‹ Les vainquers de Lodi comedie en un acteChapitre 30 sur 35 · SCENE XV · texte numérisé non relu

SCENE XV

MAURICE

J»* sais tout.

BEATRIX, éperdue.

f)ue faut-il faire, monsieur?

MAURICE

Vous calmer d’abord, madame la comtesse... et me per mettre de vous remercier de votre, zèle à nous défendre... de vous dire tout ce que je sens de reconnaissance en mon cœur pour vos nobles paroles, pour vos généreux efforts... Je n’en suis pas surpris, madame, il ivétait pas possible qu’avec des dehors si pleins de séduction et de charmes, vous n’eussieZ pas encore une belle âme... Pardonnez-moi... j’ai un peu perdu les habitudes du monde, et je ne vous dis point peut-être cela comme il conviendrait de le dire; mais croyez-le, madame, mon cœur est profondément touché...

RÉATKIX.

Mais vous êtes perdu !

MAURICE

Je ne vois pas trop ce qu’il y aurait à faire pour empêcher (;ue cela fût... il a bien pris "ses mesures, monsieur votre oncle !

BEATRIX

Ah ! taisez-vous, cela ne sera pas... je ne le veux pas!...

MAURICE

Comtesse... ah ! comtesse, que n’est-ce pour vous qu’il faut mourir !

BEATRIX

Monsieur, ne vous faites pas ainsi, je vous en conjure, un point d’honneur de rester insensible à vos dangers... je vous le demande pour moi-même, qui me sens, malgré mes sentiments en révolté, unit; par une odieuse solidarité avec ceux qui...

MAURICE

Oh! madame la comtesse... ne parlez pas ainsi... vous, complice d’une trahison que vous avez dénoncée et flétrie... et qu’il ne tient pas à vous de combattre... vous!... Tenez, comtesse, vous me reprochez mon indifférence au péril qui s’approche... eh bien ! si vous me voyez ainsi, ce n’est pas parce que je suis un soldat et que l’habitude de jouer chaque jour ma vie m’a rendu à peu près insensible aux chances de la perdre... C’est que ce danger, Je n’en ai pas conscience... je ne sais pas si dans l’ombre, guidés par la haine et la peur, quelques misérables aiguisent leurs poignards pour me frapper... Ce que je sais, c’est que vous venez de vous montrer adorable... c’est nue vous vous êtes émue pour moi... c’est que je suis là , près de vous, que je vous vois sans témoins , que je vous parle, que les entraves de l’étiquette sont rompues, qu’une sorte de complicité, au contraire, vous rapproche de moi et crée un lien entre nous... que vous m’en-

LES VAINQUEURS DE LODI

tendez entin... et que j’ose, moi, usant du privilège de la dernière heure, vous parler en n’écoutant que mon cœur !...

BEATRIX

Monsieur Maurice!... Ecoutez! quel est ce bruit? c'est un signal. (Elle court à la fenêtre.) Tous les paysans rassemblés I... et au milieu d’eux... un soldat... un Français!

MAURICE

C’est Dumoulin !

BEATRIX

Ah ! mon Dieu ! je ne le vois plus I

MAURICE

Ah ! je cours... *

BEATRIX

Restez I

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