Trirèmes
Quand on recherche l’origine de ces divers motifs, on doit noter qu’un certain nombre d’entre eux ont été déformés par la fantaisie des modeleurs et des potiers. Dans les scènes représentant des rapts (n° 26), les ravisseurs sont des personnages indéterminés sur lesquels on peut mettre le nom que l’on veut, Borée ou Zeus, ou Hermès. — Nous connaissons par un brûle-parfums à reliefs un groupe qui représente Poséidon la main appuyée sur l’épaule d’Antymone b Ici, le modeleur a séparé les deux personnages (nos 18 et 19), de sorte que le geste de Poséidon élevant la main droite ne se comprend plus. — Le motif n° 27 est non moins singulier : le personnage nu et casqué qui chevauche un taureau ne répond à aucune œuvre connue. Est-ce Jason ? Est-ce Thésée vainqueur du taureau de Marathon ? L’un et l’autre héros ont dompté ou immolé des taureaux ; mais ni Jason ni Thésée, ni aucun autre héros ne sont dits s’être servis d’une semblable monture. — La femme qui apporte une couronne à un trophée (n° 30) est sans doute une
1. Rev. Âir/i., 1907, 10, p. 247 et suiv. On le retrouve dans les décors des bols &■ vernis mat.
Fig. 72 — Bols a olaçure. — Motifs de la panse.
Victoire ; cela est du moins conforme à la tradition 1 ; mais ici les ailes ont disparu ; la scène religieuse est devenue une scène de genre. — En revanche, un chasseur (n° 29) affrontant un sanglier, est devenu un génie ailé.
On voit par là combien les fabricants de bols à reliefs, ou, si l’on préfère, les toreutes qu’ils ont mis à contribution, ont été peu esclaves, le cas échéant, de leurs modèles. En un sens, leurs procédés n’ont pas été différents de ceux qu’employaient les coroplastes.
D’autres sujets ne sont plus que de très libres imitations de scènes traditionnelles : Silènes et Bacchantes, Eros, combats de Grecs et d’ Amazones, chasses, Centaures, femmes à leur toilette, sans compter les personnages isolés qui ne sont que des débris de scènes plus complètes, tout cela se rattache au banal répertoire exploité depuis des siècles dans toutes les formes de l’art grec. Des sujets plus rares, comme les divinités marines, Scylla, Triton et Tritone 2 étaient déjà connus de l’art du ve siècle ; il en était de même pour les dauphins, pour les canards, pour les cygnes en tant qu’oiseaux consacrés à Aphrodite 3, pour les perdrix domestiques 4, hôtes familiers des gynécées, pour les bucrânes 5, pour les grappes 6, etc. . .
Mais à côté de ces sujets pris au fond commun où les générations s’alimentaient à tour de rôle, il en est qui témoignent d’une imitation plus précise. L’Athéna Promachos (n° 13 a) est une copie fidèle, et jusque dans les moindres détails, de l’Athéna des amphores panathénaïques récen-
1. Rev. Arch., 1907, 10, p. 248 ; cf. toutefois une figure féminine sans ailes couronnant un trophée sur une intaille de la Russie Méridionale, S. Reinach, Ant. Bosph. Cim., pl. XV, 9.
2,. Cratère d’Asstéas, S. Reinach, Répert. Vases , I, p. 498 ; pour l’Eros assis sur la tritone, cf. un Eros assis sur un dauphin et jouant de la double flûte, sur une aryballe du Ve s.. ; Heydemann, Vasensamml. Neapel, n° 123.