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Edgar, Cat. Mus. Caire, Greelt Bronzes, pi. XIV

toujours les pétales de la fleur sont figurés en relief1. Une telle forme s’imposait aux artistes établis dans la capitale ptolémaïque ; elle devait fatalement les inspirer. Mais ces artistes étaient des Hellènes, qui demeuraient, malgré leur curiosité, fort attachés aux traditions helléniques, et qui surent, avec la souplesse de leur race, renouveler, enrichir, animer cet antique décor figé-, des siècles durant, dans l'immobilité égyptienne.

Sans aucun doute, ici encore, nous devons au préalable faire quelque réserve sur la fidélité qu’ont pu mettre les potiers à copier leurs modèles ; nous ne devons pas oublier avec quelle facilité l’usage du poinçon permettait de multiplier les répliques et d’en tirer les combinaisons les plus diverses. Les vases en métal sont à la base de cette céramique : et c’est sur leurs données que les potiers se sont exercés, avec une fantaisie plus ou moins grande. Mais chacun des motifs dont se composait leur jeu de poinçons était probablement obtenu directement par surmoulage sur un prototype de métal ; et l’on peut en somme, avec moins de réserves peut-être que pour la plupart des bols à glaçure (p. 355), oublier un instant qu’il s’agit ici d’humbles vases de terre : qu’on transpose cette vaisselle d’argile en une matière plus précieuse, qu’on restitue par la pensée plus de netteté et plus de finese aux divers motifs, et l’on se fera une idée suffisante de ce que furent la variété et la richesse de la toreutique alexandrine. Si aucun de nos vases n’est la copie rigoureuse d’un vase en argent, certains du moins sont très proches de leurs modèles ; et dans leur ensemble, ils constituent un reflet fidèle d’une industrie dont il ne reste plus que des épaves.

Si nous avons placé en tête de notre étude des bols à vernis mat, cet aperçu très succinct sur la vaisselle métallique correspondante, ce n’est, pas seulement pour ramener

1. Citons toutefois certains, cas plus rares où la fleur est représentée par la peinture d’émail (bols de la XVIIIe dynastie, H. Wallis. Egyptian ceramic art, pl. IV, et The Macgregor collection, pl. V).

LES BOLS A VERNIS MAT

ces vases à leur valeur véritable, mais c’est aussi pour bien marquer que leur point de départ est unique et qu’ils forment un tout, indiscutablement. Tous, quels qu’ils soient, remontent à la même origine, c’est-à-dire à une classe très distincte et très, nettement définie, même du point *de vue géographique, de vases en métal.

Mais, ceci dit, il importe d’en montrer la diversité. On s’en fera une idée très nette si l’on se reporte à la seule planche XI où sont figurés, en a et b, deux bols trouvés à Myrina, en c et d, deux autres trouvés en Italie. Nous constatons, d’une part, que les deux bols myrinéens diffèrent foncièrement l’un de l’autre, et qu’il en est de même des bols italiens, d’autre part que le bol myrinéen a est du même type que le bol italien c. Et, si nous poussons plus avant notre examen, si nous comparons les bols a et c à ceux qui ont été recueillis à Délos (pl. XII, XIII, XIV), nous voyons qu’ils font partie du même ensemble. Ainsi, nous nous trouvons en présence de trois séries distinctes : série myrinéenne (Pl. XI 5), série italienne (Pl. XI, d), série délienne (Pl. XI, a et c et Pl. XII-XIY).

Cette première impression ne fait que se fortifier quand on a examiné de près, comme nous avons pu le faire, une quantité très grande d’exemplaires ; l’aspect du vernis et de la terre, la technique de l’empreinte plus ou moins saillante, le dessin des motifs et leur mode de répartition, la prédominance de certains éléments décoratifs, constituent autant de caractères grâce auxquels on peut déterminer des groupes bien définis. Nous tâcherons de montrer ici que ces groupes ne correspondent pas à des ateliers analogues à celui d’Ariston (p. 364) et qui auraient dispersé leurs produits et leurs poinçons, mais à des ateliers locaux, les uns plus actifs que les autres, qui se sont entrepénétrés par leurs exportations, mais parmi lesquels certains paraissent avoir exercé un action prépondérante.

Je reconnais qu’une étude complète des bols à vernis mat devrait ne laisser de côté aucun de ces ateliers régionaux, quelle qu’en ait été l’importance. Malheureusement, une en-

quête approfondie est présentement bien difficile, faute de publications ; et nous sommes loin encore de pouvoir donner pour cette céramique un répertoire analogue à celui qu’a établi Déchelette pour la céramique à reliefs gallo- romaine.* Le jour ou on le tentera, ce n’est pas un chapitre, mais un volume entier qu’il faudra consacrer à cet ample sujet. Il me suffira ici de présenter quelques-uns des ateliers les mieux connus, et les plus caractéristiques.

Dans cette revue des fabriques locales, j’accorderai une place à part à celle de Délos pour deux raisons : elle est actuellement représentée par la collection la plus abondante et la plus variée de toutes, ce qui nous permettra, à son propos, de connaître, à peu près au complet, le répertoire décoratif de la série entière. D’autre part, la dispersion de ses produits dans les régions les plus éloignées témoigne du rôle important qu’elle a joué.

FABRIQUE DE DËLOS. — Les bols du type que j’appellerai «délien», parce qu’ils constituent la presque totalité de la collection de Délos, sont pour la plupart des bols de la forme I (fi g. 47, 1) ; les autres formes représentées sont celles des nos III, Y, XI, XII, XIII, XIV, XY (fig. 62).

La terre de ces bols est toujours très pure, avec quelques rares paillettes de mica ; elle est plus compacte, plus dure et plus sèche que celle des bols de Crimée, ainsi que j’ai pu m’en assurer par un exemplaire criméen trouvé à Délos. Le vernis délien est épais, mat et sans transparence, alors que celui des bols de Crimée, plus fluide, s’amasse dans les contours des reliefs. Pour les divers tons de la terre et de la couverte, je renvoie à' ce qui a été dit p. 369.

Le répertoire décoratif est plus riche que celui des bols à glaçure, et certains éléments anciens y ont revêtu un aspect nouveau.

LES BOLS A VERNIS MAT

A. — Bandes étroites cle la bordure supérieure (fig. 76).

1. Suite de points. — 2. Oves. — 3. Rosettes. — 4. Méandres. — 5. Perles et pirouettes. — 6. Rais de cœur. — 7. Cœurs. — 8. Postes. — 9. Entrelaces. — 10. Losanges. — 11. Ornements en points d’exclamation renversés. — 12. Enroulements. — 13. Ornements en y — 14. Ganses. — 15. Quadrillages. - — 16. Palmettes. — 17. Palmettes opposées et superposées. - —

Fig. 76. — Bols de Délos. — Motifs de bordure.

18. Foudres. — 19. Rinceaux à crochet. — 20. Fleurons. • - 21. Pétales. — 22. «Fleurs de lys». — 23. Feuilles d’oliviers. 23 bis. Grains d’avoine. — 24. Fleurs d’arec. — 25. Grappes. — 26. Folioles. — 27. Baies. — 28. Plantes stylisées. — 29. Oiseaux. — 30. Dauphins.

Nous avons déjà, rencontré sur les bols à glaçure, les lignes de points, les oves (mais sans dards), les rosettes, les cœurs, les postes, les entrelacs, les enroulements, les fleurs d’arec, les grappes, les oiseaux et les dauphins. La palmette si fréquemment réunie, sur les bols à glaçure, aux enrou.lements, est revenue à peu près à la vieille formule décorative, mais avec des variantes (20, 21 qui ne sont que des éléments de palmettes). Les foudres ne sont que des palmettes opposées réunies à des ailerons ; il est à noter qu’elles sont empruntées sans aucun doute à la céramique égyptienne des hydries «d’Hadra»1.

D’autres vieux motifs, appartenant à la tradition grecque, apparaissent sur nos bols ; les méandres, les perles et pirouettes, les rais-de-cœur. Il est même curie’ux de constater que certains d’entre eux comme le motif en ^ 2, les 'suites de losanges3, les enroulements avec crochets4, se retrouvent dans la céramique archaïque ; et peut-être la rencontre n’est-elle pas fortuite. Les enroulements à crochets, fait à noter pour une céramique dont l’origine est alexandrine, se rencontrent sur le col de certains vases d’Hadra 5.

D’autres ornements, qui sont empruntés au domaine végétal, demeurent fidèles aux formules purement grecques ; ils se réduisent à des types schématiques, à l’exception peutêtre des baies n° 27 qui attestent un certain goût, de naturalisme.

On notera enfin que, pour les feuilles d’oliviers (n° 23), on n’en trouve d’exemple que dans la toreutique6.

1. Cf. Edgar, Greek vases Caire, pi. XVI, n° 20.233 ; Areh. Anz., XVII, 1902, pl. 158, 7.

2. Cf. une cruche du Phalère, Walters-Birch, A ne. Polt., I, pl. XVII.

3. Cf. des vases du Dipylon, Perrot-Chipiez, VII, p. 57, fig. 5.

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