II
Puis entra., frémissant, dans la basse écurie.
Son cœur plus agité qu’une mer en furie,
Sous sa noire poitrine horriblement battait.
Ce n’était pas qu’ alors le crime lui coûtait ;
Mais c’était cette peur dont ne peut se défendre Le cruel assassin, au moment qu’il va fendre,
De §on poignard sanglant, le front d’un malheureux j Cette peur qui saisit le voleur ténébreux,
Au moment où son pied franchit un seuil paisible ;
Cette peur qui toujours d’une façon terrible Fait, de l’incendiaire allant mettre le feu,
Trembler l’infâme main. Nulle crainte du Dieu Qui commande l’amour et défend la vengeance,
Ne pouvait rappeler à la noble indulgence Le rancunier sauvage. Il avait peur pourtant,
Mais peur des hommes seuls ; et puis, à chaque instant, Ses grands yeux dilatés voyaient, dans la bâtisse, Devant lui se dresser une ombre accusatrice.
Il avance, passant derrière les chevaux Qui tournèrent la tête en flairant des naseaux.
Le monstre, il entassa du foin dans une crèche,
Du foin moite surtout et de la paille sèche,
Afin que la fumée ondoyant à grands flots Etouffât promptement, et sans cris, ni sanglots,
Les bestiaux rangés dans leurs parcs à la file.
Debout près de la grange, attentif, immobile,
Kuzard, d’un œil ardent, perçait l’épais brouillard, Craignant de voir sortir l’infortuné vieillard Dont il trompait toujours l’aveugle confiance.
JL
Il8 LES VENGEANCES
Mais le père Lozet, franc et sans défiance,
Au coin de son foyer, fumait d’un air songeur.
Un penser d’amertume, ainsi qu’un ver rongeur, Tourmentait son esprit et le rendait morose.
Louise voyait bien, qu’en ce jour, quelque chose Avait de son vieux père avivé les chagrins.
Du fil sur le métier elle ajustait les brins,
Levant de temps en temj)s, sur le vieillard sévère Un regard inquiet. Pareil à la vipère,
Sous les foins odorants se glissait Tonkourou.
Il tira son briquet, un morceau d’amadou,
Et fit jaillir le feu d’une petite pierre.
Alors un éclair vif brilla sous sa paupière,
Et son visage plat, dans un rire maudit Se contracta soudain ; puis sa main s’étendit Promenant sur le foin les flammes pétillantes.
François veillait toujours. Les branches vacillantes Semblaient des spectres noirs qui voulaient le saisir. Ses dents claquaient de froid, et, s’il eut pu choisir De partir ou rester, il aurait pris la fuite.
Mais qu’eut dit le huron de sa lâche conduite ?