‹ Les vengeances (volume 2)Chapitre 42 sur 65 · NOËL ET LES JOURS GRAS · texte numérisé non relu

NOËL ET LES JOURS GRAS

Les jours coulaient ainsi que les vag.u('s du fleuve.

L'hiver jetait encore une tenture neuve,

Comme un manteau de lis, sur les vieilles forêts.

Le soleil du printemps fondia de ses reflets

Les flocons argentés que l'iiiver noue aux branches;

Mais quel soleil jamais fondra les mèches blanches

Que l'hiver de la vie attache sur vos fronts,

0 débiles vieillards ! 0 rameaux, lieureux troncs,

Vous secouerez un jour votre torpeur morbide

Et vous reverdirez ! Une sève rapide

Dans vos veines courra comme un sang généreux !

Vous étendrez encor vos feuillages ombreux

Sur les nids des oiseaux qui chanteront d'ivresse !

Vous trouverez demain votre ardente jeunesse !

Mais nous, quand nous i)eidons nos nobles facultés j

Quand nos corps affaiblis regrettent leurs beautés ;

Que notre esprit s'aff'aisse et n'a plus la mémoire

De ce qui fut jadis et sa force et sa gloire ;

Et quand à notre lèvie aride et says fraîcheur

Nos mains ne portent plus la coupe du bonlieur.

Nul doux rayon de feu, nulle brise attiédie

Ne rajeunissent l'âme et ne rendent la vie !

2l8 LES VENGEANCES

Nous ne re voyous pas deux fois l'aube du jour ! Et pour nous, tout, hélas ! est fini sans retour !

Noël était passé, Noël la grande fête ! Et les antiques bois avaient courbé leur tête. En signe de respect, au moment où l'airain, A riicuie de minuit, au fond du ciel serein, Pour redire aux clirétiens la sublime nouvelle. Fit vibrer les accords de sa voix solennelle. Et tous les jeunes gars de nos lieureux cantons, liCS vieillards appuyés sur leurs noueux bâtons, La femme enveloppée en son châle de laine, Par les chemins de neige au milieu de la plaine, Etaient venus prier devant l'humble berceau Où Jésus paraissait reposer de nouveau.

Puis vinrent les jours gras : jours de fêtes profanes

Où l'on entend chanter dans les pauvres cabanes

Comme sous les lambris des riches habitants.

Alors on voit i)asser les chevaux haletants

Que guident au grand trot des amoureux frivoles.

Assis sur le devant des vertes carrioles.

Les gars mènent, au loin, d'adorables minois

Cachés bien chaudement, à cause des vents froids.

Dans les peaux de bison, sur le siège d'îirrière.

Ils vont à la veillée. Et la nuit toute entière

On va rire et danser en se parlant d'amour.

Et le gai tourbillon volera jusqu'au jour

Aux accords entrfiînants d'une ardente musique,

Au son du violon et du fifre rustique.

Et viendront les soupers, les célèbres fricots Toujours assaisonnés de rires, de bons mots. Les plats étincelants sur les immenses tables Sont remplis à pleins bords d'aliments délectables. Ici, le lard épais et doré par le feu, Là, les pâtés de viande étoiles au milieu, Les croquignoles d'or artistement tressées. Et, comme un lac d'argent, les sauces épicées. Puis l'on boit et l'on chante. Et les jeunes garçons Id'une dolente voix modulent des chansons *our attendrir le cœur un peu dur de leurs belles. !t, pendant qu'on entend les femmes rire entre elles, échauffes par le rum, les radieux vieillards, )isent gaiement en chœur des refrains égrillards.

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