‹ Les vacances du docteur drame en quatre actes en versChapitre 30 sur 61 · ACTE ÙEÜXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE ÙEÜXIÈME

Allons, ne mens plus! ton trouble, ton effroi,

— Tout le trahit. — Depuis un long mois je t’é'pie.

Je cherche dans tes yeux ta passion impie.

Je mentais tout à l’heure!

AltHANDE tombe anéanlie sur le canapé.

Ah I JEANNE.

J’ai longtemps douté De ton hypocrisie et de ta lâcheté ;

Car, simple que j’étais, je ne voulais pas croire Qu’on eût le cœur si faux, qu’on eût l’ame si noire! Certes, pour me convaincre, il a fallu du temps,

Et de ta trahison des signes éclatants!

Mais j’ai vu ta souffrance et tu n’as pas su taire Devant l’épouse en pleurs ton amour adultère !

— O voleuse de cœurs, assise à mon foyer,

Quand tu me regardais dans mes pleurs me noyer.

Tu goûtais à ces pleurs des voluptés cruelles.

Aussi, je te le dis, la dernière de celles

Qu’on achète et qu’on vend, pour qui rien n’est sacré, N’aurait jamais osé descendre à ce degré De honte; elle n’eût pas commis cette infamie;

Sa probité native eût respecté l’amie.

Mais toi, tu n’as pas eu la dernière pudeur Qui se retrouve encor chez la femme sans cœur !

ABMANDB^ toute troublée.

Mais... écoute-moi, Jeanne ...!

JEANNE

Elle va se défendre 1

La misérable! — Soit ! — Je consens à t’entendre.

Va, parle, démens-moi ! — Quel mensonge nouveau Vas-tu pour m’endormir tirer de ton cerveau?

Mais tu ne sais donc pas que d’heures j’ai passées A guetter sur ton front l’ombre' de tes pensées!

Mais tu ne sais donc pas que j’en vais mourir, dis.

Et que je te méprise et que je le maudis!

(Elle retombe épuisée, en pleurs.) ARMANDE^ froidement, après un silence.

De mon crime envers toi je ne puis être absoute.

Tu m’as maudite. — Eh bien alors connais-moi toute! C’est vrai, j’aime Raoul! — A seize ans, je l’aimais,

Je l’aimerai toujours! — Quant â toi, je te hais!

hO LES VACANCES DÛ DOCTEÜR.

— Ce n’est pas d’aujourd’hui que ma haine commence,' Elle date des jours de la première enfance.

Elle vient du couvent où, pauvre, ma fierté Souffrait de ta richesse et de ma pauvreté !

En vain lu me donnais tes soins et tes tendresses,

Comme un joug obligé je portais tes caresses!

Ton amitié? c’était de la protection.

Et c’est ce qui fit naître en moi l’ambition.

Lorsque par tes bienfaits je me trouvai liée.

Mais moins reconnaissante encor qu’humiliée.

L’orgueil me dit qu’un jour, fille de noble sang.

Quoi qu’il dût m’en coûter je reprendrais mon rang ;

Et j’épousai le duc pour devenir l’égale De cette plébéienne aujourd’hui ma rivale !

— J’aimais déjà Raoul à cette époque, moil Quand chez notre tuteur il vint, mais non pour toi, Enfant, qui regrettais encore ta poupée.

J’étais femme déjà ! — Je ne t’ai pas trompée :

Je t’ai repris mon bien 1 — Le sacrifice offert Au démon de l’orgueil fut grand, j’en ai souffert.

De l'amour réprouvé j’ai subi les morsures,

— Tu dis que ton cœur saigne? as-tu vu mes blessures? Et pour n’oublier rien, dis, as-tu mérité

Celui que nous aimons? — Non l tu l’as acheté 1

JEANNE

Moil moi l — La malheureuse! elle le calomnie En prétendant l’aimer! — Aimer! Toi? Je le nie!

On peut fouiller ton cœur, ton cœur n’est habité Que par l’hypocrisie et par la vanité !

ARUANDE.

Soit! mais j’ai bien visé. Le trait qui t’a blessée Ne te quittera pas : cette atroce pensée Te poursuivra sans cesse, et les jours et les nuits, AgitantNians ton cœur l’amas de tes ennuis.

Ravivant la douleur, aiguisant ton martyre.

Toi-même tu seras contrainte de te dire.

Dût ton mari me fuir et revenir à toi.

C’est mon or que Raoul aimait et non pas moil

JEANNE

Va-t’en ! va-l’en!

ARUANDE.

Je pars! sans que mon cœur ressente Aucun déchirement, on n’est jamais absente

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