LES VERRIÈRES DES COLLATÉRAUX
Un archéologue distingué, M. Ed. Didron, disiait un jour des vitraux de la cathédrale de Châlons : o Cherchezvous un sujet d'études pour l'art du peintre-verrier, voulez-vous avoir un spécimen de ses œuvres à toutes les époques de cet art décoratif? La cathédrale de Châlons vous offrira tous les éléments de votre étude : la peinture sur verre, dans le cours des siècles chrétiens, a payé son tribut à ce gracieux monument. »
Cet artiste disait vrai : seulement le dédain des deux derniers siècles pour les belles œuvres du peintre-verrier et la barbarie aveugle de 1793 ne nous ont laissé qu'à l'état de fragments la plupart de ces riches verrières de dates si diverses et de compositions non moins variées (1).
(1) Tous ces fragments d'anciennes verrières, la plupart fort importants, seront successivement replacés dans les baies de l'église, après une complète restauration. Quatre verrières, ainsi
Quelques panneaux des fenêtres de la cathédrale romane consacrée en 1147 par le pape Eugène III ont survécu, aussi bien que la tour septentrionale, à ce monument disparu ; ils ont été conservés dans notre cathédrale gothique. On se demande comment ces beaux fragments ont trouvé grâce auprès du siècle dernier, contempteur systématique des œuvres du passé.
Ces précieux restes d*uae vénérable antiquité, confiés par l'architecte diocésain à notre intelligent peintreverrier, M. Leprévost, de Paris, nous eussent été déjà rendus si leurs dimensions considérables avaient permis de les faire entrer dans le cadre par trop étroit de nos fenêtres ogivales. On finira bien, il faut l'espérer, par trouver une place honorable dans la cathédrale à ces respectables témoins d'un passé glorieux pour nous. N'avait-on point imaginé, en des temps déjà reculés^ de
réparées, ont été mises en place; on sait avec quelle faveur elles ont été accueillies par les connaisseurs. Mais déjà le choix des artistes désignés par l'Ëtat pour ces réparations délicates, suffisait amplement à nous garantir le succès de leurs travaux.
M. Steinheil, membre de la Commission des monuments historiques, et dont l'autorité est si grande en matière d'art ancien, nous communiquait récemment ses pensées au sujet de ces restaurations, au moment où allait être replacée la verrière des Saints (4* travée du collatéral du midi) :
< J'espère que roas serez satisfait du résultat. Four uion compte, je suis heureux de voir restaurés ces fragments qui auraient certainement fini par disparaître, s'il» n'avaient pas été replacés dans les fenêtres de la cath^rale.
> Nous devons, dans notre époque deshéritée d'œuvres d'art religieux, mettre, il me semble, un soin pieux à conserver le peu qui nous reste de l'héritage de nos ancêtres. Je pense que vous partagez bien mon avis, qu'outre le mérite artistique ces précieux restes ont encore en leur faveur un mérite historique, et quoique chose du respect qu'on doit aux morts. Nous sommes ce présent qui rattache le passé à l'avenir : ne coupon» point le fil. o (Lettre du 17 Tévriitr 188 i).
Pouvail-on mieux penser et mieux dire?
les disperser clans les nombreuses fenêtres de l'église, et jusque dans les petites ouvertures du triforium, où s'aperçoivent encore plusieurs morceaux des larges bordures de ces anciennes verrières romanes ?
Héritiers du goût de leurs devanciers, nos évoques, en poursuivant la construction de la cathédrale actuelle, commencée au treizième siècle, se gardèrent bien d'oublier les vitraux. A mesure que le monument se continuait, avec les libéralités du clergé et des seigneurs, et les aumônes du peuple, de nouvelles verrières apparaissaient aux regards émerveillés des fidèles, heureux de voir revivre dans les fenêtres de l'église les grands faits de l'histoire sainte et ces benoîts saints aux bontés desquels ils aimaient tant à se recommander. Le plan du monument ogival était Ddèlement conservé dans toutes ses lignes; les sculptures seules et les verrières revêtaient le caractère de Tépoque où elles s'exécutaient. On était alors moins préoccupé de l'unité de style dans rornementation de Ttglise qu'on ne l'est aujourd'hui. Cette liberté d'allures que prit l'art du verrier, et qui s'accentua surtout à partir de la Renaissance, ne fut point cependant sans inconvénient ; par la correction du dessin, par l'exubérance du coloris, par le savant arrangement des scènes, les vitraux réussirent souvent à faire oublier le monument qu'ils étaient appelés uniquement à décorer. De mosaïstes qu'ils étaient dans l'origine, les verriers de nos églises, dès la fin du XV' siècle, étaient devenus de véritables peintres : c'était une déviation manifeste dans le rôle de la peinture sur verre.
A toutes les époques, avant môme les années les plus brillantes de la Renaissance, les vitraux, voire les moins historiés, furent toujours d'un prix élevé. Beaucoup de personnes ambitionnaient d'en doter la maison de Dieu : rendus inaltérables par la vitrification des couleurs, lesvitraux perpétuaient en effet le souvenir des donateurs ou des parents en mémoire desquels ils avaient été donnés. Mais il était réservé aux riches particuliers, aux confréries, aux corporations d'accomplir ces pieuses libéralités.
Ainsi, pour ne parler que de la cathédrale de Châlons, aux huitième et neuvième baies du collatéral septentrional, tout près du grand portail, vous êtes en présence de deux verrières en grisailles, rappelant dans les costumes et les motifs d'ornementation générale, celle-ci le règne de saint Louis, celle-là le XIV« siècle. Les fleurs de lys associées aux tours de Castille dans les bordures de la neuvième verrière lui donnent la date du glorieux règne de Louis IX, et la scène peinte dans la seconde bande de personnages qui coupe horizontalement la fenêtre, en détermine les donateurs : ce furent les pelletiers, qui exerçaient leur industrie dans le voisinage de la cathédrale. Ils sont représentés préparant leurs peaux, les vendant, réunies en timbres, à deux bourgeois de Chûlons, et offrant à la sainte Vierge leur verrière dans la personne du chef de la corporation agenouillé devant elle. L'autre verrière est due à la générosité des chanoines; ils se sont fait peindre en habits sacerdotaux dans la bande du bas de cette huitième verrière, faisant l'offrande de leur fenêtre au -Sauveur assis dans une chaire, à saint Etienne et aux autres saints protecteurs de l'église cathédrale.
Ces deux'belles grisailles aux gracieux enroulements, rehaussées chacune de deux bandes historiées où se
continuent et s'achèvent les litanies des Saints, sont aujourd'hui presque complétées par une série de semblables verrières qu'ont récemment offertes de pieux fldèles. La fenêtre des martyrs, aux armes des Pinteville et des Bosmélet, porte l'indication particulière de son origine. M. Steinheil a restauré les deux anciennes, la huitième et la neuvième ; les cinq nouvelles grisailles de ce môme collatéral nord, la septième, la quatrième, la troisième, la deuxième et la première, sont aussi son œuvre. Il a fourni les cartons pour ces fenêtres; il a présidé à leur exécution dans les ateliers de M. Leprévost, de Paris. Comme les huitième et neuvième par où nous avons dû commencer nos remarques, ces cinq verrières sont coupées dans leur largeur de deux bandes superposées de personnages, dans le genre des verrières des sanctuaires des cathédrales de Tours et de Limoges. Deux fenêtres manquent encore. La réunion des neuf fenêtres de ce collatéral formera les litanies des Saints, en commençant près du sanctuaire, par les apôtres et les évangélistes, pour flnir par les saintes femmes au grand portail. Nous aurons à y revenir un jour, 'avec une description détaillée de chaque verrière.
Qu'il nous suffise de signaler aujourd'hui la sobriété et la grâce de ce genre d'ornementation de verrières. Toutes ces fenêtres sont dans le même mode, mais avec des tons divers : rien d'agréable à l'œil, rien d'harmonieux comme ces reflets métalliques dont elles sont doucement nuancées. Chacune a son caractère propre, mais toutes s'harmonisent entre elles comme avec le monument qu'elles ont mission de décorer. Remarquons, en passant, comme la générosité des fidèles est traditionnelle à Châlons, à l'endroit des églises : aujourd'hui, comme autrefois, on se fait gloire de concourir à leur décoration. L'église est la maison de tous ; une verrière
offerte àTéglise, c'est un hommage rendu à Dieu. Que si l'on tenait à vivre dans la mémoire des hommes, cet hommage ne serait-il pas la façon la plus efficace d'y parvenir ?
Voyez encore à la neuvième baie du collatéral opposé à celui dont nous venons de parcourir les verrières, voyez ce bon bourgeois de Châlons agenouillé entre saint Michel et saint Jacques le majeur ses patrons; l'artiste Ta placé dans le coin droit de son vitrail. Il prie Dieu de vouloir bien agréer cette œuvre, qui rappelle, dans des traits naïfs sans doute, mais avec un coloris exquis, la création des anges, les origines du genre humain et les premiers épisodes de Thistoire de notre race.
Fatiguée par le temps, mutilée parles hommes, comme toutes les fenêtres des deux collatéraux de notre église Je furent aux XVI* et XVII* siècles pour permettre aux chapelles, jadis logées entre les contreforts, de se construire, cette fenêtre a reçu, l'an dernier, son complément du crayon habile de M. Steinheil et du pinceau intelligent de M. Leprévost. Les quatre panneaux du bas avaient disparu : il a fallu les réfaire. Cette verrière est placée à l'entrée de l'église, à la neuvième travée du collatéral méridional ; l'Etat a fait les frais de cette restauration.
A la septième travée, c'est la Passion de Notre- Seigneur; à la sixième, sa Transfiguration avec la donatrice à genoux, accompagnée d'un saint religieux son patron ; des scènes de la vie de la sainte Vierge, fragments d'un autre vitrail, y sont confusément mêlées. Dans tous ces fragments, on reconnaît sans peine la touche et le coloris du XVI® siècle. Un jour, ces fenêtres auront aussi leur restauration, mais auparavant nous verrons reparaître la belle fenêtre, de la même époque, représentant les principales circonstances de la vie et de la passion de saint Etienne ; elle viendra reprendre sa place dans la
Au tympan ds la fenêtre ■'
Dieo crée l«ang«: S. Uichcl pràùpiledu ci«l les robelln.
Aa-dtssmu du lympan :
I. Le créaiioD d« cinq prefnïenjonrs. —3. Dieu crf-s ['hocninB — 3, et la Unuae
i. 11 kur iDUrdit de loactaer i l'aibre de la xcieace.
' S, Le Chérebin \a cbaase du pendis. ' 9. Lee Iraïaai d'Adam et JEve — tO. SacriGce de Cainet d'Abel.— 11. Caimu? son 12. Le douleur agenoaillé enire eee palrons, S. Michel al S. Jacques Je Hsleur. (Cfllla deniiân Bcène, en patlia caohée par Je lamboDr d'une des ponça).
cinquième travée, à Tendroit même où s'ouvrait naguère encore la vieille sacristie. La restauration de cette belle fenêtre de saint Etienne s'achève en ce moment à Paris dans les ateliers de M. Leprévost, avec les fonds de l'Etat et sous le contrôle de M. Steinheil; son habile crayon vient d'en restituer les deux dernières scènes : la lapidation du saint diacre et sa sépulture.
En attendant, voici une splendide verrière, la quatrième du collatéral méridional qui revit dans tout l'éclat d'une œuvre nouvelle. Ce n'est pourtant qu'une restauration ; mais quelle restauration I II faut être du métier pour y distinguer les morceaux rapportés, pour indiquer sûrement les parties neuves de la fenêtre. Encore, beaucoup de peintres s'y méprennent-ils, attribuant au passé ce qui est le travail du présent. Mais il y a tant d'art dans les reprises, et l'imitation de l'ancien est si parfaite, que les mieux entendus demeurent hésitants, quand ils cherchent à assigner une date à telle ou telle partie de cette composition.
J'insiste sur cette verrière, l'une des plus belles de la cathédrale. Dire l'époque où elle fut composée, c'est déjà en faire comprendre la beauté ; elle est du XV** siècle.
Autrefois les saints personnages qui forment cette verrière, étaient répartis entre deux fenêtres : les saintes occupaient l'endroit où elles sont aujourd'hui; la place des saints était juste en face dans le collatéral nord. On a dû les réunir en une seule fenêtre, tant étaient considérables les lacunes que le temps, par son incessante action, et les hommes, par leur ignorance ou leur mauvais vouloir, avaient faites à ces deux fenêtres,
dans la riche ornementation de détail où s'encadraient les sujets.
Les sujets, au collatéral du nord, étaient saint Jacques le majeur, apôtre, présentant un petit chanoine en rochet et Taumusse sur le bras, donateur en tout ou en partie de la verrière, et demandant pour son protégé une bénédiction au personnage placé à sa gauche. Ce personnage était la sainte Vierge tenant le rosaire et l'Enfant-Dieu qui bénit. Saint Vincent, diacre et martyr, et saint Etienne, patron de la cathédrale, terminaient la série des saints de la verrière, à ce côté septentrional.
Ces quatre saints se retrouvent bien aujourd'hui de l'autre côté dans le bas de la verrière restaurée. Saint Jacques le majeur, d'abord; il est suffisamment désigné par le livre qu'il a sous le bras, par les coquilles de pèlerinage qui ornent sa coiffure et sa panetière, et enfin par le bâton de voyage qull a en main. C'est sous ce type que saint Jacques est représenté près du bourgeois donateur dans notre verrière de la Création, et aussi dans le beau vitrail de Notre-Dame de Châlons où l'on voit l'apôtre de l'Espagne apparaissant aux troupes du roi de Léon, et se mettant à leur tête pour charger les Maures et assurer la défaite des infidèles.
Nul ne s'y trompera : malgré l'absence des légendes, c'est bien encore saint Vincent et saint Etienne, qui sont rangés près de la Vierge, tous les deux revêtus de la dalmatique, tous les deux ayant dans les mains le livre des évangiles et la palme du martyre. Saint Etienne a môme sur la tôte son caillou, un des cailloux de sa lapidation : c'est la caractéristique du premier martyr.
L'ordre dans lequel je viens de donner les quatre saints est vraiment l'ancien, si ma mémoire m*a bien servi. 11 n'en est plus ainsi aujourd'hui; les saints sont placés dans Tordre suivant : saint Jacques, saint Vincent,
VERRIÈRES DE LA CATHÉDRAtE DE CHALONS.
COLLATÉRM. SOD, — [V TRAVÉE. — XV' SIÈCLE PhoUgnpbie da M. le cumie àe Sou II rail
ilu (tnnpiin et la Itsllre :
Av-dissina ifs tympan :
I. S'' CattiBtloe tenant M rose brisée. — 2, Iji Viei^a eirEnbct Jdsus.
3. S>- Cnule, La flèdia 4 la main. — i. S" Barbe, aieo u loor.
la sainte Vierge et saint Etienne. Mais alors le petit chanoine, patronné par saint Jacques, n'a plus personne pour le bénir, puisque saint Vincent qui est placé près de saint Jacques lui tourne le dos pour regarder la sainte Vierge. M. Steinheil a dû se préoccuper de Teffet général et céder à une combinaison de couleurs dans la transposition de ces personnages.
Nous n'aurons pas à faire les mêmes remarques pour les saintes. L'artiste les a placées, dans la verrière restaurée, selon leur ordre primitif, au-dessus des saints. D*abord sainte Catherine, avec sa roue brisée dans la main gauche ; la main droite s'appuie sur le glaive qui a consommé son martyre. La sainte Vierge est près d'elle; elle tient sur son sein l'enfant Jésus qui s'incline pour bénir. Autrefois la sainte qui était de l'autre côté de la Vierge et qui a disparu, présentait sans doute une donatrice aux bénédictions de l'Enfant-Dieu. Enfin sainte Barbe finit la série; elle a des gants aux deux mains ; de la main gauche, elle soutient un livre enveloppé d'un linge et tout ouvert, sur lequel se dresse la tour si célèbre dans la légende de la sainte, et de la main droite elle serre Tépée qui lui trancha la tête. A l'exception de sainte Barbe, les saintes ont la tôte richement couronnée.
Mais quelle était la sainte que le temps a fait disparaître? M. Steinheil a pensé que c'était sainte Ursule, et il a peint la célèbre vierge avec la flèche et la palme du martyre dans une main, et un livre dans l'autre. Son nom se lit sur le col de sa robe : Sancta Ursula. Quelle pureté et quelle grâce dans cette composition I Que de calme et de grandeur ! Au point de vue de Tart, la restitution est exquise. Mais on peut se demander si l'identité du personnage est aussi incontestable que le mérite de cette composition. Etait-ce bien sainte Ursule qui figurait là ?
Au XV* siècle, les saintes, objet de la dévotion particu-
lière (le nos pères, leurs saintes préférées, étaient certainement avec la sainte Vierge, sainte Barbe et sainte Catherine; c'était aussi sainte Marguerite. Toutes les trois jouissaient d'un culte particulier à Châlons :les deux dernières y avaient même une église paroissiale, à l'entrée des rues qui portent encore aujourd'hui leurs noms; sainte Barbe y avait une confrérie.
Feuilletez les livres d'heures châlonnais - des XlV*, XV* et XVI' siècles, ces beaux livres de vélin aux riches enluminures, si appréciés de nouveau à notre époque; chacune de ces saintes y avait son antienne et son oraison. Nos pères devaient les honorer d'autant plus qu'ils savaient la part que ces saintes avaient prise à la délivrance de la France, au temps de Jeanne d'Arc, et leur rôle dans la vocation de la vierge de Domremy.
Je croirais donc bien plutôt à la présence, dans notre ancienne verrière, de sainte Marguerite, offrant à l'jenfant Jésus que tient Marie dans ses bras, une cliente à bénir. Cette cliente, c'était sans doute quelque grande dame, la donatrice de la verrière, flgurée dans des proportions inférieures à celles de la sainte, comme le petit chanoine patronné par saint Jacques, pour faire mieux ressortir la supériorité du protecteur c.'leste et le besoin, qu'avait le client de son patronage.
A la pointe de l'ogive de la fenêtre, dans la rose du tympan, restée veuve de son sujet, l'artiste a placé très à propos un Père éternel, coiffé de la tiare à la triple couronne, et revêtu de la chape; six têtes d'anges l'entourent ; il bénit les saints et les saintes qui occupent la fenêtre : c'est le couronnement naturel de cette belle composition.
Je n'ai point parlé du riche encadrement des saints personnages de la fenêtre. Des dais élancés, formés de pinacles, de pyramidions et de légères aiguilles, s'élèvent
au-dessus des saintes, rangées chacune dans sa niche. Les saints qui sont au-dessous, dans leurs niches, ont pour couronnement deâ dais de forme non moins élégante, richement festonnés dans le goût de Tépoque. Des draf^eries d'azur fleurdelisées et de pourpre forment le fond éclatant sur lequel se détachent agréablement tous ces personnages. Les pieds des saints reposent sur des socles aux gracieux contours, où des armoiries ont été peintes. Les saintes avaient sans doute aussi leurs socles avec des blasons; mais ils ont péri les uns et les autres, et la restitution des blasons était chose impossible. Le défaut de place a même obligé le restaurateur de la verrière à ne pas rendre aux saintes le socle sur lequel elles se dressaient.
Bornons-nous donc à examiner les armoiries représentées au bas des saints. Saint Jacques, le premier de la ligne, et saint Etienne, le dernier, ont à leur socle les armes répétées de la ville de Châlons. Ces armes sont là, telles qu'on les peignait au XV® siècle, telles qu'on le3 a peintes presque invariablement jusqu'à la grande Révolution : d'azur, à la croix de gueules cantonnée de quatre fleurs de ly^ d'or.
Les armes posées au socle de saint Vincent ont perdu en grande partie leurs émaux. Autant qu'il nous a été permis de les lire, l'écusson porte : d'argent, à deux fasces accompagnées d'un lambel en chef, de trois tourteaux entre les fasces, et d'un croissant en pointe, le tout de sable. Serait-ce un gouverneur de la ville dont il faudrait ici chercher les armes ? On y est sollicité par la vue des armoiries voisines. Cependant Tarmorial de Champagne, vainement consulté, ne nous a pas permis de faire l'attribution précise de ce blason.
Enfin le piédestal où est posée la Vierge au rosaire, porte l'écu de France : d'azur aux trois fleurs de lys d'or.
surmonté d'une couronne d'or tréflôe et non fermée. Les monnaies des Valois donnent ainsi Técusson de France . Un semblable écusson a été replacé, en ces derniers temps, à l'église Saint-Loup, dans les nouvelles verrières du sanctuaire. On a prétendu, mais j'ignore d'après quelles données, que cet écu royal était le reste d'une verrière, donnée à cette église par Charles VII, soit en 1429, lorsqu'il vint à Châlons, conduit par la Pucelle, dans la campagne du sacre,'soit seize ans après, dans le séjour qu'il fit dans notre ville en 1445.
Plus heureuse que Saint-Loup, la cathédrale a certainement conservé ses antiques verrières de la même époque. Ne nous serait-il pas permis de penser que les armes de France qui y sont réunies à celles de Châlons avaient pour but de perpétuer le souvenir de quelque libéralité du roi et du corps de ville, à cette date mémorable? Ou bien l'écusson royal, ainsi entouré, ne serait-il, dans la pensée du donateur, qu'un souvenir consacré à la ville et à son gouverneur, ainsi qu'au roi de France, sous l'autorité duquel Châlons venait de se replacer ? 11 n'est pas rare, dans les pays, allemands de race et de langage, mais qui ont toujours été autonomes, de rencontrer peintes, dans les verrières des églises, les armes de l'empire d'Allemagne : la représentation de ces armes était la simple reconnaissance de la suzeraineté de l'empereur romain. Faut-il voir autre chose ici dans la présence des armes royales ? De plus savants que moi en décideront.
Châlons, imp. l. Tbouille.