se prétait aussi aux équivoques.
Virer. — Tourner, s'agiter, sauter.
Vis. — Escalier en forme de vis ou de spirale , souvent renfermé dans une tourelle.
Bien sera cy Ut tour o tIz
A arcberes et à dégrez. — Mjrst. M. Jubiital.
Rabelais , dans V Abbaye de Theléme , dit aussi des vis pouf des escaliers.
Visiter les linceaulx. — Allusion à l'obligation où étaient les magistrats de visiter les sacs à pièces avant de laisser venir les affaires à l'audienee pour voir si la procédure était complette. Cette locution se prétait à de mauvaises plaisanteries. Bon. Despériers dit dans un sens graveleux visiter les procès des veuves» ^r. Linceaulx).
Vùie. — Route, moyen. Voies obliques : chemin de traverse, mauvais procédés, ressources frauduleuses. L'ord. du 16 sept. 1422 cherche à remédier aux délations , voies obliques et accessoires qui retardent la marche des procès. /T. R(md.J
Voir, voire. — Vrai , vraie. — Voire à Dieu : vrai Dieu ! Vraiment^ s'il platt à Dieu. — Voirement, vraiment.
Vaine defeuchier. —Verre fait avec de la cendre de fougère.
Vois (Je). — Je vais. Je m'en voys : je m'en vais. Qu'on y
Voise : qu^on y aille. Voise à Dieu : qu^il aille , que cela aille à fat grâce de Dieu.
Voie, voix , voys, — Qa^est cecy , bon gré ma Tois? — Vois est ici pour foi , c^est uo senneut déguisé : Qu'est^ cecy ? Que ma foi yeuille me l'expliquer ! Oq disait de même toultes Toies pour toutes bis.
VolUr, ^ Dérober. S^eoyoler, fendre les airs. Chasser à Taide d'un oiseau de proie, au vol. — Voiler aux grues : chasser les grues au toI. — Bas voiler : voiler bas pour n^étre pas vu , dissimuler. — Piétons , laissa voUer vos picques : laissez soustraire vos picques : mettez-les de côté : laissez-les s'envoler : ne vous en souciez.
Volleur. — Chasseur è Toiseau , gentilhomme. Voltigeur^ léger, sauteur. Oiseau qui vole.
Vouge. — Pique , épieu , gaule garnie d'un fer de lance oud^un tranchant. ^
Fou/otr.— Veultjvolt : voulut. — Voulsist : qu'il voulut, qu'il voudrait.
Vouste. — Volte , voltige , danse , saut , exercice à pied ou à cheval. — Vouster : voltiger, sauter, fiiire des exercices d^équitalion.
Vroir, — Vrai.
Vueilles. — Veilles. Sac de procédure mis en ung vieil ckm par la vueille de haulte festes : la veille des festes , congés et Jours de vacances les gens de lois terminaient les affaires arriérées ; c'est ce qu'on appelait vider son sac.
Fetix. — Coquillart les nomme les héraulx de l'amour. Les auteurs des G. N. N. en font les archers du cœur.
Tmage, — Personne, individu, portrait, figurine, peinture d'émail , bijoux damasquinés. On portait à son chapeau ou un portrait ou un Joyaux de prix. Louis XI y plaçait une figurine de la vierge en plomb. Rabelais, quand il décrit le costume de Gargantua, luy donne aussi une ymage en émail.
TpocraUsle. — Médecin élève d'Hippocrate , buveur d^Hypocras.
Tvonnet d'empoigne clicaille. — En 1435, un nommé Yvonnet Vincent tenait Épernay pour les Anglais et les Bourguignons. Il rendit la ville à Renaud de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France , moyennant 2,000 pièces d'or , qui furent payées par les gens de Reims et leur clergé : Mablot, liv. XI, chap. 39. — Depuis , le nom dTvonnet dut devenir ipjurieux. Glicaille voulait dire monnaie. Au bout de 40 ans^ on n'avait pas oublié à Reims ce honteux marché. Goquillart a bien fait de rappeler la turpitude de Thomme qui eut besoin d'an sac d'or pour se souvenir qu'il était Français.