‹ Les vacances du docteur drame en quatre actes en versChapitre 10 sur 61 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

BRÜNEL.

Je me porte garant, sachant ta loyauté,

Que les torts ne sauraient venir de ton côté,

RAODL.

D’aucun côté, docteur 1

BRUNEL

Tu sais, il est une heure

Où chez les plus épris il faut que l’amour meure ! J’entends cette chaleur de tendres sentiments Qu’ont les jeunes époux qui sont jeunes amants;

Car cette affection,^ qui peut paraître éteinte.

N’en devient pas rrtoins forte en devenant plus sainte ! En perdant de l’aiîiûur la terrestre moitié,

Le coeur taille dans l’autre une large amitié

Dont 1a base solide est l’estime sincère

Que le temps a fondée et que le temps resserre.

Et dont les fruits tardifs, mais doux encor, sont nés Et des bonheurs reçus et des bonheurs donnés.

RAOUL

Ne craignez rien, docteur; car sur cette matière Nous voyons tous les deux de la même manière.

En douter un instant serait pour m’offénser.

Croyez

BRUNEL

Oui ! (a p»rt.) Je crois bon de te le retracer.

(Haut.)

Revenons au motif réel de ma visite. * Ecoute-moi. — Tu vas t’habiller au plus vite Et courir chez Giraud l’académicien ;

11 demeure à deux pas, ton jardin touche au sien. Tu sais qu’il est expert en fait d’agronomie;

Il a fait un rapport en pleine académie.

Et grâce à ce rapport, qui tient tout le journal. Ton mémoire agricole a le prix décennal!

Tu vois que tu lui dois quelque reconnaissance.

Je ne le connais pas !

RAOUL

BRUNEL

Vous ferez connaissance; C’est un homme influent de qui le bras va loin. Et qui te poussera quand il sera besoin.

— Parle flatteusement de sa littérature.

RAOUL

Il n’a jamais écrit qu’un cours d’agriculture.

BRONEL,

Qu’importe! soutiens-lui que son cours est écrit Avec beaucoup d’ampleur, de sagesse et d’esprit.

RAOUL) riant*

Et que dans son traité sur la pomme de terre 11 a su retrouver le style de Voltaire I

BRUNEL

L’éloge le plus doux qui soit en pareil cas...

RAOUL

Est justement celui qu’on ne mérite pas! •

Mais cet éloge-là... •

BRUNEL

Ne coûte rien en somme, Et te servira fort! Je connais le bonhomme, Et si de son concours tu peux être assuré.

Avant qu’il soit longtemps tu seras décoré.

RAOUL

Alors, je ne devrai...

BRUNEL

Ta science est réelle.

On ne la niera nas; mais te suffira-t-elle?

Peut-être! Quant à moi, j’ai cru m’apercevoir Qu’un peu de savoir-faire aidai! le vrai savoir;

Nous avons le savoir, ayons le savoir-faire.

Et nous réussirons!

• (Raoul sort.)

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