‹ Les vacances de Pandolphe: comédie en trois actesChapitre 86 sur 115 · ACTE II, SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XVI

LE DOCTEUR

Hé 1 vous frappez comme un bœuf.

PÉDROLINO.

C'est ce qu'elle m'a dit. Et puis elle m'a voulu gifïler, et tout d'un coup, en m'injuriant, elle m'a embrassé, que je n'y ai vu que du feu.

LE DOCTEUR

Est-ce croyable ? Bah ! Il y a de votre faute 1 Pourquoi folâtrer avec les mauvaises femelles ! Cela vous sied bien quand Violette... Mais bah! Qu'est-ce que ça me fait, toutes vos âneries ! Allez vous expliquer avec elle.

PÉDROLINO.

Nous expliquer? Ah ! c'est fait ! Elle ne veut plus de moi, et, comme je la suivais en pleurant de tout mon corps, savezvous ce qu'elle m'a dit?

LE DOCTEUR

Grand'chose, je parie î

PÉDROLINO.

Elle a dit : Je vois bien que vous ne m^aimez plus depuis que je suis riche.

LE DOCTEUR

Est-ce tout?

PÉDROLINO.

C'est bien trop 1

LE DOCTEUR, auentif.

Et que signifie cela dans sa bouche ?

Ah ! voilà l'encloUre! Si je ne l'aime plus, c'est donc pour ses écus que je veux l'épouser ?

LE DOCTEUR

Ah! oui-dal (Rèvear.) Au fait! (MéiancoliqQement.) C'est possible !

PÉDROLINO.

C*est possible, que vous dites ?

LE DOCTEUR, 86 levant. Pédrolino, resté à genoux, se tourne sur liiinnème en écoalant le doctenr à mesare qae celni-ci change de place.

Et qu'est-ce que j'en sais, moi , au bout du compte? Si vous n'étiez point enivré de la richesse, vous ne seriez pas un homme.. (Faisant quelques pas et parlant comme à loi-même.) Ah î sotte engeance humaine ! Serai-je encore dupe de tes apparences? Je suis bien âne, après tout, de m'intéresser à ce jeune couple, qui , dans peu de jours, aura perdu sa vertu rustique 1 Préserver l'innocence qui est une fleur si passagère, c'est vouloir garder un troupeau de cigales en plein champ ! Allons, allons, amoureux de village ! brouillez-vous, débrouillez-vous, je m'en moque!... Mais ou sera passé ce notaire?... Ah! sans doute, mieux avisé que moi, il dîne sans m'attendre !... Allons, Pédrolino, mon garçon, soude ta conscience, fais tes réflexions, et deviens, en somme, le moins malhonnête égoïste que tu pourras ! C'est ce que je puis espérer de mieux pour toi , pour tous mes semblables, et peut-être aussi pour moimême, qui , sur ce, vais enfin dîner.

(U s'en va. On entend sonner nne fanfare, et on voit passer an fond do théâtre les valets do chàteao, portant dans des plats et dans de riches vases les fruits et les fleors d'on dessert splendide. Pédrolino reste à genoux, Tœil ûxe, et, la bouche entr'onverte, perdo dans des réflexions pénibles, il a l'air d'one statoe.)

Page 1