CHAPITRE III
L'ouverture des cours
Ah ! l’neureux temps que celui des vacances; pas les vacances des gens
‘âgés, pas les congés de quelques jours
que s'accordent les hommes d’affaires, mais les bonnes et longues vacances, les vraies, les seules, celles qui durent deux mois et que prennent les écoliers et les étudiants, pendant lesquelles on n’a d’autres soucis que celui de se laisser vivre et où l'esprit et le cœur deviennent libres et joyeux comme l'air frais qui traverse les feuillages par les beaux jours d'été.
: Qu'il fait bon, alors, et que les jours pèsent peu.
Mais une nature généreuse et ardente ne s’accommode pas indéfiniment d’une existence aussi paisible ; aussi, le trente et un août, Edouard fit ses préparatifs de départ pour aller assister à la réouverture des cours et pour recommencer la vie active, avec satisfaction.
Il est vrai que le plaisir, que ses amis, Soucy et Lavoie, qui s’éloignaient avec lui de Saint-Germain, éprouvaient à la pensée de se retrouver dans leurs familles, à Montréal, se changeait, chez lui, en regrets de quitter les siens.
Q'importe : le devoir l'appelle et il part; les joies du revoir n’en seront
que meilleures.
La journée a été active et Marie-
Louise, durant tout .le jour, ne s’est interrompue de travailler à mettre en bon état les effets du voyageur et de glisser toutes sortes de douceurs dans les valises que pour lui prodiguer ses caresses et lui faire promettre nille fois d'écrire longuement et souvent.
Les enfants ont été plus sages que d’habitude, voulant faire plaisir à leur frère aîné.
Maintenant, c’est le soir; on attend, à la gare, l’arrivée du train qui doit emporter les voyageurs.
M. et madame Leblanc sont venus, avec Marie-Louise, reconduire Edouard.
La maman a bien le cœur un peu gros, mais la bonne humeur de tous fait oublier le chagrin du départ.
Laissant sa femme et sa fille en compagnie des deux jeunes gens, M. Leblanc prend Edouard à part et, tout en se promenant de long en large avec lui, il lui fait ses recommandations.
Tu as devant toi, lui dit-il, les six mois les plus importants de ta vie d'étudiant, puisque tu vas être reçu avocat au mois de janvier: emploieles bien. Continue à travailler et occupe-toi exclusivement de ton affaire.
Sois sérieux : la vie ne se fait pas par morceaux, c'est un tout qu'il faut bien commencer, si l’on veut bien continuer et bien finir. Envoie-nous souvent de tes nouvelles et écris-moi quand tu auras besoin d'argent. Maintenant, il y a la question politique :.il se fait, de ce temps-ci, une agitation considérable ; les indépendants, ayant Ollivier à leur tête, attaquent violemment les radicaux, de concert avec les
modérés ; on ne parle plus d’autre cho- -
se; crois-moi, prends parti et discute tant que tu voudras, mais ne t’occupe pas de politique: active avant d'être reçu; je te laisse libre à cet égard,
‘ Maintènant, c'est
les flots clàirs, au soleil levant, ‘lui font un décor admirable.
La maison est dans l'ombre d’un côté; mais de l’autre, le soleil éclaire brillamment une grande chambre vide.
En bas, on est à table; et peut-être son œil se mouille-t-il, en voyant la famille rassembiée pour le déjeuner auquel il n’assiste pas.
Trève à ces attendrissements : tout à l'heure, il écrira : cela le soulagera.
l’université, les cours et l'étude.
Six mois encore et il sera avocat ; avocat, quel rêve... pourquoi a-t-il étudié le droit ? réussira-t-il? Oh oui, il en a la ferme conviction. —Où parviendra-t-il? Que deviendra-t-il ?
H fait un effort et revient à la vie réelle.
Son cocher serait-il parti avec les valises, lui laissant son attelage en retour ?
Enfin, le voici! Il sue à grosses gouttes et paraît bien décidé à demander double prix.
On hisse les valises: un coup de fouet; et, en route !
Le cheval trotte allègrement: ses sabots frappent joyeusement l’asphalte. - La voiture ne quitte une petite rue peu fréquentée que pour en prendre une autre semblable, évitant les rues où le trafic et l'encombrement des véhicules ralentiraient son allure.
Il n'y a rien de tel que ces courses en voiture pour découvrir la Ville : vous passez par des rues dont vous ne soup- Çonniez même pas l'existence.
La voiture s’engagea dans la rue Sherbrooke, tourna au coin de la rue St-Denis et vint s’arrêter devant le numéro 720 G.
C'était une pension privée où Edouard avait continuellement été depuis son arrivée-en ville.
Il entra, répondit aux compliments.
de bienvenue qu’on lui fit; et, une fois
ses bagages installés et le cocher payé, il se mit à table pour déjeuner.
Quand il eut fini, il regarda l’heure.
Neuf heures moins vingt : ‘‘j'ai du temps de reste. ’’ Le logement où il demeurait était un haut, comprenant deux étages; il
descendit donc l'escalier qui conduisait ‘
au vestibule; rendu sur le- perron, il s'arrêta un instant et alluma une cigarette. 11 descendit lestement les quelques marches du perron et prit à petits pas le chemin de l’Université.
Quelques étudiants stationnaient au
coin de la rue Saint-Denis et de la rue Sainte-Catherine, en face de la pharmacie Baridôn; un plus grand nombre encore se tenaient au coin opposé; d’autres étaient appuyés à la clôture qui entoure le parterre de l’université.
E y en avait partout et plus particue lièrement sur le grand escalier et sur la terrasse, où des drapeaux et des Plautes mettaient un air de fête.
Tous étaient gais et parlaient avec :
entrain : on avait tant de choses à se raconter.
Edouard fut salué par des acclamations.—C'était la bienvenue ordinaire.
On ne se contentait pas des récits de vacances, on discutait les événements d'actualité et—faut-il le dire ?— on glosait sur la mine des passantes.
Les auteurs de la Grande Glose en cussent probablement été déconcertés. E Pendant que l’un racontait une course de quelques jours, en canot, sur le Saint-Maurice, et décrivait d’une façon vécue les délices que l'on éprouve à camper en plein air et à être dévoré par les maringouins, un autre exhibait un journal et devenait le centre d'un groupe nombreux et animé C'était ‘La Justice’ l'organe de Rolland Oflivier.
L'article qui occupait l'attention était intitulé : ‘A bas les Fêtards let
là plutôt que de s'occuper des affaires Vos concitoyens les services qu'ils atde la Province; et à quels expédients tendent de vous. ”’
ils avaient ensuite recours pour rem- I1 donne alors des Gonseils plus pré- Plir le trésor qu'une mauvaise adminis- cis sur le travail, les Cours, les exatration ne suffisait pas à alimenter. mens et prend, devant les élèves de L'honnêteté et la logique qui éciataient Première année, les élèves de troisiédans chaque phrase de cet article en me à témoins qu'ils n'ont pas faisaient un réquisitoire terrible contre suivi ses conseils et qu'ils s'en repenle gouvernement. tent.—Ce qui fait rire tout le monde Depuis plusieurs mois ce journal dé- et M. le doyen, lui-même. nonçait le Souvernement; il donnait Chaque professeur apporte tour à des preuves et il énongait des faits : de tour sa contribution à Ja liste de sorte que les ministériels étaient for- conseils et de renseignements intéres. . cés pour le combattre de manquer à la sants : Je droi
3 roit romain a servi de base fois de logique et de véracité, et d’en- au nôtre
et il est le produit le -plus
asser sophismes sur mensonges. admirable de l'esprit humain; la pro- ‘La Justice” Passionnait, à ce mo- cédure est
ment, l'opinion publique; aussi rien que le droit lui-même; je droit comd'étonnant à ce que, chez les étudiants, mercial est
le plus fréquemment utilioù l'enthousiasme est toujours un cran sé: :
plus haut que Partout ailleurs, on Les nouveaux écoutent avec intés’en occupât beaucoup. rêt et le
S anciens avec Plaisir.
vice-recteur parle alors et invite les étudiants à assister À la messe, en
corps, le dimanche, à Notre-Dame-de Lourdes.
Elle était très diversement appréciée, en différents quartiers, et il en était
de même de son directeur, Jean-Baptiste Rivard.
On discutait ferme et on s’interrom- Un ban! fait un étudiant, quand les pait seulement quelques secondes, Pour discours sont finis. Un autre! crie-tsaluer les professeurs, au fur et à me- on.
sure qu'ils arrivaient. ‘
Enfin l’appariteur ouvrit la porte de la salle des cours et tout le monde y pénétra.
Au bout de la Pièce, rangés autour de la chaire du doyen, les professeurs, le vice-recteur et le secrétaire de l’Université; assis aux innombrables pupi-
Et on bat des bans jusqu’à ce que les Proiesseurs soient étourdis par la joie des étudiants.
Ce jour-là, Pas de cours: Edouard Put donc remonter À se chambre et se reposer un peu. :
“tres jaune clair, les étudiants. Le CHAPITRE IV, jour, qui pénêtre à flot par les croisées, La vie universitaire donne un air de gaieté à l’apparat de St-Germain,
28 septembre 190...
cette solennité. Mon cher Edous d,
Le doyen prend la parole. Il parle J'ai fait du m en père; ses conseils sont ceux de l’af. bre, aujourd’hui. fection et de la sagesse: ‘Soyez so- peine de Penser que tu n’en jouirais bres... travaillez... Soyez bons..,, pas, toutes tes affaires
comme tu aimes à les placer, toi-méme. Si tu revenais, tout-à-coup, je suis sûre que tu serais content de mon ouvrage.
Tu comprends bien, qu'après avoir pensé à toi toute la journée il faut que je t'écrive.
Tu es toujours dans ton vilain code, je suppose. Je te remercie de penser à moi, quand tu en sors: tes lettres me font infiniment plaisir; et à toute la famille, aussi,
Papa parle souvent de toi.
Les enfants demandent quand tu vas revenir.
Nous avons beaucoup d'ouvrage, de ce temps-ci. Tout de même, j'ai trouvé le temps de lire les livres que tu m'as envoyés ; je les ai bien aimés.
Imagine-toi que je me suis fait une nouvelle amie ; une vraie et une bonne, tu sais, :
Tu te rappelles la petite Blanche Coutu, que tu as toujours été trop sauvage pour vouloir connaître : elle demeure, tout près de chez nous, maintenant, dans la maison neuve, qu’on a construite cet été.
Moi non plus, je ne la connaissais pas beaucoup; mais je suis allée la voir et elle est si gentille que nous nous aimons tout plein.
Nous causons souvent de toi; et nous en causerons encore plus, car nous voisinons comme deux bonnes.
Elle est si fine.
J'ai déjà commencé à prier pour tes examens. Dieu que j’ai hâte d’embrasser l'avocat célèbre que tu vas être! M. le cu-é m'a dit de te faire ses amitiés, quand je t'écrirais.
Maman t'embrasse, et moi aussi,
Ta petite, Marie-Louise.
Edouard relut en souriant le gentil
billet de sa sœur.
Ce n’était pas le premier qu’il rece-
vait; et il se faisait, une fois de plus, la réflexion qu’un si bon petit cœur méritait bien d'être heureux.
C'est à sa chambre, en revenant du cours, qu'il avait trouvé cette lettre.
Il en trouvait souvent, ainsi, Elles lui donnaient plus, de courage pour travailler.
Depuis le premier septembre qu'il venait s’enfermer avec ses livres, après le cours, il lui arrivait, des fois, de trouver la tâche lourde et la vie un peu monotone.
Mais il tenait bon, et étudiait consciencieusement.
Etudiant de première et de seconde années if passait la journée au bureau.
Maintenant, il lui fallait mettre la dernière main à l’œuvre et. apprendre presque par cœur les textes qu'il avait commentés et appliqués, jusque-là.
Vie fastidieuse, s’il en fut, mais épreuve nécessaire et très supportable :
il descendait au cours, revenait travail.
ler, dinait, faisait une promenade, se remettait encore à l'étude, redescendait au cours du soir et travaillait presque toujours à sa chambre après souper. Quelquefois, il passait une soirée à la bibliothèque de l’Universi-
té, d’autres fois, mais moins souvent, il sortait, soit seul, soit avec ses amis.
Rarement de théâtre.
Quelques concerts. :
Il ne se donnait congé que le dimanche. Une visite par ci par-là et quelques soirées intimes composaient tout le mondain de sa vie de garçon sérieux et d'étudiant studieux.
Ïl avait cependant de bons moments, chaque jour: c'était aux heures des Cours. On se promenait par groupes, dans les corridors, en attendant l’entrée du professeur ; on causait, on discutait et on riait. : Si les plantes exo-
‘tiques qui ornent Îe corridor: du pre-
mier étage de l’université Laval pouvaient répéter tout ce qu’elles ont en-
Maintenant, Causons. de
| Comme je te J'ai dit, je mêne L' de Edouard travaille plus fort que d’ha- vie fort Paisible,
depuis mon arrivé bitude, ce matin. C'est Pourtant un en Ville. Ce vilain code, dont tu m parles, est devenu mon ami intime, L fait est qu'il ne me reste plus qu’à dor droit: qu'a-t.i donc ? mir et à manger avec lui Pour qu'i heures. D'habitude, ilne s’ U tout : je l'ai tout RE rête de travailler qu'à midi; Pourquoi je reste du temps. M, nc referme-t.i] i a ne Va pas mal : je suis au-dessus déjà ses Cahiers |
de mes affaires et j'ai bon espoir pour Sa main, qui cherche le Papier à
Janvier, lettres et Jes enveloppes, indique la Mais laissons, si tu veux, le droit Cause de ce manquement à ses habi. et parlons d’autres Choses : de made. tudes. moiselle Blanche Coutu, par ex 11 écrit sur l'enveloppe : Mademoi.-
+... En bonne vérité, ma chère Marie.
selle Marie-Louise Leblanc, St-Ger- Louise, où as-tu la tête de me faire main, P. Q., Puis il se lève et fait quel. Penser aux jeunes filles, alors que le ques pas dans sa Chambre. I] est dur code doit être, pour le moment, mon Pour un jeune homme de vingt-quatre unique amour et ma seule flamme. ans de demeurer, chaque jour, dix heu. Tu me parles de ma pauvre chambre : res assis dans une chambre close. vide et des petits soins que tu lui don. uard marcha cinq minutes Pour nes en Souvenir de moi: à la bonne Me. se reposer de l’immobilité. heure : ça ! ça me fait plaisir, Je +’ % Alors son visage prit un
'as-
air cares- sure que je trouverai bien tout ce que
Sant et sa main écrivit : tu auras fait et que j’ai hâte au retour. hère petite sœur,
Je suis allé au théâtre, avant hier.
: Je voudrais bien que-ceux qui pré- avec Lavoie et Sou
; NOUS avons partendent qu'il faut ‘*ava lé de Saint-Germain, pendant les en- POUr vraiment travaiiler et que les bon- tr'actes, et mes amis ont
à Saint-Germain
pour trouver des gens aimables. S'ils a-
main pour trouver du. joli monde, tu place, aurais pris cela pour Je “leur Prédis un fameux mal de tête.
petit
C’est très u de n’y pas L’auditoire est Composé exclusive. ir que je né ment de Prêtres,
d'enfants de jeu- CrIS pas, mais que je parle et que nous nes et vieilles filles.
LL EEE
EE
fe
Pas d'hommes et peu de jeunes
gens.
H est entendu que j'exagère ; mais il est tout de même vrai que ces cours méritent une plus. nombreuse assistance et valent que tous s'y intéressent.
On dirait que nous n'avons plus rien à apprendre, nous autres les Canadiens-Français. C'est peut-être vrai; mais, alors, qu'on me montre les chefs-d'œuvre, sortis de notre superbe savoir.
Je pense que nous vaudrions beaucoup plus si nous comprenions un peu mieux notre devoir —ce que je crois notre devoir, du moins, et ce que j'ai peut-être négligé, moi-même, —et si nous nous intéressions davantage aux choses de l’esprit et à l'étude de notre lnngué et de la littérature française.
Je dis cela parce que je constate mon ignorance et le besoin d'étude que j'ai encore, et parce que je ne suis pas malheureusement le seul qui puisse faire semblable constatation.
En voilà bien long sur la littérature, quand il s'agit de dire que j'ai hâte de revoir Saint-Germain et que je vous aime tous, bien gros.
Présente mes respects à papa.
Embrasse maman pour moi.
Dis à Jeanne que je lui emporterai une poupée en fer-blanc, au jour de l'An, pour qu’elle ne puisse: ni lui ôter tout le son de dans le corps, ni l’écarteler comme ses autres malheureuses filles.
Je t'écrirais bien plus longuement, mais tu sais qu’on a dit ,que : ‘Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire””.— C’est à peu près ce qu’on a dit,
Raison plus grave et péremptoire, tu ne voudrais pas me faire perdre mon temps ni manquer mon dîner.
Tu es la plus fine petite sœur que
je connaisse et il y a.vraiment du plaisir à correspondre avec toi.
Ton frère, ' Edouard Leblanc,
Sa lettre terminée, Edouard la cachets avec soin.
Ay «s le dîner, il la jeta dans une boîte à lettres, en faisant sa promenade habituelle ; et il revint se mettre au travail, satisfait.
Depuis une heure et demie jusqu'à quatre heures et demie, il feuilleta ses livres et ses cahiers.
Aussi est-ce avec un soupir de soulagement qu'il quitta sa chambre, pour descendre au cours de cinq heures.
Au coin de la rue Sainte-Catherine, il acheta l’Indépendant et le Soir, et entra s'installer à la bibliothèque, pour les lire.
Qui l’eût vu, deux minutes après, le nez dans son journal et les pieds sur la table, n'eût pu s'empêcher de sourire d’aise, tant il semblait confortablement installé, dans cette posture qui eut désarticulé un homme ordinaire.
Il est certain que si sa mignonne sœur, Marie-Louise, l’eut aperçu, ainsi, elle se fut discrètement étonnée.
Mais, quand ôn est loin de chez soi, on devient-un peu plus libre: et quand on a passé son après-midi, enfermé, dans une immobilité complète, il faut bien aussi s'étendre un peu, pour se délasser.
Auprès du pupitre du bibliothécaire, qui n’en continuait pas moins à étudier, quelques étudiants jasaient à demi-voix.
Le plus grand nombre, installés à peu près comme Edouard, lisaient ou travaillaient.
Assez souvent, la porte de la bibliothèque s’ouvrait et se refermait poussée par un étudiant qui cherchait des yeux un camarade et entrait ou se retirait, selon le cas.
a à 4 Aie 0er mme à er CE Me M
Le voisin d'Edouarg l'interrompit J'étais, disait.il, dans j' dans sa lecture, Pour lui demander une explication rd
Palais de justice, en temps e AaPprofondit le Je juge Berthelot et Xavier tie texte en Question, du mieux qu'il put i Puis il se
, —Qui est-ce Ça, Xavier Clou a dans sa Chaise, demanda Edouard ?
- Des voix se faisaient entendre, ay
—C'est un avocat, 1] Parlait d' travers des fenêtres de la bibliothèqu livier avec le juge; et le juge dis Qui donnent Sur la ruelle allant de la FU* Saint-Denis à la peti
que, quoiqu'un radical lui-même, il , #8 te rue Notre. Plaudissait à
14 me-de-Lourdes. Les à *.
{ hi j .
la Campagne d'Ollivi liées et ve Tout est Pourri, tout est vermoulu É nues devenaient Plus fréquentes et la disait-il : ‘‘s; le peuple savait ce Porte était plus souvent entr'ouverte, Passe à Québec, et plus bruyamm t.
il Partirait, avec d ‘pics et des Pioc entrée d'un
hes pour démolir &roupe de cinq ou ‘Parlement, Si la lutte Que fait Of] Sais lurons, Qui tenaient de joyeux ‘‘vier au EOUvernement avait Pour r Propos, tout travail cessa ; la conver. ‘‘sultat de faire di sation devint Sénérale i
© juge Berthelot a dit ça, se récris Lavoie, C'était Presque l'heure du cours —Penses.tu que je l'ai inventé : c'est Le bibliothécaire, avec plus ou moins authentique, : Tusquerie, mit à Ja
—Ce n'est Pas si étonnant après s, qui s'y pré- tout, dit l'un.
nt, du reste, de bon de
—Ce
qui me Surprend, c'est qu'il ait Supérieur et Osé parler Comme cela... Je sais bien l'on arpenta le corridor, deux Par que c'est vrai: notre Souvernement deux, Quatre par quatre. repose sur le b -L& meilleure com
0odlage.
—Oh ! oh!
TS
’U- —Qu'est-ce qu'il te-faut Pour te celle d’un Concert- COnvaincre, donc est-ce que la plu- Promenade où tous les Promeneurs se. Part des Ministres ne tombent Pas, sur raient des étudiants, et où leurs rires a dénonciation d’ Ju et leurs éclats de Voix formeraient le Î concert
Er détene LE DE these ne : 1
+ Encou » MOyennant finance :
Peuple et Pots-de-vin,
ments aux trusts exploitation du
ES
mps, en cachette EmMps à autre, ça de- Auguste Lavoie . et Joseph Soucy vient Connu; et, alors, il faut décol- Marchaient, avec Edouard entre eux; ler!
: comme ils tournaient à la tête de l'es. —Ce n'est PaS rien qu’à Québec : 0 calier qui descend à Ja bibliothèque, que ça s Passe ainsi : notre En. l’appariteur appela Soucy, Pour lui hôtel-de-ville est un petit Souverne. ë 1 Communiquer Je résultat d'un examen ment, sous ce rapport-là 21 Voie et Edouard joignirent alors ä
Pour obten cher:
—La vie est chère, mon vieux : il aut bien que les députés et les échens vivent.
—Ils vivent ; et il y en a qui se font an joli revenu, je te prie de le croire.
—Tout ça, c'est pas comme les journalistes.
—Qu'est-ce qu'ils ont les journalistes, demanda Edouard ?
—Des profits.
—Oh! par exemple, je ne te crois pas.
—Tu penses ?
—J'en suis bien certain: comment veux-tu qu'ils arrachent de l'argent aux gens ? de quelle manière peuventils s'acquitter ?
—En favorisant ceux qui payent, dans leurs journaux.
—Oui, mais ce n'est pas les petits reporters qui peuvent faire ça.
—C'est vrai.
—Oh ! c'est sûr que les boss se la coulent douce, eux : ça explique comment un journal comme l’Indépendant n'est en réalité, indépendant qu’à l’égard de ceux qui n'ont ni pouvoir ni argent. Les autres, il fait de l'argent avec eux et devient leur serviteur.
—Non, dit Lavoie, les reporters, eux, et les petits employés ne font pas grand argent : ils regardent leur boss manger des huîtres et c'est tout ce qu'ils ont. :
J'ai une de mes connaissances qui est reporter à l’Indépendant : il] m'a conté comment ça se passe. C'est lui qui fait les rapports des assemblées d'Ollivier. Au commencement, l'Indépendant, sans doute, pour mieux renseigner le peuple, qu'il amuse et qu'il trompe ignoblement, ne parlait pas du tout de ces assemblées : c’est commode d’être indépendant. Mais, il a compris qu'il ne pouvait pas continuer ce jeu-là longtemps et, maintenant, il rend compte des assemblées.
Seulement il a ordonné à mon reporter
in 7
7 RL OPA TEA Re PT
de toujours dire qu'Ollivier a eu le
dessous dans les débats. Con.me c'est toujours Ollivier, au contraire, qui a le dessus, ça ne m'étonnerait pas que l'Indépendant finisse par être en sa faveur,
—Quel sale journal !
—Ce n'est pas étonnant, dit Lavoie :
une institution pareille emploie surtout des canailles: et ces canailles, à leur tour, la rendent encore pire. 11 ya quelques braves gens, à l’Indépendant, ils endurent et gagnent leur vie, en se salissant le moins possible; quelquesuns sont de bonne foi, et leur naïveté leur fait tout avaler; mais les autres,..
ils n'ont ni foi, ni loi : je dis bien, vous m'entend.z: ni foi, ni loi. Ils ne croient à rien; et, par-dessus le mar.
ché, ils ne sont pas même honnêtes.
—Quelle infecte boutique !
C'est au bout du corridor où se trouvent les appartements du vice-recteur et du secrétaire, que les quatre étudiants s'étaient arrêtés pour discuter,
Ils étaient si animés et si bien pris par leur discussion, que le cours avait commencé sans eux.
Edouard s’aperçut, le premier, que
tous les étudiants, qui s'étaient massés près de la porte étaient entrés dans la salle de cours. 11 sauta à bas du calorifère où il s'était assis sans cérémonie; et tous les quatre coururent à l’autre bout du corridor.
Ils ouvrirent, discrètement, et péné.
trèrent en tapinois dans la salle. Pas assez sourdement, cependant, pour que le dernier entré n’obtint pas du professeur un regard courroucé.
Edouard, qui n'avait pas coutume d’être en retard, se mit à suivre le cours. Il notait chaque article; puis, à la suite du numéro de l’article, il écrivait ce qu'il pensait le plus important de retenir.
Le cours ne fut pas très long, ce soir-là : à six heures moins dix, Edou-
2rd se trouva dans la rue. et les édifices s rbes ont mine" Avec un ami Le rue Saing. 29 ra ra.
ues ttachantes s'élevaient
j En re nt devant l'église Saint. ke 4 pas encore Éeren mr ues, soulevèrent respectueuse. Ja Montée-du-Zoun
sus leurs chapeaux
ve, et ils agitaie:
: entre eux, ces » dont l'ex
Îls parlaient du Cours. Souvent, au men fortifie le cœur + Grit l'esprit,
beau inilieu d' disserta: "Ils se quittérent à l'angle de fa: r » le doyen s'interrompait Pour faire Sherbrooke Edouard arriva seul à
une digression, qui l'emportait fort Chambre, non sans avoir jeté à !
loin de sujet ct qui intéressait les masse verte de la » en pas
élèves, au Suprême “ sant devant Je frais jardin qu'est |
Il se Inissait alors uire par sa Carré Saint-Lou
is, un regard d imagination et son noble cœur Campagnard exilé. nié Que l'âge n'avait fait que rendre plus Après Souper, il] alla
ques minutes chez un
Passer quel.
Par les tra. ;] revint travailler.
ami; ensuite, ces paroles, q Prement parler celles de
ui sont à prola que ceux qui les
one gs CHAPITRE v.
Quand on frappa Salaires des Ouvriers ct de leurs À sa porte, Privilèges, i] s'était apitoyé sur la mi-
Edouard se faisait Sénéralement rédu peuple et avait trouvé, Pour veiller 4 heures, seulement ; aussi en parler, des accents véritablement fut-il étonné et v Pathétiques
ement inquiet en + “Je voudrais »: disait-il, Constatant qu'il faisait encore nuit et “que du ins, ces Pâr.res gens, en ndant sonner, ai même mo. ‘‘quand l'âge et 1 Usure de leurs forces ment, cinq he
‘les ont rendus ! s de travail.
‘endroit où ils p
‘pauvres membres, qui ont fatigué “Papa malade, pas de danger im. “si longtemps Pour l'entretien de leur médiat, Mais descends vite.’ - ‘‘misérable vie et pour le bien com-
Marie-Louise.
“mun.”’ Edouard aimait tendrement son pè.
11 avait parlé de Philantropie et de re,
Charité; et, à cette heure, en gravis. De plus, jamais ji]
avait vu dans sant la côte de la rue Saint-Denis,
son entourage immédiat la maladie ni Edouard et son afni s’entretenaient de la mort. .
Or, ceux que le malhe lx première fois sont ses Coups. —Pjye tard tre douloureux, ces
ces graves sujets et Parlaient de cha.
rité d'état et de Charité Frivée..
Ils allaient, entre les jolies maisonnettes qui bordent Je côté est de !a rue
ur frappe Pour Plus sensibles à » Sans cesser d'à.
Coups, s'ils nous -
font saigner autant, nous émeuvent moins ; et c'est une nécessité, car notre faible nature ne résisterait pas, s'il lui fallait, à chaque fois, subir le méme ébranlement que nous causent les premières disparitions parmi ceux qui nous aimaient et que nous ne reverrons plus.
Aussi, quoique le télégramme parlât seulement de danger éloigné, Edouard fut-il profondément secoué.
Des larmes chaudes et amères venaient à ses yeux, tandis qu'il songeait à la possibilité d'un malheur.
Son père, si bon, qu'il respectait et aimait tant, couché sur un lit de souffrances ; sa mère et sa sœur, en pleurs ; les allées et venues effarées des domestiques et des enfants ; l’arrivée du médevin et l'anxiété générale : il se représentait et éprouvait tout cela.
Peu à peu, cependant, il reprit courage et se dit, qu’à l’âge qu'avait son père, une indisposition pouvait bien survenir sans que, pour cela, le vigoureux vieillard fut mortellement atteint.
I se faisait ce raisonnement : ‘‘Un ‘‘homme comiae papa, qui n’a jamais ‘‘été malade, peut bien mourir subi- ‘‘tement, mais il n'est pas probable ‘‘que la première maladie venue ait ‘“‘raison de lui.”’
C’est donc dans un état d'esprit plus calme qu'il descendit au cours.
Ses amis remarquèrent bien sa p4leur, mais l’attribuèrent à un excès de travail.
Peu désireux des consolations banales et craignant surtout les condoléances anticipées, il ne fit part de son
chagrin à personne, mais agit tout.
comme si rien n'était.
Après le cours, il remonta à sa chambre et là, de nouveau seul avec les mauvaises nouvelles qu'il avait reçues, il mit hâtivement dans un sac de voyage ce qui était nécessaire pour üne absence de deux ou trois jours,
sans songer que l'attentr lui serait bien plus longue quand il n'aurait plus rien à faire.
En un cour de main, il eut fini
11 s'assit, attendant l'heure du dé-
part, Le train de l‘Intercolonial, pour le bas du fleuve, qui devait l'emporter, quittait la gare Bonaventure à midi.
D'ici là, Edouard avait à ronger son frein.
À onse heures il prit un tramway de la rue Saint-Denis, qui le déposa, un quart d'heure plus tard, à la gare Bonaventure,
Il acheta un billet. Le train était déjà formé it alla s'y installer et attendit avec un peu inoins d'impatience.
Chose étrange, à sa hâte de s'éloigner, personne \'avait l'air pressé; en vérité, on paraissait le faire exprès; les voyageurs arrivaicnt en causant et à petits pas, semblaient avoir du temps devant eux etr e décidaient que lentement à se s: * des amis qui les accompagnaie: monter dans les chars; jusqu’au: .aployés—dont .’activité et la précipitat’ n sout, d‘habitude, fiévreuses—qui paraissaient avoir des loisirs.
Le train se mit en marche et ce pauvre Edouard sentit qu'il s'élançait enfin vers Saint-Germain.
Maintenant, il était mieux compris :
et le train courait avec une rapidité .
de vertige.
Ponts et cours d’eau fuyaient et s'éclipsaient ; et le long ruban de clôture se déroulait de plus en plus vite.
A l'avant du train la locomotive tonnait et volait dans l’espace; cette formidable vitesse, cette course folle rassérénaient un peu Edouard: il allait se trouver là, connaître l'étendue du mal et voir son père. :
Il n'avait plus qu'une proccupation : se rendre. Il ne voulait plus s’in-
quiéter : arriver d'abord.. D'ailleurs, y avait-il lieu de tant craindre ?
Saint-Hyacinthe...... Drummondville ......
Lévis... dans l'obscurité, par de là le cours sombre du Fleuve, Québec, escarpé et lumineux.
La cloche sonne : on part; Saint-Germain approche rapidement.
Edouard compte les gares : six.....
cing..... trois..... deux.... une...
Il ne vit plus.
Dans la nuit, il devine le Fleuve; voici les abords du village : il reconnaît vaguement les maisons.
On passe sur un petit ponceau, dis- :
tant de deux arpents de Saint-Germain.
La gare!
Que va-t-il apprendre ?
Il met son paletot, rassemble ses ba-
‘ gages et, le cœur serré, descend du char.
Une voix l'appelle : ‘‘Edouard”’.
Son cœur se fond; et, riant et pleurant en même temps, ‘ se trouve dans les bras de son nère....
Madame Leblanc pleure, elle-même ; Marie-Louise, les larmes aux yeux, rit de bonheur.
Une voiture les attend ; quand Edouard s’y trouve, assis entre son père, Sa mère et sa sœur, il ne peut croire à sa félicité.
Il retrouve la parole, pour demander : me direz-vous ce que cela signifie ?.... Le bonheur n’a que peu de mots ; mais on se décide enfin à parler.
Tu as dû être bien effrayé, en recevant mon télégramme, dit Marie-Louise.
—Je n’ai su que penser : j'étais affreusement inquiet....
—Imagine-toi que, la nuit dernière, vers les deux heures, papa s’est senti mal : maman a été si effrayée que nous avons appelé le docteur et monsieur le curé. Le docteur n’a su que penser; il
P CR Ut JE Ci NT: ERA TE ER
est demeuré jusqu’à ce que papa prenne du mieux ; quand il est parti, je lui ai demandé de se charger de mon télé.
gramme. Dans la journée papa s’est reposé; et, ce soir, il se trouvait si bien qu'il a voulu venir au-devant de toi, pour que tu sois inquiet: moins longtemps. 5
—Merci, papa, dit Edouard, en tendant la main à son père; mais j'aurais préféré être inquiet plus longtemps et que vous ne vous fatiguiez pas pour moi.
—Je ne suis pas fatigué du tout mon garçon, je suis très bien; je ne sais, en vérité, ce que j'ai eu.
La voiture s'arrêta devant la mai son. Le cocher dit bonsoir à tout le monde, avec cette familiarité respec:
, tueuse et cordiale qui existe à la cam
pagne, et il s’éloigna en chantant.
On monta les quelques marches du perron, et quand, la porte refermée,.
en présence d’un bon feu, on fut réuni ensemble, il sembla que, dans cette chaude intimité, il n’y eut plus de place pour le malheur.
Tu vas prendre quelque chose, dit Marie-Louise.
—S"il vous plaît, répondit Edouard :
je n'ai pas beaucoup mangé, aujourd’hui.
Pauvre garçon, va, dit madame Leblanc.
Edouard s’attabla et tous trois le regardaient avec satisfaction se restaurer avec du pain, du beurre et de la viande froide, qu'il arrosait de bon lait frais.
Que c’est bon, ne put-il s'empêcher de dire. =
—Tu es affamé ?
—Absolument, ma petite Marie- Louise: je le suis; je n’ai pas eu le temps de l'être pendant la journée.
—Je te comprends bien.
—Ne mange pas trop vite, dit M.
Leblanc, ou c’est toi qui va être ma;
lade à ton tour.
—Vous me soignerez, dit Edouard, en souriant.
Ah ! quelle bonne chose de vous voir tous bien, ton père, Marie-Louise et toi, dit madame Leblanc.
—J'espère que ça va être comme ça - pendant longtemps.
—Tu as fini, dit Marie-Louise ?
—Oui; je te remercie.
Monsieur et madame Leblanc avaient leur chambre en bas.
Edouard leur souhaita le bonsoir, embrassa sa mère; et Marie-Louise monta avec lui, à sa chambre, pour voir à ce que rien ne lui manquât.
Pendaut qu’il accrochait son paletot et son chapeau, et qu'il défaisait son bagage, elle vérifiait s'il y avait des serviettes, de l’eau et du savon, et préparait son lit.
—Tu n'auras pas froid ? il n’y a que deux couvertes.
—C'est bien assez; je te remercie.
—Tu dois être horriblement fatigué ?
—Un peu.
—Si tu savais comme j'ai eu peur, la nuit dernière, lui dit-elle, d’un ton de confidence, en se rapprochant de lui: je n’ai pas voulu te raconter cela devant papa; mais c'était effrayant de le voir. Maman pensait qu'il allait mourir et moi je pleurais—sans faire de bruit, pour ne pas réveiller les enfants. Nous avons fait lever notre bonne Catherine et elle nous a bien aidées : c’est elle qui est allée chercher le médecin et le prêtre.
—C'était donc bien grave.
—Je ne sais pas ce que c'était. Le docteur nous a dit que c'était peutêtre une indigestion. En tous cas.
c’est absolument passé, à l'heure qu’il est : le docteur est venu, après le souper, et il a trouvé papa très bien.
—C'est curieux; et Ça peut-il revenir?
—Non; il croit que c'est un pur accident, qui n'est pas susceptible de se répéter.
— Allons, tant mieux !
Il demeura songeur, quelques instants; puis Les traits se détendirent ; et c'est d’un ton presque gai et l'air tranquillisé qu’il demanda à Marie- Louise : si tu me menais voir les en.
fants, avant que je me couche ?
Ils y allèrent ; il embrassa les petits dormeurs, puis dit bonsoir à Ma rie-Louise.
—Bonsoir, mon petit frère.
Il regagna sa chambre, acheva de se déShabiller, souffla sa lumière: et.
harassé, brisé, anéanti mais heureux,
il s'endormit, tout de suite, profondément.
Il entendit des cris et des rires d’enfants, ‘éprouva une sensation lumineuse et ouvrit les yeux au grand soleil qui pénétrait dans sa chambre par trois fenêtres À la fois. 5
De son lit, avec l’acuité particuliére aux sens reposés par un bon sommeil, il entendait et distinguait tous les bruits de la maison.
Un instant, la voix de son père se fit entendre; puis, une porte s’ouvrit et se referma. M. Leblanc était sorti.
Il resta encore quelques minutes immobile dans la chaude et reposante masse du lit, en proie à un engourdissement délicieux, laissant errer ses yeux sur les grands murs blancs.
Allons ! il faut se lever.
Un saut hors du lit, et Edouard fut à sa toilette.
Quand il eut fait quelques pas, une voix fraîche lui cria, d’en bas : as-tu bien dormi ?
—Oui. Toi?
—Très bien, merci.
heure il est ?
—Non.
Sais-tu quelle
—Onze heures.
—Comment est papa, ce matin ?
—Très bien : il est sorti.
—ÂAh! Ah!.... Je descends dans une minute. ; —Je t'attends. Dépêche, que je te voie. ‘. Edouard descendit et il causa quelques instants avec Marie-Louise.
Ayant dit bonjour à tous ceux que
son arrivée tardive ne lui avait pas
permis de voir la veille, il: sortit pour aller prendre son père au bureau.— Car M. Leblanc, quoique retiré des af faires, n’avait pas voulu l’abandonner.
Le dîner fut fort gai.
Edouard, remis des émotions de la veille, annonçait qu'il partira’t le soir même, pour Montréal :
Marie - Louise eût beau déclirer qu’elle ne voulait pas qu’il parte, rien n'y fit.
Il dit que le temps pressait : que les examens approchaient et qu'il lui fallait étudier fort. En cépit de la secousse de la veille, le Plaisir de revoir les siens l’avait reposé et il se sentait prêt à la tâche.
Marie-Louise voulut qu'il fut au moins à elle pour l’après-midi; et, sans lui permettre d’aller voir qui que ce fût, elle l’amena faire une longue promenade.—Ils rencontrèrent, du reste, presque toutes leurs connaissances du villayre, sur la route.
C'étai: un beau temps d'automne ; les feuill:s mortes jonchaient les routes, il faisait presque tiède; la mer, qu'aucune ride ne ternissait, était extraordinairement haute et venait jusqu’au trottoir.
Ils s’entretinrent longtemps avec amitié : Edouard dit ses aspirations, fit part de ses projets, parla de sa vie d'étudiant et de ses études.
À son tour, il la fit parler de ses amies et de ses occupations.
La conversation vint à tomber sur
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Biäache Coutu, quand, fatigués de faire de vastes projets et de creuser les problèmes sérieux, ils se mirent à jaser plus légèrement de choses et d’autres.
Sais-tu que tu me rends curieux de la connaître, dit Edouard,
—Tu la connattras. 5
Ils rentrèrent à la maison.
Le souper fut calme: Edouard et Marie-Louise étaient fatigués de leur après-midi et chacun est encore un peuabattu par le contre-coup des événements d’hicr. à
On reprit un peu d’entrain pendant la soirée. M. Lebls c, : yant la las.
situde de chacun entre: de dissiper un malaise dont il était la cause.
Jamais il n'avait été si gai et si plein de vie; et Edouard, en montant a bord des chars, se dit qu’il était décidément parfaitement remis de son indisposition passagère.