‹ Les œuvresChapitre 54 sur 149 · A MONSIEVR LE COMTE DE GVICHE · texte numérisé non relu

A MONSIEVR LE COMTE DE GVICHE

LETTRE cxxrn.

MONSIKVB ,

Apres auoir fait vn grand siège, et deux petits; et auoir esté iiinze iours en Flandre sans équipage : n'est-il pas vray, que c'est Q grand rafraîchissement, que d'aller assiéger Bapaume , cît de r(î- Dmmencer tout de nouueau au mois de Septembre;, comme si l'on auoit rien fait? Il me semble que les Cheualiers du temps passé , (lauoient beaucoup meilleur marché, que ceux d'à celle heuiï?. arils en estoient quittes, pour rompre qualrc ou cinq lances [»ai Muaine, et pour faire de fois à d'aulres vu comhal. Le rcsle du nips , ils cheminoient en liberté , par de belles foresls, el de belles rairios . le plus souueni . auec une !>eniois(.lle . ou deux . cf i\i'\\\\\^

le Roy Pcrion de Gaule (1), iusqu'au dernier de la race des ÂnuK dis^ ie ne me souuiens pas d^en auoir veu pas vn , empesché àfaiie' vne circonuallation^ ou à ordonner vne tranchée. Sans mentir, Monsieur^ la Fortune est vne grande trompeuse ! Bien souuent, en donnant aux hommes des charges et des honneurs^ elle leur fût de mauuais presens : et pour Pordinaire^ elle nous vend bien cher^ ment les choses qu'il semble qu'elle nous donne. Car enfin ^ sans considérer le hazard du fer et dit plomb ^ (ce qui ne vaut pas la peine d'en parler;) et supposant que vous combattiez tousiourssoos des armes enchantées : vous ne sçauriez empescher, que la guen»: ne vous retranche vne grande partie de vos plus beaux iours. EUe^ vous oste six mois de cette année : et à vous^ qu'elle a laissé viniey elle vous a osté depuis quinze ans^ prés de la moitié de vostre vie. Et cependant^ Monsieur^ il faut auoùer^ que ceux qui la font aaec tant de gloire que vous^ y doiuent trouuer de grands chajrmes : el: sans mentir, ce consentement de tout vn Peuple y auec tous les bon» nestes gens^ à mettre vn homme au dessus de tous les autres ^esfc; vne chose si douce ^ qu^il n'y a point d'ame bien faite, qui ne s'en laisse toucher^ ni de trauail que cela ne rende supportable, moy. Monsieur, (car aussi bien que vous, ie pretens auoir ma part; des incommoditez de la guerre;) ie vous auoûe, que vostre repu-' tation m'a consolé de vostre absence : et quelque plaisir qu'il y ait i de vous oùir parler; ie ne le préfère pas à celuy d'oùir parler de vous, le souhaitte pourtant^ que vous veniez bien-tost jouir icy de la gloire , que vous auez acquise : et qu'après tant de courses , que vous auez faites , vous ayez le plaisir d'aller tout cet hyuer, quelque temps qu'il fasse, deux ou trois fois la semaine, de Paris à Ruël, et de Ruël à Paris. Alors , ie vous diray à loisir, les alarmes où i'ay esté, pour l'amour de vous , et Taffection auec laquelle ie suis ,

Vostre , etc,

K Paris le 15 Oclobre I64i.

(1) Périon de Gaule était le père d'Amadis.

DE MONSÏEVII DE VOITVRK. 277

AV MESME

Sur sa promotion à la charge de Mareschal de France (1).

LETTRE CXXIV

MONSBIGNEVB ,

le me dédis de tout ce que ie vous auois dit contre la guerre : et puis qu'elle est cause de Phonneur que vous venez de recevoir, ie ne luy sçaurois plus vouloir de mal. 11 y a long-temps que ie iugeois, nue tant de valeur^ et de seruices; en vn homme de vostre condition^ et vne personne si agréable à tout le monde, ne pouuoient Q'estre pas bien-tost recompensez. Mais comme il y a tousiours vne grande différence entre les choses qui ont à estre ^ et celles qui sont en effets ie n'aypas laissé de receuoir vne extrême joye d'apprendre, que l'on auoit fait pour vous, ce que l'on ne pouuoit pas manquer defiiireret cette nouuelle m*a autant touché, et m'a esté aussi «greable, que si ie ne Teusse pas attendue. Il est certain, Monseiigneur^ que la principale recompense de vos actions, est la réputation qu'elles vous ont acquise. Mais ce ne vous doit pas estre pourtant vn médiocre contentement de vous voir monté , à Tâgc où vous estes, au dernier degré, où la fortune de la guerre peut conduire les hommes; et si vous songez , au trauers de combien de périls vous y estes arriué, quels hazards il vous a fallu passer, et combien vous auez veu tomber de braucs gens, qui couroient dans le mesme chemin que vous : vous sçaurez quelque gré à la fortune, de vous auoir Vissé viurejusques-là , et de ne s'estre pas opposée à vostre vertu. Panny tant de sujets que j'ay de me resiouir de vostre bon -heur, j'ay vne satisfaction particulière que vous ne s^^auriez auoir, et qui , en vérité, passe dans mon esprit toutes les autres : de connoistre pur les iugemens libres et non suspects de tout le monde , que vostre gloire est sans enuie , et de voir qu'il n'y a i)ersonne qui ne soit aussi aise de vostre prospérité, que s^il y auoit quelque part. Cette joye publique de vostre bonne fortune , m'est vn îiugure qu'elle sera suiuie de toutes les autres qu'elle peut produire : et j'espère que vous adjousterez bien-tost à l'honneur que le Roy vous a fait, des honneurs qu'il n'y a que vous qui vous puissiez faircî, cl qui à

M Cette lettre fut escrile huicl iours après In prercdcnt»'

parler sainement sont plus solides et plus véritables. le pense que vous croirez bien que ie le souhaitte de. bon cœur, puis que vous sçauez combien , par mille raisons , ie suis obligé d'estre auee toote sorte de respect et de passion ,

MoNSEiGNEVR, Vostre , etc.

A MONSIEVR COSTART.

LETTRE CXXV

MONSIEVR

Toute vostre lettre m'a extrêmement plû. Mais ie n'ay pu lire sans jalousie^ les contentemens que vous auez eus sur les bords de la riuiere de Charente. Et moy, qui en toute autre' occasion, me i ioùis de vos auantages plus que des miens propres , et qui ne voiK ejiuie pas vostre réputation , vostrè science , ni vostre esprit : î vous porte enuie d'auoir esté huit iours auec Monsieur de BafaaCi le sçay que vous aurez bien sceu profiter de ce bon-heur là. Car sur tous les hommes que ie connois, vous estes celuy qui sçauez ie mieux joiiir d\ne bonne fortune , ^

et Deorum Muneribus sapienter vti.

Vous prendrez ce sapienter, comme il vous plaira , en sa propre j signification, ou en la métaphorique. Car si on fait de beaux dis-j cours à Balzac , on fait aussi de bons disnez : et ie ne doute pas,! que vous n'ayez sçeu gouster admirablement Tvn et Tautre. Mon-j sieur de Balzac, n'est pas moins élégant dans ses festins, que dan? ses Hures. Il est magister dicendi, et coenandi. ]\ a vn certain art (le faire bonne chère, qui n'est gueres moins à estimer que sa Rhétorique, et entre autre choses, il a inuenté vue sorte de potage, quej j'estime plus, que le Panegirique de Pline, et que la plus longoej harangue dTsocrate, Tout cela a esté merueilleusement bien enH ployé en vous. Car ce n'est pas assez de dire, que vous estes sapiens :\ \ous estes sapientipoténs y comme dit Ennius. le ne dis pas que: vous ne le soyez aussi de l'autre. Nec enim sequitur, vt cui cor snpint, ri non sapiaf palafus, Ces\ Ciccroii au moins , qui dit cela : afin que vous no rroyoz pas qnevc pala(us soit do moy. Sans mcn-

DE MOxNSlEVa DE VOITVRE. 270

\ir^ vostre goutte vous est venue là comme à souhait : et ie ne sçay si vostre santé vous rendra iamais vn si grand seruice. Ce tour-là toat seul mérite que vous vous reconciliez auec elle^ ou qu'au moins^ vous ne l'appelliez plus une fluxion^ et que vous ne feigniez pas de la nommer par son nom. Mais auouez-le, n'auez-vous pas fait comme ce Cœlius?

Sanas liniendo, obligandoque plantas, Incedisque gradu laborioso.

Car pour vous dire le vray, vne goutte qui vous prend si à propos, et qui vous arreste huit iours à manger des figues et des melons, m'est vn peu suspecte. Au reste, ie ne trouue nullement bon, que vous ayez fait vne si grande amitié auec le maistre du logis, et qu'il .vous aime tant qu'il le tesmoigne par toutes les lettres qu^il escrit icy. C'est tout ce que j'ay pu faire que de céder à Monsieur Chapelain, et de souffrir d'estre nommé le second.

Non iam prima peto, Maesteus,neque viuccre certo, Quanquam, 01

Hais ie ne souffriray iamais d'estre le troisiesme. Voyez -vous, Monsieur, ce Qiicmquamy 0! est dit dans mon esprit, auec plus dindignation et d'amertume , qu'il n'est dans Virgile. Prenez-y donc garde , et vous et luy, et l'autre, et vous conduisez bien délicatement. Car, enfin, ie ne sçay si ie pourray souffrir tout cela, et si ie ne perdray pas patience. Tout de bon, il n'y a rien dont ie fusse si jaloux , que de l'amitié de Monsieur de Balzac. Sans mentir, il est vn des deux hommes du monde, auec qui j'aimerois le mieux passer le reste de ma vie. Vous iugez bien qui est Fautre. Sans parler de son esprit, qui est au dessus de tout ce qu'on en peut dire , U n'y a pas sous le Ciel vn meilleur amy, vn meilleur homme, plus sociable, plus agréable, ni plus généreux : Vir (car ie le diray mieux , ce semble , en Latin) facillimis, iucundissimis, suauissimis moribiiSy summœ integritatis, humanitath^ fideiy liheralissimus , eruditissimvs, vrbanissimusy in omni génère officij ornatissimns. L'amitié que nous conseruons ensemble , sans nous en rien escrire , \A l'asseurance que nous auons Tvn de l'autre, est vne chose rare et singulière; mais sur tout, de tres-bon exemple dans le monde,, et sur laquelle beaucoup d'honnestcs gens, qui se tuent d^cscrire de mauuaises lettres , deuroient apprendre à se tenir en repos, et à y laisser les autres.

Ce que vous dites de bastii auloui' do Balza<\. ronmic autour de

Uà,

280 LEITRES

Chilly, m'a semblé fort boji, et seroit en vérité, bien à propos. Mais nous autres beaux esprits, nous ne sommes pas de grands ecjificateurs : et nous nous fondons sur ces vers dHorace,

vEdificare casas, plaustello adiungere muros. Si quem delectet barbatum, insania verset.

Au moins. Monsieur de Gombaut, Monsieur de TEstoille, et moy, auons résolu de ne point bastir, que quand le temps reuiendra, que les pierres se mettent d'elies-mesmes les vues sur les autres, au son de la lyre. le ne sçay si c^est qu'Apollon se soit dégousté de ce mestier-là, depuis qu'il fut mal payé des murailles de Troye, mais il me semble, que ses fauoris ne s'y adonnent point , et que leur génie les porte à d'autres choses, qu'à faire de grands bastimens. le voiis remercie de vostre costau : et ie serois bien fou de faire bastir en vn lieu où j'ay desia vne si belle maison toute faite, le me suis imaginé que ce passage , Nulli potesi facilius esse loqui, quàm rerum naturœ pingere^ etc., estoit du jeune Pline : et j'ay trouué plaisant que vous ne me Posiez plus nommer. Mais, à vostre aduis, n'eust-il pas mieux dit, Nulli potest facilius esse loqui, quàm rerum naturse facere. Car premièrement, il y a plus d^opposition entre loqui eifacere, qu'entre loqui eipingere : ce qui donne quelque grâce. Et puis, c'est quelque chose de plus grand de dire, Nulli facilius est loqui, quàm rerum halurœfacere : Il n'est si aisé à personne de dire qu'à la nature de faire , que si Ton disoit : Il n'est si aisé à personne de dire, qu'à la nature de peindre. Ne m'auoûerez-vous pas que cela est d'vn petit esprit, de refuser vn mot qui se présente, et qui est le meilleur ; pour en aller chercher auec soin vn moins bon et plus éloigné? Il est de ces eloquens, dont Quintilien dit, Illis sordent omnia, qux naturd dictauit. Et en un autre endroit, Quid quod nihil iam proprium placet : dum parum créditer diserium^ quod et alius dixisset. Il a pensé bien rafmer auec son pingere, et n^a rien fait qui vaille. En vous écriuant cecy, ie me suis auisé, que ie serois bien attrapé, si ce passage estoit du vieux Pline. M^is si cela cst^ à son dam. le ne m'en desdiray point. Pourquoy parle -t-il comme son neueu? Non sapit patruum en cet (Mjdroit-là^ luy qui àTesgard de l'autre, a accoustumé d'eslre patruus patruissimus, comnic dit Plante, ou Terence. Lequel est-oo (les deux ? le croy que c'est le premier.

Dites-moy, ie vous supplie, qui est le rosier qui a porté les roses (luo vous m'aucz enuoyées. Sans mentir, ni Pœstum, ni Tiîlgyptt» , ni la Grèce, ni l'Italie, n'en ont jamais produit de si belles. Ce pour-

roit bien estre vous, Tucinnamomum, tu rosa. Vous auez la mine de croire que cela est du Cantique des Cantiques^ et c'est de Plante. Tay de la peine à m'imaginer, que ces vers soient dVn moderne. Mais s'ils en sont, ie serois bien fasché que ce fust vn autre que vous, ou Monsieur de Balzac, qui les eust faits. Qui que ce soit, il en doit estre bien glorieux : et ces roses en vérité, valent beaucoup de lauriers. Mais dites-moy, ie vous prie , de qui elles sont? Die, mi animcj mea rosa y meavoluptas. Auec vos roses, vous m'auez enuoyé des espines , en me proposant les deux passages que vous me donnez à expliquer. Premièrement, pour celuy de Saluste, il faut considérer que la chasse estoit vn exercice louable parmy les Scythes , les Numides , les Grecs mesmes , et particulièrement les Lacedemoniens. Mais ie ne me souuiens pas d'auoir guère veu de marques, que parmy les Romains ce fust Texercice des honnestes gens. Pour Tagriculture, il faut distinguer les temps. Dans la vieille Rome, les hommes Consulaires, et ceux qui auoient esté Dictateurs, du maniement de la Republique retournoient à la charrue : et c'estoit le mestier des Papiriens , des Manliens et des Deciens. Mais ils le quittèrent, lors qu'ils eurent gousté les délices de l'Asie, et de la Grèce : et vous pouuez bien iuger que des gens qui se faisoient pincer le poil des bras et des cuisses, qui se frisoient, et qui se parfumoierit , estoient bien esloignez de piquer des bœufs. Il me semble que c'est dans la vie des Gracches, que j'ay leu , qu'vne des causes qui poussa Fvn d'eux à mettre en auant la loy Agraria, fut, qu'ayant voyagé par l'Italie, il n'auoit trouué par les champs, que des esclaues qui labouroient les terres , au fieu qu'autrefois c'estoient des Citoyens Romains. Or puis que cela estoit ainsi dès ce temps-là : nous pouuons iuger, que du temps de Saluste , il estoit encore plus ordinaire que les serfs fussent employez au labourage. De sorte que la chasse et l'agriculture, qui sont quœstuosœ artes, il les appelle seruilia officia : quia aut à seruis exercebantur aut exerceri poterant.

Pour l'autre, ie pense que quand Ausone dit, arguetur rectius Seneca, quàm prœdicabilurj non erudiisse indolent Neronis, sed armasse sœuitiam; il ne veut pas dire , que Seneque ait iamais incité Néron à estre cruel : mais qu'au lieu de le loiier, d'auoir appris à son disciple assez de Philosophie pour le rendre clément , on le reprendra de luy auoir appris assez de subtilité et de Rhétorique pour défendre sa cruauté. De sorte i\\\annare en cet endroit, ne îi entend pas des armes offensiues, mais defensiues. Et de fait, ie pense que Tacite dit, (pie quand cet lionneste homme-là eut tué sa

mère ( c'estoit vne terrible Gycogne : ] Seneque l'aida à escrire au Sénat sur ce sujet y et à trouuer des pi'etextes pour pallier l'h(MTibIe action quil auoit faite. Ce passage m^a fait lire la harangue d'Ausone toute entière. Sans cela^ ie ne me fusse iamais aduisé d'y mettre le nez. Et tant que ie sçache tous les bons autheurs par cœur^ ie ne lirois pas vne ligne de ces autres-là. Mon Dieu ! quel jargon ils ont^ de quelle sorte ils escriuent , et qu'vn honmie qui est accoustumé à Giceron est étonné^ quand il se trouue parmy ces gens-là!

De toutes les lettres que j'ay receuës de vous , il n'y en a point qui m'ait semblé si belle, ni si agréable que la dernière. Mais l'endroit qui m'y a plû dauantage^ c'est celuy^ où vous me parlez de Monsieur FAbbé de Lauardin. Les honnestetez qu'il veut bien que vous me disiez de sa part^ me font croire^ ou qu'il est extrêmement ciuil^ ou qu'il a assez bonne opinion de moy : et lequel que ce soit des deux^ ie m'en resioûis extrêmement^ ou pour son interest, ou pour le mien. le vous supplie^ Monsieur^ de me faire la grâce de luy \iire de ma part^ que ie reçois l'honneur qu'il me fait auec tout le respect et toute la reconnoissance qui est deuê à vne personne de sa condition , et de son mérite y mais que ie ne me contente pas de receuoir des ciuiUtez de luy , que ie pretens à bien dauantage^ et que j'ay fait vn grand dessein de gagner quelque iour l'honneur de son amitié.

le ne fus pas plus estonné , quand j'entendis les Religieuses de Loudun parler Latin , que ie l'ay esté de vous voir dire tant d'Italien. En vérité, vous l'alléguez, comme si vous l'entendiez! Mais j'espère que ie seray vengé à vous l'entendre prononcer. Car pour l'ordinaire , l'Italien appris en Poitou , n'a pas l'accent extrêmement Romain : et quelque chose que vous y puissiez faire, sapiet Poitauinitatem,

Vostre quod mirexe, dans le passage de Tacite, parlant du jeu des AUemans, est bien remarqué, et bien entendu. Mais il faut sçauoir ce que S, Ambroise dit là dessus (ie ne sçay par quel hazard ie sçay ce que dit saint Ambroise : ) ferunt Hunnosy ce dit-il, cùm sine legibus viuanty aleœ solius legihus obedire, inprocinctu luderc, tesseras simul et arma poriare, in Victoria sua captiuosjieri.

Diles-moy ce que veut dire Tabliope. Autrefois on appelloit vn trictracy vn tablier.

Au reste, j'approuue vostre ballismoSy et mesme la médaille de Vigenerc. Mais croiriez-vous que Cordonniers vienne de ce qu'ils donnent des cors ? le le fis l'autre iour croire à vn bien honneslo homme.

Pour ce qui est des mots sur lesquels vous me consultez ; ie vous diray ce que j'en ay appris^ après m'en estre informé. On dit^ cesl vn Cordon bleu. Il y auoil plusieurs Cordons bleus. Mais non pas , Il est Cordon bleu.

C'est parler mal que de dire^ // mange mal y en la signification que vous dites.

Procure et donaison ne valent rien.

Reeôuuert et recoauré^ se disent.

// a des finesses les nompareilles , ne se dit point.

Vous me demandez lequel est mieux dit vn sauls ou vue saule ; ni rvn ni l'autre ne vaut rien. Il faut dire vn saule. On dit pourtant quelquefois au pluriel des saux en poésie.

Courre est plus en vsage que courir y et plus de la Cour. Mais courir if est pas mauuais, et la rime de mourir et de secourir, fera que les Poètes le maintiendront le plus qu'ils pourront. On en peut vser deux ou trois fois la semaine.

Bienfaileur n^est pas bon. Bienfacteur ne se dit guère; dites s'il vous plaist Bienfaicteur.

l'ay quelquefois oùy dire netir en des lieux où Ton parle mal ; Mais roUr et regeste , de ma vie ie ne les ay oûy dire.

II {Bxyi^VQPentecoste eiCouuent. Des câpres, des moules, des noisettes, vne linotte (Ne croyez-vous pas que ce mot-là peut venir de XivTi? le n'en sçay pas l'accent, mais ie sçay bien que c'est à dire vne chanson.)

Lepoincl du iour, et la pointe du tour, masle ou femelle. Vous en vserez comme il vous plaira, et selon l'humeur où vous serez.

Quelques- vns disent encore chaire, sans que l'on se moque d'eux, mais il vaut mieux dire chaise.

lesuisie et lesuite : lesuite plus communément.

Depuis vn an ou deux-, on commence à prononcer arbre et ^narbre. Cypre et chile.

Fourbe et fourberie se disent, auec quelque diuersité de signification. Simplesse se dit encore quelquefois.

Vostre Presidial de charpente m'a fait rire, et tous ceux à qui ie l'ay dit. Le gros porte, a fait le mesme effet.

Relation, comme réparation. Difformité, déformité est mort depuis dix ou douze ans.

Deux cens hommes^ sans vous arrester à l'exemple de deux mille hommes, llbuuoit, Ilfalloîl,

Après tout, ie ne protons pas rien apprendre auxGenlils-honmies do Poitou, le connoisicy do si honnostos gons do ce pais là, que

cela me donne bonne opinion de tous les autres^ et ie ne croy pas que ce soit mal parler que de parler comme eux,

Toublierois bien plustost mille Maistresses^ que ie n'oubliems Monsieur de Chiues, et Monsieur Girard (1), par nobile fratrum : et ie vous oublierois quasi aussi-tost vous-mesme. Si vous auez quelque commerce auec eux, ie vous supplie de me faire la faueur de les asseurer, que ie suis tousiours leur tres-humble seruiteur, auec autant de passion que iamais : et que ie les supplie de ne vous pas mieux aimer que moy, et de ne me pas faire l'infidélité que m'a faite Monsieur de Balzacien me quittant pour de nouueaux venus. Adieu, Monsieur : et soyez tousiours asseuré, s^l vous plaist^ que ie n^aimeray, et n'estimeray iamais rien plus que vous, ie suis de tout mon cœur,

Vostre, etc.

- AV MESME

LETTRE CXXVl.

MONSIEVB ,

le voulois rompre pour quelque temps, le commerce que j'ay auecque vous : et en vne saison où l'on doit faire pénitence, ie faisois scrupule de me trouuer à ces grands festins que vous me faites. Mais après auoir beaucoup souffert, j'ay connu que ie ne m'en pouuois passer. Fay demandé dispense de receuoir de vos lettres, et Ton me Ta donnée. Pour vous, vous pouuez sans scrupule receuoir ce que ie vous enuoye. A peine ay-je de quoy vous faire vne légère collation. Au lieu de ces mullos trilihres que vous me présentez, ie n'ay que des Tiberinos caiillones, qui ne font que lécher les bords du Tybre , et se nourrissent du limon du pais Latin,

Postquam exhaustum est aostrum mare.

h^ncore n'en auray-ie pas pour ce coup pour faire vn plat : et ie ne vous seruiray que des légumes.

Impune te pascent oliuœ , Te cichorca, leuesque malua^.

Il faut que vous vous accommodiez à cela, le ne puis pas faire da-

(I) Guillaume Girard, archidiacre d'Angoulcmc. C'était l'ami intime de Balzac.

uantage. le n'ay pas ces grands parcs ^ ni ces pais que vous auez à chasser. Hortuliis hie^ etc. vnde epulum possis solts dare Pythagorets. Il vous souuient bien de ce CeciliuSy Âtreus cucurbitarum. le seray contraint de faire ainsi. Car pour vous dire le vray, mon fonds est épuisé : et

Blihi omne penu ex fundis amicorum hic affertur.

Vous autres Piscinaires (Ciceron appelle ainsi ie ne sçay quels riches de son temps escriuant à Atticus : j

Quantum Piscenarij mihi inuideant, allas ad te scribam.

A vous autres^ dis-je^ il vous est bien aisé de traitter vos amis. Vous n'auez pas besoin pour cela de faire les efforts que nous faisons.

Nec seta longo quœrit in mari prœdam.

Vous auez tousiours des reseruoirs tout pleins.

Piscina rhombum pascit, etlupos vernas.

Vous n'auez qu'à siffler.

Natat ad magistrum delicata murena.

On ne vous sçauroit iamais surprendre , vous cui est varius penus, ou varia, si vous voulez, ou variuniy ou penum, ou penu. Ce drolelà est plaisant, il est de tous les genres, il se fourre presque dans toutes les déclinaisons, et est indéclinable quand il luy plaist. Moy qui suis de cenHy quibus sunt verba sine penu et pecunia, ne trouuez pas estrange que ie me trouue estonné. Voila ce que c'est, de faire de si grands festins à vos amis. Cela est cause que Fon ne vous les peut rendre. Encore pour me mettre plus en peine , vous m'amenez Monsieur de Balzac, le plus friand, et le plus délicat homme du monde, quâ munditiâ, quâ elegantiâ hominem! le m'eslois accoustumé à vous, et peut-estre aussi Testiez-vous à ma table : mais elle ne peut pas receuoir vn suruenant comme cela,

ingentem non sustinet vmbram.

Sans mentir, en vous voyant tous deux , vous m'auez fait souuenir de lupiter et de Mercure , quand ils furent embrasser le pauure Philemon : et cela soit dit pourtant sans vous offenser ni Fvn ni rautre , car toutes comparaisons sont odieuses. Et en effet, ce bonhomme n'auoit pas plus raison d'estre ompcsohé que moy. C'est,

en verilé, vne cruauté à vous, de m'auoir engagé à cela, et vne cruauté de Néron : Indicehat' familiaribus coenas, quorum vni mellita quadragies HS. constiterunt ; alteri pluris aliquanto rosaria. Pour vous dire le vray, c'est ce qui m'a retenu si long-temps. Tay dit beaucoup de fois à moy-mesme

nunquam-ne reponam ?

Mais vostre considération et la sienne me retenoient.

Gupio enim magnifiée accipere summos viros, Vt mibi rem esse reantur.

EQfin, après auoir bien cherché, sans rien trouuer, il m'a semblé que Ton me pouuoit dire comme à cet autre : Numquid adolescent, melius dicere vis quant potes?

Et encore,

Quid muUum cupias, cùm sit tibi gobio tantum In loculis?

le me suis donc résolu à faire ce que ie pourray : et contentez-vousen, s'il vous plaist,

rebusque veni non asper egenis.

Il faut que vous vo)is accommodiez à ma disette. le ne puis pas dauantage. lë n'ay pas ces grands parcs, ni ces pais que vous auez à chasser, ni ces vastes mers où vous peschez tout ce que vous dites,

Hortulus hic puteusque breuis sine reste mouendus.

Tay honte, ie vous Tauoûe, de vous descouurir ma pauureté,et pour estre panure, ie ne laisse pas d'estre ambitieux :

hic viuimus ambitiosà Pauperlate.

le voudrois de bon cœur.

Ad Palatinas acipensera mittere mensas ,

ou vous faire vn souper comme celuy auquel duo milita leetissimoruin piscium^ septem auimn apposita traduntur. Mais dites-moy. ie vous supplie, mangez-vous force acipensers, vous autres en Poitou? Fon ay enuoyé demander icy. Mais on ne les connoist point aux halles. Il estoit autrefois fort estimé à Rome. Huie tnnfvs olim hnbebatur honos, co dit Macrobe; pt»nsioz-vous que j'eusse leu Ma-

crobe ^ vt à cqronalis ministriSy et cum tibiis in conuiuium soleret ferri. C'estoit là vn beau priuilege pour vn poisson. C. Diiilius en auoit à peu prés vn pareil : Caium Duilium, qui primus Pœnos classe deuicerat, redeuntem à eœna senem sœpè videham puer. Delectahatur cereofunali et tihicine, qvœ sibi nullo exemplo priuatus sumpserat; tantum licentiœ dabat gloria. Ce n^est pas raoy, non, qui le voyois comme cela, c'est Caton le Censeur. Et Ciceron qui nous fait ce conte-là, rendoit aussi, comme ie crois, grand honneur à ce poisson, et en mangeoit volontiers. Car il se souuient de luy en ses Tusculanes, et le nomme sur tous les autres, comme vn bon morceau. Si quem igitur tuorum ajfiietum mœrore videriSj huic acipenserem potiuSy quàm aliguem Socraticum libellum dabis? Cependant, on n*en dit plus pas vn mot. lugez par là ce que c'est que de la gloire des choses hi^maines, et quel cas on en doit faire après cela.

I démens, et sssuas curre per Alpes, Yt pueris placeas , et declamatio fias.

Quoy qu^il en soit : (ce quoy qu'il en soit vient un peu de loin. Car il se rapporte à ce que ie disois, que ie n'auois rien à vous donner.) le vous traitteray de ce que j'ay : et ie diray comme cet autre : Vide audaciam, etiam Hircio cœnam dedi sinepauone. Il dit en vn autre endroit à quelqu'un, qui se vantoit qu'il luy feroit aussi mauuaise chère que ie vous la feray : Si perseueras me ad matris tuœ céenam vocare , feram id quoque, Volo enim videre animum , qui mihi audeat ista quœ scribiSy apponere, aut etiam pohjpumy Miniani louis similem. Crede mihi, non audebis. Ante meum aduentum, fama ad te de mea lautitia remet. Eara extimesces. Mandez-moy, ie vous supplie au vray, quelle beste c'est, que ce polypus Miniani louis? Sans mentir, ie ne sçay plus rien depuis que ie ne reçois plus rien de vos lettres. Pour la promulside, cela n'est pas pas trop mal iusques icy. Mais vous ne vous en contenterez pas. Non enim vir es, qui soleas promulside confici, Integram famem ad ouum affers. Venons donc au reste.

Pour ce qui est de ce que vous vous plaignez de ceux qui ne font pas les grâces assez grandes, ie pense qu'ils n'ont pas tant de tort : et la raison est, que les véritables grâces, et qui touchent le plus, consistent principalement en de petites choses, en certaines actions. certains mouuemens du corps et du visage, dans lesquels, sans (stre quasi apperceuës, elles font leur effet :

Componil furlim , su bscqui turque dooor.

Cefurlim veut dire, ce me semble, cela , et ce que les Espagnols appellent el no se que. Elles sont si petites, que mesme on ne sçait ce que c'est, et ne vous mettez pas non plus en peine de leurs maris. De quoy vous auisez-vous de vouloir rompre des mariages^ quMl y a si long-temps qui sont faits? Les Dieux, comme vous disiez sur vn autre sujet, en font bien d'autres. Le monde est plein de ces mariages-là. N*ont-ils pas marié la Peine au Plaisir, le Trauail à la Gloire, le Ciel à la terre, et Mademoiselle*** à Monsieur sonmary?

Sic visum Veneri, cui placet impares Formas, atque animos, sub iuga ahenea^ Sœuo mittere cum ioco.

le ne sçay, si ie vous auois dit qu'il y a long- temps que nous ne nous écriuions plus, et que l'on m'auoit dit qu'elle se plaignoit fort de moy. Elle est en cette ville : et ie Tay esté voir. Nostre entreueuë a esté à peu prés, comme celle de Didon et d'Enée, quand ils se rencontrèrent aux Enfers. Pay fait tout ce que i'ay pu pour Tappaiser. leluyay dit, Verus mihi nuntius ergo, et per sidéra ïttro; ci, nec a^edere quiui.

nia solo fixos oculos auersa tenere :

Nec magis incepto vultum sermone moueri ,

Quàm si dura silex , aut stet Marpesia cautes.

Le sommeil , au reste , n'est pas vn si mauuais mary que vous dites : et cette Grâce , ie ne sçay comme elle s'appelle , ne pouuoit pas estre mieux, pour estre en repos, et à son aise. Il est doux comme vn mouton. C^est le plus paisible de tous les Dieux,

placidissime Somnc Deorum , Pax animi , quem cura fugit.

Et lors qu'il n'y auoit point de portes à son logis, c'estoit vn fort bon party. Voyez vn peu dans Lucien la description de sa ville, et comme il estoit accommodé. Quand il ne sçxiuroit autre cbose, que de racommoder le teint; remettre les yeux battus , et embellir les Dames ; pensez-vous que ce ne soit pas assez pour estre bien auec elles? C'est vn grand distillateur de pauots , et de mandragores : et il sçait faire des fards , qui valent mieux , sans comparaison , que tout le blanc et tout le rouge d'Espagne, no vsaua afeytes Dorinda, y Qsi desperlô con los que el sueno le auia dado. Apprenez vn peu l'Espagnol , quand ce ne seroit que pour ne nous rompre tant la teste auec vostre Italien. Il n'est pas non plus si pesant que vous pensez.

Tiim Icuis a^lliereis delapsus somiiiis al) asiris :

DE MONSIEVR DE VOITVRE. â^

$t pas fait tant d'enfans , s'il eust esté si foible. Tarn pater è populo natorum mille suorum.

ind mesme il sermt aussi froid que vous le croyez^ penseas* ae ce soit vn petit secours , que tous ces songes qu^il manie ette, et dont il dispose comme il luy plaist? Ne vous souuientie celuy de Fleur-d'espineî

Se son sogni questi , Ch* io donna sempre, e mai più non mi desti.

autre :

Prob Venus 1 et tenera volucer cum matre Cupido 1 Gaudia quanta (uli, quàm me manifesta libido Gontigit.

bez-vous cela pour rien , et ne croyez-vous pas qu'vne honemme s^en pourroit contenter? Quant à ce que vous dites s Grâces ne doiuent iamais dormir^ allez vn peu voir nos le lendemain d'vn bal, quand elles ont veillé, et dites-moy vostre aduis là-dessus. Pour vostre somno mollior herha; et morhida : Domine Magister noster; ie crois que vous n^auez lu, ni le Latin, ni Tltalien. Car V\n veut dire, propre pour 7 dessus; et morbido, ne signifie autre chose, que poly, doux, loùillet propfement.

Ire Empereur de Lampridius , me semble homme de fort bon : et si Heliogabale auoit fait vne vingtaine d^ordonnances e cela, ie le mettrois à costé de Tite, et de Trajan. le m'esque vous ayez oublié cet autre de Tibère : Asellio Sabino If S. ta donauit pro dialogo, in quo boleti , et ficedulœ^ et ostrea , di certamen induxerat. C'estoient des Empereurs cela? Pay , sans mentir, que ce Dialogue se soit perdu : et n'eussiezâs esté bien-aise aussi, de voir discourir vne huistre auec vn )ignon ? Cet Asellius deuoit estre vn galant homme : et ie luy donné de bon cœur vn chappeau de castor, is auez merueilleusement bien taillé, et admirablement mis lure ces pierres que ie vous auois enuoyées toutes brutes, iont deuenuês des pierres précieuses entre vos mains : et yous ez fait vn des meilleurs plats de vostre festin ; /<?ce5^t vt lapi- H panes fièrent. Sans auoir Testomach de Saturne , ny les de la Lune, i'en ay très-bien mangé, et auec grand plaisir. :ette viande-là , gwam nemo coquus hactenus in lus vocmterat. ous faites des sausses , auec lesquelles on mangeroit des cailî. "^S^

loux. le ne croyois pas que de si graues Autheurs eussent rapitorti cette histoire. le ne fais pas de doute^ après cela, que les pienei n'ayent oùy autrefois le son de la lyre. Et de fait encore aujourd'huy nous croyons que les murailles ont des oreilles.

le vous auouë que ie fais plus de cas d'Ausone que ie n'en foisois. Vous me l'auez fait voir en son lustre, en me le monstrant dans sa Poésie. G'estoit, sans mentir, vn fort honneste homme : et ie crois que sa harangue eust été fort bonne, s'il Teust traduite envers. Ceux que vous m'auez fait voir de luy, me semblent merueilleusemait beaux. le connois des hommes comme cela, qui vont fort mal à pied, et qui font des merueilles à chenal. Mais ie voudrois bien, que ces gens-là ne fissent, que ce qu'ils sçauent faire : et que Ciceron n'eust iamais escrit de vers, ny Ausone de prose.

Si vous me demandez pour parler à cette heure, de cet autre festin, dont vous m'auiez fait part,

Yt Nasidieni iuuit me cœna beati?

C'est à dire, comme ie me trouue de la bonne chère de Monsieur de Balzac? ie vous répondray, ut nunquam in vitafuerit meliiu. L'Apollon de Luculle, ny TApollon mesme de Delphes, nepoa^ roient rien faire de si magnifique. Il n'y a point de si petits mets , qui ne vaille mieux que le Dodecathée d^Aùguste^ (vous sçauez bien

Cum primum istorum conduxit mensa ch^ragum , Sexque Deos vidit Millia , sexque Deas.)

et qui ne mérite des louanges admirables. C'est d'vn festin comme cela que l'on peut dire,

I lauri di Permesso, et di Parnaso Andorno à coroDar la Gelatina.

Cet homme , sans mentir, est admirable en tout ce qu'il fait. le vois de temps en temps des vers de luy, qui sont, sans doute, beaucoup au dessus de ce que ie croyois que nostre siècle pût produire, et qui donneroient de la jalousie, ie ne dis pas à Lucain, ni à Claiidian , mais à Lucrèce et à Virgile. Mais demandez-luy, ie vous prie, sur quoy il se fonde, de croire que j'aye tiré de ses entrailles, Fexplication du passage d'Ausone; et pourquoy il me tient de ceux, qui plus ex iecore alieno sapiunt, quàm ex suo.

Il pense donc , que ie ne sçay rien que par réminiscence des choses que mon ame a apprises autrefois dans sa conuersation. Son plat de vent , aussi bien que vostre plat de pierres , m'a pleû extrêmement : et ç'auroit esté vne excellente viande en l'Isle de Ruac. le

1)E MONSIEVR DE VOITVRE. ^ 291

riie sçay. Monsieur^ si vous le sçauez. C'estoit vne Isle où les habitans ne viuoient que de vent; et on n'y donnoit aux malades que des vents-coulis. Sans mentir^ vous estes de merueilleux ouuriers. ■Vous assaisonnez les choses de sorte ^ qu'il n'y a rien que l'on ne mangeast quand vous Fauez appresté; et que vous ne fissiez aualer aaec plaisir. Vous sçauez donner

Cuerpo a los vientos ^ y a las piedras aima.

Cest vn vers de Louys de Gongora, que vous ne connoissez pas. Fay esté bîen-aîse d'apprendre Fallîance que les Athéniens auoient aeuc Borée, et de sçauoir qu'il y ait eu vn Noruegien, qui ait esté Citoyen d'Athènes. Celuy-là, ce me semble, se pouuoitdire Citoyen du Monde, auec autant de droit, que cet autre des leurs qui s'ea vantoit. Les Athéniens , au reste , auoient là pris vn Bourgeois bien turbulent. le ne croyois pas, ie vous l'auoûe, que la mer fust vne larme semblable à celle de cet autre, qui mangeoit des pierres encore mieux que moy. Il la jetta , sans doute, lors qu'il fut chassé et garotté par son fils. Ne vous semble-t-il pas, (au moins si cela est vray :) que Fon peut dire de Saturne, aussi bien que du chenal du pauure Pallas,

guttis humectât grandibus ora.

A la venté, on luy fit de mauuais tours. Mais bien a pris, pour le genre humain; que comme il estoit fort mélancolique, il n^estoit pas grand pleureur. Car s'il eust jeté seulement trois larmes, où en serions-nous? omniapontus erant. On peut dire en cette occasion qu'il pleura amèrement. Mais dites-moy, ie vous prie, si vous le sçauez , pleura-t-il la mer et les poissons ?

immanîa Cete, Tritonesque citos, Phorcique exercitus omues?

l'auois oublié à vous parler de vostre passage de Seneque. Valde me torsit illa podagra ; adeoque impliciti mihi videntur hi pedes, vt ad illos vtrosque dextros expUcandos, nullum dextrum pedem habeam : si ce n'est qu'il voulust dire, que la goutte tourne quelquefois en dedans le pied gauche qui doit estre en dehors ; et qu^ainsi estant tourné du mesme costé que le pied droit, il dit vtrosque dextros : Mais aussi n^ pourroit-elle pas tourner le droit du costé du gauche? et ce seroit vtrosque sinisiros. Sans mentir, cela est bien difficile. Si vous y voyez quelque chose de mieux,

Si quid dextro pcde concipis, dites- le-moy.

I ay appris vostre maladie auec heauioup cralarrne, (juoy ([ue \p.

ne raye sçeuê qu'après qu'elle estoit passée : et j^ay esté estonné d'apprendre le péril où j'ay esté sans en rien sçauoir; Je vous prie, mon cher Monsieur^ dé croire, qu'il n'y a rien au monde qui me soit plus cher que vous; ny que j'aime > et que j'estime dauantage. le n'ay^ que ie raeure^ point de joye si sensible^ que lors que ie pense, (et ie le pense souuent : ) que la fortune nous donnera moyen quelque iour^ de passer le reste de nostre vie Tvn auec l'autre, et de vous auoir, in seriis iocisque ; amicum omnium horarum. le vous jure, qu'il n'y a riep que ie souhaitte tant; et que ie suis, et soiy tousiours à vous, auec autant de passion, que lors que ie vous voyois tous les matins. le vous fais cette protestation à la veille d>m voyage de six mois, où ie m'en vay. Car ie parts auec le Roy pour aller en Catalogne. Ne m'escriuez-donc pas, s'il vous plaist, que lors que vous sçaurez qu'il sera retourné. l'aurois plus d'impatience de reuenir, si ie croyois vous retrouuer icy cet Esté. le vous exhcvte à faire tout ce que vous pourrez pour cela. Qui benè laiuit, bm vixitf n'est pas vn précepte qui vous regarde. Laissez-là Panaque, Sylvanumque senem, Nymphasque sorores.

Vous vous deuez au public : et il faut que les hommes comme vous, soient connus de tout le monde. Omnis autem peregrinaHo, comme vous sçauez, est obscura. Hastez-donc vostre retour, ie vous en conjure encore vne fois : et dés que vostre terme sera expiré, reuenez icy me reuoir, ou M***, ou quelque *** : et prenez garde, ne quid temporis addatur ad hanc prouincialem molestiam. le vous enuoye vn liure de Mademoiselle de Gournay, qu'elle m'a donné pour vous le faire tenir. Adieu, Monsieur. Aymez-moy tousiours, ie vous supplie, souuenez-vous souuent de moy ; et soyez asseurê que ie seray toute ma vie de tout mon cœur,

Vostre infelix Theseus, m'a semblé merueilleusement heureux : et Hercule , sans mentir , ne le tira pas des Enfers plus heureusement, ni plus glorieusement que vous.

k Paris ce 24 lanuier 1642.

A MADEMOISFXLE DE RAMBOVILLET.

LETTRE CXXVII

Madkmotsblle, Sans mon fourgon, j'eusse eu, sans mentir, vn extrême regret,

e n^auoir plas l'honneur de vous voir : et ie croy que j'eusse pensé 1 vous de meilleur cœur^ que ie ne fis de ma vie. Car pour vous ire le vray, ie m'y sentois extrêmement disposé : et ie n'ay iamais j plus de déplaisir de me séparer de vous. Mais vous ne sçauriez roîre^ Mademoiselle, combien les fourgons sont vne chose diuerssante^ et quel excellent remède c'est, contre vne grande passion. antpst il s'y estropie vn cheual, tantost il se rompt une roué; tan- >st ils demeurent toute vne nuit embourbez au milieu d'vn chemin : i c'çst^ ie vous iure, tout ce que l'on peut faire auec eux, que de 3Dger deux ou trois fois le iour en la meilleure de ses amies. A ette heure que nous irons plus doucement, et que nous allons nous mbarquer sur le Rhosne, ie feray mieux mon deuoir de penser en ous : et ie suis trompé, si ie n'arriue à Auignon le plus passionné tomme du monde. Pour vous. Mademoiselle, qui ne faites de oyage^ que de chez vous au faux-bourg saint Germain, et qui n'alez pas par de si mauuais chemins que nous; vous n'estes pas, sans nentir, excusable, si vous ne me faites l'honneur de vous souuenir [uelquefois de moy. Au moins sçay-je bien que vous y estes plus )bligée que iamais : et si ie ne songe pas souuent en vous, c'est de A bon cœur quand cela m'arriue, et auec de tels sentiments, que ie suis asseuréque vous en seriez satisfaite. Et puis, que sçait-on si ie ne songe pas souvent, et si ie ne le dis pas de la sorte, pour n'oser dire ce* qui en est? Dans ce doute, ie vous supplie. Mademoiselle, d'en croire ce que vous en dira Monsieur Arnaud. Car ie luy ay laissé charge de vous expliquer mes intentions : et luy qui

tait profession de faire des orispianes, qu^il vous die, s'il luy plaist,

combien ie suis, et de quelle sorte,

La resolution qu'auoit prise Monsieur le Cardinal, d'aller sur le Rhosné, a esté changée , sur ce qu'il vit auanthier, comme il se . promenoit sur le port, vn batteau chargé de soldats, qui courut trèsgrand hazard de se perdre : et il y en eut mesme quelques-vns, qui se jetteront dedans l'eau, et se noyèrent : et son Éminence ne se veut pas noyer, pource que cela nuiroit aux desseins qu'il a sur le Roussillon.

Mademoiselle , Voslre, elc,

A Lyon le ta Feurier 1642.

iî*.)i LETTRES

A LA MESME

LETTRE CXXVII!

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