SCÈNE II
JEAN LOZET, MAD. LOZET.
LOZET. — Il y aura 18 ans cet hiver que cette chère enfant nous a été laissée. Elle nous a bien consolés de la perte de notre petit Léon . .
Mad. LOZET, essuyant ses yeux. — Jamais, oh ! jamais je n'oublierai mon
enfant Mon Dieu! qu'est-il devenu?
Est-il mort ? est-il vivant encore ? Je le pieure depuis 20 ans, et je le pleurerai toute ma vie.
LOZET. — Allons ! allons ! ne te laisse pas gagner par le chagrin. Si les veilleux te yoyaient avec des yeux rouges que diraient-ils ? Parlons d'autre chose. Le ciel n'a pas voulu nous rendre notre petit Léon, eh bien ! qu'il le garde ! . .
Mad. LOZET.— Oh ! si j'étais sûre qu'il est au ciel !
LOZET.— Tu serais capable d'aller l'y chercher et de ne plus revenir. .
Mad. LOZET, embrassant son mari.
—Ah ! je ne voudrais pas te laisser, mon viéux ! . .
LOZET, V embrassant. — Tiens ! pour cette bonne parole là. Je suis d'humeur à m'amuser ce soir. Puis il faut faire plaisir à cette bonne Louise qui nous aime tant. Nous avons bien fait de la garder cette pauvre orpheline. Elle est jolie. La mère était belle aussi. T'en souviens-tu ?
Mad. LOZET.— Oui, c'était une belle jeune femme. Pauvre femme ! elle est morte dans mes bras !
LOZET. — Il y aura 18 ans cet hiver, à la fin de février, qu'elle vint un soir, nou% demander l'hospitalité. Mon Dieu !
que le temps passe vite ! et que l'on vieillit ! Elle nous a b'en recommandé sa petite fille en mourant. Et son mari ? C'est curieox qu'on n'eu ait jamais entendu parler, et
qu'il ne soit jamais venu voir sa fille
Tiens ! J'ai oublié de hacher du tabac. Il y aura des fumeux ce soir, je suppose, et il faut se préparer en conséquence. Ah ! ça, la vieille, va donc à la cave, me chercher un rouleau de tabac.
Mad. LOZET. — Tu aimes toujours à te faire servir. {.Elle sort.)