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EPISTRE A MONSIEVR DE GOLLIGNY

Dans les plaisirs qui vous entourent , Et qui de tous costez accourent , Pour vous rendre icv-bas heureux^

54ft POÉSIES

0 Cheualier auentureux !

Trouuez bon, que Ton vous écriue ; Et ne vous faschez, s'il arriue Que îe trouble vostre repos, Maintenant par quelque propos.

T<ms 1e$ biens et toute la ioye.

Que donne Amour, quand il octroyé Sa grâce aux cœurs qu'il a greuez^ Ores, Seigneur, vous les anez.

Vostre fortune est sans seconde , Et vous estes l'homme du monde Qui prenez le mieux vos esbas, Si ce n'est que vous soyez las.

Mais, si vous estes las, beau Sire ; Au moins, ce n'est pas de trop lire.

• Or ie pense que dans Steué, Si ie Pay bien imaginé.

Gomme c'est lieu de peu d'affaire, Souuent vous ne pouuez rien faire.

Ainsi ie croy que vous pourrez Lire ces vers, où vous verrez De vostre dernière auenture Vne assez passable peinture ; ;

Et sur ce suiet les auis De quelques-vns de vos amis.

Que cette nuit fut claire et belle.

Quand la trioraphapte Pucelle (i).

En qui la Nature et les Dieux Ont rais tout ce qu'ils ont de mieux Fut par vostre addresse arrestée, Et par vos armes conquestée !

L'Olympe son front déuoila :

Et tout ce soir étiucela.

Malgré l'obscurité des nues, D'estoilles au monde inconnues; Parut serein, tranquille et pur.

Et se couurit d'or et d'azur.

(11) Mademoiselle de Bouteville.

DE MONSÏEVR DE VOITVRE. »49

De cet azur dont il se pare^

Quand vn beau iour il nous prépare.

Le Ciel vous vit de tous ses yeux^

Et vous seruit de tous ses IKeux.

lupiter et Mars et Mercure,

Prirent part à vostre auenture :

lupiter et Mercure, et Mars,

En craignirent tous les bazars :

Et .vous éclairant de leurs Sphères,

Ils furent tous trois vos Terceres,

Sur tous. Mercure volontiers.

Car c'est vn de ses cent mestiers.

Mars enuieux de la Tolère,

Ce qu'il y fit, eust voulu faire :

Et lupiter qui s'échauffoit.

Tout ce que vous fistes, eust fait.

11 s'échauffoit deuant la Belle,

Et vous ayda pour Tamour d'elle.

Saturne aussi: mesme l'on dit

Que , ce soir-là, Saturne rit,

Luy que iamais on n'a veu rire.

Depuis qu'il peirdit son Empire.

Car, comme vous sçauez très-bien,

Saturne est fort Saturnien.

Il sentit pourtant quelque ioye, .

Vous voyant, vous et vostre proye.

Et Tordre et Faccompagnement

Du mémorable enleuement : >

Lors que, non contre son enuie,

La rauissante^fut rauie.

Les Grâces, qui suiuent tousiours Le Dieu qui préside aux Amours, Les ieunes Ris, et TAmour mesme.

Et tout ce qui fait que Fon ayme.

Les doux Appas ensorceleurs,, Les Attraits qui gagnent les cœurs.

Les Plaisirs, les douces Tendresses, Et les amoureuses caresses.

Portez sur les ailes du vent.

Chantant Hymen, alloient deuant,

Seinant mahile nM nMtiéUè^ Sur tout le chemin de la Belle; Et miUe ceillets, qui psUisèoiéiit Dés que ses beaotffz pantiMnent.

Le ieune Hymen marcfaoit en suite, Qui senioH comme de ecmdtrîlé A vostre char qu'il énlaht>it, Et qui derrière luy couroit; L'or de sa Monde cheueiure, 8on port céleste et sa pamre, Assez entre tous te marquât, le l'ay sçeu d'vn Archer dit Guet , Qui cette nuit , non sans allarmes^ Vit vous et tons vos gens en armes; Et me le contoft auiodrdliuy.

Mais peut-^stre il vous prk podr by.

S'il Yous prit pour Iny, ie vomi imre, Seignenr, qu'il vous a firit iniitre.

Car il valoit mieux ^ en ce Heu , ■ Estre TEspouiE, qo'estfe le Dieu.

Mais il n'importe^ qu'il se trompe. .

Hymen assistoit à la pompé :

Et monta ce soir à chenal ,

I Car ie le sçay d'original : )

II animoit toute la troiippe ^

Et portoit cette nuit en crouppe Les vrais et solides plaisirs Qui naissent des iastes désirs.

Au lieu qu'il porte d'ordinaire.

Le repentir, et la misère, La ialousie, et les ennuis Des longues et fascheuses nuits.

Sa torche nopciere ondoyante.

Dans les tendres flamboyante, Lançoit mîlte dinins éclairs Dessus )a terre, et dans les airs.

Marchant deuant vous de la sorte., Il vous conduisit à la porte.

D'où vous sortistes de Paris :

(Ce fut, ie croy, de Saint Denis.) De là, passant buissons et hayes.

DE MONSIBVR DE VOITVRE. »M

11 vous mena ittsques vers Glàyes»

Et deçà peut-estre^ ou delà :

Car ie ne sçay pas bien eela.

Mais ce Dieu, ecuime il est fort tendre.

Fut las, et contraint de se rendre

Dans le carrosse : et cda fit

Que le carrosse se rompit.

Car, Monsieur^ tous ces IMeux des fables,

Sont pesans, comme tous les Diables.

Ainsi trauersant TAcheron , .

Hercule fit peur à Caron :

Quand sa pesanteur immortelle

Fit trop enfoncer sa nacelle.

Il se mit doncques entre vous, /

Admirant Tespouse et Pespoux.

Le voile dVn subtil nuage

Gouuroit sa taille et son visage :

Et fit qu'on ne le connut. point.

Bref, tout se fit si bien à point.

Qu'ayant trauersé mainte plaine,

Et souffert aussi mainte peine.

Il vous mit vous deux à Vabry,

Dans les murs de Ghasteau-Thierry.

Au bruit du célèbre Hymenée, Pour estre à la grande iournée ; Là se rendent à grand concours.

Tout ce que le monde a d'Amours, De tous les endroits de la T^rre ; D'Irlande, d'Ëscosse, Angleterre, Du païs des Italiens, De celuy des Siciliens; De Gorsegue, et de la Sardagne, j Et grande quantité d'Espagne.

De delà la mer, il en vint De gros escadrons plus de vingt, Des bruslans déserts de l'Afrique, Des derniers bouts de l'Amérique, Du lapon, de Manicongo, Quoy qu'ils y viuent à gogo, Des solitudes de Libye :

Mesine A m râit d'EttdofJe, Noirs comme petits ramomieiin ; Et ces noirs-là sont les meHleim.

il en arrhia trois volées.

Des Mardies les pk» reculées Du Càp-vert. Ceux--Ià sont petis, Gaillards, ésneilïez et gentis.

Ils ont par tout mesme ramage, Et cent couleurs en leur plmnage, Comme on en voit aux perroqdefs :

Et sont ceux qui font les coquets, ladis n'en estoit remenribnuioe.

Cent ans a, qu'il en vint en FraiWe.

Maintenant en îest grand rapport :

Car ces oyseaux prouignent foH.

Il en est beaucoup de femeHee ; Et vont plus viste quliyronddlès. *' D'autres meilleurs viennent encor, ' De vers les terres de Hogor, Des monts Ry|dieans et des Scylbes, Et des farouches Hosoouttes. ' Bref, de tous costez accourans.

Les plus petits, et les plus grands, Se venoient percher sur la Ville, Où pour lors esloit Bouteville.

Il en vint du plus haut des airs, n en vint du plus creux des mers.

Car de ce que le Ciel enserre.

Sous ronde, dans FAir, sous la Terre, Dans ce grand et vasle contour,- Il n'est rien qui soit'sans amour; Rien qui par amour ne subsiste.

Et rien vinant, qui luy résiste.

On les voyoit comme moyneaux. Ou comme trouppes d'estourneaiix , Ombrager toute la campagne, Ht couurir toute la Champagne.

1/air par tant d'amour aliiimé Fut de telle sorte enflamé, yu'on en dit choses admirables, Et dans raucnir nicmorablos. n

Aussi-tost que l^on respiroit> L'amour dans les cœurs souspiroit« La Vierge la plus modérée, La veufue la plus retirée, J^e plus saint et le plus deuot.

Le plus habile et le plus sot.

Les vieillards les plus honorables.

Les vieilles les plus détestables, Ressentant Tamoureux flambeau.

Ne pouuqient durer dans leur peau.

Les plus chastes et les plus prudes.

Les plus saunages, les plus rudes.

Le plus dur cœur fut attendry.

Tout ayma dans Chasteau-Thierry.

Mesme dans les prochains villages.

Il se fit d'estranges mesnages.

Les bergères et les bergers.

Dans les prez et dans les vergers; Les vachers auec les vachères, Dans les bois et dans les fougères ; Les plus farouches païsans, Pour ce iour n'en furent exens.

Chacun rencontra sa chacune.

Nul ne fut sans bonne fortune :

Tout le monde mouroit de chaud :

Et Fon se baisa comme il faut.

Personne d'aymer n'auoit honte.

Mais pour reuenir à mon conte.

L'heure vint, et Theureux moment , L'heure, que Tvn et l'autre Amant Deuoient voir par leur hymenée, Toute leur peine terminée; Et cueillir les fruits amoureux Que le Ciel auoit faits pour eux. lis arriuent tous deux au Temple, Chacun les admire, et contemple :

Et pour leurs célestes beautez.

Les cœurs brusient de tous costez.

Ainsi vit-on, au temps antique, Medor ioint auec Angélique; On, pour en parler comme il faut.

F0ËSIE8

Angélique ttiiecque RèHaut.

Apres le brait, on fidt riléfice;

L'espoux et Tespouse d'ânance ;

Les mots solennels forant dits;

Les deu Amans fiirant bénits ;

Et la trouppe assistante enuoye

Vers le CSel mille cris de ioye^

Bénissant leurs diastes siDoatB,

Et priant qu'ils durant tonsiours.

La Ville est pleine d'allégresse,

Le penple les voU, et les presse,

Tonsiours les entoura, et les suit.

Et sur le milieu de ta unit

Mit dans la eoodie nuptiale

La belle couple sans égale.

Lors Venus le ridean tira.

Et le monde se retira.

Car TAmour tout seul et sa Hera

^rant le raste du mysUm.

En ce lien lliistoira finit.

Car de dira ce qui se fit.

On n'en sçait aucune nouuéUe,

Ni ce que deuint la pucelle :

Qui disparut depuis ce soir^

Et nul depuis ne Ta pu voir.

Du bout de l'Inde Orientale

La belle Amante de Gephale,

En son habit incamadin ,

Se leua matin , ce matin ,

Pour voir la diuine pucelle,

Que les hommes vantoient plus qu'elle

Mais ses soins furent superflus :

L'Aurore ne la trouua plus.

il n*en restoit aucune trace :

Et le monde vit en sa place

Vne Dame de Colligny,

Qui dans vn éclat infiny

Parut, ie ne dis pas plus qu'elle.

Mais à tout le moins aussi belle.

Elle auoit le niesme agrément^

Lo niesuio visaf(e rhannant.

DE MONSiBVR DE VOITYRE. 555

Cet œil qui toutes âmes touche^

Ce teint et cette belle bouche^

Cette bouche qui n*eut iamais

Sa pareille en diuins attraits ;

Sa taille, et son port adorable :

Et par vn rapport admirable,

Tous les dons que l'autre auoit eus,

Hors qu'elle auoit les yeux battus,

Et qu'elle sembloit abbatuë,

Pour (cette rime îcy me tué.

Et vient s'offrir mal à propos)

Pour auoir perdu le repos.

Que ce soit elle, ou soit vne autre.

Enfin, Cheualier, elle est vosfre !

Et deuez en estre content.

Car celle-cy vaut bien autant.

loûissez^en longues années !

Que tousiours vos belles iouméés.

Et que vos plus heureuses nuits

Se puissent passer sans ennuis!

Mais, comme il n'est nul bien sans peine.

Et nul amour sans quelque haine,

Sçachez qu'il se troue en ces lieux

Des ialoux et des enuîeux.

Préparez donc toutes voâ armes,

Et vous semez de tous vos charmes ,

Pour vous rendre tant d'ennemis

Par force, ou par amour isoûmis.

Sur tout, quelque ardeur qui vous presse,

Ne feites point trop de prouesse.

Ores que le temps n'en est pas ;

Et gardez-vous bien d'estre las.

Mais si vous estes las, beau Sire,

Ce pourroit estre de trop lire :

Et ie le suis d'écrire aussi.

C'est ponrquoy ie finis icy.*

ESTRENNES DE QVATRE ANIMAVX,

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