‹ Les véritables origines du chant grégorienChapitre 5 sur 22 · HONORATO ABBATI · texte numérisé non relu

HONORATO ABBATI

« Res iina valde incredibilis « auribus nostris insonnit, que si « veritati coniiingitw, magis ius « nostrœ gravitati detrahit, quam « perornet. magis tenebrat, quam « splendescit ; id est cum dulcedi- « nem Gregot'i^m canninis, cuni « sua quam in ecclesia tradicione « canendi legendique ordinavit et « tradidit, in tantum perosam ha- « beatis. ut in omnibus in huius- « modi ratione non tantum ab hac « proxima sede, sed et ab omni « pêne occidentali aecclesia, et « prorsus ab omnibus qui latinis <( vocibus tandem œterno regicon- (( ferunt et sonos canoros persol- « vunt, dissentiatis. Qiie cuncte « œcclesie cum tanta aviditate et (f aynore arduo predictam tradi- « tionem Gregorii susceperunt '< ut, cum ex integro recepissent, « tantum eis idem est placabilis, « ut ad hue magis de ipsa apud « nos non desinant querere, exis- « timantes amplius de illis apud <( nos remansisse. Qui plane sanc- >' tissimus papa Gregorius adeo « Dei cultor et inclitus predicator « et sapiens pastor fu it et copiosos « ad humanam salutem edidit et « sonum iam dictum, quem in ec- « clesia vel ubique canimus mu- « sicis artibus opéra plurima ad « excitandos vel cominovendos

Extrait du Registnim de Léon IV.

<( A l'abbk Honorât.

(f Une chose tout à fait incroyable a retenti jusqu'à nos oreilles : si elle est vraie, elle est plus* propre à diminuer notre considération qu'à lui faire honneur, à l'obscurcir qu'à l'entourer d'éclat. 11 parait donc que vous n'avez que de l'aversion pour le chant si doux de saint Grégoire, et la manière de chanter et de lire réglée et enseignée par lui dans l'Église : de telle sorte que vous êtes sur ce point en désaccord non seulement avec ce Saint-Siège dont vous êtes proche, mais encore avec presque toute l'Eglise d'Occident, avec tous ceux qui se servent du latin pour paver au Roi éternel le tribut de la louange et faire monter vers lui leurs : harmonieux concerts. Toutes ces Églises ont reçu avec tant d'avidité et de courageux amour cette : tradition de Grégoire, et après l'avoir reçue complètement, elles : v trouvent tant de plaisir, que : maintenant encore elles ne cessent : de s'adresser à nous pour en avoir : davantage, pensant que peut-être ; quelque chose de plus sera resté : chez nous. Ainsi ce très saint pontife Grégoire, ce grand serviteur : de Dieu, prédicateur illustre, pas- : teur plein de sagesse, qui fit tant : pour le salut de l'humanité, ce fut : lui aussi qui composa avec beau-

« intentius humanos fecerit ani- « mos, ita ut non tantum eccle- « siasticos, sed etiam rudes et « duros animos artificiose modu- « lationis sonitu adcecclesias con- « vocaret.

a Item.Deposco ne ab hac sum- «. mo religionis capite ecclesia, a « qua nullus exorbitare vult, vel «. a tantis prefatis ecclesiis dissen- « tire paciamini, si ex totopacem w et concordiam universalis eccle- « sie habere diligitis. Nam si, « quod non credimus, in tantum <( doctrinam nostram et tradilio- (( nem nostri sancti presulis exor- « rescitis ut non per cuncta in « cantilenis et lectionibus ritum « nostrum sequamini, scitote quod <( vos a nostra communione repel- <( lemus, quoniam convenit vos « ea sequi salubriter que Romana « ecclesia mater otnnium et ma- « gistra vestra non spernit sed <( appétit atque insolubilitertenet.

« Idcirco sub excommunicationis « interpositione precipimus ut ne- « quaquam aliter, quam et sanc- « tus papa Gregorius tradidit et « «05 tenemus, in modulatione et « lectione in ecclesiis peragatis, <( totisque viribus perpetim exco- « latis et decantetis. Nam si, quod « minime credimus, in alteram « vos tradicionem praeter hanc « quam vobis presentibus vel fu- M turis peragendam duximus re- « ducerevel declinare quocumque « modo conatus quis fuerit. non « solum a sacro corpore et san- « guine Domini nostri lesu « Christi eum fore precepimus, « verum in perpétua anathemate « mansurum ob suce presumptio-

« coup de peine et une connaissance « parfaite de l'art musical ce chant « que nous chantons dans l'Eglise et « même ailleurs. Il voulut par ce u moyen agir plus puissamment sur « le cœur des hommes pour les ré- « veiller et les toucher : et de fait, le « son de ses suaves mélodies a rasée semblé dans les églises non seule- « ment les hommes spirituels, mais c< jusqu'aux esprits les moins cultivés « et les plus insensibles.

« Je vous prie de ne pas souflVir « que vous demeuriez en désaccord « soit avec cette Eglise chef suprême « de la religion, et dont personne ne « veut s'écarter, soit avec toutes ces « Eglises dont nous avons parlé, si « vous aimez à vivre tout à fait en « paix et en bonne intelligence avec « l'Eglise universelle. QLie si, ce que « nous ne croyons pas, votre aver- « sion pour notre enseignement et cf pour la tradition de notre saint « Pontife est telle que vous ne vouc( liez point vous conformer en tout a point à notre rite, soit pour les « pièces de chant, soit pour les « leçons, sachez que nous vous rate pousserons de notre communion ; « car la con\enance aussi bien que « votre propre avantage requiert que « vous suiviez les usages pour lésée quels l'Église Romaine, Mère de ee toutes les autres et votre maîtresse, ee loin de professer aucun mépris, téee moigne tant d'amour et un attaee chement si inviolable. C'est pouree quoi nous vous ordonnons, sous ee peine d'excommunication, de vous ee conformer exclusivement dans les ee églises, pour le chant comme pour ee les lectures, à l'ordre institué par le ee saint pape Grégoire et suivi par

« nis audatiani 7îostra immo et « omnium antecessoi'iim nostro- « riim aiictoritate sancimus ».

(Cod. Brit. Mus. Addition, 8873, fol. 168).

« nous, et de mettre tout votre zèle à <c le pratiquer et à le chanter sans « jamais vous en départir dans la suite. <f Car si, ce que nous ne pouvons croi- « re, quelqu'un s'efforçait, de quelque « façon que ce fût, de vous détour- « ner du droit chemin en vous ramece nant à une tradition autre que celle « que nous venons de vous prescrire « à tous présents et à venir, non seu- « lement nous ordonnons qu'il soit « privé de la participation au Corps « sacré et au Sang de Notre Seigneur « Jésus-Christ, mais, en vertu de « notre propre autorité et de celle « de tous nos prédécesseurs, nous « décrétons, qu'en punition de son « audace et de sa présomption il « demeurera sous le coup d'un ana- « thème perpétuel ».

Ce texte, qui motiverait à lui seul un commentaire étendu n'est connu que depuis quelques années. P. Ewald l'a publié en 1879 dans le Ve vol. du Neues Archiv., p. 389, n. 33. Mais le véritable auteur de la découverte est un savant anglais catholique, M. Edmond|Bishop. Le premier il découvrit et copia cette pièce avec plus de deux cents lettres inédites des papes, depuis Gélase I^r jusqu'à Urbain II, communiquées généreusement par lui aux travailleurs allemands {"-). C'est d'après sa propre copie que j'ai reproduit le texte ci-dessus.

Le pape saint Léon IV, auteur de la lettre, avait d'abord été élève de ce môme monastère de Saint- Martin (^), d'où l'abbé Jean, en même temps grand-chantre de Saint- Pierre, était parti

(i) Lecard. Vitra. {Analectanoviss. I. i8oj parle bien des lettres trouvées dans la Collectfn britannica, mais il semble ignorer à qui revient l'honneur de la découverte. Je saisis cette occasion de rendre à un ami cette justice qu'il ne se serait jamais faite à soi-même.

(2) « Hic primum a parentibus ob studia litterarum in monasterio beati Marée tini confessoris Christi, quod foris muros huius civitatis Romanae iuxta ecclea siam beati Pétri apostoli situm est... velut perfectus monachus avidius mansit» [Libey Pontif. éà. Duchesne, II, 106).

deux siècles auparavant pour répandre et lixer en Angleterre les véritables traditions du chant romain. L'abbé Honorât, auquel la lettre est adressée, est probablement un abbé de Farfa dont il est question dans un diplôme de l'empereur Louis II de 872, comme avant autrefois conclu un pacte injuste avec l'évoque Pierre d'Arezzo, précisément contemporain de Léon IV (/).

Il n'v a pas à épiloguer sur le sens du document. Il est clair que le Pape n'v reconnaît pas d'autre auteur du chant romain que Grégoire le Grand ; en même temps il fait de ce chant le plus bel éloge peut-être qu'on ait jamais écrit. Une chose néanmoins qu'il importe de remarquer, parce qu'elle fournit une donnée nouvelle sur l'histoire de la diffusion du chant grégorien, c'est qu'en plein IX^ siècle, tout près de Rome, un puissant monastère n'avait pas encore adopté la réforme grégorienne. En rapprochant de ce fait la présence du chant milanais dans la province de Capoue au milieu du XI^ siècle (-), et les rubriques aussi milanaises de divers livres copiés un peu plus tard pour des églises de Rome même (■'), on se rappellera et on trouvera peut-être plus vraisemblable la thèse déjà soutenue dans une étude précédente, à savoir que le chant dit ambrosien n'est au fond autre chose que le vieux chant latin antérieur à saint Grégoire (+).

(i) Chronicon Farfense, ap. Muratori, Rer. Ital. Script, t. II. part. ii. cul. 404; Gams, Séries episcop. p. 741 .

(2) V. Dom Ambroise Kienle, Ueber ambrosianische Liturgie imd ambrosianischen Gesang dans les Studien itnd Mittheiliingen des Benedictiner-iind Cistercienser-Orden de Raigern, 1884, p. 346.

(J) Tomasi, Opp. t. VII. p. g-10. Les formules de renvui signalées dans ces livres ad usiim Ecclesiae Romanae se retrouvent avec le chant dans l'Antiphonaire ambrosien de \i* siècle communiqué à dom Kienle par M. Rosenthal de Munich :

<( Finita missa (du samedi in Traditione Symboli) dicat diaconus excelsa voce « ad cornu altaris : Si qui.s catechumenus, procédât. Si quis iudaeur., procédât. <{ Si quis paganus, procédât. Si quis haereticus, procédât. Cuius cura non est, « procédât ».

La fidélité avec laquelle on a conservé jusqu'à ses rubriques, qui déjà n'avaient plus de raison d'être au vii^ siècle et même avant ( Duchesne, Origines du culte chrétien, -p- iq3), peut être considérée comme une garantie du respect plus grand encore avec lequel on aura \eillé à la transcription intégrale des mélodies. Comme le chant romain, l'ambrosien a dû voyager jusqu'à la Renaissance avant de rencontrer son 'i assassin ».

(i) Revue Bénédictine, mai iSqo, p. 193*204. .le lis avec étonnement dans le dernier nnmévo àt?> Études des PP. Jésuites (juin, p. 3i3, not. 3) que j'aurais.

DE LA TRADITION GREGORIENNE iq

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