‹ Les vacances du jeune tempérantChapitre 20 sur 39 · MEDITATION D'UNE PETITE FILLE · texte numérisé non relu

MEDITATION D'UNE PETITE FILLE

« — Maman, est-ce bien péché d'avoir des distractions pendant le sermon ?

— Certainement, mon Olive ; il faut toujours être bien attentive au sermon, car vois-tu, le sermon c'est la parole du bon Dieu.

A quoi as-tu donc pensé pendant que M. le Curé prêchait ?

— Bien, tu sais, M. le Curé commence toujours par lire un Évangile, et dans celui d'aujourd'hui il nous a rapporté l'histoire des possédés qui viennent vers Notre-Seigneur en criant : « ne nous fais » pas souffrir, si tu nous chasses, permets- » nous d'entrer dans le corps des pour- » ceaux. Et quand les démons furent

» dans les pourceaux, les pauvres pour- » ceaux coururent se noyer dans la mer ».

» Et ensuite quand M. le Curé s'est mis à prêcher j'ai pensé aux pourceaux possédés, tout le temps du sermon.

» A cause des nuits épouvantables que papa nous fait passer tous les samedis soir, je pensais que les vrais possédés du démon ce sont nos deux hôteliers, et que les esprits qui sortent d'eux pour passer dans les ivrognes en font des pourceaux et les précipitent dans la mer de tous les malheurs.

» J'ai pensé aussi que nos hôteliers sont de gras pourceaux qui écrasent sous leurs pieds fourchus les femmes et les enfants d'ivrognes, et s'enivrent de nos larmes et de notre sang.

» J'ai pensé encore que les hôteliers ne sont pas notre prochain puisque je les croyais pourceaux et possédés, et je désirais être un homme pour les maudire.

» Est-ce bien mal cela maman » ?

La mère essuie deux grosses larmes qui coulent rapides le long de ses joues amaigries ; ce fut toute sa réponse.

Fr. Joachim-Jos., O. F. M.

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