‹ Les vacances du jeune tempérantChapitre 22 sur 39 · L'HOMME IVRE · texte numérisé non relu

L'HOMME IVRE

Un homme ivre sortait d'une auberge et descendait la rue en chancelant.

Un enfant de six ans, marchant à côté

de son père, le vit et demanda à celuici : « Papa, cet homme-là est-il malade ?

— Pourquoi me demandes-tu cela ?

— Parce qu'il est si faible. Cet homme est si grand, et cependant il sait à peine se tenir sur ses jambes.

Quand mon frère Jean a appris à marcher, il était aussi maladroit, mais à présent il marche beaucoup mieux que cet homme-là !

Pendant ce temps, des gamins s'étaient rassemblés, et, voyant l'ivrogne, ils se mirent à pousser des cris et à le poursuivre de leurs huées. L'homme ivre se retourna et les invita à le laisser tranquille. Mais cela ne fit que redoubler leur tapage. L'homme essaya alors de saisir un de ces garnements, mais il trébucha et ne réussit qu'à attirer plus de monde.

» — Mon enfant, dit le père, tu as raison. Oui, cet homme est malade.

Il n'est plus maître ni de ses jambes, ni de ses autres membres, ni de ses pensées, ni de ses paroles. S'il avait su commander à sa passion il n'aurait pas tant bu. Il n'y a qu'un malade qui puisse se mettre dans un état pareil.

— Mais pourquoi ces garçons se réjouissent ils de la maladie de cet homme ? demanda encore l'enfant naïf.

— Oh ! ils ne savent ce qu'ils font.

Et ce qu'il y a encore de plus triste, c'est que même de grandes personnes se joignent à eux, au lieu d'avoir pitié de ce malheureux. Mais que ces jeunes gens prennent garde de ne pas devenir à leur tour des buveurs dont on pourra se moquer. Ce pauvre homme lui-même était autrefois un garçon alerte et dégourdi, qui avait espéré faire son chemin dans le monde.

— Mon père, demanda encore l'enfant, n'est-ce pas que je ne deviendrai pas un buveur comme cet homme-là ?

— Mon cher fils, répondit le père, toi non plus tu n'es pas sûr d'échapper à ce malheur si tu ne te gardes toi-même tous les jours. Vois, ces polissons que l'on entend crier se moquent de quelque chose qui, devrait plutôt leur inspirer de la pitié. Ne prends jamais à la légère les choses sérieuses ! Gardetoi du premier verre, des premiers pas qui conduisent vers l'abîme. Il est vrai que tu es encore petit et que tu

n'as pas encore besoin de songer à l'avenir. Tes parents veillent sur toi.

Mais, avant longtemps, il faudra savoir discerner toi-même l'ennemie qui s'approche aussi de toi. La boisson est l'ennemie de tout le monde, c'est aussi le tien ».

Le spectacle de l'homme ivre et tombant sur le chemin avait inspiré au petit garçon une grande frayeur et une crainte salutaire de l'ivrognerie. Ses sages leçons que son bon père tira de ce spectacle augmentèrent encore cette frayeur et cette crainte, et l'enfant promit à son père que jamais il ne toucherait à cette méchante boisson qui rend les hommes si vilains et fait d'eux la honte d'une paroisse.

PROBLEMES

i Un père de famille boit en moyenne 3 verres de whisky à 5 c. le verre, chaque jour de travail ; plus une bouteille à 30 c. chaque dimanche et fête : quelle somme aura-t-il dépensée inutilement au bout de l'année ? au bout de 10 ans ?

2 Un ouvrier tempérant économise $10 par mois. Un buveur fait au contraire $5 de dettes tous les mois. De combien le Ier sera-t-il plus riche que le 2e au bout de Tannée ?

3 Au Canada, nous buvons chaque année pour $80,000,000 au moins de boissons fortes. Étant donné que S 300 suffiraient à rétablissement d'un colon, combien pourrait-on établir chaque année de colons sur nos terres avec le montant de cette consommation ?

4 Un ouvrier a pris tous les jours, pendant 12 ans, 2 petits verres, à $0.10 l'un. Combien aurait-il économisé pour sa famille, s'il n'avait pas fait cette dépense ? S 'étant corrigé de son habitude, combien a-t-il gagné au bout de 9 années de 365 jours ?

5 Si, au lieu de gaspiller cette somme il l'avait économisée, quel intérêt annuel se serait-il assuré en la plaçant à 5 y2 % ?

6 Un père de famille gagne $2.25 par jour et travaille en moyenne 305 jours par année. S'il dépense, à boire, $0.25 par jour, combien pour cent de ses gages dépense-t-il à ruiner sa santé ?

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