‹ Les vacances du jeune tempérant [microforme]Chapitre 34 sur 44 · EPITAPHE DU BUVEUR MACHIN · texte numérisé non relu

EPITAPHE DU BUVEUR MACHIN

Toujours dans son pauvre gousset Régnait le diable avec le vide.

Toujours son visage flambait, Même avec le gosier humide.

Et quand la soif le torturait, Pour lui, c'était le noir Tantale ; Plus que la mort il endurait, Quand la boisson se faisait rare.

Jamais il ne craignit la mort, Pourvu qu'il ert toujours sa goutte.

Dans les douleurs il était fort,

S'il pouvait humecter sa croûte.

Aussi jusqu’à son dernier jour,

Il tint dans la main son bon verre ; Ce fut toujours son seul amour, Tant qu’il vécut sur cette terre.

Tel était le buveur Machin,

Qui vécut et mourut ivrogne ;

Il émoustilla son prochain

Par ses chants joyeux et sa trogne.

Un de ses plus chers compagnons, Habile à vider sa carafe,

Malgré ses regrets très profonds Lui dédia cette épitaphe :

Ci-gît Machin, le franc glouton, Qui but tout ce qu'il eut de rente ; Son gilet n'avait qu’un bouton, Son nez en comptait plus de trente.

(Extrait du Bien du Peuple).

Page 1