QUATRIÈME PARTIE
Principes fondamentaux pour l’admunistration des anthelminthiques. — Le principe du traitement anthelminthique, clairement exposé par Lynch, consiste à engourdir ou, Si possible, à tuer les vers, avec un vermifuge où un vermicide, puis à les expulser avec un purgatif administré une demi-heure ou une heure après.
Malheureusement, l'application est plus difficile que le principe : la plupart des anthelminthiques efficaces sont d’un goût repoussant, qui provoque des nausées où des vomissements; ils sont de plus assez toxiques pour nécessiter des précautions spéciales.
Il faut, en tout cas, procéder avec prudence, surtout chez les enfants délicats, débilités, tuberculeux, anémiés, entéritiques, etc.
Pour l'exécution du traitement, on peut suivre deux procédés :
Ou bien instituer une cure préparatoire (diète relative et laxatifs) destinée à vider le mieux possible l’intestin, de manière à favoriser l'action du médicament sur le parasite; cette pratique offre toutefois l'inconvénient d'exposer à l’intoxication ;
Ou bien s'abstenir de toute préparation et donner des doses plus fortes de l’anthelminthique et du purgatif; les dangers d'intoxica- Lion sont écartés, mais ce procédé n’est pas applicable tousles cas.
Nous ne saurions passer en revue les innombrables vermifuges utilisés jusqu'à ce jour ; nous signalons seulement les plus classiques avec les petites précautions qui nous paraissent capitales pour éviter de trop fréquents échecs ; nous ajouterons les procédés les plus récemment préconisés, en consacrant une rubrique spéciale au thymol.
Contre les Cestodes, l'extrait éthéré de fougère mâle, que Monti place seulement en seconde ligne, semble rester le médicament le plus efficace et en tout cas le plus emplové; puis viennent
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l'écorce de racine de grenadier avec ses alcaloïdes, le kousso et les semences de courges.
Pour les Ascarides et les Oxyures, la santonine ou le semencontra associés au calomel représentent les agents de choix.
Enfin le thymol, qui paraissait être le spécifique du Trichocéphale, est de plus en plus préconisé contre tous les vers intestinaux, à l’instigation surtout de Guiart.
TRAITEMENT DES CESTODES.
Étant données les difficultés parfois considérables qu’on éprouve à débarrasser les malades de ces parasites, étant donné surtout que le succès est d'autant plus aléatoire que les tentatives infructueuses ont été plus nombreuses (1), il importe de s'entourer de toutes les conditions les plus favorables et de suivre à la lettre certaines recommandations. C'est pour les omettre qu'on échoue souvent, et nous n'avons eu que trop d’insuccès chez les enfants soignés par leur mère. Sans doute on obtiendra difficilement, dans une famille, des préparatifs prolongés ; nous n’en croyons pas moins devoir reproduire ici les indications très minutieuses de Descroizilles, relatives aux Ténias. Tout d’abord, y-a-t-il des contre-indications au traitement ? Descroizilles dit qu'on doit toujours traiter les enfants bien constitués, après dix-huit mois. Nous ne pensons pas, a priori, qu'il y ait un inconvénient quelconque à expulser le parasite avant cet âge. En ce qui concerne le Dipylidium caninum, le kamala a été employé chez des enfants de six mois (Friis), de quarante jours (Kühl), la fougère mâle chez des enfants de quatorze mois (Thomson), de treize mois (Rosenberg), de dix mois (Papillon), de six mois (Sonnenschein). La question d'âge mise à part, il n'y a de réelle contre-indication que le mauvais état de l'intestin.
Un peu sévère sans doute, Descroizilles conseille Ja cure préparatoire suivante, qu'il y aura avantage à suivre, lorsque la chose sera possible.
Six semaines avant le traitement, donner à l'enfant une alimentation légère où le lait tiendra une place prépondérante :
(1) Vierge de traitement, le Ténia résiste moins à la thérapeutique (Descroizilles).
supprimer gâteaux et sucreries. Tous les quinze jours, léger purgalif; pas de drastiques. Les trois ou quatre derniers jours, régime presque exclusivement lacté. Éviter la viande. Pas de marches ni de fatigues. La veille, à neuf heures du matin, lavement simple; vers cinq heures du soir, second lavement. Le jour du traitement, administrer le Lénifuge le matin, en l'espace d’une heure au plus. L'enfant gardera le lit pendant la première heure. Les nausées seront combattues par des produits appropriés, quelques gouttes de menthe, par exemple. Le calme rétabli, le petit malade pourra se lever. Parfoisilse produit une selle spontanée. Le plus souvent il convient de prescrire, au bout de deux heures, 15 à 20 grammes d'huile de ricin. En cas de vertiges, l'enfant sera remis au lit. Lorsque le besoin se fera sentir, le malade ira à la selle, sur un vase plein d'eau tiède, l'anus dans l’eau, et il ne tirera pas sur le ver. Si le résultat Larde ou reste incomplet, administrer un lavement purgatif, puis un second s’il est nécessaire.
Le soir, l'enfant mangera peu ; les jours suivants, on surveillera encore le régime.
Tous les auteurs ne sont pas aussi stricts sur la cure préparatoire. La plupart se contentent de recommander un jeûne relatif la veille du traitement: potages légers, lait, œufs; ou, à la rigueur, la diète lactée. Un grand lavement le soir, puis un second le jour même, avant la prise du ténifuge. En tout cas, la recommandation capitale, celle sur laquelle on ne saurait trop insister, est d'aller à la selle sur un vase, où mieux sur un bassin plat rempli d'eau tiède, afin que le ver ne se casse pas en tombant et qu'iltrouve une température agréable; en outre, on ne doil pas tirer sur le parasile : s'il résiste, on peut mettre une ligature sur la partie déjà expulsée et faire au-dessus une injection de morphine, Notons enfin que, sauf contre-indication tenant au médicament employé, l'administration avant le ténifuge de sirop d'éther (5 grammes par année d’âge) paraît avoir des avantages.
Lorsqu'on a échoué, il est indispensable d'attendre que les anneaux aient reparu dans les selles pour recommencer le traitement (environ deux mois).
Fougère mâle. — On emploie habituellement l'extrait éthéré de fougère mâle des Vosges, à la dose de 08",50 par année d'âge. Les capsules de Créquy-Limousin contiennent 0,50 d'extrait éthéré
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et 05’,05 de calomel. On administre une par une, de cinq en cinq minutes, autant de capsules que l'enfant a d'années d'âge. Un purgatif est généralement nécessaire deux heures après: scammonée (05',04 par année d'âge) par exemple. L'huile de ricin, proscrite en France, est couramment employée en Allemagne : ses dangers paraissent donc plus théoriques que réels.
Duhourcau, médecin de Cauterets, substitue à cette formule l'extrait chloroformo-huileux de fougère mâle des Pyrénées, dans lequel la dose d'extrait de fougère est réduite au minimum et dont le mode d'emploi est des plus simple. En voici la formule :
Extrait vert de fougère mâle des Pyrénées........ 18r,20 Dissoudre complètement dans :
CHIOLOONME AE AS NS OBIE le ee it 38r,69 Mélanger le tout à :
OO ETES ARR er NOEL 4er,80 Ajouter :
He AdéCTOL ONE AN EE AE el le Une demi-goutte.
À répartir en 12 capsules.
On administrera à l'enfant autant de capsules plus une qu'il compte d'années.
Ces capsules se prennent le matin à jeun sans qu’il soit besoin de la moindre préparation préalable. On les absorbe, avec une petite gorgée d'eau pure ou sucrée, en l’espace de dix à quinze minutes. Il ne reste plus qu'à en attendre les effets, tout en continuant sa vie ordinaire.
Mais les capsules ne sont pas toujours facilement acceptées, et leur administration n'est guère possible chez les enfants en bas âge. Duhourcau conseille d'ouvrir ces capsules d’un coup de ciseaux, de les bien exprimer dans une cuiller, d’en faire avaler le contenu d’un trait et de faire prendre ensuite une gorgée d’un liquide agréable, thé léger ou infusion de feuilles de coca.
À défaut de cette formule, on peut employer diverses potions, en particulier celle de Blache, que nous avons vu les enfants les plus difficiles accepter presque toujours volontiers :
Extrait éthéré de fougère mâle. ........... 0:r,50 par année d'âge. Je ECS NO Een RARE ARE ET 15 grammes.
SINOPIdORMENTIC ME TER 0020 eu
A prendre en deux fois dans du lait. Plus simplement, on peut enrober l'extrait de fougère dans du miel,
Nous avons eu des insuccès avec la potion de Blache; les effets tardent toujours à se faire sentir, et c'est quelquefois le lendemain et le surlendemain seulement qu’on obtient un fragment du Ténia. Duchesne conseille la formule suivante, qui ne lui aurait jamais donné d'échecs :
Extrait éthéré de fougère mâle... :........" 4 à 6 grammes. Calomel si se ati te ROME 08r,40
SUCLE CNIDOUTRE EEE RE ET CET EE 8 grammes.
Eau''et gélatine.....,.... PR A se dr (CR
Deux heures après, huile de ricin.
Nous avons eu à nous louer de la formule de Comby (Formulaire, 1909) :
Extrait éthéré de fougère mâle.............. 5 grammes (9 ans). JUS Tde rÉTISSE RER CREER CEE 10 Eu Siropidetileuridionanger ce rc 20 — Eau distilléeide menthe 2" "rte" 50 —
Une demi-heure après, faire prendre, dans une cuillerée d’eau, le paquet :
Galomel:.". PR SP CE A Oer,25 Scammonce me RME RRNEIMENRERS MANIERE 0er,15 Lactose PT aient eie terne cd Rien CETTE 08r,50
Mais les doses de 4 grammes à cinq ans, 5 grammes à neuf ans, 6 grammes à dix ans, sont véritablement un peu fortes.
Quelque efficace que se montre en général l'extrait de fougère mâle (éthéré ou huileux), il donne assez souvent des échecs. Et même, il n'est pas absolument sans danger si on administre des. doses un peu fortes; si bien que certains auteurs l'ont complètement abandonné, au moins chez l'enfant. Il y a certes là un excès : on peut toujours essayer les capsules de Duhourcau ou, chez les petits, la potion de Comby.
Écorce de racine de grenadier. — La macération est d'un goût repoussant. D'ailleurs, certains partisans de ce médicament le considèrent comme contre-indiqué chez l'enfant. Monti cependant le place au premier plan.
Quant à la pelletiérine, Tanret lui-même, après avoir assisté aux essais de Dujardin-Beaumetz, Bérenger-Féraud et Laboulbène, déclare qu'elle ne doit pas être employée au-dessous de dix à douze ans. Encore à cet âge ne doit-on pas donner de doses
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supérieures à 05,15 ou 05,20, Ball conseille de ne pas l'administrer avant quinze ans.
Néanmoins Bétancès estime qu'à petites doses le sulfate de pelletiérine est efficace et sans danger : il a réussi chez un enfant de cinq ans avec 6 centigrammes. Blanchard et Drouet l'ont employé avec succès chez une fillette de deux ans atteinte de Dipylidium.
Semences de courge mondées. — Elles ne doivent pas dater de plus d’un an. L'efficacité de ce remède n'est pas très marquée (Descroïzilles dit avoir eu 96 p. 100 d'échecs); mais il a l’avantage de n'être pas désagréable et d'être facilement accepté par les enfants. Son seul inconvénient tient à la quantité parfois considérable que l'enfant doit ingérer. Archambault, Guida et d’autres y ont volontiers eu recours :
Semences de courge mondées............... 30 à 60 grammes. RES OH pare moe RL AR eee 10 — SUCHOSDULIVELISC TE EN EU 15 —
Faire au mortier une pâte homogène; la donner à manger, en l'espace d'une heure, en trois fois chez les enfants de deux à quatre ans, en une fois de sept à dix ans. Il est bon d’administrer une heure après une nouvelle dose de 10 à 20 grammes d'huile de ricin.
Quelques auteurs donnent 100 à 120 grammes de courge.
Ritter a employé un extrait de graines de courge, dont il n’a eu qu'à se louer : sur 15 enfants de quatorze mois à neuf ans, porteurs de T°. solium, il n’a eu que 3 échecs.
Kousso. — 10 à 15 grammes.
La macération a un goût horrible, nauséeux. Descroizilles recommande d'utiliser la forme de cachets. Roger préfère la poudre délayée dans de l’eau sucrée tiède avec une petite quantité d'oléo-saccharure de citron ou d'orange; les jeunes sujets de goût peu difficile prennent assez volontiers ce médicament désagréable, pourvu que le véhicule ne soit pas abondant (60 à 100 grammes au plus). On peut aussi faire usage du kousso granulé (1 partie de kousso et 2 de sucre); le remède est plus agréable, mais on ne peut assurer que l'enfant avalera trente bonbons représentant 5 grammes de kousso. Les insuccès sont
d’ailleurs fréquents, peut-être à cause du manque de fraicheur ou de l’altération du médicament (1).
Thymol. — Voy. p. 136.
TRAITEMENT DES ASCARIDES.
Semen-contra. — La poudre est très efficace, mais d'un goût désagréable. On l'emploiera à la dose de 0',40 à 05,50 par année d'âge, mais seulement à partir de deux ans. On l’administrera soit en infusion édulcorée, soit, ce qui est préférable, incorporée à du miel ou à des confitures ; renouveler deux ou trois jours de suite, puis administrer un des paquets :
ä&à 0,05 par année d'âge.
ou :
CAMMONÉE À $ { fa 0r,05 par année d'âge, JAlApDe ee cr tree RUE \
Santonine. — C'est le médicament actuellement classique contre les Ascarides. Pouchet considère que, en raison de sa toxicité, cette substance devrait disparaître de la thérapeutique infantile. Nous l'avons prescrite bien souvent sans le moindre ennui, et, si nous avons observé une fois de la vision en vert (et non en jaune), c'était chez une jeune femme de trente et quelques années. Sans doute les enfants n’analysent qu'imparfaitement leurs sensations, mais les parents ne nous ont jamais signalé le moindre incident. Il suffit de ne pas dépasser la dose de 05,01 par année d’âge et de ne pas adminisirer le médicament avant deux ans.
Quant à la manière de prendre la santonine, les avis diffèrent sensiblement.
Certains ordonnent la diète lactée soit avant, soit pendant le traitement; mais, en général, les parents acceptent mal qu'un enfant, par ailleurs très bien portant, soit privé de nourriture
(1) Sérothérapie. — D'intéressants essais ont été faits par Langer à la suite ces expériences de Fleckreder et Stejskal (Rome, 1905). En vaccinant des cobayes avec l'extrait de Tænia saginala, ces auteurs ont obtenu un sérum qui paralysait ce ver, mais celui-ci continuait à se mouvoir si on le plaçait dans l’eau ou dans le sérum. Les recherches de Langer pour obtenir un sérum spécifique conte les helminthes n’ont malheureusement abouti qu'à des résultats négatifs.
TRAITEMENT DES ASCARIDES. 133
pendant deux ou trois jours; on peut se borner à conseiller une alimentation plus légère que d'ordinaire.
Faut-il que le malade soit à jeun? Les uns disent oui, les autres non. En tout cas, si l'on opère à jeun, il est recommandé de diminuer la dose.
La durée du traitement varie aussi, selon la pratique de chacun, de un à trois jours.
Nous adoptons volontiers la formule suivante :
SANLONINE ee NE 08r,005 par année d’âge.
CAlOME LR EE Red he gr, 025 — LaCLOSC nr A A ER à 08r,50
Pour 1 paquet n° 6 ; donner 2 paquets dans un peu de lait, le matin, trois jours de suite, à une heure d'intervalle.
Le troisième jour, donner un purgatif : jalap, scammonée, séné ou calomel.
D'aucuns ordonnent la santonine le soir et le lendemain matin de l'huile de ricin.
Ce vermifuge est toujours pris facilement : il est en général efficace et sans danger. Il est utile de renouveler le traitement au bout de huit jours.
On peut aussi prescrire la santonine en biscuits ou en pastilles. C'est sous ces formes qu'on la trouve dans les pharmacies et que les mères de famille l’administrent presque toujours, mais ou bien elles ne donnent qu’une seule pastille (05,01), dose insuffisante, ou bien elles donnent sans discernement un biscuit (08,05), ce qui peut être dangereux.
Quelques auteurs adoptent une façon de faire un peu différente. Pélissier fait prendre la veille, au moment du coucher, et le lendemain matin à jeun, une mixture spéciale : une gousse d'ail est coupée en menus morceaux dans une petite tasse de lait; on met à cuire à petit feu pendant dix minutes, puis on passe sur un linge et on sucre à volonté. L'’ail rendrait les parasites plus vulnérables. Quelques minutes après le lait à l'ail, on donne la santonine dans un looch; deux heures plus tard, une dose de calomel.
Marini d'Alep associe au traitement classique la liqueur de Fowler et l'écorce de quinquina en décoction; au lieu du purgatifde la veille, il prescrit de la racine de jalap mélangée au vermifuge.
Huile de Chenopodium. — Nous croyons devoir signaler ce médicament, que la pharmacopée américaine place sur le même rang que la santonine et qui a donné lieu à de récents travaux en Allemagne (Brüning, 1907; Schmitz, 1908 ; Gockel, 1910). Voici, d'après Gockel, le mode d'administration : VIII gouttes de six à huit ans, X de neuf à dix ans, XII de onze à seize ans. Il est bon d'ajouter du menthol (08r,05 à 0er,20 suivant la dose d'huile). À répartir en six capsules. Prendre deux jours de suite trois capsules (une toutes les deux heures) à jeun, avec une tasse de café au lait chaud ; deux heures après la dernière dose, 10 à 20 grammes d'huile de ricin.
Huile de Chenopodium anthelminthicaum........ N gouttes. MÉDOC en Osr,n centigr.
M. s.a. À partager en 6 capsules gélatineuses.