SVR VNB BELLE VOIX
Lors que Belise veut chanter.
Et que le bruit pour Fescouter, Est d'accord auec le silence.
L'esprit plein de contentement.
S'abandonne au rauissement.
Et suit de ce transport la douce violence.
L'ame qui se veut esmouuoir, Gede à l'agréable pouuoir De sa voix pleine de merueilles :
Et pour mieux oûir ses accens.
Elle quitte les autres sens.
Et se vient toute rendre à celuy des oreilles.
Ghere peine des matelots, Bscueil agréable des flots.
Mort ensemble douce et cruelle :
Sirènes, filles d'Achelois, Cessez de nous vanter vos voix.
Car celle de Belise est plus douce et plus bellt'
Vostre chant autrefois perdoit Le Nocher qui vous entendoit ; Son plaisir estoit son naufrage.
Mais la voix de cette beauté^ Dont tout le monde est enchanté, Est bien moins périlleuse^ et plaist bien dauantage.
Elle peut charmer les douleurs^ Et des plus sensibles mal-heurs Oster la funeste pensée.
Elle donne vn plaisir parfait :
Et n'en estre point satisfait, Est manquer de raison, ou bien Tauoir blessée.
Le plaisant murmure des eaux^ L'agréable chant des oyseaux.
Les luths d'Amphion et d'Orphée 9 Vn rossignol et ses appas, Vn cygne proche du trespas.
Dressent à cette voix vn superbe trophée.
La belle musique des deux.
Et ce qu'à la table des Dieux Apollon chante sur la lyre.
Les diuins concerts des Neuf Sœurs, Cèdent à ses moindres douceurs :
Et ma Muse se taist ne pouuant bien les dire.
AVTRE.
Mes yeux, quel crime ay-ie commis, Qui vous rende mes ennemis.
Et qui vous oblige à me nuire?
Pourquoy cherchez-vous en tous lieux.
Vous par qui ie me dois conduire, I/obiet qui seul me peut destruirc'^?
Quel mal vous ay-ie fait, mes yeux
Vous sçauez bien que vos plaisirs^ M'ont cousté cent mille désirs^ Et qu'ils sont autheurs de ma peine :
El contre moy séditieux.
Charmez de Péclat qui vous meine.
Vous ne voulez voir que Climene :
Quel mal vous ay-ie fait, mes yeux?
Loin d'elle vous mourez d^ennuy :
Et moy ie ne meurs aujourd'huy.
Qu'à cause que vous l'auez veuë.
Les fers vous semblent glorieux , Sous qui mon ame est abbatuë, Vous aimez celle qui me tuë :
Quel mal vous ay-ie fait, mes yeux?
Vous m'apprenez que ses beautez Passent les célestes clartez; Que des nuits la blanche Courriere Luit d'vn éclat moins radieux; Et qu'au milieu de sa carrière Le Soleil a moins de lumière :
Quel mal vous ay-ie fait, mes yeux?
C'est vous qui donnez le poison Qui chasse ma foible raison.
Qu'en vain maintenant ie reclame.
Et vous, qui trop audacieux , lettez le desordre en mon ame, La perdez, la mettez en flame :
Quel mal vous ay-ie fait, mes yeux?
AVTRE.
L'amovr sous sa loy.
N'a iamais eu d'Amant plus heureux que moy.
Beny soit son flambeau.
Son carquois, son bandeau!
le suis amoureux :
Et le Ciel ne voit point d* Amant plus heureux.
494 POÉSlËvS
Mes iours et mes nuits Ont bien peu de repos, et beaucoup d'ennuis. In me meurs de langueur, l'ay le feu dans le cœur, le suis amoureux :
Et le Ciel ne voit point d'Amant plus heureux.
Mortels déplaisirs Qui venez trauerser mes iustes désirs ! Je ne crains point vos coups.
Car, enfin, malgré vous.
Je suis amoureux, etc.
A tous ses martyrs, L^amour donne en leurs maux de secrets plaisirs, le chéris ma douleur :
Et dedans mon mal- heur, le suis amoureux , etc.
Les yeux qui m^ont pris, Payeroient tous mes maux auec vn souris. Tous leurs traits me sont doux , Mesme dans leur courroux.
lo suis amoureux, etc.
Cloris eut des Gieux, Kn naissant, la faneur et Pamour des Dieux : Je la veux adorer :
Et sans rien espérer,
l'en suis amoureux, etc.
Souuent le dépit Peut bien, pour quelque temps, changer mon esprit, le maudis sa rigueur.
Mais au fond de mon cœur, le suis amoureux , etc.
Estant dans les fers De la belle Cloris, ie chantay ces vers. Maintenant dVn suiet.
Mille fois plus parfait ,
Te suis amoureux , etc.
DE MONSIEVR DE VOnTHE. 495
La seule beauté^ Qui soit digne d'amour^ tient ma liberté : Et ie puis désormais Dire mieux que iamais :
le suis amoureux, Et le Ciel ne voit point d'Amant plus heureux.
AVTRE.
le me tais et me sens brûler.
Car Tobjet qu'adore mon ame.
Est si parfait^ que ie n'en puis parler, Sans faire voir à tous le suiet de ma fllame.
Si ie dis, que dans FVniuers Celle pour qui ie meurs, n'eut iamais de pareille, Qu'elle est de tous les yeux l'amour et la merueille. Qui ne deuînera la beauté que ie sers?
Si ie dis que dans ses beaux yeux
Cet archer qui m'y fait la guerre.
Forge des traits qu'il garde pour les Dieux,
Mesprisant désormais tous les cœurs de la terre; Et que dans le fort des Hyuers,
Quand la rigueur du froid efface toutes choses,
Son teint paroist tousiours plein de lys et de roses :
Qui ne deuinera la beauté que ie sers?
Que si ie parle dignement
De son esprit incomparable.
Dont la grandeur partage esgalement Auecque sa beauté le titre d'adorable :
Si ie puis dépeindre en mes vers Combien son ame est grande, et généreuse, et belle De tant de qualitez qu'on ne trouue qu'en elle, Qui ne deuinera la beauté que ie sers?
Mais, sans parler de sa beauté, De son esprit, ny de ses charmes;
Si ie descris comme sa cruauté Mesprise désormais les soupirs et les larmes :
Et que ceux qui sont dans ses fers N'en receurent iamais vn regard fauorable^ Que le Ciel n'en voit point de plus inexorable ; Qui ne deuinera la beauté que ie sers?
AVTRE.
Les trois plus grandes Déesses^ Dont Paris sceut les débats^ Ont disputé des appas Contre vue de nos Princesses.
Mais en voyant sa beauté^ Venus mesme Ta quitté.
Les Grâces ont eu querelle Sur qui tient le premier rang.
Et qui vient de meilleur sang D'elles ou Mademoiselle.
Tout le Ciel sollicita.
Mais la belle remporta.
Les plus sçauans en la Sphère , Doutent depuis quelques ans.
Où PAstre qui fait les temps Tient sa demeure ordinaire ; Si le Ciel est son séiour.
Ou le petit Luxembourg.
Au Cours du Bois de Vincennes, Le Soleil a disputé De lumière et de beauté, Auec la belle d'Angennes.
Mais le Soleil le perdit.
Aux rayons qu'elle épandit.
Au milieu de sa carrière Voyant l'éclat de ses yeux.
En vain le flambeau des Cieux Fit redoubler sa lumière.
Car auecque tous ses feux , Qu*eust-il fait seul contre deux?
Dans le fonds d'vn bois antique Vn rossignol disputa Sur vt, re, mi, fa, sol, la, Auec la belle Angélique :
Mais le rossignol perdit , Au doux son qu'elle épandit.
Sur le chemin de Charonne, Amour, tout chargé de traits, A disputé des attraits Auec la belle Baronne.
Mais le panure enfant perdit Aux charmes qu'elle épandit.
AVTRE.
Nostre Aurore vermeille
Sommeille.
Qu^on se taise à Tentour :
Et qu'on ne la réueille Que pour dcmner le iour.
Vostre beauté diuine
Assassine Nos cœurs par ses beaux yeux :
C'est la belle Lucine, Le Chef-d'œuure des Cieux.
En vous, belle Iulie, S'allie
La grâce çt la bontés Et la vertu remplie D'attraits et de beauté.
Vous estes accomplie^
Iulie, Plus belle que le iour :
Et chacun vous publie L'ornement de la Cour.
La beauté d'Angélique
Est vnique ; Et ses yeux nos vainqueurs Ont vn secret magique.
Pour gagner tous les cœurs.
AVTRE-
Ce n'est pas sans raison
Qu'on dit que ie vous admire ;
Et pour moy ie n'en puis dédire
Monsieur de Saint-Brisson (1).
Coralte, vos beaux yeux forcent toutes les âmes
A brusler, à brusler de leurs flammes.
Tout ce qui part de vous, A des grâces si charmantes, Que les âmes les moins aimantes En ressentent les coups.
Coralte, etc.
Vos yeux seroyent vainqueurs .
De l'esprit le plus farouche.
Et dès que vous ouurez la bouche Vous ouurez mille coçurs.
Coralte, etc.
(I) Séguier de Saint-Brisson était prévèl de la ville de Paris.
Vostre teint en tous lieux A tousiours des fleurs écloses :
Et TAmour couché dans des roses Y fait la guerre aux Dieux.
Coralte, etc.
Puis que si puissamment^ Vos attraits que rien n'efface , Ont touché mon Ame de glace :
On peut dire hardiment, Cioralte, etc.
Il ne se passe iour De ceux qu'on vous voit paroistre , Que vos attraits ne facent naistre Quelque nouvel amour.
Aminte, etc. (i)
Vous tenez aux tourments Tousiours des cœurs plus de mille; Et dans la cour et dans la ville Vous auez des amans.
Aminte^ etc.
Les enfans au berceau, Rient à vous comme aux Anges :
Les vieillars chantent vos louanges lusques dans le tombeau.
Aminte, etc.
Il ne reste sinon Qu'icy Ton vous dresse vn temple.
Desia des Prestres ie contemple.
Qui chantent vostre nom.
Aminte, etc.
(1) Ce couplet et le suivant ne se trouvent point dans les édilions ordinaires w œuvres de Voiture. 11 est assez difficile de s'expliquer pourquoi, dans la soonde moitié de cette pièce, le nom d'Aminte a été substitué à celui de loialte; tel est pourtant le texte adopté par Conrart. Peut-être ces deux noms ^'appliquaient-ils à la même personne, à l'hôtel de Rambouillet.
:m)o poésies
Four moy, ie ne croy pas^ Quoy que vous me puissiez dire^ Que rien m'oste de vostre Empire, Si ce n'est ie trespas.
Aminte, etc.
Quand vous m'auriez chassé :
Dans l'Amour qui me transporte, rirois cliantër à vostre porte^ DVn ton triste et cassé :
Aminte , vos beaux yeux forcent toutes les âmes A brusler, à brusler de leurs flammes.
AVTRE.
Tavois de l'Amour pour vous.
Charmante Syiuie !
Mais vos iniustes courroux Ont refroidy mon enuie.
le sçais aymer constamment.
Mais si Pon n'ayme également , Ma foy, ie m'en ennuyé.
Vostre bouche, et vos beaux yeux^
Les Roys de ma vie,
Et vostre ris gracieux,
Auoient mon ame asseruie.
Vous m'auiez gagné le cœur.
Mais quand on a trop de rigueur.
Ma foy, ie m'en ennuyé.
l'approuue vn feu bienheureux
Qui deux Ames lie.
Et tient deux cœurs amoureux Sans peine et mélancolie.
Fayme les douces Amours.
Mais pour souspirer tous les iours , Ma foy, ie m'en ennuyé.
DE MONSIEVR DE VOITVftE. 504
L'Amour sur vn autre Amour
Volontiers s'appuye.
Fayme sans aucun destour.
Mais si ie vois qu^on me fuye, Et qu'on se plaise à m'oûyr Pleurer, tourmenter et gémir; Ma foy, ie m^en ennuyé.
Fapprouue vn cœur enflammé.
Qui se glorifie D'aymer, sans qu'il soit aymé; Et son plaisir sacrifie.
le le fais bien quelquefois :
Mais quand cela passe trois mois , Ma foy, ie m'en ennuyé.
Vous exercez sur mon cœur
Trop de tyrannie, le ne vis plus qu'en langueur.
C'est vne peine infinie.
Que de viure en vous aymant :
Et pour vous parler franchement , Ma foy; ie m^en ennuyé.
8i vous pensez honnorer
Vne Ame transie.
Qui meurt pour vous adorer, Pour moy ie vous remercie.
le ne veux point tant d'honneur :
Gardez-le à quelque grand Seigneur, Ma foy, ie m'en ennuyé.
Faire des vers en en batteau ,
• Ce seroit folie.
Car par la fraischeur de l'eau le sens ma teste assaillie.
Vous n^aurez donc que cecy.
11 fait mauuais escrire icy.
Ma foy, ie m'en ennuyé.
AVTRE.
Svi Tair dv branle de Mets,
Belles, Fhoiineur de nostre âge.
Et le but de nos souhaits.
Sur Tair du branle de Mets, Apprenez nostre voyage.
Mais pleurez en le chantant.
Car nous en faisons autant.
Nous n'estions qu^au Bourg la Reine,
Et ie creus estre à Goa,
Ou cent milles par-delà.
Tant mon coeur estoit en peine,
S'éloignant de la beauté,
Qui retient sa liberté.
Nous visnies dedans la nuë La Tour de Mont-le-lieris, Qui pour regarder Paris Allongeoit son col de grue ; El pour y voir vos beaux yeux , S'éleuoît iusquesaux Cieux.
Quand nous fusnies dans Estampe Nous parlasmes fort de vous :
l'en souspiray quatre coups, Et i^en eus la goutte -crampe.
Estampe et crampe vrayment^ Riment admirablement.
Dans le milieu (VAngeruiUe.
Monsieur nostre Chancelier, En me parlant d\n souKer, Me fit deuenir débile ; Me souuonant de celuy Qui m'a ransé tant d^*nnuy.
DE MONSIËVR DE VOll VRE. ÎK)3
Vne heure estoîi bien passée, Quand nous vinstnes à Toury.
Alors Monsieur Griboury Me reuint en la pensée^ Vn certain noir et frisé, Fort bien fait et composé.
Nous trouuasmes prés Sercote^ (Cas estrange et vray pourtant) Des boeufs qu\)n voyoit broutant, Dessus le haut d'vne motte; Et plus bas quelques cochons, Et bon nombre de moutons.
Nous vismes deux Demoiselles, Lors que uous fusines dedans.
Qui paroisfloient à leurs dents, D'assez gentilles femelles :
Frère Claude qui les vit , De fort bon cflnir leur aausrit.
Dans Orléans cent harangue»
Se firent au Chancelier :
Et Ton le ^îot supplier^ En dix-huîct sortes de langues.
Les Iras Mores furent plein»
De Maires et d'Escbi^ios.
Voyant cehi^ ie m'écoule :
Et désirant estre à part , le n»e sçeus mettre à l'écart Dans vn coin, hors de la foule :
On rèuant iusqu'â la nuit, i'escnuis ce qui s* ensuit.
Noslre Aurore de la Barre.
Est maintenant va Soleil.
Le Ciel n'a rieu de pareil ; La Ten-e vïvni de bi rare.
Maisi en f^a^ dt> Merleubeau .
Îi04 POÉSIES
Cette beauté souueraine A r'allumé mes vieux ans. Ses attraits sont si charmans^ Que pour sortir de la peine Où m'a conduit son bel œil , le n'attens que le cercueil.
Quel éclat et quelles flammes^ Quels rayons vois-je dans Tair ?
A voir tant de feux briller.
C'est la Princesse des Ames, La Reyne des volontez , La Déesse des beautez.
Cachez vos beautez. Mortelles^ le voy paroistre Clor is.
Tous vos attraits sont péris.
Voicy la belle des belles.
Son soulier a plus d^attraits.
Que vos yeux et tous vos traits.
Ce que le Ciel a de flamme 11 Va mis dedans ses yeux.
Ce qu'il eut de précieux^ 11 le mit dedans son Ame.
Rien du tout ne luy deffaut.
Que d\auoir le sang plus chaud.
La belle Baronne darde
De ses yeux mille trespas.
Mais dites, n'a-t-elle pas
La mine vn peu bien gaillarde?
le pense que sa vertu
A bien souuent combattu.
Quelle est celle qui m'éclaire Et brille de tant d'appas?
Est-ce Diane ou Pallas ?
Ou la Reyne de Cythere?
Car en elle i'apperçois Quelque air de toutes les trois.
A voir sa grâce embellie Auec tant de Maiesté, C'est Tattrayante beauté De la charmante lulie^ Dont mon cœur seroit épris.
S'il n'estoit pas à Gloris.
Il seroit temps de me taire, Et ma plume n'en peut plus.
Mais que diront les Vertus, Si ie me tais de sa Mère , Qui ioint à tant de beautez Tant de rares qualitez ?
Artenice où ie contemple Tant de miracles diuers !
Les autres ont eu des vers.
Mais à vous il faut vn Temple.
II sera fait dans vn an , Et i'en ay desia le plan.
Frère Claude PHeroïque En sera le Sacristain :
Chapelain le Chapelain :
Et l'angelique Angélique Nuit et iour y chantera , Les Hymnes qu'il vous fera.
AYTRE.
A MADAME LA PRINCESSE, sur l'air des Landriry.
Madame , vous trouuerez bon Qu'on vous escriue sur le ton
De Landrirette, Qui court maintenant à Paris,
Landriry.
tm POÉSIES
Vostre absence nous abbai UmSy Quelques-vns en sont demy*fous^
Landriretie^ Les autres n'en sont qii'eslourdis^
Landriry.
Du point de vostre éloignement, L'Hyuer s'approche à tout moment^
Landrirette^ Ki les beaux iouré sont accourcis^
Landriry.
Pour nouuelles chacun dit fort , Que le Duc Charles est d'accort ,
Landrirette, La neutralité fait grand bruit ^
Landriry.
L'on tient icy pour arresté, Que Madame a fait le Traitté,
Landrirette ; Le Roy son Frère en est n>arri ,
Landriry .
L'Espagnol rend ce qu'il tenoit.
Elle aura tout ce qu'elle aiioit,
Landrirette ; Particulièrement Cony,
Landriry.
Pay receu deux coups de ciseau , En vn lieu bien loin du museau,
Landrirette, le m'en porte bien, Dieu mercy.
Landriry.
L'on est icy fort tristemeiat :
Tout notre diuertissement ,
Landrirette , Est (le chanter ce qui s'ensuit ,
Landrirv.
DE MOiNSIEVK DE YOITVRE. 507
En grace^ en beautés^ en attraits^ Nulle n'égalera ianiais,
Landrirette^ La diuine Montmorency,
Landriry.
L'on iugeroit par la blancheur De Bourbon^ et par sa fraischeur,
Landrirette, Qu'elle a pris naissance des Lys,
Landriry.
lulie a Tesprit et les yeux , Plus brillans et plus radieux ,
Landrirette^ Que FAstre du iour à Midy,
Landriry.
Pour faire. son Ame çt son Corps Le Ciel espuisa ses trésors,
Landrirette, Tout y doit estre bien fourny,
Landriry.
Elle a tout en perfection , Hors qu'elle a trop d^auersion,
Landrirette, Pour les Amans, et les souris,
Landriry.
Mesdemoiselles de Glermont,
Ont plus de charmes qu'Aigremont^
Landrirette , Par Aîgremont i'entens Maugis,
Landriry.
Mesdemoiselles du Vigean ,
Ont le cœur noble, et le corps gcnt ,
Landrirette, Tout homme qui les voiJ , <'st (Vit ,
Landriry.
Lors que Venus aymok Adon , Elle auoit les yeux, ce dit-on^
Landrirette, Comme Mademoiselle Aubry,
Landriry.
D'où vient que depuis quelques iours.
On voit la trouppe des Amours,
Landrirette, Dessus la route de Poissi,
Landriry?
C'est que la Reyne des beautez.
Des Ames, et des libertez ,
Landrirette, Fait sa demeure dans Vigni ,
Landriry.
Voslre balet comme i^entens , Passe les plus beaux de ce temps,
Landrirette, Monsieur de Gauffecourt (1) le dit,
Landriry.
Vu seul violon de Meulan
Fait bien plus de bruit maintenant,
Landrirette, Que les vingt et quatre d'icy,
Landriry.
Vn certain faiseur d'Almanac, APa dit que Monsieur de Meymac,
Landrirette, Dans ce mois deuoit estre pris ,
Landriry.
Mais si vous ne me croyez pas,
(1) Gauffecouii fut le \alet de chambre et plus tard le secrétaire de madame de Longueville.
DE MONSIEVK.DÈ VOITVRE. ,509
Considérez^ et lisez bas,
Landrirette , La Centurie que voicy,
Landriry.
Trois mois après celuy de May^ L'on prendra Monsieur de Macmey,
Landrirette^ Et Monsieur de Noichane aussi ,
Landriry.
le sçay pour certain que l'Amour En veut à ceux de Vantadour^
Landrirette^ Dieu garde Monsieur de Leui ,
Landriry.
l'en mettrois encor plus de six.
Mais ie ne puis plus estre assis^
Landrirette, le m^en vay trouuer Monsieur luif ,
Landriry.
AVTRE.
L\n meurt, qu'à sa fantaisie.
Il ne s'auance à la Cour.
L'autre meurt de ialousie :
Et moy ie me meurs d'Amoiu».
Promethée est à la chaisne :
Et becqueté d'vn Vautour, Il ne meurt de cette peine :
Et moy, ie me meurs d'Amour.
D\ne plainte désolée, Ainsi Thirsisi l'autre iour.
IHsoit dans cette valéè :
Et moy ie me meurs d'Amour.
Il fendoit le cœur des marbres :
Et TEcho mesme à son tour, Faisoit redire à ses arbres :
Et moy ie me meurs d'Amour.
AVTRE.
Les Demoiselles de ce temps Ont depuis peu beaucoup d'Amans.
On dit qu'il n'en manque à personne ; L'année est bonne.
Nous auons veu les ans passez , Que les Galans estoient glacez.
Mais maintenant tout en foisonne, L'année est bonne.
Le temps n'est pas bien loin encor.
Qu'ils se vendoient au poids de Tor :
Et pour le présent on les donne ; L'année est bonne.
Le Soleil de nous r'approché.
Rend le monde plus échauffé :
L'Amour règne, le sang bouillonne, L'année est bonne.
La belle Princesse n'est pas Du rang des beautez d'icy bas.
Car vne fraischeur immortelle Se voit en elle.
Dans son visage et dans ses traits Brillent quelques diuins attraits^ Et dans sa mine et dans son gesle Vn air céleste.
DE MONSIEVR DE VOlïVRE. 61 i
De perles, d'astres, et de fleurs, Bourbon, le Ciel fit tes couleurs ; Et mit dedans tout ce mélange L'esprit d'vn Ange.
Que de cœurs ramour blesseroit , Que de maux au monde il feroit, Si cette belle moins contraire Le laissoit faire !
La Duchesse a pris à l'Amour Ses traits : et ce Dieu tout le iour, Pour les r'auoir de cette belle, Vole autour d'elle.
Elle les monstre en ses appas , Mais elle ne les lance pas :
Et craint trop d'en blesser personne.
Tant elle est bonne.
Mais ses coups seroient bienheureux :
Et n'est point de cœur généreux, Qui ne voulust mourir pour elle; Tant elle est belle.
Le Soleil cède à ses beaux yeux :
Et ne voit du plus haut des Cieux , Que luy-meame dedans le Monde , Qui les seconde*
Baronne pleine de douceur^ Estes-vous Mere^ estes- vous Sœur, De ces deux Belles si gentilles.
Qu'on dit vos filles?
Vous aue» l'humeur, ce dit-on, D'vn doux éi paisiUe mouton.
Mais vosire peau blanche et très-fine Est d'vne Hermine.
Heureux celuy qui seroit sien !
Monsieur du Vigean m'entend bien^ Et fort souuent il la préfère A Lesdiguière.
Que vois-ie si plein de clarté, D'attraits, de grâce et de beauté, Si ce n'est Diane, ou l'Aurore, 6u Flore, ou Fore?
Les oyseaux vont en toutes pa;rts, Suiuant sa voix, ou ses regards :
Zephire la suit et Padore;
C'est Flore, ou Fore.
Sur son visage et sous ses pas Naissent des fleurs et des appas, Qu'ailleurs on ne voit point éclore ; C'est Flore, ou Fore.
Vigean est un Soleil naissant , Vn bouton s^épanoûissant, Ou Venus, qui sortant de l'Onde, Hrusle le Monde.
Sans sçauoir ce que c'est qu'Amour, Ses beaux yeux le mettent au iour ; Et par tout elle le fait naistre, Sans le connoistre.
Rambouillet auec sa fierté, A certain air dans sa beauté ; Qui fait qu'autant que l'on l'admire, On la désire.
Dessus sa bouche sont tousiours Les Grâces auec les Amours, Ou pour le plaisir de l'entendre.
Ou pour apprendre.
DE MONSffiVR DE VOITVRE. 513
AVTRE.
Quand Iris aux beaux yeux Paroist en quelques lieux , Il n'est cœur qui ne tremble :
C'est l'honneur de la Cour, C'est la gloire d'Amour, Et des vertus ensemble.
On ne peut pas si-tost Bien louer comme il faut.
De la grande Duchesse La grâce et la bonté.
Sa moindre qualité Est celle de Princesse.
Quand des bords d'Orient, L'Aurore en sousriant.
Sa lumière rappelle :
Elle n'égale pas, Auec tous ses appas, Ceux de Mademoiselle.
La belle Combalet A la bouche d'oeillet , Les yeux de viue flame, Le courage d'vn Roy, Et l'esprit comme moy.
Quand Apollon m'enflamme.
Sa générosité
Égale sa beauté.
Elle est bonne et habile ;
Et de plus n'est pas mal
Auec le Cardinal,
Conune on dit par la ville.
Le Ciel, sans changement , En ferait aisément
Vne Reyne parfaite.
Quelque iour tous les Roys Viuront dessous ses lois.
Dans risle qu'elle a faite.
lamais l'œil du Soleil Ne vit rien de pareil.
Ni si plein de délices.
Rien si digne d'amour; Si ce ne fut le iour.
Que nasquit Artenice.
Quand les Dieux eurent fait
Le chef-d'œuure parfait
Que Iulie on appelle,
Minerue qui la vit,
En pleura de dépit.
Et se trouua moins belle.
L'Amour armé de traits, Auec tous ses attraits , N'en a point qui me picque :
Et le crains plus cent fois Les Charmes et la voix De la belle Angélique.
AVTRE.
Sur Tair des Lanturlu.
Le Roy nostre Sire, Pour bonnes raisons Que l'on n'ose dire.
Et que nous taisons :
Nous a fait défense De plus chanter Lanturlu , Lanturlu, lanturlu, lanturlu, lanture.
La Reyne sa Mère Reuiendra bien-tost :
Et Monsieur son Frère Ne dira plus mot.
Tout sera paisible, Pourueu qu'on ne chante plus, Lanturlu , etc.
De la Grand' Bretagne Les Ambassadeurs, Ceux du Roy d'Espagne, Et des Electeurs, Se sont venus plaindre D'auoir par tout entendu , Lanturlu , etc.
Us ont fait leur plainte Fort éloquemment , Et parlé sans crainte ' Du Gouuernement.
Pour les satisfaire Le Roy leur a respondu , Lanturlu, etc.
Dans cette querelle Le bon Cardinal, Dont Tame fidelle Ne pense en nul mal , A promis merveilles ; Et puis a dit à Beautru :
Lanturlu, etc.
Dessus cette affaire Le nonce parla , Dit que le Saint-Père N'entend point cela Qu'vn François dans Rome Ayt crié comme vn perdu Lanturlu , etc.
Pour banir de France
Ces troubles nouueaux , Auec grand' prudence Le Garde des Sceaux A scellé des lettres^ Dont voicy le contenu^ Lanturiu, lanturlu^ lanturlu^lanture.
RONDEAY.
Ma foy, c'est fait de moy. Car Isabeau M'a coniuré de luy faire vn Rondeau.
Cela me met en vne peine extrême.
Quoy treize vers, huit en eau^ cinq en eme l le luy ferôis aussi-tost vn batteau !
En voila cinq pourtant en vn monceau.
Faisons-en huict, en inuoquant Brodeau^ Et puis mettons, par quelque stratagème : Ma foy, c'est fait.
Si ie pouuois encor de mon cerueau Tirer cinq vers, Pouurage seroit beau.
Mais cependant, ie suis dedans Fonzième. Et si ie croy que ie fais le douzième, En voila treize aiustez au niueau.
Ma foy, c^est fait.
AVTRE.
Ma foy, que d'vn fin diamant Pris au trésor du Firmament , Ce Dieu qui tant de mal me dresse.
Fit d'vne main pleine d^adresse.
Pour durer éternellement :
Par vos rigueurs se va limant.
Car vous passez infiniment^ En dureté, ie le confesse , Ma foy.
le suis las de tant de tourment :
Et veux bien estre vostre Amant ^ Si vous m'estes bonne Maistresse.
Mais si voulez que ie vous laisse , le le feray fort librement^ Ma foy.
AVTRE.
D'vn beuueur d'eau^ comme auez debatu.
Le sang n'est pas de glace reuestu :
Mais si bouillant et si chaud au contraire^ Que chaque veine en eux est vue artère Pleine de sang^ de force et de vertu.
Le feu par Feaù foiblement combatu , Croissant sa force^ au lieu d'estre abbatu , Va redoublant la chaleur ordinaire D'vn beuueur d'eau.
Tousiours de preux le renom ils ont eu. Ils ont Testoc bien ferme et bien pointu : Chauds en amour^ et plus chauds en colère ; Si que ferez fort bien de vous en taire, QuVn de ces iours vous ne soyez battu D^vn beuueur d'eau.
AVTRE.
Vn beuueur d'eau, pour aux Dames complaire Suiuant F Amour, dont le seul feu Téclaire,
Se voit tousiours sobre, courtois et doux : Et ne sçauriez si-tost boire dix coups Qu^encor plustost il ne le puisse faire.
Venus d*Amour la gracieuse mère Nasquit de Teau sur les bords de Cythere. Aussi son fils fauorise sur tous, Vn beuueur d*eau.
Il entend mieux ses loix et son mystère, il sçait jouir, et discret sçait se taire ; A le rein ferme, et fermes les genoux. Et trente-six yurognes comme vous.
Ne valent pas, en Tamoureuse affaire, Vn beuueur d'eau.
AVTRE.
Vovs l'entendez mieux que ie ne pensois ! Si quelque Amant bien disant et matois. Vous croit payer, en vous nommant son ame C'est du Latin, qui passe vostre game.
Vous n'entendez des termes si courtois.
Mais s'il en vient, qui dise à haute voix , Qu il veut prouuer, fust-il Turc, ou Anglois, Par beaux effets la grandeur de sa flame : Vous l'entendez.
le donneray telle somme par mois , Outre cela, ioyaux, perles de choix , Satin, velours, à souhait, à Madame :
Cet entretien vous charme et vous enflame. C^est dire d'or et parler bon François : Vous l'entendez.
AVTRE.
Chez la GoifSer vue demy-douzaine
Des DOurriçoDS de l'enfant de Silène^
Se trouueront ce soir asseurément.
N^y manquez pas, Diable emporte qui ment ^
L'affaire est faite, et la chose certaine.
Vous y verrez vne table bien pleine :
Tous les poissons iusques à la Baleine Iront ce soir, voguant horriblement Chez la CoifBer.
Nous chanterons iasqu^à perte d'haleine : Nous y dirons mille bons mots sans peine. Car là Phœbus est en son élément :
Et si ces vers ne coulent doucement, Nous en ferons d'vne meilleure veine.
Chez la Coiffier.
AVTRE.
Dedans ces prez herbus et spacieux.
Où mille fleurs semblent sourire aux Cieux le viens blessé d'vne atteinte mortelle , Pour soulager le mal qui me martelle, Et diuertir mon esprit par mes yeux.
Mais contre moy mon cœur séditieux Me donne plus de pensers soucieux Que Ton ne voit de brins d'herbe nouueller Dedans ces prez.
De ces tapis le pourpre précieux , De ces ruisseaux le bruit délicieux , De ces valions la grâce naturelle ,
Blesse mes sens^ me gêne^ et me bourelle^ Ne voyant pas ce que i'ayme le mieux ^ Dedans ces prez.
AVTRE.
Mon ame, à Dieu, quoy que le cœur na'en fende
Et que TAmour de partir me défende :
Ce traistre honneur veut pour me martyrer^
Par vn départ nos deux cœurs déchirer.
Et de laisser ton bel œil me commande.
le ne veux pas, qu'en larmes tu t'épande : Et sans qu'en rien ton amour appréhende, Dy-moy gay'ment, sans plaindre et soupirer, Mon ame, à Dieu.
Car ie te laisse, et ie te recommande, De mon esprit la partie la plus grande. Sans plus vouloir iamais la retirer.
Car rien que toy ie ne puis désirer : Et veux t^aymer iusqu'à ce que ie rende Mon ame, à Dieu.
AVTRE.
Trois iours entiers, et trois entières nuits.
Bien lentement se sont passez depuis
Que i^ay perdu la clarté souueraine
De deux Soleils, les beaux yeux de ma Reyne,
Par qui les miens souloient estre conduits.
Sans leur obiet ie pleure, et ie ne puis ïrouuer remède au tourment où ie suis :
Et chaque instant me dure^ en cette peine^ Trois iours entiers.
Triste et resueur, du penser ie la suis. Pour la chercher, moy-mesme ie me fuis : Et si le sort bien-tost ne me rameine Les doux appas de ma belle inhumaine ; le ne sçaurois plus viure en ces ennuis Trois iours entiers.
AVTRE.
Ou vous sçauez tromper bien finement , Ou vous m'aymez assez fidèlement :
Lequel des deux ie ne le sçaurois dire. Mais cependant ie pleure et ie souspire ; Et ne reçois aucun soulagement.
Pour vostré amour i'ay quitté franchement Ce que i'auois acquis bien seurement.
Car on m^aimoit : et i'auois quelque empire Où vous sçauez.
le n'attens pas tout le contentement Qu'on peut donner aux peines d^vn Amant, Et qui pourroit me tirer de martyre.
A si grand bien mon courage n^aspire.
Mais laissez-moy vous toucher seulement Où vous sçauez.
AVTRE.
Le Soleil ne voit icy bas
Rien qui se compare aux appas.
Dont Phiiis nos sens ensorcelle.
Son air n'est pas d'vne mortelle^ Sa bouche^ ses mains^ ny ses bras.
Ses beaux yeux causent cent trespas :
Ils éclairent tous ces climas ; Et portent en chaque prunelle Le Soleil.
Tout son corps est fait par compas.
La grâce accompagne ses pas.
Enfin^ Venus n'est pas si belle.
Et n'a pas si bien faites qu'elle Les beautez qui ne voyent pas Le Soleil.
AVÏRE.
Tout beau corps, toute belle image.
Sont grossiers auprès du visage Que Phiiis a receu des Cieux.
Sa bouche, son ris, et ses yeux.
Mettent tous les cœurs au pillage.
Sa gorge est vn diuin ouurage.
Rien n'est si droit que son corsage.
Enfin elle a . pour dire mieux , Tout beau.
Parmy tout ce qui plus m'engage , Est vn certain petit passage.
Qui vermeil et deHcieux....
Mais ce secret est pour les Dieux ! Ma plume, changeons de langage :
Tout beau.
AVTRE.
Cinq ou six fois cette nuit en donnant^ le vousay veuë en vn accoustrement, Au prix duquel rien ne me sçauroit plaire : La iuppe estoit dVne opale très- claire, Et vostre robe estoit vn diamant.
Rien n'est si beau dessous le firmament. L'Astre du iour brille moins clairement : Et vous passiez sa lumière ordinaire Cinq ou six fois.
Que le sommeil nous trompe vainement !
Par auenture en ce mesme moment.
Vous vous trouuiez en estât bien contraire. Mais à propos, comment va cette affaire? Auez-vous bien esté tout doucement, Cinq ou six fois?
AVTRE.
Si haut ie veux louer Syluie, Que toute autre en meure d'enuie.
Sa personne est pleine d'apfiai^.
Les Amours naissent sous ses fia*» :
Et c'est par eux qu'elle est f^inm.
De cent \ertiis eile est suiuie.
Son cœur tient mon aroe niuie :
Et les Conqueranffi ne l'ont p«« Si haut.
Quoy que utfm Hin^fUt uts i-Âmm^f Ma languir aii ^i^f^ «bi^iiie N'ose parier tï\u <*eil4»î« ifr*f
le diray seulement tout bas , Que ie n'en vis vn de ma vie Si haut
AVTRE.
Pour ie moins vostre compliment M'a soulagé dans ce moment :
Et dés qu'on me Test venu faire, Fay chassé mon apothicaire y Et renuoyé mon lauement.
Vous m'auez guery promptement.
Vos mots coulent si doucement^ Que chacun d'eux vaut vn clistere , Pour le moins.
Vous me deuiez ce traitement.
Car ie vous aime vniquement :
Et mesme depuis cette affaire.
C'est vn peu plus qu'à l'ordinaire ; Cela veut dire infiniment , Pour le moins.
AVÏRE.
On le m'a dit, Mademoiselle, Que tous nos cœurs vous retenez.
Pensez- vous pour vostre beau nez , Mettre sur nous vne gabelle?
Vous estes fort bonne et fort belle , Et croy que vous estes pucelle , On le m'a dit.
DE MONSffiVR DE VOITVRE. 5il5
Hais il faut estre moins rebelle ; -,
Et ne point faire de querelle Aux Amans que vous surprenez.
Vous en tenez d'emprisonnez.
Et vous leur estes trop cruelle , On le m^a dit. .
AVTRE.
En cas d'Amour^ il ne faut iamais estre Foible ni lent. Mais faut tousiours parestre Prompt; vigoureux ; sousmis entièrement, Pleurer, gémir, seruir fidèlement.
Donner beaucoup, et de peu se repaistre.
Quant est de moy, si ie me sçay connestre : N^estant auare, audacieux, nitraistre; le deurois bien réussir aisément , En cas d'Amour.
ray quelque esprit : et Ion me tient grand Maistre En ces poulets que les Amans font naistre. le fais des vers assez passablement :
Et quelc[uefois ie parle galamment.
Mais après tout , ie suis vn pauure Prestre, En cas d'Amour.
AVTRE.
Si vous vouliez qu'on vous parlast d'Amour, le vous ferois cent Rondeaux chaque iour. Car ie vous aime, et mon Ame dolente Toutes les nuits est pour vous miaulante : Et Ton l'entend en chaque carrefour.
Vous pouuez tout sur Monsieur de Triooor : Et l'on m'a dit^ que Mcmsieur de Beaujour^ Pour vostre Amour auroit Famé bruslante^ Si vous vouliez.
Les deux beautez qui régnent au Faux-bourgs Et celle-là du petit Luxembourg^ N'échauffent point mon humeur froide et lent^^ Mais de vos yeux Tardeur étincelante M'embraseroit : cela s'entend tousiours, Si vous vouliez.
AVTRE.
le ne sçauroîs faire cas d'vn Amant^ Qu'autre que moy gouueme absolument.
Car chacun sçait, que i'ayme trop l'empire. Ce n'est ainsi qu'il me falloit escrire. Vous n'y sçauez que le haut Allemand.
le veux qu'on soit à moy parfaitement : Et quand ie fais quelque commandement , le n'entends pas que l'on me vienne dire : le ne sçaurois.
le vous rendray le mesme compliment :
Et quelque iour quand voudrez longuemenf Veiller icy, ie vous diray sans rire : Ma mère entend que chacun se retire.
Ne pensez pas m'arrester vn moment ; le ne sçaurois.
AVTRE.
L'Amour, qui de tous sens me priue, Fit ma raison vostre captiue !
Quand vn soupçon pris par mal-heur Me combla Pesprit de douleur^ Et d'vne tristesse excessiue :
Yne bumeur ialouse et craintiue Se mit dans Yostre ame plaiotiue ; Et pensa cbasser de mon cœur L'Amour.
Mais si iamais cela m'arriue :
le consens que Ton me poursuiue Par toute sorte de rigueur, le ne veux plus viure en langueur.
Meure la ialousie^ et viue L'Amour !
AVTRE.
Penser, que pour ne vous déplaire, le me veuille iamais distraire D'vn dessein, où i'ay tant de droit :
C'est estre iniuste en mon endroit , Et de plus, vn peu téméraire.
Pbilis, depuis deux ans m'éclaire.
Elle est mon Ange tutelaire.
le Paime plus qu^on ne sçauroit Penser.
le vous demande en cette affaire^ Pardon de vous estre contraire.
Vn autre s'en contenteroit.
Cependant vous faites le froid.
Ma foy, c'est trop : allez vous faire Penser.
AVTRE.
Pour vos beaux yeux, qui me vont consumant. -=^9 L'Amour n'a point de peine et de tourment, De feu cuisant^ ni de cruel martyre^ Que de bon cœur ie ne voulusse élire Et qu'on ne doiue endurer doucement.
Tout rVniuers n'a rien de si charmant.
Et s'il estoit sous mon commandement ^ le quitterois volontiers son empire > Pour vos beaux yeux.
Toute la Cour vous sert également.
Mais quant à moy si ie vay vous aymant , Ne croyez pas que par là ie désire Cette faneur où tout le monde aspire.
Car ie vous aime^ et vous sers seulement y Pour vos beaux yeux.
AVTRE.
Pour vous seruir, i^ay pu me dégager D'vne autre amour, et désiré changer Vn logement qui pourroit me suffire :
Et sans preuoir si mon sort seroit pire, le n'ay point eu regret de déloger.
En quatre iours i^ay sceu déménager :
Dessous vos loix i'ay voulu me ranger : Et quitterois derechef vn Empire , Pour vous seruir.
Mais si cela ne vous peut obliger :
le changeray sans beaucoup m'affliger.
Car i'ay le cœur tout fait comme de cire.
]£ MONSœW J£ VOTTVilE. fO»
Doux ottEwfedile : fit«ll Smt tous le dm. le BOIS volage, incnnrtmt fit kper.
Pour ¥onB«eniir.
ATTflBE.
Six B03S pnorant I^antfe ioni' Tjrns» de leur Enie k cour.
Mais il BOidbHt vn vent de ïîk.
Qui perçoit inqu'à k ribwmiwt.
Gela le fit danuinrar coorL
Il a le vente d'vD feambooT.
Ge qui le wnd tant sait pen lourd,
£t Jail-qoe parfos il m^firae
&&BOfB.
Il nefBÎt fimnt cas de lÂmonr.
Quand od l'appelle il &tt le sourd.
Mais pour prester aoD entiemiie £d quelque faKsheuK' entreprise , n ne le f croit iamas pour Six &09&.
ATTME.
A vwK onir . Oiapelain, duqieler.
Far ineu ingé queTOuIiez quereller :
El que de piuB, vous estes téméraire, (jumâ vous osez \tï si grand adoersaire Sans plus de force, au combat appelksr.
Lon que sa plume au Ciel le fait voler^ Qn'anec ks Dieux il ose se mesler :
Rien ne déplaist à la belle iulie^ Comme vn galant.
Quittez TAmour : ce n'est vostre mestier^ Faistes des vers^ traduisez le Psautier : Vostre façon d'écrire est fort iolie.
Mais gardez-vous de faire de folie : Ou ie sçauray, ma foy^ vous cbastier Gomme vn galant.
AVTRE.
AV MESME
Vous parlez comme vn Scipion, Et si vous n'estes qu'vn Pion^ D*vn mot ie vous pourrois deffaire.
Mais vne palme si vulgaire^ N'est pas pour vn tel champion.
le vous le dis sans passion , N'ayez point de présomption ; Et songez de quelle manière Vous parlez.
Eussiez-vous le corps d'Orion, Auecque la voix d'Arion :
Deuant moy vous vous deuez taire.
Ne craignez- vous point ma colère ?
Qit'est-ce là, petit embrion?
Vous parlez !
DE MONSIËVR DE VOITVRE. 533
AVTRE-
Eu bon François politique et deuot^ Vous discourez plus braue (1) qu'vn Magot. Vostre chagrin de tout se formidise :
Et Ton diroit que la France et TEglise Tournent sur vous, conune sur vn (S) iMuot.
A tous propos vous faites le bigot^ Pleurant nos maux auecque maint sanglot : Et vostre cœur Espagnol se déguise En bon François.
Laissez TEstat^ et n'en dites plus mot. Il est pourueu d'vn tres-bon matelot.
Gar^ s'il vous faut parler auec franchise, Quoy que sur tout vostre esprit subtilise, On vous connoist ^ et vous n'estes qu'vn sot , En bon François.
BALIJ^DE