DANS UNE HABITATION PRIVÉE QUELCONQUE
Dans les conditions d’existence ordinaire, l’eau et la ventilation ne constituent que des moyens d’assainis-
sement permettant d’éviter les obstructions et les émanations. Dans le cas d’épidémie ou de maladie infectocontagieuse ces moyens d’assainissement ne suffisent plus, on doit leur substituer des mesures pour se préserver contre l’infection et contre la contagion. Pour cela il faut recourir à la désinfection préventive. Celleci n’est plus ni un but ni un moyen, c’est l’application et la mise en œuvre de mesures spéciales qui, en réduisant les miasmes, les contages, les animalcules ou les végétaux microscopiques, microbes ou bacilles, contenus dans les matières excrémentitielles des malades, à leur minimum de nocuité, tendent à arrêter la propagation des maladies infecto-contagieuses. (i).
La désinfection préventive comprend donc la lutte contre l’extension et contre la propagation des maladies épidémiques contagieuses, par la destruction de leurs poisons spécifiques- ou de leurs microbes pathogènes. C’est dire qu’elle doit s’appuyer sur les données de la microbiologie qui, grâce aux travaux de Pasteur, n’est plus aujourd’hui une science problématique, mais une science exacte.
La désinfection, telle que l’admet Parkes dans son
(i) Nos ennemis les microbes , ou la préservation contre les maladies épidémiques contagieuses par M. le D r Droixhe, de Pfuy (Belgique).
HYGIÈNE PROPHYLACTIQUE. — DÉSINFECTION 2ç5
Manual ofPractical Hygiene (i) est une question de prévention de maladies, de prophylaxie.
La désinfection préventive, est le seul moyen de lutter avec avantage contre les imperfections du tout à l’égout ; c’est la seule façon d’éviter la propagation de la fièvre typhoïde dans les maisons insuffisamment assainies par le tout à l’égout incomplet et défectueux, par les fosses fixes ou mobiles ; c’est le seul moyen d’éteindre le foyer de ces fièvres typhoïdes dont la répétition constante dans les mêmes immeubles, devrait décider les gens soucieux de leur existence à les abandonner.
Depuis plusieurs années on soupçonnait la présence dans les selles des typhoïdiques d’un agent infectieux qui devait semer la maladie à distance ; auparavant on accusait le miasme typhoïde, c’est-à-dire un poison morbide humain, transmissible par diffusion qui, régénéré par l’individu affecté, pouvait aller plus ou moins loin contaminer les autres hommes par émanation, par l’intermédiaire de l’air ambiant c’est-à-dire par la respiration et la déglutition, ou plus simplement par l’absorption d’eau contaminée par les déjections. Jusqu’à la fin de 1880, les faits rapportés n’avaient constitué que des probabilités sans démonstration bactériologique. Aujourd’hui on sait d’une façon positive que le
(1) 5 » édition, 1878, p. 5 o 8 .
2g6 LES VIDANGES ET LES EAUX MÉNAGÈRES
poison typhique, constitué par un micro-organisme, se trouve dans l’intestin à certaines périodes de la maladie et qu’il est évacué par les selles, quelquefois par les urines, dans certaines complications rénales de la fièvre typhoïde. Aussi M. le professeur Bouchard a cru devoir faire remarquer ; « qu’il fallait désormais compter avec les urines comme moyen de contamination et que les fèces ne doivent pas être regardées seules comme moyen de diffusion des germes morbides. » (i)
Des recherches épidémiologiques récentes ont mis en lumière l’influence prépondérante de la souillure des eaux d’alimentation (2), de la souillure du sol et de la souillure de l’air, dans la genèse et la propagation de la fièvre typhoïde. On la soupçonne pour d’autres affections transmissibles, si bien que le génie épidémique — cette façon commode d’interprêter les faits les plus bizarres de l’épidémiologie — semble menacé dans son existence et doit céder le pas aux microorganismes et aux récentes découvertes de la microbie. C’est le bacille, élément figuré, agent infectieux et viru-
(1) Ch. Bouchard. Des néphrites infectieuses in Revue de médecine, 10 août 1881.
(2) Des modes de propagation de la fièvre typhoïde. Conférence de M. Brouardel au 6° Congrès international d’Hygiène et de Démographie à Vienne en 1887 in Bulletin mèdicjal, p. 963, n» 61.
IIYQIÈNE PROPHYLACTIQUE. — DÉSINFECTION 29£
lent qui remplace aujourd’hui le miasme des maladies miasmato-contagieuses.
Si nos connaissances sur l’étiologie des maladies infecto-contagieuses sont encore fort imparfaites sur certains points on est actuellement fixé d’une façon à peu près certaine sur l’histoire naturelle de quelques microbes, sur leur développement, sur leur habitat, sur les lésions qu’ils déterminent dans l’organisme, sur leur mode de pénétration, de reproduction, etc. : c’est le cas pour la fièvre typhoïde, pour le choléra, pour la dysenterie. On sait que les éléments figurés de ces maladies, les bacilles, se trouvent entraînés dans les selles et dans les urines des malades et on conçoit aisément les craintes de certains hygiénistes contre la projection, sans neutralisation, à l’égoût, et à la fosse fixe, des excreta des malades atteints d’affections miasmato-contagieuses (i).De là des réclamations, des discussions sans fin à la tribune du Congrès et des sociétés savantes.
(i) Sous le nom de maladies miasmato-contagieuses Liebermeister décrit le choléra ou plutôt les choléras, la fièvre typhoïde, la dysenterie, etc., etc., in Leçons de Pathologie interne et de thérapeutique: maladies infectieuses. Traduction et annotations par le D r Guiraud, de Nice, ancien interne des hôpitaux de Paris. G. Steinheil, éditeur, 1887.
M. Duverdy (1) au Congrès d’hygiène de Genève, lors de la discussion sur les vidanges et les égouts émettait ce vœu : « que les déjections des malades ne soient pas mélangées avec celles des hommes sains ». Or, d’après M. Pasteur (2) il n’y aurait pas lieu d’ètre si timoré à l’égard de la propagation des maladies contagieuses par la vidange à l’égout car « toutes les craintes exprimées sont purement théoriques ». Enfin les expériences de M. Miquel ont prouvé qu’en raison de l’humidité constante qui règne dans les égouts l’air n’y contient qu’un petit nombre de germes qui sont généralement entraînés selon le sens de l’écoulement de l’eau dans la canalisation souterraine.
Quoi qu’il en soit d’ailleurs des explications de MM. Pasteur et Miquel la désinfection des selles des malades s’impose au médecin et quiconque d’entre nous laisserait jeter à l’égout, à la fosse fixe, à la fosse mobile, les déjections d’un typhique sans désinfection préalable ferait preuve d’une indifférence coupable : il pourrait par sa négligence, infecter les voisins, le quartier, * devenir un malfaiteur social ». C’est un devoir non seulement de recommander, mais d’exiger
(1) Congrès de Genève. Séance du 6 septembre.
(2) Dépositions devant la Commission de la Chambre en 1880 et rapport de M. Bourneyuxe.
la désinfection des selles des malades atteints d’affections infecto-contagieuses. Toute matière destinée à être jetée à la fosse ou à l’égout doit être au préalable reçue et mélangée dans une solution de trente parties de chlorure de zinc pour 1000 parties d'eau. Il faut conseiller de placer dans les cabinets des jarres remplies de cette solution désinfectante où l’on puisera avec une louche, pour neutraliser les selles : cette solution est préférable aux solutions de sulfate de fer ou à l’huile lourde de houille.
Au point de vue de l’hygiène publique les cas sporadiques de fièvre typhoïde peuvent avoir une importance considérable dans la propagation et la dissémination de la maladie : ils peuvent engendrer des épidémies de maison, une épidémie de quartier, une épidémie de ville ou entretenir l’état endémique. C’est donc la propagation, la dissémination de la maladie qu’il faut prévenir ; c’est son développement qu'il faut combattre. Pour cela il y a plusieurs mesures à prendre : nous ne ferons que les mentionner.
La première, la plus importante et la plus facile, c’est la désinfection des selles du typhoïdique. C’est l’affaire de la famille et le devoir du médecin traitant qui doit la prévenir et l’instruire. La seconde c’est l’assainissement des maisons voisines; c’est l’affaire
de l’administration municipale qui a le devoir de veiller a la salubrité des habitations (i), des bureaux d’hygiène et des commissions des logements insalubres, mais c’est aussi l’affaire des particuliers. La troisième et dernière, c’est l’assainissement de l’égout dans les villes canalisées, ou la désinfection de la fosse fixe ou de la fosse mobile qui relève du propriétaire et des colocataires.
Dans tout cas sporadique de fièvre typhoïde il faut distinguer : i° le germe morbide, le bacille, 2 0 son transport à l’extérieur et 3 ° son milieu de passage ou de réception, c’est-à-dire son habitat ultérieur, au milieu des matériaux où il pourra se développer et se multiplier avec plus ou moins de facilité.
Le germe morbide, le bacille, a comme siège d’élection habituel le tube intestinal et exceptionnellement les reins, c’est dire qu’il est fourni quelquefois par les urines et le plus ordinairement par les selles.
Son transport à l’extérieur s’effectue par la cuvette du closet et le tuyau des décharges des vidanges, qui le conduisent ou à la fosse ou au canal particulier et à l’égout c’est-à-dire que son lieu de passage ou son habitat est constitué par des matières animales et
(1) Loi des 16 et 24 août 1790 et loi sur les logements insalubres du i 3 août i 85 o.
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végétales en putréfaction, au milieu desquelles il pourra se multiplier en même temps qu’il gagnera en nocuité. De là l’importance de la désinfection du closet, du tuyau de chute, de la fosse ou du canal particulier et de l’égout public; de là l’importance d’une bonne installation dans les canalisations des habitations et des villes.
Les adversaires du système du tout à l’égout ont fait observer que le bacille allait trouver dans * cette continuation de l'intestin malade » toutes les conditions favorables à son développement et à sa multiplication. S’appuyant sur l’opinion de Budd « qu’une seule selle typhoïde peut ensemencer et souiller tout le réseau des égouts d’une grande ville » ils ont accusé le tout à l’égout de devenir ainsi un puissant moyen d’extension et de généralisation des cas sporadiques, des épidémies de maison et des épidémies de ville.
Cette opinion trop absolue des adversaires du tout à l’égout constestable autrefois, alors qu’on ne possédait pas de données précises sur le développement et la sporulation du bacille de la fièvre typhoïde, est vraie en partie pour les égouts mal établis, mal lavés, peu ou pas ventilés et souvent obstrués de certaines villes; mais n’en est-il pas de même pour la fosse fixe mal
installée, pour toutes les latrines en mauvais état, où les matièrès stagnantes depuis longtemps barbottent au contact de l’air du tuyau d’évent? Toutes les relations d’épidémies de fièvre typhoïde prouvent que la maladie a cessé dès qu’on a réparé les égouts et com- , blé après désinfection les fosses non étanches et mal installées. Ce n’est donc pas le tout à l’égout qu’il faut accuser, c’est l’insuffisance des moyens employés pour se protéger contre les émanations de la canalisa- . tion publique et de l’égout.
De nombreuses observations médicales autorisent à admettre une relation entre les émanations fécales de quelque source qu’elles proviennent et les accidents , typhiques. C’est l’opinion de M. le professeur agrégé Hallopeau qui, dans son Traité de pathologie générale, admet que les émanations fécales, alors même qu’elles ne sont pas contaminées par des déjections typhiques, peuvent spontanément engendrer des cas graves de fièvre typhoïde. C’est aussi l’opinion avec faits à l’appui de MM. Landouzy (i) et Ch. Boillet (2), malheureusement ces idées théoriques n’ont pu être confirmées jusqu’ici par les recherches bactériolo-
(1) Conférence de M. Brouardel au Congrès de Vienne 1887, in Bulletin médical, page 970.
(2) Journal d'hygiène, 1886, p. 60.
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giques qui dénient toute ressemblance entre le bacille d’Eberth et les infiniment petits de la putréfaction.
Quoi qu’il en soit d’ailleurs de l’étiologie de la fièvre typhoïde par les matières fécales en putréfaction, il est certain que les chances d’infection atmosphérique par des fosses mal entretenues ou par la vidange à l’égout avec des canalisations mal construites, mal lavées, mal ventilées, seront réduites au minimum quand, avec leur construction et leur entretien irréprochables on prendra la précaution de remplir les indications précises suivantes : la première de détruire les germes contenus dans les selles ou les urines ; la seconde de leur refuser les conditions nécessaires ou favorables à leur développement et à leur multiplication. Destruction des germes, suppression ou stérilisation du terrain où peuvent se développer et se conserver les miasmes et les bacilles, voilà toute la désinfection préventive.
Deux mots seulement sur chacun de ces points :
Pour tuer le germe et prévenir la dispersion des microbes, en même temps que pour désinfecter et désodoriser les selles typhiques, dont la putridité est quelquefois si insupportable et la désodorisation si difficile, il faut absolument, avant de projeter les ex-
creta aux latrines, à la fosse fixe, au canal particulier et à l’égout, dans tous les cas de maladies infectocontagieuses, les désinfecter et les neutraliser. Dans le cas d’indigence, les municipalités doivent non seulement faciliter l’emploi des désinfectants en les distribuant gratuitement mais encore en faire surveiller et diriger les applications,
Quels sont ces désinfectants, ces neutralisants ?
M. Vallin, dans son traité de la désinfection et des désinfectants (1) conseille d’employer par malade,
‘ dans les vingt-quatre heures, une solution de quinze à trente grammes pour 1000 de chlorure de zinc, de sulfate de fer ou de sulfate de zinc mais d’après son expérience le désodorisant le plus actif est le chlorure de zinc, en solution de i à 5 pour ioo. « Il fait souvent, dit-il, disparaître immédiatement l’odeur > et « il est en même temps à cette dose un véritable désinfectant ; il neutralise les matières suspectes ».
M. Miquel ( 3 ) recommande de recevoir les déjections des malades dans des vases contenant un demilitre de la solution suivante :
(1) Loc. cil. p. 375.
(2) Loc. cit. p. 382.
( 3 ) Antiseptiques et Bactéries, in Semaine médicale du 3 o août i 883 , p. 222.
HYGIÈNE PROPHYLACTIQUE. — DÉSINFECTION 3 o 5
Sulfate de cuivre : 20 grammes
Acide sulfurique à 66° : 40 grammes
Aq. simplex : 1000 grammes
qui a l’avantage de ne coûter que trois centimes le litre et qui constitue * le meilleur antiseptique et le microbicide par excellence ».
On a conseillé également les solutions diluées désinfectantes à 5 o 0/0 d’acide sulfurique et d’acide chlorhydrique, mais ces solutions peuvent-elles être impunément jetées dans les cuvettes des cabinets d’aisance à fermeture métallique, dans les tuyaux de chute en fonte, dans les siphons métalliques, sans dégradation véritable des parois ou des pièces ? M. Dougall a montré par de très nombreuses expériences que les craintes d’altération sont chimériques ; c’est dire qu’on peut employer ces désinfectants dans tous les cas, dans la vidange à l’égout comme dans la fosse fixe et dans la tinette mobile : avec l’earth-système il faudra augmenter la quantité de terre desséchée ou recourir aux poussières des balayures, à la suie, à la sciure de bois, au charbon pulvérisé et même aux cendres, d’un emploi pratique et facile.
Le chlorure de chaux dont on abuse comme désinfectant a le tort capital de ne pas désodoriser ou de mal désodoriser puisqu’il substitue une odeur à une
3 o 6 LES VIDANGES ET LES-’EAÜX MÉNAGÈRES
autre ; de plus, les vapeurs de chlore qu’il met en liberté vont altérer les garnitures en fer ou couvrir de vert-degris les objets en cuivre, par la formation sur place de chlorures métalliques. Mêmes reproches à l'acide phénique qui, s’il n’altère pas les métaux, a le tort d’être oin détestable désodorant et un très mauvais germicide puisque les études récentes de bactériologie ont prouvé que s’il tuait ou rendait inertes quelques microbes ou «bacilles il laissait intact le bacille d’Eberth.
Plutôt que de recourir à des désinfectants d’efficacité douteuse et pour peu que l’on craigne d’altérer les armatures métalliques des closets ou les tuyaux en fonte et en plomb, mieux vaudrait recourir aux huiles lourdes de houille qui, outre leur bon marché, ont l’avantage d’être désodorisantes et neutralisantes des matières infectes et « de supprimer la propagation des épidémies » (i).
(i) De la désinfection des fosses d’aisances par l’huile lourde de houille par le D r Emery7Desbrousses in Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1880, p. 5 o 5 . Pour l’auteur de ce travail c’est un des meilleurs désinfectants des fosses d’aisances et il lui attribue un rôle considérable dans la neutralisation des principes infectieux contenus dans les déjections. Son prix peu élevé, i 5 centimes le litre, permet de l’employer largement. L’huile de houille semble agir surtout par sa couche surnageante à la surface des fosses en formant une sorte d’écran qui intercepte les émanations délétères et leur substitue une odeur de goudron et de phénol très prononcée.
3 o 8 LES VIDANGES ET LES EAUX MÉNAGÈRES
Les ingénieurs sanitaires français, préoccupés sans doute de la transmission des affections infecto-contagieuses par le closet et par l'égout, se sont ingéniés à faciliter et à rendre obligatoire la désinfection et la neutralisation des selles dans le cabinet lui-même. C’est à ce double but que répond un appareil à débit automatique et intermittent construit par MM. Geneste, Herscher et C ie . La figure suivante que nous devons à leur obligeance, permet de suivre le fonctionnement de ce réservoir de chasse qui peut rendre les plus grands services au point de vue de l’hygiène prophylactique (i).
Un réservoir additionnel B contient le liquide désinfectant et l’écoule au fur et à mesure des besoins dans une petite boîte C placée en contre-bas et disposée de telle sorte que la pression atmosphérique y soit maintenue. Cette boite communique avec le tuyau de déversement fd’un réservoir de chasse ordinaire fonctionnant soit par tirage à la main, soit automatiquement. La communication entre les deux réservoirs s’effectue par l'intermédiaire d’un tube e , en forme de siphon, qui s’amorce chaque fois que l’eau coule dans
(i) M. Herscher a présenté cet appareil sous le nom de réservoir de chasse avec entrainement réglé d'un liquide désinfectant. à la Société de médecine publique et d’hygicne professionnelle dans la séance du 28 juillet 1886.
le tuyau de décharge du grand réservoir A. La petite boîte C se vide alors et le siphon se désamorce pour se réamorcer facilement dès qu’une nouvelle chasse d’eau se produit.
Si l’emploi de cet appareil ingénieux se trouve indiqué dans les latrines des pavillons d’affections miasmato-contagieuses de nos hôpitaux (i) pour rendre obligatoire et immédiate la désinfection des excreta des malades, il n’est pas possible d’en demander et d’en exiger l’établissement dans le water-closet des habitations privées : il faut compter sur le zèle des garde-malades pour pratiquer la neutralisation des matières excrémentitielles d’après les ordres rigoureusement suivis du médecin traitant.
La désinfection des selles et la projection d’un liquide désinfectant dans la cuvette des closets, à chaque visite, est dans les conditions ordinaires de l’existence, une excellente mesure, mais dans les maladies, la désinfection des excreta peut atteindre le bacille sans le détruire et même n’atteindre que certains germes morbides sans les détruire tous, c’est-àdire ne neutraliser la graine que partiellement. Ce
(i) Il remplace avantageusement la machine à coction qui a donné d’excellents résultats à l’hôpital Broussais lors de l’épidémie de choléra, mais qui a le grave défaut de coûter fort cher.
n’est pas suffisant, il faut neutraliser le terrain de réception ; or ce terrain varie avec chaque système de vidange.
Avec le système des fosses, l’emploi de l’eau est sinon condamné au moins fort difficile. On doit se résigner à un simulacre de désinfection des tuyaux de décharge des closets et de la fosse par des solutions concentrées de sulfate de fer ou de sulfate de cuivre. L’emploi de l’huile lourde de houille nous semble préférable aux solutions désinfectantes.
Avec le tout à l’égout la neutralisation du terrain est plus facile. C’est l’affaire de l’habitant et des municipalités.
L’habitant donnera des soins particuliers au watercloset, au tuyau de chute, au canal particulier et à ses dépendances.
Dans le closet de chaque logement il faut laver, vernir ou badigeonner les murs ; il faut soulever les abattants pour s’assurer que tout est propre ; il faut entretenir le siège dans un état de propreté absolue et essuyer avec soin les éclaboussures pour éviter les mauvaises odeurs.
Avec la cuvette à siphon hydraulique, il faut après chaque visite faire le nettoyage à fond de la cuvette, du siphon et de l’abattant, remplir le siphon d’eau
propre et tenir le réservoir de chasse constamment rempli.
Avec les appareils à fermeture métallique, la situation se complique parce que l’interception entre la colonne de chute, le closet et l’appartement n’est pas hermétique. Il faut largement ventiler le cabinet, laver la cuvette, jeter de l’eau en abondance, par baquets, pour balayer la colonne de chute et y maintenir une humidité constante ; enfin il faut faire un emploi fréquent de solutions désinfectantes placées dans une jatte dans le closet de chaque étage.
Il faut également donner des soins particuliers au drain de maison et y produire des chasses d’eau fréquentes ; il faut nettoyer et laver les siphons de cour et le siphon de rue. Il faut examiner et nettoyer les regards interposés sur la canalisation intérieure, s’assurer du bon fonctionnement des autoclaves et fermetures de ces regards, laver les canalisations et les siphons par de puissantes chasses d’eau et jeter tous les jours des solutions désinfectantes dans les closets et dans le canal particulier. Il va sans dire qu’aucun liquide provenant des chambres à coucher des malades ne doit être versé sur l’évier ou dans les tuyaux de décharge d’eaux ménagères. Toutes les eaux qui ont servi au lavage, au nettoyage et à la désinfection des malades
3l2 les vidanges et les eaux ménagères
atteints d’affections infecto-contagieuses doivent être jetées dans la cuvette du water-closet. En aucun cas le linge, même désinfecté dans des solutions antiseptiques, provenant de semblables malades ne doit être lavé sur l’évier.
Ces soins, cette surveillance du water-closet, de l’évier, de la fosse fixe, du drainage de l’habitation, il faudrait les prendre non seulement pendant les épidémies, non seulement alors qu’il existe un cas de fièvre typhoïde dans une maison, on devrait les donner le plus souvent possible dans la vie ordinaire, partout et toujours.
User largement, régulièrement, sans gaspillage mais avec effet utile de l’eau dans les closets, pour nettoyer les obturations hydrauliques, persistantes, produire de puissantes chasses dans les colonnes de chute et le canal particulier des vidanges pour chasser les matières excrémentitielles à l’égout, tels sont avec le système du tout à l’égout, les seuls moyens de s’isoler efficacement des excreta aussitôt produits, de pratiquer l’assainissement et la désinfection.
L’eau en quantité suffisante pour empêcher toute stagnation et permettre de réaliser dans les canalisations la propreté la plus parfaite, pour chasser à l’égout toutes les matières usées, l’eau bien employée,
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l'eau obligatoire, voilà l’agent essentiel de l’assainissement de l’habitation, voilà le moyen de neutraliser la graine et le terrain.
Eau en abondance, étanchéité absolue des canalisations bien installées et bien ventilées, isolement parfait de l’égout public tel doit être l’assainissement de l'habitation, avec le système du tout à l’égout.
Les municipalités doivent concentrer tous leurs efforts pour établir le drainage à bas prix des habitations ouvrières et être larges au point de vue des concessions d’eau de façon à réaliser cette formule tant désirée et réclamée par nos hygiénistes : eau gratuite, égouts payants. Elles doivent s’efforcer d’obtenir qu’en sortant du dernier siphon de la maison les excreta et les eaux ménagères tombent à l’égout dans un courant d’eau suffisant pour y être diluées jusqu’à devenir inoffensives et être entraînées sans repos, sans stagnation jusqu’aux débouchés extérieurs des grands collecteurs dans la rivière ou jusqu’aux terrains d’irrigation. L’égout public doit être bien installé, bien ventilé, bien nettoyé par des chasses d’eau suffisantes pour tout balayer sur leur passage. Au lieu de laisser couler l’eau continuellement, en petite quantité, au risque de ne lui faire en quelque sorte que lécher les parois des égouts sans enlever les détritus solides qui y restent fixés dans les alternatives
d’élévation et d’abaissement des eaux dans les canalisations publiques ou se déposent sur le radier (colmatage) mieux vaudrait déverser de temps à autre dans Jes égouts de véritables torrents d’eau. C'est à ce but que répondent les bassins à chasse automatique pour nettoyage d’égouts de M. Rogers Field, qui ont assuré l’assainissement de plusieurs villes américaines. L’eau dans la maison pour nentraliser et isoler les germes c’est bien, mais cela ne suffit pas : eau dans la maison et eau dans l’égout, tels sont de l’aveu de nos hygiénistes, les conditions nécessaires à la neutralisation de la graine et du terrain ; voilà la solution de l’assainissement des habitations et des villes canalisées.
Dans les cabinets bien installés de nos grandes villes on installe généralement aujourd’hui un urinoir en faïence. C’est une excellente mesure d’hygiène et de propreté puisqu’il est très difficile d’uriner debout, dans une cuvette en contre bas, sans souiller le siège ou le plancher. Dans les maisons moins confortables, on dispose souvent un urinoir commun dans un des coins de la cour ou dans le fond d’un corridor. Quelle que soit la situation des urinoirs dans la maison, ils sont généralement mal entretenus et il s’en dégage souvent des odeurs ammoniacales infectes. Il faut les assainir et les désinfecter. La désinfection sera facilitée
HYGIÈNE PROPHYLACTIQUE. — DÉSINFECTION 3l5
par le rejet des matériaux poreux dans la construction et par des lavages fréquents. Il faut exclure la brique, le ciment, le marbre et l’ardoise et leur substituer des plaques de verre épais, ou de lave émaillée, c’est-à-dire des matériaux imperméables, lissés, faciles à laver, à brosser et à nettoyer à grande eau et à l'acide chlorhydrique. Une autre recommandation consiste àremplacer les scellements en fer par des scellements en fer galvanisé.
L’acide chlorhydrique est, d’après le D r Richer qui a fait une communication à ce sujet à la Société de biologie (i) le meilleur désinfectant des urinoirs parce qu’il empêche la fermentation ammoniacale des urines exposées librement à l’air, parce qu’il est très bon marché et parce qu’il en faut une très petite quantité.
Nous ne nous sommes occupé jusqu’ici que des soins à donner aux cabinets et aux éviers pendant l’occupation d’un logement et pendant le cours d’affections épidémiques dans la maison ou dans la ville. Nous ne croyons pas devoir passer sous silence les précautions à prendre dans les appartements lors d’une absence prolongée ou au cas d’une absence momentanée (déménagement, etc.). De différents côtés, dans certaines villes drainées — on n’a pas manqué d’en accuser le
(i) Séance du 2 juin i 883 .
3l6 LES VIDANGES ET LES EAUX MÉNAGÈRES
tout à l’égout — et dans des appartements bien tenus, à Bruxelles, à Paris, à Lyon et à Naples notamment, on a signalé ce fait de personnes riches ou aisées qui rentrant à la ville dans leurs logements, après une absence de cinq ou six mois à la campagne, étaient frappées de fièvre typhoïde. Les raisons invoquées pour expliquer ces cas de fièvre typhoïde dans les quartiers riches ne font pas défaut. On a accusé tour à tour les fatigues, le non acclimatement, etc.
A Bruxelles, (épidémie de 1869, quartier Léopold) on a accusé le tout à l’égout ; à Lyon en 1874 et à Naples plus récemment on a accusé les émanations des égouts. Trop longtemps on n’a pas vu que l’égout public se ventile dans les chambres à coucher, dans les cabinets de toilette par le lavabo et par la baignoire. Or pendant la fermeture, pendant l’inoccupation des appartements, avec nos appareils à valve ou avec nos cuvettes à siphon hydraulique ordinaire sans sécurité, les logements sont envahis ou par les miasmes typhoïdes de l’égout ou par les émanations fécales. Ce n’est donc pas le tout à l’égout qu’il faut incriminer, ce sont et la façon généralement défectueuse dont se fait le déversement à l’égout et les obturations hydrauliques insuffisants. Pendant l’absence des locataires, pendant l’été, les conditions ,des égouts restent les
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mêmes avec leur basse température et leur humidité constante, ce qui change c’est l’état de la colonne de chute des vidanges dans les maisons abandonnées. D’abord elle n’est plus lavée; de plus, les appareils à valve fermant mal, l’eau du siphon de pied de l’habitation, l’eau des siphons des closets et des éviers, s’étant peu à peu évaporée, une libre communication s’établit entre l’égout et la maison. La ventilation de la canalisation s’établit au dépens de l’air des égouts par suite de la température élevée des habitations eu égard à celle de l’égout : l’intérieur du tuyau de décharge des closets et des éviers se dessèche et par suite des courants d’airs qui s’établissent dans le drainage, des microgermes sont détachés et viennent se déposer dans l’appartement : de là l’odeur particulière, l’odeur de matières animales en putréfaction qu’on sent presque toujours lorsqu’on pénètre dans des logements abandonnés depuis quelque temps; de là l’infection des personnes.
Si la maison a été précédemment occupée par un typhoïdique, si l’eau est parcimonieusement employée, quoi d’étonnant que des germes, que des bacilles aient été entraînés dans les appartements. Si l’on refuse d’accepter cette interprétation il faut admettre l’origine fécale {émanations fécales) de la fièvre typhoïde, dont les par-
3l8 LES VIDANGES ET LES EAUX MÉNAGÈRES
tisans sont encore nombreux aujourd’hui, c’est-à-dire accuser les émanations de l’égout public, — impossibles dans les maisons bien installées et bien surveillées — de la colonne de chute ou se déclarer partisan de l’origine spontanée ou de l’étiologie banale de la fièvre typhoïde.
Quoi qu’il en soit d’ailleurs de la question d’étiologie de la fièvre typhoïde sur laquelle nous n’avons pas à nous prononcer, ce que nous devons faire connaître, ce sont les mesures à prendre pour éviter l’infection au cas de rentrée dans un appartement après une absence prolongée, ou d’occupationd’unlogement depuis longtemp s inhabité.
La première chose à faire en cas de fermeture provisoire d'un appartement c’est de faire le nettoyage à fond du cabinet d’aisance, de l’évier, des cabinets de toilette. Si le closet est muni d’une cuvette à siphon hydraulique il faut remplir le siphon d’eau et tenir le réservoir de chasse exactement rempli. Il faut faire le nettoyage de l’abattant et du siège qu’il faut démonter ou ouvrir pour s’assurer qu’il est bien propre. La mesure essentielle est de maintenir une aération constante dans le cabinet soit par un vasistas, soit par des vitres perforées. Voilà pour le logement des habitations collectives, ce qui est le cas habituel dans notre
pays. Au cas de maison à l'usage exclusif d’une seule famille, il faut commencer par nettoyer et désinfecter la colonne de chute, le canal particulier, le siphon de pied pour terminer par le closet et par l’évier qu’il faut nettoyer et laver avec les plus grands soins. Il faut remplir les siphons placés sous les cuvettes et sous l’évier d’eau à laquelle on fera bien de mélanger un liquide désinfectant : il serait même préférable de remplir ces siphons d’huile lourde de houille dont l’évaporation est lente et qui oppose un écran plus résistant aux émanations.
Une mesure urgente, indispensable, c’est de ne jamais rentrer dans son appartement ou de ne jamais prendre possession d’un logement sans l’avoir convenablement aéré, ventilé, pendant plusieurs jours à l’avance. La ventilation ne disperse pas les miasmes, elle rend infertile l’atmosphère des chambres, des cabinets, des cuisines, en oxydant les microbes qui ont pu pénétrer par la canalisation, en les détruisant chimiquement ou tout au moins en les réduisant à leur min imum de nocuité ; elle assainit et stérilise l’air des appartements.
Ces mesures d'hygiène préventive, d’hygiène prophylactique, sont le complément nécessaire de toute installation sanitaire.
Pour résumer cette trop longue étude de la destruction par l’air et par l’eau, appliquée à la prévention des maladies, il nous faut revenir un peu en arrière et suivre succinctement l’ordre de nos raisonnements.
Nous avons d’abord prouvé que la ventilation et des chasses d’eau puissantes étaient nécessaires à la salubrité des habitations et à la propreté des canalisations. Nous avons ensuite résumé très succintement les soins qu’il fallait donner aux cabinets et aux éviers pendant les épidémies ou avant la fermeture momentanée d’un appartement. Le nettoyage à fond des cuvettes et des siphons, de toutes les parties de la canalisation, l’aération continue des cabinets, la ventilation du drainage sont des réformes à introduire daus l’assainissement de nos habitations : ce sont les seuls moyens de nous prémunir contre l’attaque des maladies évitables. Nos voisins les Anglais n’ont garde d’oublier ces précautions, ces détails d’assainissement auxquels la « The London Sanitary protection association » apporte tous ses soins et c’est une des raisons pour lesquelles la fièvre des égouts est allée en diminuant en Angleterre au fur et à mesure que les travaux d’assainissement s’effectuaient et se perfectionnaient.
L’hygiène doit tenir sa place à côté de la médecine curative, à côté de la thérapeutique : elle nous indique
les moyens d’échapper aux maladies d’origine fécale, c'est-à-dire aux affections résultant de la souillure de l’organisme par des principes infectieux contenus dans l’air, dans le sol ou dans l’eau, d’éviter les épidémies et de s’opposer à l’endémicité et à l’état sporadique de la fièvre typhoïde dans toutes les villes drainées . C’est aux médecins de les faire appliquer en inspirant les ■bonnes mœurs sanitaires à leurs clients, en modifiant leur éducation sanitaire : en contribuant à l’assainissement des habitations et des villes, ils diminueront la morbidité et la mortalité, ils feront progresser la durée de la vie moyenne et augmenter la natalité.
CONCLUSIONS
Après ce long exposé de la question des vidanges et des eaux ménagères dans l’assainissement des habitations privées, les conclusions qui s’imposent sont les suivantes :
i° L’assainissement de l’habitation repose sur l’évacuation prompte, immédiate de tous les matériaux usés de la vie journalière pouvant être une cause de putréfaction et de fermentation dans la maison.
2 ° La question de l’assainissement de l’habitation est ■une question complexe qu'il ne faut pas chercher à résoudre par une formule mathématique, unique, applicable partout et toujours, mais par des formules spéciales, susceptibles de s’adapter aux différents milieux.
3° Aucun des systèmes d’évacuation des vidanges et des eaux ménagères n’est parfait.
Les nombreuses considérations dans lesquelles nous
CONCLUSIONS
avons dû entrer peuvent se résumer en règles générales et en règles spéciales.
Comme règles générales : i° il ne faut tolérer le dépôt ou le séjour d’aucune matière organique sous la maison, dans l’intérieur de la maison ou dans le voisinage des habitations ;
2 ° L’intérieur d’une maison ne doit communiquer ni d’une manière permanente ni même accidentelle avec aucun foyer de matières organiques ;
3° La fermentation, la putréfaction des matériaux organiques sous ou dans la maison peut être une cause de maladies. Au nombre des matériaux organiques il faut compter les excreta, les eaux ménagères et les refus domestiques.
4 ° Les excreta et les eaux ménagères doivent sortir de la maison dans le plus bref délai, s’en éloigner le plus rapidement et le plus loin possible.
5° Le mauvais état des latrines, des éviers et des conduites d’évacuation est une cause puissante de maladies qu’on peut éviter par des soins, de la surveillance et un entretien constants, c’est-à-dire par une réforme complète dans l’assainissement intérieur de nos habitations.
Quant aux règles spéciales d’assainissement de l’habitation, elles varient forcément avec les différents mi-
CONCLUSIONS
lieux : les unes sont intimement liées aux modes d’évacuation des matières usées ; les autres, qui sont sous la dépendance et la bonne volonté de chacun et de tous, propriétaires, locataires, habitants et municipalités, exigent la suppression des procédés routiniers par laquelle doit débuter la réforme de l’assainissement intérieur des habitations.
Les procédés d’évacuation ont la plus grande importance au point de vue de l’hygiène de nos demeures et de la salubrité publique. Dans l’état actuel de nos connaissances, aucun des systèmes employés n’est réellement parfait : les uns ne satisfont pas, les autres satisfont mal aux impérieuses conditions de l’hygiène des habitations. Lemieux serait de posséder un système permettant d’éviter l’infection du sol, du sous-sol, de l’air et de l’eau. Cet idéal n’existe avec aucun des systèmes laissant séjourner les résidus de la vie dans ou sous la maison, c’est dire que l'écoulement des vidanges à la fosse fixe ou à la fosse mobile, des eaux ménagères au puisard ne satisfont nullement aux exigences de l’assainissement.
Cet idéal ne se rencontre pas davantage ni avec les separate-system recevant les uns les vidanges sans les eaux ménagères, les autres les vidanges et les eaux ménagères sans les eaux de pluie, de lavage, etc., ni
CONCLUSIONS
avec le tout à l'égout primitif tel qu’il est encore trop généralement pratiqué. La réforme des procédés d’évacuation, c’est-à-dire de l’assainissement intérieur de nos habitations, est de toute nécessité et, sans parti pris, les préférences doivent aller vers celui qui répond le mieux à l’idéal. Supprimons donc partout la fosse fixe et le puisard. La fosse fixe : les perfectionnements qu’on se propose d’y apporter sont difficilement exécutables : ils nécessitent une surveillance impossible à réaliser partout et toujours. Le puisard est une cause de souillure de l’air, du sous-sol, du sol et de l’eau de l’habitation. Fosse fixe et puisard empoisonnant non seulement la maison mais le voisinage, la localité entière, doivent partout disparaître.
La fosse mobile ne peut constituer qu’un pis-aller qui ne doit subsister que là où le tout à l’égout est reconnu impraticable ; encore faut-il imposer cette condition de neutraliser chaque déjection aussitôt produite par un désinfectant.
On peut réduire au minimum les chances de souillure du sol,.de l’air et de l’eau des habitations et des villes par un seul procédé : le tout à l’égout bien installé ; seulement, avec l’écoulement total à l’égout, il faut rechercher et supprimer tous les procédés défectueux de déversement à la canalisation publique c’est-à-dire
CONCLUSIONS 327
introduire une réforme totale dans nos mœurs sanitaires et dans l’assainissement de nos habitations.
Déverser directement et immédiatement les vidanges et les eaux ménagères dans la canalisation publique ne suffit pas : c’est du tout dans l’égout, mais ce n’est pas le tout à l’égout. Il faut établir sous chaque orifice ■d'évacuation des closets ou des éviers un siphon à obturation hydraulique persistante surmonté d’un poste ■d’eau : il faut ventiler la canalisation par la prolongation de la colonne de chute des vidanges et du tuyau de décharge des eaux ménagères jusqu’au faîtage des habitations et par les boîtes d'aération des siphons ; enfin il faut compléter l’installation sanitaire par l’isolement complet de la maison avec l’égout, c’est-à-dire par un siphon hydraulique, obturateur avec regard de visite et de ventilation.
Avec le tout à l’égout bien installé s’il survient un cas de fièvre typhoïde dans une habitation, il est rare qu’on ne découvre pas quelque négligence, quelque fuite ou quelqu’obstruction dans la canalisation évacuatrice. En se conformant à ces prescriptions non-seulement on assainira les habitations mais on assainira les villes et on prolongera la durée de la vie des habitants puisque, comme l’a dit Michel Lévy, * c’est prolonger la vie humaine que de restreindre le méphitisme ».
BIBLIOGRAPHIE
Des matériaux considérables mais incomplets sur l’assainissement de l’habitation au point de vue des vidanges et des eaux ménagères existent çà et là dans des ouvrages ou des recueils spéciaux d’hygiène, de technique', de génie civil.
Les traités français d’hygiène ne manquent pas, mais ceux qui, passant de la théorie à la pratique, indiquent l’application des principes de l’hygiène dans les constructions font défaut (i). Généralement, dans nos classiques, cette question est à peu près complètement négligée : quelques-uns l’effleurent, d’autres l’étudient incidemment ; dans d’autres enfin, les plus nombreux,
(i) Il faut en excepter l’excellent traité d’hygiène de M. le Professeur Arnould, de Lille, qui consacra un long chapitre à l’évacuation des immondices.
BIBLIOGRAPHIE
il n’en est pas question ; souvent même les mots assainissement, vidanges, eaux ménagères, éviers, ne se trouvent pas à la table des matières.
Nous avons fait les plus larges emprunts aux Mémoires de la Société de médecine et d'hygiène professionnelle, aux journaux spéciaux d’hygiène français et étrangers, à la Revue d'hygiène et de police sanitaire, aux Annales d’hygiène publique et de médecine légale, au Journal d'hygiène, à la Revue sanitaire de Bordeaux et de la Province, aux Archiv für hygiène et au deutches Wochenblatt für Gesundheilspflege und Retteinsgswesen de P. Borner, l’organisateur de l’Exposition d'hygiène de Berlin, et à certains ouvrages spéciaux que nous ne signalerons ici que pour mémoire.
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TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS. 1
Plan suivi. 7
lie l’assainissement.
Définition du mot. 10
État de la question en France et à l’Étranger. 19