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CHAPITRE VIII. tacle

« Les Deux Gosses; c'est l’histoire Eatre amis attendrisante de deux Pauvres enfants ne donner,E À sept heures et demie, Soucy et qui, après des péripéties tragiques ou t'et à moi-E avoie arrivèrent.

navrantes, retrouvent dans une scène Des messieurs pour vous, M. Le- des plus pathétiques, leur foyer et leur c, cria sa maîtresse de pension à mère.

jours ,der-KEdouard. Un père jaloux, trompé sur le comp- Montez donc, dit Edouard, en s’a- te de son épouse, la croit coupable. et Hressant à ses amis. abandonne pour la Punir ses deux en- € Un peu, Soucy ne fumait pas; Edouard of- fants à des malfaiteurs ; alors, chagrin éviter cesÉ-it une cigarette à Lavoie. du père, désespoir de la mère ; et, en- Tout en endossant son paletot, il de- fin, retour des enfants et embrassades manda : qu'est-ce qu'on joue ce soir ? générales. Les événements de ce mé- —Les Deux Gosses. lodrame sont on ne peut plus invrai- —Qu'est-ce que c'est que cela ? semblables ; mais, du moment qu’on y —C'est un mélodrame : tu vas voir, croit, il n'y a plus de raison de ne pas hous allons rire. pleurer à chaudes larmes.

Nous sommes prêts, dit Edouard.

Après l’acte où le père dérobe les

| Les amis descendirent et partirent enfants à leur mère et les con‘+ à des

pied, comme des £ens pour qui leur ravisseurs, Lavoie dit : c’est un brave, bonnes jambes rendent les tramways ça!

nutiles. —Dans la vie réelle, ce serait un Sur la rue Saint-Denis, peu de pas- insensé ct, ici, c’est un acteur, mais je ants, mais les tramways, par contre, ne vois Pas où est sa bravoure. aient bondés de Passagers. Sur la —Comment, si tout à coup un des e Sainte-Catherine, au contraire, sepctateurs s'était levé et avait dit : oute brillante de lumières, la foule lâche ces enfants-là ou je te fracasse ait nombreuse, surtout aux abords la cervelle. lu National. —1l aurait continué à remplir son Edouard et ses camarades Pénétrè- rôle.

ent dans le couloir qui conduit à l’am- —Et il eut peut-être reçu une balle otre ci-Bphithéâtre et arrêtèrent au guichet, —Ça aurait pris un échappé de la prendre leurs billets. Ils furent assez Longue-Pointe, pour faire cela. eureux pour trouver trois sièges d'or- —Ou quelqu'un digne d’y entrer ; hestre ensemble, quoiqu'il y eût beau- ça n'empêche pas que la chose est arriint pascoun de monde et que la représenta- vée dans un théâtre anglais de la Ville. ior fût près de commencer. —Pas possible, lis entrèrent et durent, pour parve- —Eh oul. !1 y a des fois, à ces specir à leurs sièges, à moitié écraser ne tacles, des enfants à qui Ça tourne la Brosse dame, qui, outre son énorme tête. La semaine dernière, à une re- M "°0nne, avait apporté avec elle un présentation dans un théâtre, un petit it peullmmense mouchoir,--pour jes émotions, gars qui était dans le pit s'est levé, et, “t un nom moins immense éventail— comme un méchant garnement quel. pour la cha’:ur. . Le Passage forcé des conque maltraitait des enfants sur la tudiants } i procura l'avantage de se scène, il a tiré sur lui. pervir de ce dernier. —Ça, c’est fameux. C’est un fou ? Les lumières s'éteignirent et le spec- —Probablement; mais ça n’en est

a cham

—s5— Pas moins arrivé, Such is life. Je Pour son plus grand croyais que tu avais vu Ça sur les jour. parents dont les bon naux.

—Je n'ai pas tou les lire, "dit Edoua -—Tu ne lis même

—Des fois.

Courant sans ça, monde ne parle q

nouvelles sont

temps, avant de parvenir aux

En fait-il du ta vier-là! Onne que de lui, —Ce n'est Lavoie : si le lait lui donner

me, dit Leblanc, les comprends à se remuer.

—Console-toi Ça viendra, —Ïl en serait

rd.

pas la politique ?

On peut se tenir au ces jours-ci. Tout le ue de politique et les connues la moitié du journaux

page, un peu, cet Olli-

parle et on ne s'occupe

pas le premier venu, dit parti des modérés vouun coup de main.....

—J'appartiens à ce

parti, moi-mé.

mais j'avoue que je ne

Pas : vont-ils se décider » bouillant Edouard :

grand temps.

Comme la toile se jevait pour un

nouvel acte, ils

se turent.

Lavoie, dont ce silence ne faisait pas

l'affaire, lui dit à aimes mie

sé pen

cha vers Edouard et

demi voix : qu'est-ce que tu ux : aller au théâtre National

ou voir passer les pompiers ?

—Entendre le

répondit Edouard,

—Dis donc à air ému.

chant des crapauds, en riant.

Soucy de prendre un

—Passe-moi ton mouchoir, dit Sou-

cy.

sins fit taire Lav

lieu de ses carabinades,

eut murmuré :

faire de critiqu Un bon garç ginal, s’il en mou de caractère lui,

’air de désapprobation de ses voi-

oie et l’arrêta au minon sans qu’il n’y a plus moyen de artistique.

on, ce Lavoie, et un orifut.

Peut-être un peu ; Mais quand, comme

On a toujours eu la vie facile et

heureuse on se forme plus lentement— heureux quand on ne se déforme pas.

DT RS Tete / Rae Te ARE MR

Én:

es 8 mm.

jours le temps de

mouchoir aux yeux.

bien il avait des s exemples et les fermes conseils devaient faire de lui un homme sérieux.

Le spectacle touchait à sa fin et bon nombre dans l'assistance avaient le

C'étaient un at-

tendrissement général et l'on entendait des exclamations comme celles

ci: ces pauvres enfants !.

pas pitié !.

Et plusi sent voulu être sur la soler les petits choux.

Enfin, au milieu d’u mes et d’une pluie le tits choux ren avec le giron matern

Je me demande, dit tir du théâtre quelle

ouvelèrent c

+. Si ça fait

+ Ces chers petits choux 1.

eurs des bonnes âmes eus.

s-îne, pour conne averse de larbaisers, les peonnaissance el.

Lavoie, au sorimpression vont

emporter tous ces gens-jà, Edouard : une bonne, je n'en doute

pas.

—C'est possible, c’est une excellente

èce qu'on vient de — Oui; c'est clair ; il

pi

moralité et, par contre,

rale :

jouer là.

n’y a pas d'imune bonne mo-

il s'en dégage très logiquement

cette leçon qu’on ne doit pas compro-

mettre inconsidérémen

bonheur de son ménage.

t la paix et le

—Est-ce que ça va avoir un influen-

ce quelcon jours d'ici ?

—Pourquoi pas, voulait voir la fin d voie,

que sur les gens dans deux

dit Edouard, qui e la pensée de La-

—Est-ce que, par exemple, si une des femmes qui étaient-là, ce soir, est

maltraitée par son mari,

elle va lui di.

re: prends garde: je vais donner les enfants aux vendeurs de guenilles ?..,

elle serait, d’ailleurs bi faire cela

pas nuisible, —et qu'il

: Men OS me ER ee ven mm

en en peine de

quand il n’est ne peut avoir

d'autre utilité que celle d'amuser et de reposer des

—Je suis pas mal de ton avis.

—Nous allons monter. à pied, dit

Soucy à Edouard, Quant à Lavoie il demeurait dans l'est : il prit donc congé de ses amis.

Soucy et Edouard arrivèrent bientôt au coin des rues Sainte-Catherine et Saint-Denis ; là, ils aperçurent un Sroupe nombreux et animé, où s trouvaient plusiuers étudiants de leur connaissance

Vous és la nouvelle, leur cria. t-

on ? L —Non.

—Ravaut a démissionné, —Quand ?

—Ce soir, à une réunion du cabinet,

à Québec. La chose vient seulemnt d'être connue à Montréal. C'est un reporter de la Gasette qui nous a appris Ça.

—Ï1 va y demain.

Edouard et Soucy dirent bonsoir et continuèrent leur chemin.

Quel triomphe pour Rivard !

—Lui, qui dénonçait Ravaut depuis

mois, ce qu'il va jubiler.

—Je ne crois pas qu'il triomphe trop bruyamment, dit Edouard, c’est une victoire pour lui, mais d’après ce que je connais de lui, il ne se réjouira pas bien longuement; ce qui lui importe, c’est le triomphe de sa cause.

—Ça devrait avoir un effet énorme.

—Je ne sais pas: on va le remplacer par un autre et tout va être dit.

—-Pourtant ça prouve...

—Oh! ça Prouve énormement : ça Prouve tout; mais est-ce que les gens voudront voir clair ?

—Ïl est certain que l'opinion st extréêmement difficile à remuer.

—Je. n’appelle plus ça difficile : c’est Mort. Je me demande s’il faudrait

‘ avoir de la sensation,

que les ministres tuent Pour qu'on les fasse dégringoler tous ensemble, On Paraît résolu à tout leur permettre, Tu comprends, depuis quatre ans Ri.

vard dénonce les radicaux, dévoile des choses révoltantes et dont il n'y a pas à douter : ainsi, le favoritisme du Souvernement pour certains individus et sa complaisance pour éertaines corporations, et ainsi de suite. Ila rudement attaqué Ravaut; celui-ci, après avoir inutilement essayé de faire taire Rivard, ne Pouvant plus se dé.

fendre, démissionne. Il devient clair comme le jour que les reproches que lui faisait Rivard étaient fondés ; autre ment, pourquoi aurait-il démissionné ?

et puisque Rivard était de bonne foi, cn cette occasion-ci, comme en toute autre, du reste, et que Ravaut lui a donné raison en démissionnant, n'estil pas à présumer. que ceux à qui Rivard fait la guerre sont également Coupables ? pour moi, j'en ai la conviction. Et ils sont doublement coupables: de leurs méfaits d'abord et ensuite, de ceux de Ravaut aussi.

Comment ! ils ont fait leur petite popote de leur côté sachant ce que faisait Ravaut et le laissant faire, parce qu'ils ne faisaient Pas mieux, euxmêmes; et, Maintenant qu'il est dé- Couvert et qu'il est trouvé irop coupable pour demeurer ministre, cux ne seraient pas assez coupables d’avoir été ses complices, pour mériter richement de retourner dans la vie privée et de donner au peuple la chance de se moquer d'eux, à son tour ?

-—Comme tu y vas, dit Soucy.

—C’est une sale chose : s'ils demeurent au pouvoir, nous avons la certi.

tude d’être gouvernés par des gens qui ne valent pas mieux que Ravaut. Et alors ce n'était pas la peine de le mettre à la porte, lui. Il n’a après tout,

qu'un tort de plus qu'eux, celui d’être démasqué.

Les autres, je sont aussi,

livier y fasse ?

—Îl aurait pu ne Pas se présenter,

—C'était difficile : en dépit de toutes ses preuves passées de bravoure, la presse ministérielle le traitait de lâche, C'était ridicule, surtout quand les radicaux ont fui ses assemblées comme s'il avait été le diable en personne, pendant des mois. Mais, on lui demandait d'être téméraire, il l'a été.

—Ce qui m'amuse, c'est qu'il s'est trouvé un radical pour lui reprocher de s'être présenté, —quand il aurait dû le remercier d'avoir bien voulu tomber dans le piège que lui avaient préparé ces honnêtes radicaux, Il a fait un fou de jui: veulent-ils nous dire, ces bons radicaux, s'ils savent ce qu'ils veulent,

—Îls veulent garder le pouvoir.

—La défaite d'Ollivier va avoir un bon effet pour eux : elle va faire oublier la démission forcée de Ravaut.

—Dans les circonstances, elle n’affectera pas grand'chose. Elle est très facile à expliquer et elle n’explique pas du tout, par exemple, les transactions indignes auxquelles s’est livré le gouvernement ni ne réhabilite Ravaut et ses collègues, qui lui ont prêté mainte pour ses méfaits. On ne l’a toujours pas renommé ministre.

— Pourtant certains journaux prétendent...

—Oh! les journaux... ils sont toujours du côté du plus fort. Rappelle-toi ce qu’ils disaient, la veille de l'élection : “Si M. Ollivier gagne, “il remportera là un succès immense, ‘mais, somme toute, il n’a pas grand.’ chose à perdre.” La veille, ils di-

Saient : il n’a rien à perdre : et, le lendemain, ils prétendaient le contrair=, Si les gens attachent de l’importance à ce qu'ils peuvent dire, ils ne sont pas difficiles.

—Ça produit un certain effet.

—Oui, jes événements considérables

produisent toujours de | effet, sur le Coup: mais, plus tard, qu'est-ce qu'il en reste ? on dira : la défaite d'Ollivier s'explique bien par le manque de temps et d'organisation, par la cabale faite Par son adversaire, et elle ne prouve rien du tout en faveur de celui qui l’a défait en traître; mais la démission de Ravaut, elle, s'explique aussi, et elle s'explique par sa culpabilté et celle de ses collègues.

—(Ça ne serait pas arrivé si les modérés s'étaient remués davantage.

—Parlons-en des modérés ; toi qui en es un, Leblanc, je te souhaite d’ tre plus actif qu'ils ne le sont, quand tu te mêleras de politique. ...

Une bande d'endormis 1... ”

—Pourtant il se fait un certain mouvement ; ils s'organisent.

—C'est très bien: mais qu'ils se montrent ; qu'ils agissent : qu'ils écrivent. S'ils avaient seulement la moi.

tié de l’activité et de l'entrain des radi. Caux, ils seraient rendus autrement loin qu'ils ne sont. Le mouvement inauguré, par Oiiivier, ce sont eux qui auraient dû le commencer.

—ÎIls tâchent de reprendre le temps perdu, maintenant.

—A quelques endroits, je te l’accorde; mais, à un trop grand nombre d’autres, ils sont simples spectateurs.

—Laisse-leur le temps.

—Ils le prennent bien assez. Penses-tu que si Mercier s'était conduit de cette façon-là, il serait jamais arrivé au pouvoir ?

—Ï1 me semble Pourtant qu'ils ne Peuvent manquer d'y arriver, après tous les scandales qui viennent d’éclater.

—Je crois comme toi qu'ils ont droit au pouvoir et que le peuple a le devoir de le leur donner et de ne pas conti.

nuer d'accorder sa confiance à des hommes qui s'en Sont manifestement rendus indignes.

ee

—1904 n'est pas une habitude : ils vont se réveiller, les matières de l'examen. : Dès le le -—Je le souhaite; les radicaux en demain, Ricard arrivait à Ja chamb sont rendus à un point où ils sont d’Edouard: et là, chacun, son code mûrs pour la chute. Quand un gou- la main, Jisait, récitait et commenta vérnement en est venu À traiter la à son tour. chose publique comme Ja sienne Journées charmantes et qui, long Propre et que sa ruse et ses vio- temps, demeureront dans le souveni

lences ne servent plus à couvrir ses des deux amis, auréolés du double sou méfaits, il est temps qu’il soit ren- venir de la jeunesse et des illusions. versé,

Quel plus grand Plaisir que le tra J'applaudirais à sa chute, dit Edou- vail à deux, quand l'amitié est e: ard.

tiers.

Ricard pouvait parler seul, (pres- Edouard goûtait d'autant plus cette qu'indéfiniment. Leblanc, qui trou-

rare jouissance qu’il l'avait moins sou.

vait beaucoup de charme et de profit vent rencontrée,

à sa Conversation, le mit sur le chapi- Les esprits chagrins disent que les

ire de la littérature; il lui posait quel- caractères ont rapetissé ; et c’est peut- € question, de temps à autre, juste être là la cause de l'absence des quali-

pour le tenir en haleine : et Ricard par- tés mâles et fortes qu'exige l'amitié.

lait, lui faisait une vraie conférence. Quoiqu'il en soit de la cause, le Il s'interrompit, tout à Coup, et, re- fait reste ]à : il n'y a pas assez d'a-

gardant l'heure à sa montre : dix heu- mitiés solides et sincères.

res; et moi qui voulais travailler, ce Conformités de goûts, alliances d'’in-

soir. térêts et d’affaires, on trouve de tout, Ricard était, lui aussi dans sa troi- excepté la vraie chose.

sième année, et devait se présenter au La plupart des soi-disants amis, leur

jour de l’An. ami une fois le dos tourné, déblaté- —Tu travailleras, demain, lui dit rent contre lui ou, du moins, en riront

Edouard. discrètement—et ne se gêneront pas, —11 le faut bien.

à profit pour revoir ensemble tout

Souvent même, en sa présence.

—À propos, comment Ça va-t-il Ja Pas de confiance, pas de soutien Préparation ? es-tu rendu loin ? mutuel: on cherche à se snrprendre —Oh ! je serais prêt à Passer main- l’un l’autre et à dépasser son voisin. tenant. On oublie totalement que l'amitié n’est — Vraiment.

Pas faite pour qu’on dénigre ou qu’on —Je travaille tout de même, comme exploite son ami.

si je ne savais rien, tu sais. Mettez vingt Anglais ensemble: ils —C'est très bien, Avec qui prépa- se Soutiendront et Srandiront les uns res-tu donc ?

avec les autres et les uns par les autres.

—Seul.

Mettez ensemble vingt Canadiens- —Moi aussi. Tiens, nous devrions Français; ils se chicaneront et se mans

repasser ensemble. geront les uns les autres, —Ce serait une bonne idée, Il fait vraiment peine de re uarquer Ce qui fut dit fut fait. On était de semblables tendances chez notre

au 20 novembre et il restait juste un jeunesse,

mois avant l'examen de l’Université. Chez Edouard et son ami, rien de

Les amis résolurent de mettre ce temps tel: ils discutaient uniquement Pour

rassemblés, qui était celui-ci et qui était celu et les homm Placés à peu Près au milieu d salle, Ricard et Edouard s’amusa en hommes qui veulent ne pas pen vue, pour quelques minutes, à l’appra des examens ; et ils riaient aux larn Un orateur, qui ne se renouve c PaS Souvent, et qui, à chaque oc ns la vie; tout sion où il était appelé à faire un « Cours répétait : ‘C'est mon lot-t- ‘‘cellent d’avoir assisté à la fête de ‘soir et je marquerai ce jour d' ‘pierre blanche, ” venait de dir ‘oui, messieurs, je marquerai ce jo venues au spectacle, ‘d’une pierre blanche 1” douter, le plus joli

juges, des professeurs : à perte de

étudiants.

Et ces dames, offrent, sans s’en

Il a la pierre, dit Edouard.

Spectacle. = Fr Les santés et les discours commencé. — .* Une mine de pierre blanc rent. répartit Ricard. Ù Le président s

€ leva et, dans une très —Je ne sais pas si les radicar jolie allocution, Porta la santé de vont en avoir beaucoup de pierres bla: ‘nos hôtes, ”’ ui ches, le jour des élections générale Le premier ministre répondit. provinciales ? Ù 2 Le président pria alors le doyen de —C'est des cailloux, qu'ils ont : t porter la santé de l’université. te rappelles l'assemblée d’Ollivier, a Le doyen Proposa Ia santé de J'uni- marché Jacques-Cartier, à Québec ?

versité et but, Surtout, disait-il, à Ja Un autre orateur rappelait cet em santé des étudiants. Pereur romain, qui nomma son cheva

Un étudiant Y répondit. consul. Les santés se succédèrent alors, Maintenant, on en fa nombreuses et Yariées : Santé des facul- tres

tés sœurs, santé du Canada, du roi.— Toutes nos institution

en santé, ce soir-]à.

Vint la santé des dames.

Un étudiant c Il n’est pas d

mes répondent

it des minis.

» lémarqua Edouard.

Un autre encore, faisait une discré.

S semblaient fort te allusion aux événements politiques,

parlait en plaisantant des victoires morales.

hevelu la proposa. Mieux vaut une victoire morale habitude que les da- qu'une victoire immorale, dit Ricard. à cette Santé: aussi ÆEntra un étudiant, avec deux da- Chacune ne fit-elle de discours qu'à mes; il chercha des sièges et, une fois

son voisin, ses compagnes installées, écouta les Lavoie, qui était un des dignitaires, discours, debout dans l’embrasure de était assis auprès de la table d’hon-

la porte. .

neur. Il est en retard, dit Edouard.

A l’autre bout de la salle, Soucy, —Ï1 manque de présence d'esprit. anrès avoir gaiement banqueté, était —Non,

c’est d'esprit de présence. Un autre sortait.

11 a une absence, dit Edouard, Une jeune fille regardait Soucy et

nâissance : et, m côté, il avait le

aintenant, assis À leur rôle ingrat de teur dire

quérir encore davantage, que tu les aies actuellement à n'importe quel degré.

—Tu es bien aimable. Tout ça, ça n'empêche pas que nous n’avons plus que vingt jours avant la licence. Ça va passer vite. Ensuite, au commencement de janvier, l’examen du Barreau; et puis. nous serons des avocats.

Ou des bloqués, dit Ricard.

—Ce n'est pas probable, pour toi du moins. Quant à moi, j'ai assez confiance, aussi.

—C'est la confiance qui remporte les victoires.

—Puisses-tu prédire vrai.

Edouard reconduisit son ami et s’en revint, seul.

Il était trop tard pour travailler, quand il arriva à sa chambre; pour: tant, il ne s’endormait pas du tout.

Il s’assit donc et se mit à songer.

Ses trois années d’université avaient :

passé bien rapidement, encore plus, relativement, que les dix années de collège. Il y avait treize ans qu’il se préparait à la vie; et il allait y entrer.

Il se rappelait ses longues études, ses succès et ses prix; il se rappelait les amitiés et les intimités qui avaient pris naissance et qui s’étaient dénouées pendant ce temps. Il se rappelait ses révoltes d’écolier, contre la règle et la discipline ; ses velléités d'indépendance le plaisir qu’il avait eu à tout sacrifier cela à ses parents; et, à cette heure, il se félicitait d’avoir été patient et courageux. Puis il songeait aux vacances heureuses, au dévouement et à l’amour de ses parents ; à l’amitié de ses frères et de ses sœurs; et il souhaïitait que, cette étape franchie, il retrouvât encore dans sa vie autant de bonheur et autant de bonnes et de douces joies.

Ces pensées du foyer et de la famille lui donnèrent envie d'écrire à ceux qui reposaient paisiblement, là-bas, pendant que lui songeait à eux.

I1 prit la plume et se mit à écrire à Marie-Louise.

I1 lui fit, d'abord, quelques phrases d'amitié. où il épancha son cœur un peu esseullé, puis il lui raconta le banquet et il le fit d’une manière charmante, lui disant qu'il ne manquait qu'une chose pour que ce fût parfait :

sa présence.—Sa présence à elle, la petite Marie-Louise, qui ne veillait jamais plus tard que dix heures,... il voulait rire....

Sa lettre cachetée, il alluma une cigarette et, écartant sa chaise de la table à écrire, les jambes croisées, et la tête en arrière, il fuma lentement, so'fflant très haut la fumée.

Il se sentait seul, ce soir-là; sans qu'il sût quoi, il lui manquait quelque chose.

De vagues bouffées de tendresse lui montaient au cœur et il vint les yeux pleins d’eau.

Qu'’avait-il donc ?

I1 était jeune et fort, et ses vingtcinq ans appelaient l’amour.

Jamais Edouard n'avait, comme on dit, été en amour. Chez lui, à Saint- Germain, il avait connu quelques jeunes filles, pour lesquelles il conservait de l’amitié et qu’il traitait presque en camarades, quand il les rencontrait.

En ville, il avait peu sorti et il était presque toujours allé dans les mêmes familles; on l’avait bien accueilli èt on avait été très aimable pour lui, mais il n’avait rien vu au-delà.

Et maintenant, il était amoureux— sans savoir de qui.

Les livres, l‘étude et la famille ne suffisent donc pas à tout ? —mais il ne fit pas cette découverte, ce soir-là : il fut mécontent de ne pas se sentir luimême : et, se secouant comme une jeune lion, il chassa tout cela loin de lui.

Il devait cependant succomber aux coups de l’amour; et plus tôt qu'il ne le prévoyait.

A Il s’endormit Paisiblement.

Dors ; tu as pour toi la jeunesse, la ra- confiance et la force; tous les maux eur peuvent t'atteindre sans t'ébranler et

le tu peux aspirer à tous les succès et à Fe À tous les bonheurs.

ait it : CHAPITRE XI.

Ja La licence ae Le vingt-deux décembre au matin.

| ‘ Dans le grand corridor de l’univerre sité, à l'étage de la faculté de droit, ié- les étudiants vont et viennent.

la L'heure du cours est passée; ceux Æ qui sont là, dans le corridor plein de feuillage, et aux larges fenêtres, sont A des étudiants de dernière année, Parque mi eux se trouvent Ricard et Edouard; Lavoie et Soucy sont venus, eux aussi, Jui mais pour connaître Je succès d’Edou- U ard aux examens pour la licence.

L'examen par écrit a été passé le vingt; et on attend d'en connaître le gt- résultat pour subir l'examen oral.

On n’est pas encore avocat ni même à licencié et on n’est déjà plus étudiant.

nt- On regrette l’université et on sourit eu- à l'avenir.

ait Tous se promènent comme de bons 24 rentiers. Ils sont libres et heureux : ils dE ont terminé leur tâche, mis la dernière tait main à la préparation : quoi qu’il arri- EF ve, maintenant, ils se débarrassent

ét Pour quelques heures du joug de l’éhé, tude, se redressent .€t se reposent Pour se présenter à l'examen l'esprit

= libre et frais.

Chacun récapitule Pour la centième se fois les questions de l'examen écrit et É les réponses qu'il y a faites ou qu'il .il croit y avoir. faites—ce qui n'est pas ras la même chose—et Suppute ses chances jeu- de succès. On s’enquiert d’un voisin tui. de ce qu’aurait dû être la bonne réponjux se à telle ou telle question, et, selon A le cas, on saute de joie ou on demeure

OÙ atterré.

Den ynrrenn, EPS MTS M SR

Penses-tu avoir passé, Leblanc, lui demande, un camarade ?

—Je l'espère.

—Tu es bien chanceux.

Lui et Ricard s’éloignent un peu.

À chaque moment, une fausse alerte : l’appariteur, rouge et affairé, sort précipitamment de la salle où les professeurs sont en session ; on se précipite : des nouvelles ?

—Pas encore.

L'’instant d’après, il sort encore.

Même jeu.

Alors, on devient indifférent à ses agissements et il peut à son aise entrer dans le bureau de correction ou en sortir, sans se trouver instantanément entouré de vingt étudiants.

Il lui est venu de belles adhésions dit Edouard.—]1 parle d’Ollivier et des nouvelles recrues qu'il a faites.

— Oui; pas bien nombreuses, cependant.

Ça s’explique aisément : les modérés n’ont pas besoin de passer ostensiblement à lui, puiqu’il combat les radicaux.

—Certainement ; et les quelques radicaux qui vont à lui ne sont pas les premiers venus.

—Bérard, de Québec, par exemple.

—C'est un garçon honnête et très indépendant de fortune, Quelques recrues comme celles-là valent beaucoup mieux, pour Ollivier, auprès de ceux qui savent voir clair qu’une centaine d’autres. Quand on voit des gens riches et indépendants, bien renseignés et honnêtes, tourner le dos à leur parti et se mettre avec Ollivier Pour renverser le gouvernement, —des gens surtout qui n’avaient pas coutume de se mêler de politique, —on doit conclure que le gouvernement n'est pas du tout ce qu'il devrait être.

—C'est drôle, que les gens ne veulent pas voir clair.

—Tu as bien raison : c'est le mot :

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