EN TÉMOIGNAGE DE RECONNAISSANTE ET RESPECTUEUSE AMITIE
in 2015
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PRÉFACE
La Gironde, qui a depuis longtemps, dans la Guienne militaire de Léo Drouyn, une étude générale sur ses anciens châteaux, ne possède pas de travail analogue sur ses vieilles églises. Des monographies ont été publiées en assez grand nombre; il y a lieu de les reviser, de les compléter, d'analyser d'autres édifices, enfin de coordonner les observations partielles en une synthèse : c'est l'objet du présent volume.
L'architecture religieuse girondine est surtout connue par la série du Compte-rendu des travaux de la Commission [départementale] des Monuments historiques, par le Bulletin de la Société archéologique de Bordeaux, par des articles épars dans les Actes de l'Académie de Bordeaux et dans la Bévue catholique de la même ville, enfin par un petit nombre de volumes : Choix des types, de Drouyn et Lamothe; Description des œuvres d'art, de Marionneau; Histoire de Bordeaux, de M. Jullian, etc.
De cette œuvre collective, la plus grosse part revient à Drouyn. Léo Drouyn (1816-1896), dessinateur et aquafortiste, racontait volontiers qu'il avait été séduit d'abord par le charme et la poésie de nos monuments : il vint à eux en artiste avant de les étudier en érudit ; puis, le dessinateur se doulrta en lui d'un archéologue et d'un historien. Dans les premiers temps, il prit un collaborateur chargé de tenir la plume pendant que lui-même travaillait du crayon et du burin; il se sentit bientôt assez fort pour se charger h la fois du texte et de l'illustration.
Drouyn a beaucoup publié, trop peut-être, car ses écrits sont hâtifs et négligés. Du moins, il a fait connaître des édifices jusqu'alors ignorés. Il dessinait les plus intéressants, ce qui l'obligeait à un examen minutieux : c'est l'une des supériorités du dessin sur la photographie. On peut reprocher à Drouyn de s'être attaché moins à l'ensemble qu'aux détails, moins à la construction qu'à la décoration; l'iconographie le retenait surtout, ce qui ne l'a pas empêché d'analyser avec pénétration certains monuments.
A côté de Drouyn il convient de placer le marquis de Castelnau. Guillaume de Castelnau d'Essenault (1822-1905) avait sur Drouyn l'avantage d'une culture générale plus complète et même de connaissances archéologiques plus étendues : nul parmi ses contemporains n'avait aussi nettement perçu les rapports de l'architecture espagnole avec l'architecture française. Castelnau imprimait peu; meus ses publications, mûrement préparées, écrites d'une plume correcte et précise, sont de qualité supérieure. Ses notes manuscrites, dont une partie m'a été communiquée avec la plus parfaite bienveillance, m'ont rendu des services précieux.
Charles Marionneau (1823-1896), artiste peintre, était critique d'art plus qu'archéologue : il a néanmoins recueilli bien des renseignements concernant nos églises bordelaises dans son volume sur les œuvres d'art qui décorent les édifices de notre ville.
PRÉFACE
Éinilie/i Piganeau 1833-191 1), professeur de dessin à V École municipale des Beaux-Arts, a donné à la Société archéologique un certain nombre de descriptions consciencieuses, accompagnées de rapides croquis. D'autres chercheurs ont révélé aux lecteurs du Bulletin de la Société archéologique les curiosités de nos églises : je m'en voudrais de ne pas citer Augier.
Les fonctions d'inspecteur des archives municipales m ayant conduit dans les cinq cent cinquantequatre communes du Déparlement, j'ai mis ces tournées à profit pour former sur les églises une collection de notes, de croquis et de photographies. A celte information se sont ajoutées la recherche et l'analyse des documents : Notes manuscrites de Drouyn et du marquis de Castelnau, dossiers des deux Commissions, centrale et départementale, des Monuments historiques, ouvrages précédemment imprimés, pièces d'archives. Les Archives municipales hors Bordeaux, qui forment notre série E supplément, les Archives de Bordeaux, les Archives départementales, principalement les deux séries ecclésiastiques G et H) et les liasses modernes de l'administration communale, ont fourni un appoint important.
Notre pays est pauvre en textes relatifs à la construction des églises romanes et gothiques; il est mieux fourni de textes concernant les travaux effectués durant les derniers siècles : y ai combiné de mon mieux les uns cl les autres. Sans doute on trouvera que les documents du Moyen-Age tiennent ci-après trop peu de place par rapport aux documents des époques postérieures : il ne dépendait pas de moi que les premiers fussent plus abondants ; quant aux seconds, on ne saurait les étudier avec trop d'attention; l'une des lâches les plus essentielles de l'archéologue et des plus délicates consiste à faire le départ entre les productions originales anciennes et les pastiches modernes.
Il est à peine besoin de dire que j'ai vu par moi-même les édifices qui subsistent ; les travaux de mes prédécesseurs ne m'ont aucunement dispensé d'une enquête personnelle. J'ai donc visité les églises, la plupart deux ou plusieurs fois ; j'y suis retourné après avoir rédigé mes monographies, que j'ai toutes, ou presque, relues et contrôlées sur place.
Les dessins sont aussi exacts que j'ai pu les fedre. Quelquefois, le monument présentait des irrégularités particulièrement difficiles à saisir: dans la crypte de Baron, les piliers s'opposent à ce que l'on construise les triangles et je n'ai pas pu procéder autrement; à Sainte-Colombe, un concours de circonstances m'a empêché, malgré plusieurs voyages, de planter les murs avec précision, etc. On trouvera donc ci-après quelques dessins réguliers d'édifices qui ne le sont pas; mais quand le dessin est déformé, brisé, l'édifice l'est aussi. J'ajoute que, pour les photographies, la mise au point a été faite à peu près constamment à l'aide du niveau à bulle d'air, de façon à rendre, quand il y avait lieu, l'obliquité des lignes montantes.
Les plans sont pr ésentés l'Est vers la droite. Les projections ne sont pas indiquées pour quelques églises, comme Bellefond et Guitres, où, les parties portées ayant été refaites, il a fallu se borner <) donner les parties portantes. Les constructions des diverses époques sont distinguées par des hachures toutes les fois qu'il a été possible.
M. Léon Drouyn a fort aimablement consenti à la réimpression de quelques dessins de son père : te voisinage est écrasant pour mes croquis. Ces derniers n'ont pas d'autre ambition que d'être sincères et si je les ai signés, contre mon habitude, c'est qu'il n'est pas inutile de se prémunir contre les démarquages.
Un ouvrage comme celui-ci ne se fait guère sans de nombreuses collaborations, que j'ai le devoir agréable de reconnaître. M. Lucien Magne, Inspecteur général des Monuments historiques, a bien voulu témoigner à mon œuvre une sympathie effective; M. Rapine, architecte en chef des Monuments historiques, MM. Postel-Vinay, architecte èt Paris, Bonternps cl Lacombe, architectes « Bordeaux, m'ont autorisé à publier divers dessins; M. Pierre Ferret, professeur d'architecture à l'École municipale des Beaux-Arts, a mis au net à mon intention ses relevés de l'église de Vertheuil; mon
PRÉFACE
ami Paul Lafollye a reproduit au trait une photographie trop mauvaise pour être gravée; M. Dubreuilh m'a fourni quelques-unes des plus jolies photographies du livre; M. l'abbé Brun a pris la peine d'établir d'après mes notes la carte archéologique de la Gironde et de corriger les épreuves de la table alphabétique. Je ne saurais omettre de signaler l'aide précieuse que m'ont prêtée mes éditeurs, MM. Féret, non plus que l'empressement et l'entrain des imprimeurs, particulièrement de l'excellent M. Sens et de son équipe. Enfin, si ce travail paraît, je le dois en grande partie à une souscription du Conseil Général et surtout de la Société archéologique.
Un dernier mot pour confier le volume à l'indulgence des lecteurs. Le travail que je leur livre a été commencé il y a plus de vingt-trois ans; il a exigé la visite d'un millier d'églises disséminées dans le plus vaste département de France et dont beaucoup sont éloignées des centres. On voudra bien ne pas lui être sévère et tenir compte des difficultés matérielles que présente, pour qui a déjà bien des occupations, une entreprise de ce genre.