NOTICE
snr les Éditions de Gnillaime Coqoillart.
Les œuvres de Coquillart se trouvent rarement dans une bibliothèque moderne ; cependant elles ont été quatorze fois publiées. De plusieurs de ces éditions, il ne reste qu^un seul eiemplaire connu. Quand ces reliques de Pancienne typographie reparaissent sur Thorizon , les bibliophiles se les disputent et les portent à des prix fabuleux. D^où vient donc hi rareté d^un livre qui devrait être commun ? C^est une énigme dont le temps donne le mot tous les Jours. L^ignorance des uns , rindiflérence des autres , les accidents , les insectes , le feu , Teau, se liguent pour entamer , détériorer et anéantir les volumes les plus précieui. En vain on lutte contre le torrent , en vain on fait blanchir , restaurer, relier à neuf les volumes qu'ont lus nos pères : ils périront un Jour conmie ont péri plus tôt leurs firères , tombés dans des mains profiines. Telle est hi loi des choses de ce monde. Les imprimeurs des premiers siècles connaissaient sa puissance absolue : ils ont fait tout ce qui dépendait d^eux pour assurer la vie des œuvres qu^on leur confiait. Artistes et littérateurs , ils ont compris que , même dans ce monde , tout ne finit pas avec la vie. Ils se sont dit : moins d^argent aujourd'hui , mais plus tard un souvenir parmi les gens de lettres. Ils ont mieux aimé la gloire que les écus, la gloire qui phme sur hi tombe, qui reste encore debout quand la tombe elle-même n'est plus ; la gloire que le temps épargne , parce qu'elle n'a rien de terrestre , {»a^ce qu'elle est immortelle comme l'âme qui en a besoin. Elle ne
leur manquera pas : il en est pour la science , il en est pour le dévoûment k la littérature, il en est pour le trayail probe et désintéressé ; il y en a pour les imprimeurs des XV* et XVI« siècles. De nos Jours, on recherche avec ardeur leurs ceutres consciencieuses \ on en fait des objets d Vt ; leur prix est sans limites. Heureux qui les possède ! Il est plus d'un de ces trésors que l'argent ne pourrait procurer. Nous ne conqaissons personne qui ait réuni toutes les éditions de Goquillart. Nous ferons connaître celles qu'il nous a été permis de consulter.
La plus ancienne, dont nous ayons k signaler Texistence , n'est pas indiquée dans le nouveau manuel du libraire, publié par M. Brunet. La bibliothèque de Reims en renferme un magnifique exemplaire. Voici son titre : S'ensuyvenl les Droits nouveaulXy avec le débat des Dames et des Armes; VEnquesle entre la Simple et la Rusée, avec son plaidoye; la coplaincle de Echo à Narcissus et le reffus qu'il lui fist, avec la mort d'iceluy Narcissus, et le monologue Coquillart, avec plusieurs autres choses fort joyeuses , composé par maislre Guillaume Coquillart, officiai de Reims-lez-Champaigne, IX.C.
Ce titre se trouve illustré d'abord de deux écussons : Tun porte une croix k quatre branches égales , chargée de cinq molettes k sept pointes ; une au centre et une sur chacun des quatre bras. L'autre écusson porte trois roses k cinq feuilles ; une en pointe , deux en chef. 11 s'appuie sur une sorte de sceptre dont la partie inférieure est aiguë ; au sommet est une boule ceinte de cinq petits globes ; autour sont des ornements en arabesque, au milieu desquels on distingue trois tètes goguenardes. Au bas du recto, on lit ces mots : « On les vend à Paris, en hi rue Neufye Nostre- Dame , k l'enseigne de VEscu de France. »
Au verso de cette feuille se trouve Une gravure sur bois : elle représente Goquillart assis et travaillant dans son cabinet. Des livres sont près de hii : quelques-uns sont posés sur un pupitre. Au-dessous sont ces mots :
« S'ensuyvent les rubriches de ce présent livre , et premièrement : De Jure naturali, de PresumptUmibus , die Paclis, de Statu hominum, de Dolo. » Ces mots paraissent n'être qu'un remplissage. Vient ensuite sur le second recto la vraie table.
« S'ensuyt la table de ce présent livre , et premièrement : Gomplaincte de Echo qui ne,pèult Jouir de ses amourS:; — Ballade contre les princes ; — Responce k la dicte ballade ; — Ballade des vers Manteaulx ; — Respodce ; — Ballade quand on cria la paix à Reims.
«Les Droitz nouveaux où sont contenus plusieurs beaulx titres en rubriches ; la première : De Jure naturali , où sont contenus plusieurs questions : — à scavoir sy on doybt laisser Jeunes fllles
et femmes en friche par foulte d'estre labourées; — à scavoir se le mary est trop absent , se il est tenu des arreraiges quant il revient ; — k scavoir se le mary bat sa femme, selle se doit revencher ; — k scavoir si la chambrière peult prendre la pitance de Tamy, au lieu de Fa dame, selle scet le secret; — k scavoir se jeune femme peult contraindre son mary k avoir une norices, de peur de ses tetins. — Des Droitz nouveaulx, second tiltre et seconde rubricbe. — Et De Stalu hominum. — Ung pouvre homme qui aura belle femme et yra dehors , au revenir sMl treuve sa maison fournie , à scavoir sUl se doit enquérir dont cela vient, et plusieurs autres bonnes conjectures. — Autres rubricbes : De Presumplionibus tant de hommes que de femmes ; -7- De Paclù ; — De Dolo ; — Le Débat des Dames et des Armes. »
Cette table ne nomme ni le Plaidoyer d'entre la Simple et la Rusée, ni TEnqueste, ni le Monologue de la Botte de Foing, qui sont cependant dans le volume. Cette édition ne comprend pas le Monologue du Puys et celui du Gendarme cassé.
A la On du volume , on lit ces mots : « Cy finissent les Droits nouveauli avec le débat des Dames et des Armes , imprimé nouvellement à Paris en la rue Neufve Nostre-Dame , k renseigne de VEscu de France, »
Au verso se trouve une vignette sur bois, formant un carré long. Au sommet est Técu de France, soutenu par deux anges aux atles éployées ; au bas sont deux lions debout , tenant des rameaux de feuillage et de fleurs, et soutenant un chiffre entrelacé dans des glands , et composé des lettres I. T. : c'est celui de Jehan Trepperel , illustre imprimeur parisien. Autour de cette vignette , on lit cette devise : « La grant miséricorde, otroye nous charité et concorde , en provolant. » C'est celle de Jehan Trepperel. Elle est écrite en caractères gothiques , semblables k ceux Rravés au XV* siècle sur les dalles funéraires. Elle garnit les quatre cAtés de la gravure ; un fleuron , indiqué au trait, sépare chaque mot.
Cette édition est imprimée sur papier de format in-4<*, en caractères gothiques , à deux colonnes , sans ponctuation , sans pagination, sans intervalle entre chacune des pièces qu'elle con- v^
tient. Au bas du premier recto de chaque feuille d'impression , on lit le mot Coquil .* c'est sans doute un abrégé de Coquillart.
Cette édition n'a pas de date ; cependant, si Ton tient compte des chiffres romains IX.C. qui terminent le titre, on sera tenté de croire qu'elle doit être de 1491. Les chiffk'esM.CCCC. seraient omis.
Ce qui parait certain, c'est que cette édition parut du vivant du poète. En 1511 , date de la mort de Coquillart, Jehan Trepperel n'était plus du monde. On remarquera de plus que le titre donné
à Goquillart n^est pas précédé des mots en son vivant, que nou$ retrouverons dans les éditions postérieures.
J'ai donc dû tenir grand compte d^une édition dont Tauteur a pu prendre connaissance : elle précéda toutes les autres , et dut être foite sur son manuscrit. Elle m^a permis de foire d^niportantes correctiofis dans les textes suivants , et J'y ai puisé des variantes curieuses.
Le manuel du libraire nous indique ensuite une édition fort rare , dont nous n^avons pu nous procurer d^exemplaire. Le titre paraît le même que celui que nous avons reproduit ci-dessus,* il se termine aussi par les chiffres IX.G. C'est en la rue Neufve Nostre-Dame et h renseigne de Saincî Jehan-Baptiste que ce volume se vendait. La marque de Jehan Janot est au recto du dernier feuillet. Cette gravure sur bois représente un écusson soutenu par deux léopards ; il porte deux J réunis par une corde à glands ] une tête d^arbre les sépare. Derrière Técusson s'élève un arbre chargé de fruits , planté dans un jardin garni de fleurs. Au bas , sont écrits en caractère gothique les mots : Jehan Janot Jehan Janot parait s^ètre associé avec la veuve de Jehan Trepperel, vers 1K20. C'est au moins ce que pense M. Brunet. L'édition dont il s'agit pourrait bien n'être qu'une reproduction de celle donnée par Jehan Trepperel en 1491.
Noua avons pu voir et consulter un exemplaire de la troisième édition. Nous la considérons encore comme importante pour l'étude du texte. Voici son titre : S'ensuyvent les Droilz nouveaulx avec le Débat des Dames et des Armes. VEnqueste entre la Simple et la Rusée ^ avec son Plaidoye et le Monologue Coquillartj avec plusieurs autres choses fort joyeuses , c<ymposéparmaistre Guillaume Coquillart, officiai deReimsr Uz-Champaigne , XXIL Plus bas, on lit : « On les vend à Paris , en hi rue Neufve Nostre-Dame , à VEscu de France , et au palays, en la gallerie comme on va en la chancellerie , cum privilegio. » Ce titre se compose de lignes imprimées alternativement en rouge et en noir ; il est décoré des deux écussons qui illustrent Tédition donnée par Jehan Trepperel. Au verso , on ne trouve plus la figure qui orne les deux premières éditions , mais on lit : <c S'ensuyvent les rubriches de ce présent livre ; et premièrement : C. De Jure naturalij — De Presumptionibus ; — De Pactis ; — De Statu hominum; — De Dolo. Là se trouve aussi l'enseigne de la maison Trepperel , c'est-à-dire VEcu de France, Vient ensuite la table :
S'ensuyt la table de ce présent livre, et premièrement : — Complaincte de Eco qui ne peult jouyr de ses amours ; ^Ballade contre
les princes; — Responce k la dicte ballade; — Ballade des vers Manteaulx ; — La responce; — Ballade quant on crya la paix h Reims ; — Les Droitz nouveauli , où sont contenus plusieurs beaulx tiltres et rubriches. — La première : De Jure nalurali, où sont contenues plusieurs questions. — A seavoir si on doit laisser Jeunes filles et femmes en friche , par faulte d^estre labourées. — A scavoir se le mary est trop absent , si il est tenu des arreraiges quant il revient. — A scavoir se le mary bat sa femme, selle se doit revencher. — A scavoir se la chamberiére peut prendre la pitence de Tamy , au lieu de sa dame ; s''elle scet le secret. — A scavoir si jeune femme peult contraindre son mary à avoir nourrices , de peur de ses tetins. — Des DroUz nouveaulx le second tiltre et seconde rubriche , et De Statu hominum. — Ung povre homme qui aura belle femme et yra dehors , au revenir s'il treuve la maison fournie, à scavoir s^il se doit enquérir dont cela vient ; — et plusieurs aultres bonnes conjectures. — AuUre rubriche : De Presumptionibus tant de hommes que de femmes ; — De Pactis; — De Dolo; — Le Débat des Dames et des Armes.
Cette édition ne donne pas non plus le Monologue du Puys ni celui du Gendarme cassé.
A la fin du volume , on lit : « Gy finissent les DroUz nouvcauLc avec le Dibat des Dames et des Armes. Imprimé nouvellement à Paris par la vefve de Jehan Trepperel , demeurant en la rue Neufve Nostre-Dame , à l'enseigne de VEscu de France. »
Si Ton veut traduire les chifft-es XXII qui terminent le titre, on pensera que cette édition doit dater de 1K22. Elle est imprimée sur un papier de format in-4<^, en caractères gothiques ; il n^y a qu^une colonne par page. De temps à autre , on rencontre des virgules et des points dUnterrogation. Au bas de chaque recto, on lit : Droitz nou. ; même après Timpression des Droits nouveaux.
La marque de la maison Trepperel s'était modifiée : sous François I"*, les anges qui soutenaient Fécu de France avaient fait place à deux salamandres. La veuve Trepperel et son associé J. Jehannot avaient pour successeur d'Alain Lotrian. Sans doute, on lui céda le manuscrit qui avait servi à éditer Goquillart , et, comme ses devanciers, il donna ses soins à imprimer les œuvres du satyrique Rémois.
Voici le titre de l'édition qu'il publia : Droitz nouveaulx avec le Débat des Dames et des Armes , et autres choses fort joyeuses. Ce volume, sans date, dut être imprimé vers 1525. Le papier est in-4o; le caractère est encore gothique. Nous n'avons pu voir un exemplaire de celle édition. Nous le regrettons, parce
que, ainsi que nous l'apprend le manuel du Libraire, on y trouve le Monologue du Puys et celui du Gendarme cassé , imprimés pour la première fois. Le nouvel éditeur aura voulu foire mieui que les antres. Les temp» avaient marché ; les hardiesses du Gendarme cassé ne pouvaient plus blesser personne, et l'imprimeur ne craignait plus rien en les publiant.
Vient ensuite une édition chère aux bibliophiles; voici son titre : Les Œuvres maislrt Guillaume Coquillart, en son vivant officiai de Reims j nouvellement reveues et imprimées à Paris, MDXXXU. On les vend à Paris pour Galiol Du Pré en la grant saUe du Palays. A la fin , on lit ces mots : « ^in des Œuvres de feu maistre Guillaume Coquillart , officiai de Reims, nouvellement reveues , corrigées et imprimées à Paris pour Galiot Du Pré, MDXXXII. » Ce volume contient toutes les œuvres du poète , moins la complainte d'Echo et les ballades. La table pourtant les promet , sous le titre de .- Et aullres petites Œuvres composées par le dict Coquillart. Ce volume se compose de 316 pages. La pagination est indiquée au recto seulement en chifllres arabes. Le volume est un petit in-octavo imprimé en lettres rondes. Ainsi qu'on le remarquera , pour la première fois on les employait à publier notre auteur : c'est ce qui fait le mérite de cette édition. D^ailleurs, elle est composée avec goût et fort lisiUe : son papier est bon et beau. La première lettre de chaque pièce est petite, et se trouve placée dans un assez grand espace laissé en blanc , comme si Ton eût voulu le remplir d'ornements coloriés à la main , ou substituer à ces mêmes initiales des minuscules illustrées d^arabesques. Nous avons pu consulter cette précieuse édition et en feuilleter un exemplaire célèbre : c'est celui qu^ont possédé successivement Bernard de la Monnaie et Charles Nodier. J'ai dû ce bonheur à M. Baudelocque, propriétaire de cet intéressant volume, et Tun de nos bibliophiles les plus éclairés. Son obligeance égale la richesse de ses collections , et son cabinet est Tun des plus beaux qu'il y ait à Paris.
En 1532 , Antoine Bonnemère publiait un Coquillart. Son édition fut imprimée à Paris. Elle est de format in-seize. Nous ne la connaissons que parce que le manuel du Libraire signale son existence.
En 1533, paraissait un volume intitulé : Les OEuvres maistre Guillaume Coquillart, en son vivant officiai de Reims, nouvellement corrigées et imprimées à Paris, MDXXXUL On les vent à la rue Neufve Noslre-Dame , à l'enseigne Saint- Nicolas. A la fin du volume , on lisait : « Fin des œuvres feu
maistre Guillaume GoquJUart , officiai de Reims, nouyellement reveues, corrigées et imprimées à Paris par Pierre Leber, demeurant au coing du payé , prés la place Maubert. » La table de ce volume, comme celle de l'édition Galiot du Pré, est complète. Elle annonce aussi les petites enivres , c^est-à-dire la complainte et la ballade ; mais le volume ne les contient pas. 11 forme un petit in-octavo, et compte 316 pages. La pagination est marquée sur le recto seulement et en chiffres romains. J^en ai pu consulter un magnifique exemplaire la?é , réglé , il eut l'honneur d'appartenir à Charles Nodier. Ce précieux volume m'a été prêté par M. Techener, libraire, toujours prêt, comme chacun sait, à venir en aide aux gens de lettres.
Lyon, ce berceau des lettres au XV" et au XYI* siècles, cette ville où rimprimerie brilla d'un si grand lustre , voulut aussi publier un Coquillart. Le manuel du Libraire cite une édition dont suit le titre : CoquiUarl AFAOB TTXH. Les Œuvres maistre Guillaume Coquillarl, nauvelkmenl reveues et corrigées MDXXXV. On Us vend à Lyon , en la maison de Françoys Juste. A la fin , on lit : « Imprimé nouvellement par Françoys Juste à Lyon, le q d'aoust. » Ce volume, petit in-octavo ou inseize , imprimé en caractères gothiques , compte 96 feuillets chiffrées. Cette édition est calquée sur celle de Galliot Du Pré. Nous n'en avons pas vu d'exemplaire.
M. Brunet cite ensuite une édition sans dat«, imprimée k Paris par Denis Janot pour Jean Lohgis.
En ltt46 , Jehanne de Maméf imprimait à Paris les œuvres de Coquillart. Le volume sorti de ses presses est in-seize ; il compte 112 feuillets non chifh-és.
En 1^9, Benoist Rigaud donnait h Lyon une édition in-seize des œuvres de Coquillart. Nous n'avons pu consulter aucune de ces trois éditions.
Ici nous devons faire mention d'une édition indiquée dans le manuel du Libraire, et dont nous avons consulté un exemplaire. Voici son titre : Les Œuwres de maistre Guillaume Coquillart, en son vivant officiai de Reims. A Paris, par Jean Bonfons, libraire, demeurant en la rue Neuve Nostre- Dame, à l'enseigne de Saint- Nicolas. La table annonce les petites œuvres de Coquillart , et le volume ne les contient pas. Le Monologue du Gendarme cassé figure sous ce titre à la table ; mais dans le volume , il est intitulé : Le Monologue des Perruques. Ce volume, petit in-octavo, est imprimé en lettres rondes ; il n^y a pas de pagination. Quelques vignettes et des ini-
tiales grossièremeDt gravées illustrent cette édition, mais ne Pembellissent pas.
M. Branet parle encore d'une édition qui porte en tète la date de 1597, et à la fin , celle de 1599. Mais il déclare qu'il la considère comme une réimpression du XVIII* siècle , dite avec des caractères anciens et usés. On ne connaît qu'un ou deui eiemplaires de cette édition. L'un d'eux fut vendu 400 fr. à la vente de M. de Châteaugiron. Ce volume contient beaucoup de pièces étrangères à Coquillart.
Pendant le XY II* siècle , aucun imprimeur ne se souvint de notre auteur. Une littérature Jeune et puissante régnait en despote ; elle adorait les Grecs et les Romains, et méprisait les muses du moyen-Age. Cependant , quelques érudits , quelques amis des lettres avaient conservé leurs autels , et relisaient encore les premiers essais de la poésie française.
Le 18 septembre 1722 , le roi donnait k son bien amé Antoine- Urbain Goustelier, imprimeur-libraire de S. A. R. Monseigneur le duc d^Orléans , le privilège de foire imprimer et vendre une suite de volumes contenant les forces de Pathelin, les œuvres de Villon, de Crétin , de Racan , et celles de Coquillart; et en 1723, Coustelier mettait au Jour la quatorzième édition des œuvres du poète rémois. Elle forme un petit volume in-octavo, et contient treize feuilles d'impression. On y trouve quelques détails sur la vie de Coquillart. Bernard de la Monnaie , qui passe pour en être Tauteur, paraît n'avoir pas connu les éditions données par Trepperel, sa veuve et J. Jebannot II s'est servi, comme il nous l'apprend dans sa préfoce , des volumes publiés par Alain Lotrian, Galliot du Pré et Jehan Longis. L'édition d'Alain Lotrian était vraiment précieuse. Malheureusement La Monnaie ne la consulta que pour en tirer les monologues du Puys et du Gendarme cassé. Celle de Galliot du Pré est donc la seule qui ait servi à composer les pages publiées par le savant académicien. Sans doute, elle platt aux yeux ; mais elle est loin d'être pure de fautes. Aussi n'a-t-elle pu suffire au spirituel auteur des Noëls bourguignoffs pour com^ poser un texte k l'abri de reproche. Nous avons voulu faire mieux: nous avons donné tous nos soins au travail que nous livrons au lecteur. Puisse-t-il préférer à toutes les autres cette quin* zième édition.
Variantes et Notes sur le texte.
J^ai pris pour corps de teite celui de Goustelier : cinq éditions m'ont servi à le corriger : ce sont celles de Trepperel, de sa veuve, de Galliot Dupré , de Leber et de Jean Bonfons. «Tai fait de notables corrections que La Monnaye aurait sans doute adoptées sll eût connu les éditions princeps. Quelques-unes ont changé complètement le sens de certains passages : d'autres ont seulement porté sur un mot, sur une nuance de style ou d'intention. J'ai dû négliger les simples variations d'orthographe quand elles ne produisaient pas dans le vers un terme ayant une valeur bien distincte. Au XYIe siècle , la langue n'avait pas de règle : elle se formait au milieu des traditions des idiomes romain et gaulois, les caprices de l'auteur, les fantaisies de l'imprimeur faisaient la loi. Les patois de chaque localité, la langue qu'avaient parlée dans leur enfance littérateurs, typographes et prêtes influençaient inévitablement la composition du teite. Ce que l'un trouvait régulier, conforme à ses habitudes , à ses souvenirs était vicieux pour un autre. Les auteurs hésitaient à chaque pas, et toiqours ils tranchaient arbitrairement la difficulté : parfois ils respectaient la racine des mots, parfois ils en supprimaient les traces. Un jour romains, le lendemain celtiques, une autre fois picards ou romans, ils marchaient au gré de leur imagination : au besoin le hasard dictait et la plume écrivait. Les mots s'allongeaient, s'abrégeaient, se contractaient suivant le besoin du poète ou le bon vouloir du prosateur. Aussi ne peut on rendre à l'homme de lettres son style , son orthographe spéciale , quand on n'a pas sous les yeux ses manuscrits originaux. Je n'avais pas ceux de Goquillart; j'ai dû laisser vivre ce qu'avaient respecté mes devanciers. Le lecteur a vu parfois le singulier, quand le sens voulait un pluriel , le masculin là où la raison appellait le féminin : j'indiquerai dans mes variantes celles de ces fautes qui m'ont paru de toute évidence contraires aux pensées de l'auteur. Je n'ai pas voulu non plus rétablir les mots nécessairement passés , restaurer arbitrairement les passages altérés o^ tronqués : mais je
dirai dans mes notes ce que , selon moi , le teite primitif devait contenir. Les éditions princeps n^ont ni points ni virgules : les éditeurs qui les ont copiées en ont mis quand ils ont cm que le sens en réclamait. Jai fait comme eux ; et je crois avoir usé d'un droit. Malgré tous mes soins, il reste encore dans Coquillart des passages obscurs : fai cherché à en éclaircir au moins le sens général. Ai-je été assez heureux pour avoir toujours deviné l'in* tention de Tauteur ? Sans doute il a craint souvent d'être trop clair : peut-être Timprimeur a-t-il lui même reculé devant des attaques trop vives, trop directes. Peut-être aussi le poëte a-t-il affecté d'employer des locutions vicieuses usitées de son temps, pour les tourner en ridicule. Le champ des conjectures est vaste : s'f égare qui voudra. J'ai fait ce qui dépendait de moi pour rendre à la pensée de Coquillart son fond ntif et piquiDt : quant à la Corme, à l'orthographe des mots, je n'ai rien voulu foire. Ce n'est pas un grammairien dont je publie les œuvres. Le dictionnaire de TAcadémie n'a rien à y voir. Que ceux qui aiment h éplucher des virgules et des accents, que ceux qui s'indignent devant un pluriel méconnu , ou un féminin invraisemblable, n'ouvrent pas ce volume, il n'est pas fait pour eux. Qu'importe à Tarcher que son arc soit d'ivoire et sa corde de soie, si son trait vole , siffle et touche au but. Dans Coquillart c'est le trait qui est irréprochable : il frappe à coup sûr. Ce ne sont pas des mots que je publie , ce sont des idées.
Les signes ci-dessous servent à indiquer la source où j'ai puisé les variantes qui suivent.