A MONSEIGNEVR, FRÈRE VNIQVE DV ROY
Prince^ que le grand coeur et la grande naissance^ Que la valeur extrême, et Fextrême puissance Doit faire le plus grand qui soit dessous les cieux : En qui tout est si saint et digne qu'on Tadmire, Que rien ne te deffend d'estre au nombre des Dieux, Que la crainte qu'ils ont d'estre sous ton empire.
le suis ce Dieu nourri par le fer et la flâme. Qui ne ressens iamais de repos en mon âme Que lorsque le repos a fait place à mes traits , Et qui lâchant la bonde au martial orage. Fais que Tor cède au fer, à la guerre la paix , La foiblesse à la force et la force au courage.
Les tragiques fureurs d'vne guerre ciuile Sembloient auoir choisi le règne dVn pupile, Pour théâtre sanglant de leurs impiétez Et la France en la paix, trop grasse et trop replette, Sembloit auoir besoin en ses prospéritez, Qu^on luy tirât du sang , et de faire diette.
Ainsi les passions d'vne iuste colère Armoient desia mon bras au secours de ton frère, Et m'auoient fait quitter la demeure des cieux , Pour montrer qu'on ne peut d'vne ambition vaine S'attaquer aux grands roys, sans s'attaquer aux Dieux, Ny s'attaquer aux Dieux, sans en auoir la peine.
Mais les flots soulevez qui causoient cet orage ^ Ayant esté priuez de force et de courage^ Par les frères iumeaux qui les ont surmontez : Et celle dont le ciel admire la régence. Lassée de montrer l'effet de ses bontez , Ayant enfin produit celuy de sa puissance :
le te viens présenter mes forces préparées , Ne voulant remonter aux voûtes éthérées Que le bruit de ton los n'y monte auparauant. Et que vainqueur entier de la terre domptée , Tu n'ayes fait cacher les cornes du leuant. Pour faire auoir aux tiens la corne d^Amalthée.
Quand tu naquis^ des Dieux la bande redoutable
Destina la rondeur de la terre habitable.
De ta seule valeur le superbe butin -,
Et ce fut pour cela qu'ils rauirent ton père ,
Car estant assez grand pour forcer le destin ,
Il alloit conquérir toute la terre entière.
Sus donc, entreprens tout auec toute assurance , Ton heur excédera tousiours ton espérance , Bien que ton espérance excédât tes souhaits : Et ne crains rien, sinon que la terre, de crainte, Se rendant volontaire au rang de tes sujets. Te dérobe l'honneur de l'y auoir contrainte.
Ton seul bon-heur rendra ta louange offusquée ., Car parmi les nial-heurs ta vaillance attaquée Par un contraire effort luiroit plus viuement : Mais Taide du bon-heur te restant importune , Tu auras du mal-heur en cela seulement Que tu n'auras iamais de mauuaise fortune.
Hâte donc tes desseins, en dépit de ton âge. Hercule grand de force , et plus grand de courage, Étouffa deux serpens en ses plus tendres mois. Imite les exploits de sa force diuine , Et, gagnant le surnom de l'Hercule françois, Écrase de Milan la serpente mutine.
DE MONSBEVR DE VOITVRE. 459
Tu auras aussi-tost la Sicile sans guerre^
Car ayant vu descendre au plus creux de la terre
Ceux qui vouloient monter dans le plus haut des cieux.
Elle apprit de leur peine^ égale à leur offense^
Qu'il ne se faut iamais armer contre les Dieux ,
Ni prendre des desseins plus hauts que sa puissance.
Mais si peu de pays ne te doit pas suffire , Car il te faut de sorte étendre ton empire , Qu'encore que ton nom s'épande glorieux Par toute la rondeur que la mer enuironne, S'il n'estoit pas monté iusques dedans les cieux, 11 ne s'étendroit pas plus loin que ta couronne.
Le Turc dort à cette heure asseuré dans Bysance, Ayant vu éclipser ce soleil de la France, Deuant qui son croissant eust perdu sa lueur, Ton père, qu'à bon droit il redoutoit en guerre ; Car ayant de prudence autant que de valeur, Sll n'eut gagné le ciel , il eut gagné la terre.
Mais ce monstre emplumé, courrier infatigable De tout ce qui se fait au monde de louable, S'éueillera bien-tost par ce bruit épandu , Qu'il est né de sa cendre vn phoenix inuincible , A qui le ciel n'a rien d^impossible rendu. Sinon de rencontrer quelque chose impossible.
Dès lors tant de soldats iront sous ses bannières , Qu'ils tariront les eaux de ces mesmes riuieres , Que ton bras peu après remplira de leur sang : Et tant de potentats viendront à sa deffense. Que sans le braue acier dont tu te ceints le flanc , Les Dieux redouteroient vne telle puissance.
Mais le ciel a choisi pour ta conduite sage, Vn qui de longue main connoissant le passage. Pourra par la vertu de son prudent sçauoir Éloigner le péril qui te poiuToit abbattre , Et se faisant paroistre Argus à le préuoir Se montrera tousiours aueugle à le combattre.
i60 POÉSIES
Ainsi ta force estant de prudence couuerte , Le superbe Ottoman trouuera dans la perte De rOrient entier, l'occident de ses iours, Et des rogues turbans Taudace dépitée Te verra foudroyant au milieu des Sept Tours Cueillii* de ses palmiers la moisson méritée.
Mais ce désir guerrier dont ton courage abonde. Ne cherchant point de fin qu'en celle-là du monde. Non content de cela mettra si promptement Tant d'autres régions dessous ton cimeterre , Que ie serois ici plus long en les nommant. Que tu ne le seras alors à les conquerre.
Gomme vn foudre échapé du ventre d'vn nuage , - Tempeste, frappe, abbat, tonne, étonne, rauage. Et remplissant le ciel d'effroyables débats. S'éclate en cent brandons de flâme craquetante , Et pardonne au buisson qui ne résiste pas. Pour foudroyer l'orgueil des chênes d'Erymante,
Ainsi s'élancera le foudre de ta lame , Faisant fondre partout où s'épandra sa flâme Vne pluie de sang, vne grêle de coups : Si bien que pour gauchir vne telle tempeste, Tu verras Tuniuers se mettre à deux genoux A l'abry des lauriers qui te ceindront la teste.