‹ Les veillées du châteauChapitre 11 sur 11 · VOTES · texte numérisé non relu

VOTES

» Bartholomeo Ammanati , Florentin , mort en i58G, se distingua clans la sculpture, et se fit une grande réputation dans l'architecture; c'est lui qui acheva le palais Pitti.

» Constantin de Servi, Florentin, mort en 1622, fut peintre, ingénieur et architecte. Le grand sophi de Perse le demanda au grand-duc Côme 11 de M<dicis. Il demeura un an en Perse. On ignore ce qu'il y fit.

» Jacques Desbrosses, célèbre architecte français, fleurit sous le règne de Marie de Médicis. Il donna le dessin du palais du Luxembourg. On vante beaucoup aussi le dessin que cet architecte a donné de la façade de l'église de Saint-Gervais. Elle est décorée de trois ordres; les statues qui l'accompagnent sont lourdes et de mauvaise exécution. Desbrosses fit construire le célèbre aqueduc d'Arcueil.

» Inigo Jones, mort en i652, naquit à Londres. Ses principaux ouvrages sont à White-Hall le magnifique palais appelé Blauqueting-House, le palais de Lindsey à Londres , l'église de Saint-Paul à Covent-Garden, etc. L'architecte Webb fut son élève et son gendre.

» François Mansard, mort en 1666, naquit à Paris. Il fit beaucoup d'ouvrages et jeta les fondcmens du Val-de-Grâce. Il passe pour l'inventeur de ces appartenons sous le toit que les Français appellent à la mansarde.

» Jacques Van-Cajnpen, Hollandais, mort en iG38. Il a rebâti dans un goût très-majestueux,

3o8 NOTES.

l'hôtel-de-ville d'Amsterdam , qui avoit été consumé par les flammes. C'est le plus bel édifice de toute la Hollande. Cet artiste peignoit aussi. Il étoit riche et d'une famille noble, et il ne tira aucun salaire de ses peintures et de ses dessins.

i> François B oromini , Italien, mort en 1667. Il embellit le palais Spada. Il y fit une galerie en colonnades, dont la perspective est telle, que la scène paroît trois fois plus longue qu'elle ne l'est réellement. La décoration de cette galerie a donné au cavalier Bernin l'idée de la fameuse Scala Regia (a).

» Le cavalier Bernin, mort en 1680. Il étoit fils d'un sculpteur. Il fit, à l'âge de dix ans, une tète de marbre qu'on voit aujourd'hui à Sainte -Praxède, et qui mérita les suffrages de tous les connoisseurs. Le pape Paul y voulut le voir travailler, et il acheva devant lui le modèle d'une tête de saint Paul, en une demi-heure. Le Bernin avoit à peine dix-sept ans qu'on voyoit déjà dans Rome plusieurs beaux ouvrages de sa composition , parmi lesquels on compte le beau groupe d'Apollon et Daphné. Urbain vin, devenu pape, dit au Bernin : Vous êtes bien heureux de voir le cardinal Muffeo Barberini élevé au pontificat ; mais son bonheur est au-dessus du vôtre, puisque Bernin vit sous son règne. Bernin s'appliqua en même temps à la peinture, à la sculpture, à l'architecture; il exécuta en bronze la Con-

(a) Les connoisseurs regardent le Bovomini comme un architecte sans génie et de mauvais g<nii.

notes. 3og

fession de saint Pierre (a) ; la fontaine de la place Navone ; quatre figures colossales représentant les quatre principaux fleuves de la terre : le Nil, le Danube, l'Euphrate, le Niger. Ces figures sont assises sur une énorme masse de rochers, d'où l'eau tombe.... Le même artiste donna le dessin de la fontaine dite la Barcacia (mauvaise barque), qui est à Rome dans la place d'Espagne. Il suppléa en quelque manière à la difficulté d'y faire jaillir les eaux à une certaine élévation. La Barcacia représente une grande barque, qui coule à fond, au milieu d'un bassin ovale. L'effort qu'elle fait en enfonçant, est censé faire jaillir l'eau au-dessus de l'endroit où elle entre : cette idée suppose qu'elle ne doit pas s'élever bien haut. C'est ainsi qu'un artiste habile tire parti des défauts même de la nature. Le Bernin fit beaucoup d'autres ouvrages fameux, entre autres ce superbe escalier à côté de Saint-Pierre , dont la petite galerie du B oromini lui donna , dit-on , l'idée (b). La charmante église du Noviciat des Jésuites à Rome est encore du Bernin. Un de ses plus

[a) C'esl-à-dire, le baldaquin, faute), etc., de Saint- Pierre.

(b) II fit aussi la place et la colonnade de Saint-Pierre, et, dans l'église de Saint-Pierre, les tombeaux d'Urbain vin et d'Alexandre vu. Ce dernier tombeau est audessus d'une porte qui forme un enfoncement obscur, et comme une espèce d'antre. Le Bernin a tiré le plus grand parti de cette position. Une draperie tombe en forme de

3lO NOTES.

beaux morceaux de sculpture est le groupe de sainte Thérèse ravie en extase, avec un ange qui lui perce le cœur d'un trait enflammé. Cette statue est à Rome, dans l'église de Notre-Dame de la Victoire (a). Le Bernin regardoit le fameux Torse antique comme le morceau de sculpture le plus parfait. Le Bernin étoit actif, laborieux, plein de feu, colère, mais bon chrétien, charitable vertueux. Il aimoit la comédie , et la jouoit supérieurement à X impromptu. Il vint en France ; Louis xiv le combla de marques de distinction (b).

v> Claude Perrault, architecte français, mort en 1688, fut à la fois médecin, peintre, musicien, architete, ingénieur, physicien et anatomiste. Ce savant fit un dessin pour la façade du Louvre, qui mérita la préférence sur tous ceux qui furent puérideau sur la porte; la Mort, placée dessous, soulève le rideau et se montre à raoilié. Le pape est entre la Vérité et la Charité. L'une lui montre le spectre effrayant qui s'approche ; l'autre le console et le rassure.

[a) L'expression du visage de sainte Thérèse est sublime, la figure de l'ange est ravissante; mais la draperie de la sainte ne vaut rien : elle est heaucoup trop chargée de petits plis. Ce morceau de sculpture est plaoé dans une niche élevée; une petite fenêtre qui se trouve dans le haut forme, par le jour qu'elle donne, une gloire brillante à- l'ange ; ce qui produit un effet très-heureux.

(b) On voit en France, de cet artiste célèbre, le huste de Louis xiv, et la statue de Mqrciis Curtius, aa-dela de la pièce des Suisses à Versailles.

tfOTES. 3 I I

sentes. C'est cette superbe façade qui surprit le cavalier Bernin, et qui est en effet le plus beau morceau d'architecture qui soit dans les différens palais des souverains de l'Europe. Perrault inventa quelques machines très-ingénieuses pour transporter et pour élever des pierres énormes. Perrault fit encore construire un arc de triomphe superbe qui étoit à la porte Saint- Antoine, et l'Observatoire, qui est le plus beau de l'Europe. Lorsque Perrault fut admis à l'académie des sciences, il n'exerçoit plus la médecine que pour sa famille, pour ses amis et pour les pauvres. Il publia quatre volumes sous le titre d'Essais de Physique \ il mit encore au jour un recueil de machines de son invention. Charles Perrault, frère de l'architecte, fit un ouvrage intitulé : Parallèle des anciens et des modernes , où il donnoit la préférence entière à ces derniers sur les premiers ; ce qui attira aux deux frères la haine de Boileau... Perrault s'exerça avec une foule d'artistes français à la recherche d'un nouvel ordre d'architecture, et ne trouva rien qu'un chapiteau corinthien, dont les feuillages éteient ridiculement remplacés par des plumes d'autruche; les colonnes représentoient des

troncs d'arbres

*» François Blondel , mort en 1688, a donné les dessins des portes Saint-Denis et Saint- Antoine, à Paris. La première est très-belle [a)\ la seconde n'a-

(a) Blondel fît toutes les inscriptions latines de ce monument. Il étoit (Tailleurs çruiul mathématicien.

3l2 NOTES.

voit de remarquable que quelques morceaux de sculpture,

» Jules Hardouin-Mansard y fils d'une sœur de François Mansard, prit le nom de cet architecte. Le £rand ouvrage d'Hardouin-Mansard est le château de Versailles. Il donna le plan de la place des Victoires; il finit la fameuse église des Invalides, commencée par Libéral Bruant , et éleva la coupole , qui est la plus belle de Paris. Il mourut en 1708.

» François Galli Bibiena , Italien mort en 1789, fut, ainsi que son frère, architecte et peintre célèbre. Il fit le beau théâtre de Vérone.

» Christophe Wren, Anglais, mourut en 17*23. Cet artiste, à l'âge de seize ans, avoit déjà fait des découvertes dans l'astronomie et la mécanique; il donna le dessin de la fameuse église de Saint-Paul de Londres, que l'on commença à. bâtir en 1672 , et qui fut achevée en 1010. Cet architecte posa la première pierre, et son fils y mit la dernière.

» Jac que s -Gabriel y né à Paris et mort en 1 7 ', 2 , commença le Pont-Royal, qui fut achevé par le frère Romain.

» Nicolas Salvi, Italien, fut poète et architecte. Il mourut en 1751.

« Bq/frand, mort en 1754. Il a construit le fameux puits de Bicètre («). »

(à) Il fut fait en 1733, 34, 35; sa profondeur est d« vingt-huit toises et demie, qui font 171 pieds, ij pieds de diamètre dans œuvre, et 9 pieds de hauteur d'eau uHa-

*OTES. 3i3

Cette nomenclature est beaucoup plus étendue dans le livre d'où j'ai tiré cet extrait ; l'auteur cite plusieurs grands seigneurs italiens qui se sont entièrement livrés à l'étude de l'architecture, et qui y ont excellé. Il ne parle point de Fanvitelli, architecte moderne très-célèbre. C'est lui qui a fait l'élégant et magnifique escalier du palais neuf de Caserte, auprès de Naptes, et au roi de tapies. Vanvitelli est mort il y a environ vingt-huit ans.

(7) « La première musique des Romains leur vint des Etrusques , et ce n'étoit qu'une musique grossière et sans aucun principe; mais, depuis, ils prirent la musique des Grecs, et la transportèrent en Italie. Le premier Romain qui écrivit sur la musique, fut le fameux architecte Yitruve.... Si la Grèce eut ses Timothée et ses Tyrtée , qui tirent de si grands effets sur leurs contemporains, l'Italie a ses Stradella et ses Palma, qui, dit-on, en ont fait d'aussi étonnans. Stradella, en jouant du violon, attendrit l'âme d'un scélérat qui avoit eu le projet de l'assassiner. Palma, chanteur napolitain, se laisse surprendre par un créancier qui veut le faire arrêter; Palma, pour toute réponse à ses in-

rissable , parce que tout le fond a été creusé dans le roc où sont les sources. On a pratiqué dans le mur, à deux toises au-dessus du niveau de l'eau, une retraite d'une toise, avec un appui de 1er au niveau du mur, dans toute sa circonférence, pour les ouvriers et les matériaux nécessaires à son entretien et à des réparations. [Dict. hist. d& la ville (h Paris.)

iv. an

3l4 -\OTES.

jures et à -ses menaces, chante plusieurs ariettes, en s'accompagnant du clavecin : la fureur du créancier s'adoucit peu à peu , et se calme si parfaitement, que non-seulement il remet la dette, mais donne à Palma dix pièces d'or pour l'aider à payer d'autres créanciers (#).... Les différentes notes qu'on trouve dans la musique écrite au quatorzième siècle, et jusqu'au seizième, étoient au nombre de cinq, et s'appeloient maxime, longue, brève, semibrève, minime. La noire, la croche et la doublecroche n'étoient pas encore en usage, »

Musiciens grecs.

« Ântimaque étoit un grand musicien , et composa plusieurs poèmes (b). Un jour qu'il en lisoit dans une assemblée , voyant que tous ses auditeurs s'en-

\d) « On raconte que le célèbre Farinelli, jouant le rôle d'un héros captif, imploroit, dans un air très-touchant, sa grâce et celle de sa maîtresse, auprès d'un tyran farouche et cruel , qui les avoit faits ses prisonniers. L'acteur qui représentoit le tyran fut tellement attendri par les accens plaintifs de Farinelli, qu'au lieu de lui refuser sa demande, comme le portoit la pièce, il oublia entièrement son caractère, fondit en larmes, et serra le captif dans ses bras. » ( Voyage en Sicile et à Malte, traduit de l'anglais de M. Brjdone, second volume. )

(b) Chez les Grecs, tout poète étoit musicien. Pindare composoit des odes, les mettoit en musique et les chantoit aux jeux olympiques. Tout le monde sait que la fameuse Corinne enleva cinq fois le prix à Pindare.

NOTES. 3ï5

nuyoient et se rctiroient successivement, mais que Platon seul restoit : Je lirai toujours , s'éeria-t-il ; Platon vaut seul une assemblée.

» Darnop/iile , femme de Pamphile et amie de Sapho, composa des hymnes qui se chantoient en l'honneur de Diane. A l'exemple de Sapho, Damophile tenoit des assemblées où les jeunes filles les plus spirituelles venoient apprendre la poésie et la musique. Damophile composa plusieurs poèmes.

» Lamia , la plus célèbre joueuse de flûte de son temps, fut regardée comme un prodige par sa beauté, son esprit et ses talens. Plutarque et Athénée assurent qu'elle reçut partout les plus grands honneurs.

»Nanno, Néméade, Télèzilla-Néréa , Jurent encore musiciennes.

■ Thymèle, femme célèbre , inventa la danse théâtrale, etc.... »

Cette nomenclature est aussi étendue qu'intéressante dans l'ouvrage de M. de la Borde : je me bornerai ( dans la vue d'exciter L'émulation des jeunes personnes) à extraire de cet ouvrage une courte notice sur la vie des plus célèbres musiciennes modernes.

« Marguerite Archinta , d'une grande famille de Milan , joignoit aux grâces de la figure les talens agréables de la poésie et de la musique. Elle composa beaucoup de chansons et de madrigaux , et les mit en musique. Elle vivoit vers le commencement du seizième siècle.

3l6 jVQTES.

» Julie Varèse, religieuse, se fit admirer par ses talens en musique, et par la beauté de son chant. Elle faisoit aussi de bons vers.

» Marie -Marguerite Costa, Romaine, femme d'une vaste érudition , s'exerça avec succès en différens genres de littérature. Elle a fait les poèmes de plusieurs opéras.

» Faustine Bordoni , Vénitienne, femme du célèbre compositeur Jean-Adolphe Hasse, surnommé USassonne, et musicienne de premier ordre, inventa un nouveau genre de chant, pour lequel ii falloit une agilité surprenante, une netteté, une précision, qui saisissoient d'admiration. Elle avoit l'art de soutenir sa voix avec force, et de reprendre haleine sans qu'on s'en aperçût. Elle parut sur le théâtre de Venise en 1716.

» Dauphine de Sarte , femme de M. le marquis de Robias, possédoit parfaitement la philosophie ancienne et moderne, l'algèbre et les autres parties des mathématiques. La musique faisoit son amusement. Elle composoit facilement, chantoit fort bien, et jouoit du clavecin, du théorbe et du luth. Elle mourut à Arles, en i685.

s Elisabeth-Claude- Jacquet de la Guerre , net- a Paris, fit connoitre, dès sa plus grande jeunesse, les dispositions extraordinaires qu'elle avoit pour la musique. A quinze' ans elle joua du clavecin devant le roi. Madame de Montespan la garda trois on quatre ans auprès d'elle. Elisabeth épousa Marin de la Guerre, organiste. Elle a donné au public Céphak

et Procris, paroles de Duché; trois livres de Cantates: un recueil de pièces de clavecin, un recueil de sonates ; un Te Deum à grands chœurs , qu'elle fit exécuter en 1721 dans la chapelle du Louvre, pour la convalescence du roi. Elle mourut en 1729. » Madame la marquise de la Mézangère , née en 1693, jouoit supérieurement du clavecin; elle avoit aussi du talent pour la composition , qu'elle savoit parfaitement; mais elle n'a jamais voulu rendre public aucun de ses ouvrages. Madame la marquise de Gange , sa fille, morte en 1741 , jouoit du clavecin aussi bien que madame de la Mézangère, et n'avoit jamais eu d'autres leçons que celles de sa mère. En outre, madame de la Mézangère éleva chez elle un enfant, et> par les bons principes qu'elle lui enseigna, lui fit faire de tels progrès, qu'il est devenu maître de clavecin de la reine et des enfans de France [a). « [Essai sur la musique. )

(a) « Jean-Marie le Clair naquit à Lyon : son premier goût fut celui de la danse, et il fit à Rouen les premiers essais de ses talens. Par un hasard singulier, le fameux Dupré éloit alors violon dans l'orchestre de la comédie; mais tous deux, mécontens de leurs talens, se rendirent justice et changèrent de place. Dupré devint le plus grand danseur qui ait jamais existé, et le Clair ouvrit bientôt à rharmonie une nouvelle carrière. En rentrant chez lui après avoir soupe en ville, la nuit du 22 octobre 1 76 f , il fut assassiné, sans qu'on ait jamais pu savoir par qui. » ( Essai sur la Musique. )

FIN DU oUAlIUtME ET DERNIER VOLUME.

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