LES SIGNATURES DE POTIERS
Avec les bols à glaçure, apparaît pour la première fois dans la céramique à reliefs hellénistique l’usage des signatures de ipotiers.
Deux de ces signatures, celle de Dionysios et celle d’Ariston, méritent une attention particulière ; elle nous font connaître deux ateliers très importants, le premier sensiblement plus ancien que le second, et dont l’activité présente des caractères tout à fait opposés.
On connaît à cette heure cinq vases signés de Dionysios et chacun d’eux représente un type différent :
1. — Un lécythe d’Anthédon (p. 297, n° 24), représentant les aventures de Sisyphe et d’Autolykos.
2. — Un bol de Crète (Furtw., Coll. Sab., pl. LXXIY, 2). II est à panse convexe et à rebord évasé et revêtu de vernis mat ; il est orné de personnages debout sans lien entre eux : un jeune homme de profil, coiffé d’un pétase, le pied sur une levée de terre, la tête appuyée sur le poignet gauche dans une attitude méditative ; une femme voilée ; un jeune homme debout, en chiton court, vêtu d’un pétase et qui s’appuie sur un bâton ; Athéna sans casque, avec lance et bouclier rond, la tête légèrement inclinée. Entre ces motifs, des stèles funéraires et les lettres de la signature. Sous , les personnages, une succession de godrons, de palmes et de lignes ponctuées surgissant du bord inférieur qu’entoure une couronne de folioles.
3 et 4. — Un bol de Thèbes et un autre de Tanagra (p. 331), décorés de godrons et couverts d’une glaçure.
S. — Un bol à bord droit et à vernis mat, du type récent avec des rosettes sur la zone supérieure et des folioles imbriquées sur la panse. Sur le fond la signature AIONYCIOY. (Musée d’Athènes, Inv. n° 12.620). Provenance inconnue.
A ces vases, il faut en ajouter deux autres, qui sortent d’une seule et même fabrique, et qui attestent pour le
moins, à ce qu’il semble, l’influence de l’atelier de Dionysios :
6° — Un bol de Délos (Inv., n° S51) dont la terre est semblable à celle des bols « déliens ». Entre les personnages, des lettres qui ne donnent aucun sens : A, CO, AI, H, IA, H nia'.? qn;, à en juger par les diphtongues Al, CO et surtout par la répartition des lettres entre les motifs, suivant un procédé exceptionnel et usité seulement sur le bol n° 2, paraît un produit de l’atelier de Dionysios.
7° — Un bol du Musée d’Athènes (Inv. 2133) (Dumont-Chaplain, I, pl. XXX, 2). Bol à vernis mat noir. Zone supérieure de points. Sur la panse, Eros identiques à ceux du bol précédent.
Les bols nos 6 et 7 sortent évidemment d’une même fabrique ; il faut également rapprocher les bols nos 2 et 4 dont la bande supérieure est réduite, comme c’est rarement le cas dans le décor des bols à reliefs, à un simple pointillé ; le lécythe n° 1 appartient aussi à la série, comme le prouve la présence de godrons sur ce lécythe et sur les bols nos 3 et 4 ; les stèles funéraires du bol n° 2 sont semblables à celles d’un bol « homérique » qui appartient au meme groupe que le lécythe ; enfin les personnages qui décorent ce bol n° 2 sont évidemment les débris de quelque scène narrative du genre de celle qui orne le lécythe.
Ainsi le potier Dionysios, dont l’atelier semble avoir été installé en Béotie, représente un type de transition intéressant ; placé en un pays où se rencontraient et se mêlaient des influences d’origines diverses, il a tenté un peu tous les genres qui s’offraient sucessivement : vases à sujets narratifs, vases à godrons, vases à décor varié, à vernis mat ou à glaçure. Des ateliers de ce genre jouaient un rôle dont l’importance était décisive : la curiosité de leurs propriétaires ouvrait des voies nouvelles, facilitait des échanges et préparait la diffusion des produits divers.
Au potier du type que représente Dionysios et qui, demeurant chez lui, exportant peu, accueille les inventions étrangères, on peut opposer Ariston.
LES BOLS A GLAÇURE
On a trouvé à Délos (pl. IX, e, /) 1 et à Athènes 2 3 des vasesfiltres portant sa signature, et décorés de grandes feuilles rayonnant autour du col sur un fond de folioles imbriquées, ou de demi-cercles dans un semis de points. La médiocrité de la glacure noire dont ils sont revêtus, d’autre part la présence d’ « apices » très marqués aux extrémités des lettres, donnent à croire que l’atelier d’Ariston est d’époque relativement récente et ne remonte pas au-delà de 250 av. J.-C. On connaît d’autres ouvrages portant sa signature : des lampes, des amphores a, un moule à relief 4 et une figurine de terre cuite 5. Comme les inscriptions des vases, dès lampes et des amphores présentent les mêmes caractères, il est fort probable que ces produits sont dus à un seul et même fabricant. Ariston paraît avoir eu un champ d’action commerciale fort étendu : Délos, Athènes, Tarante , Rome même 6. Pour les vases-filtres de Délos, ils ont été confectionnés à Délos même, comme le prouve la découverte d’un fragment, en argile demi-crue (pl. IX, /), qui semble être un déchet d’atelier ; un moule de lampe signé de lui a été trouvé à Athènes ; un autre moule provient de Tarente 7 ; enfin les amphores de Délos portant son nom ont tous les caractères des amphores d’origine rhodienne 8. On admet d’ordinaire que les moules ont beaucoup voyagé et se sont transmis d’une fabrique à l’autre. Mais, à supposer que cette opinion soit exacte, il ne saurait en être question ici ; un potier aurait-il acheté des moules portant la signature d’un concurrent ? Il est évident qu’ Ariston fut un gros industriel et