‹ Les vainquers de Lodi comedie en un acteChapitre 12 sur 35 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

MAURICE

Mais cette voix...

DUMOULIN, paraissant . *

Et tout en chantant

Ça ira

Ça va et ça tiendra.

(Apercevant Maurice.)

Tiens !.. mais oui !..< mon lieutenant !

MAURICE

Mon brave Dumoulin, c’est toi!., je te croyais mort...

(Le costume de Dumoulin n’est pas moins avarié que celui de son lieutenant.

Il porte une culotte de velours vert, des houseaux de toile et des espadrilles à l’italienne. Sa télé est couverte d’un chapeau de paille fleuri et enrubanné, un bouquet est placé dans le canon de son fusil et un pain est

enlilé dans sa baïonnette.)

DUMOULIN

Eh 1 eh ! il ne s’en est pas fallu de l’épaisseur d'un cheval... J’ai reçu une chiquenaude comme il n’en faudrait pas quatre pour abattre un bœuf...

MAURICE

Ma foi, mon pauvre Dumoulin, je t’avais vu tomber d’une vilaine façon.

DUMOULIN

Oui, c’est une fantaisie de botaniste qui en a été cause.

MAURICE

Comment ça ?

DUMOULIN

Au moment où l’ennemi, trouvant que nous l’incoinmodions par trop dans les jardins d’où nous le canardions do puis une heure, se décidait à nous faire charger par les nulans... voilà que j’aperçois une touffe de violettes en pleine fleur... des violettes de Parme, vous savez comme on aime ça à Paris 1... ça me tente et je me dis : Je vais en faire un petit bouquet pour maman... je me baisse... je n’avais pas cueilli une douzaine de violettes que je sens quelque chose de froid qui m’entre dans la tête... c’était le sabre d’un diable de hulan que je n’avais pas entendu venir... je tombe les quatre fers en l’air... et puis, bonsoir la conmagnie... je ne vois plus, je n’entends plus rien... Quanti je rouvris les yeux, j’étais couché très-proprement, ma foi ! dans la chaumière d’un paysan ; mais je tenais encore mes violettes ..je les ai là... je Tes enverrai a maman... les voilà devenues des immortelles.

MAURICE

Et les paysans t’ont soigné?

DUMOULIN

Ils m’ont soigné, dorloté, mijoté... la crème des bonnes gens, quoi ! Enfin, ce matin, je me suis arraché à ces délices de Capoue... ils m’ont nippé comme vous voyez... j’ai rejoint

* Dumoulin, Maurice.

LES VAINQUEURS DE L0D1

le dépôt où l’on m’a octroyé un, billet de logement et un écu de trois livres, et me voilà... Ouf! il fait chaud... Il n’y a pas quelque chose à boire, ici ?

MAURICE, passant devant lui. *

Pour le moment, il n’y a personne, «à ce qu’il paraît...

DUMOULIN

Eh bien ! et vous, mon lieutenant?... Vous étiez à I.odi !

- MAURICE

J’en arrive.

DUMOULIN

Tous les bonheurs!... sans compter que vous avez là, aussi, une jolie pièce d’ajustement... quoiqu'elle ne soit pas d’uniforme non plus... une culotte de nankin !...

. MAURICE, riant.

C’est mon trophée de I.odi... Et comment trouves-tu ceci ? (Il ouvre son habit, puis relève ses manchettes.) Un jabot, des manchettes!

DUMOULIN

Du linge tin !

MAURICE, tirant un mouchoir.

Et un mouchoir de poche !

DUMOULIN

Vous avez donc dévalisé un prince?

MAURICE

Pas tout à fait... mais après la déroute de l’ennemi, je fouillais avec quelques hommes de ma compagnie un petit bois, espérant en faire sortir quelques lapins... je me trouve séparé de mon monde, je sors le premier et j’aperçois un gaillard affublé de je ne sais quel uniforme qui s’enfuyait suivi d’un paysan portant une petite valise... Je cours après... le paysan jette bas sa charge et s’esquive... mais en tombant, la valise s’était ouverte... et me laissait voir, comme pour me narguer, ce nankin séduisant et pas mal d’assez beau linge... Soudain, pan! pan! deux coups de pistolet tirés presque à bout portant par le propriétaire de l’objet en question... l’une des balles m’effleure bel et bien le genou et pratique deux nouvelles ouvertures à mon déplorable costume... Furieux, je fonds sur le misérable, l’épée haute... lui, il ne songe môme pas à tirer la sienne... et demande grâce ! Je pourrais vous tuer sur place, lui dis-je, mais je me contente de vous faire prisonnier... sur parole, à la condition (pie vous réparerez un mal aggravé par vous d’une notable façon... et que vous me ferez cadeau de cette culotte de nankin: O généreux vainqueur, je vous supplie de choisir dans cette valise tout ce qui pourra vous convenir... Je pris, avec ceci, une chemise et un mouchoir de poche... Voilà comment je me trouve possesseur de ces trois objets...

* Maurice, Dumoulin.

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